« Dans le doute, abstiens toi »

Ah l’abstention ! Comme à chaque élection, mais avec plus de relief pour les régionales, les politiques lèvent les bras au ciel, sans clivage et à l’unisson. L’abstention : métastase du suffrage universel ! Gangrène de la démocratie moderne !

Ne pas voter vous dit-on, c’est voter par substitution pour les extrêmes, pour X ou pour Y, mais toujours pour l’adversaire. En période électorale, le candidat dans un élan compassionnel se porte au chevet de la démocratie, exhortant le peuple à voter (pour lui si possible).

:: Un phénomène complexe ::

A contrario d’un scénario généreusement débilisé par beaucoup de politiques, l’abstention est un phénomène complexe. Ses causes et ses origines sont multiples, variées, comme insaisissables parfois. L’article de David Mongoin sur ce point est intéressant en balayant un champ large: Variations politico-juridiques sur l’abstention électorale.

N’empêche, à l’instar de la montée du chômage, des inégalités et des transferts de souveraineté plus ou moins assumés sans contrepartie démocratique équivalente, l’abstention est en plein essor depuis les années 80. Comme le montrent Jean-Yves Dormagen et Céline Braconnier dans Démocratie de l’abstention :

Le chômage, l’intérim et la précarité de l’emploi expliquent en partie le lien fort entre exclusion sociale et exclusion électorale.

Ces causes sont largement analysées et connues. Elles sont portées à leur paroxysme sur les populations nomades, « les gens du voyage », dont la Halde dénonce l’empêchement à la participation aux scrutins, parallèlement au défaut d’accès à l’éducation. La délibération du 14 septembre 2009 est explicite sur ce point:

En conséquence, le traitement réservé par la loi à cette catégorie de citoyens français, identifiés par leur appartenance à la communauté des gens du voyage, entrave directement et de manière excessive leur accès au droit de vote. Il caractérise une violation des articles 3 de la Constitution de la Ve République et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, lequel dispose : « la loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. »

Aussi l’Abstention, abstraite et coupable d’un déni de démocratie, revient concrètement et au cas par cas à la face de ceux qui la geignent comme un déficit structurel de suffrages. Elle est largement le fait de l’exclusion et de la pauvreté, du manque d’éducation, de misère parfois et au fond, de désespoir. Un désespoir naît de l’équivalence entre les modes de gestion publique. Une équivalence qui manifeste l’incapacité des pouvoirs publics à changer le monde (LOL Lipdub), à modifier les conditions de vie, tout en promettant perpétuellement le contraire.

:: Une abstention utile ::

Incapacité avons-nous dit ? Pas si sur. Prenons le cas de Michel Moyrand, maire de Périgueux. Conseiller régional sortant, il défend (Sud Ouest 10/03/2010) un bilan « excellent » mais craint un « rejet de la politique ». L’abstention ? Un simple manque de connaissance des citoyens qui n’ont pas encore compris le rôle de la Région. D’autres questions ? Non, c’est torché.

L’homme s’était présenté à Périgueux en 2008, en promoteur de la démocratie participative, il proposait dans son programme une « politique nouvelle », « une vie plus démocratique », offrant « à chaque citoyen la possibilité d’être associé à l’action municipale ». Effectivement, l’ADELS promeut ce genre de dispositif énergique pour lutter contre l’indifférence et le sentiment d’exclusion.

Problème, une fois élu, le maire a délaissé cette partie du programme pour se concentrer sur une politique pyramidale, de réseaux et de clientélisme. Rien de nouveau donc, son adjointe à la démocratie participative a été réaffectée à de tout autres tâches (à la voirie on nous dit dans l’oreillette, c’est à vérifier).

Quant au cumul des mandats, il en est un ardent défenseur, s’étant positionné contre l’initiative du PS d’ouvrir la question lors du référendum interne du 1er octobre 2009; par lequel il s’est trouvé au final sévèrement désavoué. Des apparatchiks fermés à l’évolution de la démocratie, jouissant de petits privilèges au sein de baronnies (collectivités locales) qu’ils tètent sans faim, voilà ceux là mêmes qui s’étonnent publiquement d’un « rejet de la politique » ?

:: L’excellence de l’hypocrisie ::

C’est ce candidat se targuant d’excellence, qui promettait l’amélioration de la démocratie et la lutte contre l’exclusion, qui déplore aujourd’hui le risque d’un fort absentéisme ?
Faudrait-il applaudir au nom de la démocratie de les voir jouer ce vaudeville ? Michel Moyrand était le premier à nationaliser les régionales. Son adversaire entend maintenant municipaliser les régionales, contre l’avis du candidat sortant (Dordogne Libre 09/03/10 : Des régionales aux allures de municipales à Périgueux). C’est là le spectacle par lequel on est censé être motivé pour aller voter ?

En réalité, l’abstention ne dérange nullement le candidat, le principe de « majorité » faisant foi et assurant son bonheur. Elle est au contraire un outil très pratique utilisé en cache-misère de la République. Si elle faisait tant problème sur le plan de la légitimité, on les verrait lutter contre elle avec acharnement et non s’en servir à des fins utilitaristes.

:: Les prédicateurs de la République ::

Auront beau jeu les prédicateurs et les prosélytes. Aujourd’hui même JF Cros se lance dans des incantations républicaines, n’hésitant pas à s’attribuer un point Godwin avec sa comparaison sur le nazisme. Si avec l’ombre de la rafle du Vel’ d’Hiv’ vous n’allez pas voter, c’est que vous êtes ou un crétin, ou un salaud.

L’abstentionniste a toujours tort. Soit il n’a rien compris à ce qui se passe, soit il lézarde, soit il est anti-démocrate. Cette obstination à refuser de regarder la réalité sociologique en face est symptomatique.

Reste une question. A partir de quel taux d’abstention, la légitimité sera-t-elle suffisamment dérisoire pour agir réellement et concrètement contre ses causes ?

14 Commentaires a « Dans le doute, abstiens toi »

  1. Cro Magnon 10 mars 2010 at 19:49 | Permalink |

    Votre interprétation de l’abstention, ainsi que vos références, sont très pertinentes, en particulier sur le lien entre exclusion sociale et exclusion électorale. Il y a du vrai sur ce point car comment s’intéresser à la vie de la cité quand celle-ci ne veut pas de vous?

    Au premier regard, on peut dire que ne pas choisir c’est laisser les autres choisir pour soi. On peut argumenter sur tout et n’importe quoi en disant qu’on fait le jeu des extrêmes. Ceci ressemble à un sophisme. La réalité est qu’on donne de fait pouvoir à celui qui arrive en tête. Il peut y avoir une autre réalité qui est celle du rejet de tous les projet et/ou des porteurs des projets. Faut-il pour autant laisser les autres choisir pour soi ou choisir entre ce que l’on considère comme la peste ou le choléra? En fait un choix résultat d’éliminations successives jusqu’à ne garder que le dernier.

    Si vous le permettez, dans ce jeu de verre à moitié vide ou à moitié plein, je voudrais aussi dire que quand le taux d’abstention devient trop important, le lauréat n’a guère de légitimité. Par quoi va-t-il être tenu pour accomplir son projet? Il ne risque pas décevoir grand monde puisque peu de gens ont voté pour lui. Donc, il peut faire n’importe quoi, personne ne lui en voudra !

    Dans tout cela, je pense qu’il vaut mieux voter surtout pour cette dernière raison. Nos éminents politiques doivent être tenus pour ne pas faire n’importe quoi et leur rappeler, si nécessaire, qui les a faits rois. Vous me direz que si je vote basque en Dordogne ou que je m’abstienne, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

    Que cela est complexe pour des gens qui n’ont pas fait Sciences Politiques !!!

  2. THOMAS GRAY 10 mars 2010 at 23:53 | Permalink |

    Save that from yonder ivy-mantled tower
    The moping owl does to the moon complain
    Of such, as wandering near her secret bower,
    Molest her ancient solitary reign.

  3. admin 11 mars 2010 at 0:35 | Permalink |

    Cf. JF Ducis, spécialiste en traductions scabreuses et approximatives, s’est intéressé de près à cette élégie de Thomas Gray (1716-1771)

    Le cimetière de campagne

    Et sur un vieux donjon que le lierre environne,
    Les sinistres oiseaux par un cri monotone,
    Grondent le voyageur dans sa route égaré,
    Qui vient troubler l’empire à la nuit consacré.

    (pour owl on pourrait plutôt dire hibou)

    Bref, à ne surtout pas confondre avec le concombre fugitif d’Octave…

  4. Michel Grégoire 11 mars 2010 at 20:07 | Permalink |

    Il y a aussi l’abstention désabusée parce qu’informé, éduqué et non oublieux des leçons du passé. Une abstention pudique à ne pas « collaborer » à ce jeu de dupes, y compris chez ceux qui sont réellement concernés mais qui peuvent, systématiquement ou non, refuser la chimère « démocratique » faite de consultations-validations tenant du simulacre et de la pacotille et suivies immanquablement de l’impuissante déception de celui qui a voulu, une fois encore, Y CROIRE…pieusement. Certes, selon l’antienne des militants ou « citouayens responsables », ne pas voter ceci, ne pas voter cela,c’est faire …nia nia nia..des gens se sont battus et sont morts pour cette liberté de vous ESSSprimer NIA nIA Nia…C’est par pudeur pour ces gens qui ont cru jusqu’à la mort conquérir une voix au chapitre que la réalité amuit et méprise!
    C en’est pas l’abstention qui a mené Hitler au pouvoir, ni Berlusconi, ni SARKO, ni Moyrand. Pas l’abstention en soit. Le taux d’abstention.
    Ce n’est pas l’abstention qui a mené le parlement issu du front populaire qui a donné à Pétain les pleins pouvoirs en 40 avec une majorité écrasante…Certes Churchill, « Notre démocratie est le pire des sytèmes , à l’exclusion de tous les autres » … mais, même si l’engagement de Sartre fut à mes yeux erratique et aveuglés ( il était éduqué et informé lui!) il a une formule dans un des « situations » je crois ( période MAO Benny levy alias victor) qui dit : Voter, c’est donner à quelqu’un un pouvoir qu’on a pas et qu’on abandonne aussitôt puisqu’on ne peut pas le conserver, le stocker, en quelque sorte. La « démocratie » s’arrête dans la minute où on l’ »exerce » en votant et juste après qu’on l’a prétendumment utilisée… la suite à la prochaine élection!
    Ca fait un peu de peine, je sais et cela me désole un tantinet.
    Et si notre démocratie était le pire des système parce que c’est un système???
    un réglement figé, truqué (moyens financiers, propagande, appareils, etc.) dont l’inertie systémique, tel l’albatros de Baudelaire, l’empêche de se mouvoir, de vivre quoi!

    Michel Grégoire

  5. maguy 12 mars 2010 at 8:27 | Permalink |

    C’est curieux comme le Français aime à en appeler à l’histoire pour démontrer, prouver,argumenter sur le présent et l’avenir.
    Vous faites Michel allusion à des périodes troubles de notre histoire (arrivée de Hitler au pouvoir et pleins pouvoirs confiés à Pétain)afin de justifier l’importance du taux d’abstention dans la victoire des extremes.
    Ensuite vous faites un raccourci par lequel vous amalgamez Sarkozy et Moyrand.
    Ce n’est pas le fort taux d’abstention qui a propulsé Hitler au pouvoir en 1933 mais le mécontentement et la propagande.Cette propagande et l’ascendant pris sur les masses lui permirent d’ailleurs de se concilier les couches populaires qui alors votaient massivement soit pour le parti nazi soit pour le parti communiste.
    En ce qui concerne Pétain, les Français n’ont jamais été consultés directement. C’est comme vous le savez l’assemblée nationale, qui par 468 voix contre 80 et 20 abstentions confia les pleins pouvoirs au maréchal.
    Ceci étant, je vous accorde que notre démocratie est largement perfectible. Pourquoi par exemple ne semble-t-on la découvrir et surtout la critiquer que lors des échéances électorales?
    Certes, la démocratie participative à la sauce Moyrand ne fait guere pour sa cause. Mais Monsieur Moyrand n’est ni Périclès,ni le général boulanger.Il est simplement à l’instar de beaucoup un politicien qui s’habille en démocrate lorsqu’il y trouve son avantage.

  6. Cro Magnon 13 mars 2010 at 9:20 | Permalink |

    Nous avons tous tendance à faire appel à l’Histoire pour argumenter sur les bienfaits et les limites de la démocratie en matière d’abstention. Est-ce suffisant? La preuve par l’exemple sorti de son contexte est-elle pertinente? Il conviendrait de replacer le contexte et les enjeux.

    Tout d’abord nous avons une situation qui nous échappe à savoir l’international. Nous avons ouvert les frontières, nous sommes entrés dans le laisser faire et le laisser passer. Le nerf de la guerre, autrement dit la finance internationale, a joué les apprentis sorciers sans que quelque institution veuille ou puisse l’organiser. D’où la crise actuelle qui a trouvé ses prémisses dès la fin de la période de reconstruction de la seconde guerre jusqu’à l’explosion récente. Inconsciemment, les peuples se sont trouvés délaissés par les instances dirigeantes qu’ils élisaient.

    Ensuite le contexte français voit deux blocs qui alternent à la gestion, un bloc de droite et un bloc de gauche autour desquels gravitent des électrons libres, les extrêmes, qui ne veulent pas mettre les mains dans le cambouis. Le bloc de droite se retrouve dans un parti unique rassemblé autour d’un seul leader, le bloc de gauche sur plusieurs entités turbulentes dont quelques-unes n’ont de cesse de dénigrer la principale en période électorale et se rangent bien sagement derrière elle le lendemain des élections.

    Enfin, il faut considérer le pouvoir central et le pouvoir régional. Le premier édicte les règles du jeu et le second met du baume sur les plaies que ces règles du jeu peuvent amener tout en aménageant le territoire. C’est le concept même de la décentralisation.

    Voter c’est donc faire un choix entre renforcer les règles du pouvoir central, y compris si elles sont liberticides ou paupérisantes, ou donner les moyens au pouvoir local d’assurer le bien être et le bien vivre des citoyens.

    S’abstenir, ne serait-ce pas dire que la décentralisation a vécu et que c’est au pouvoir central d’édicter des règles mêmes si elles n’ont pas notre assentiment? Ne serait-ce pas aussi faire preuve de fatalisme devant ce laisser faire et ce laisser passer tant qu’une crise qui mette en péril notre vie physique ne remettra les gens ensemble?

    Pour finir, n’avons-nous pas les politiques que nous méritons? Ces politiques, ne nous ressemblent-ils pas? Que ferions-nous à leur place? Pouvons-nous nous passer d’eux? Même dans les tribus, il y a le chef, le sorcier et le bouffon. On oscille donc entre anthropologie et anthropophagie.

  7. Michel Grégoire 13 mars 2010 at 20:57 | Permalink |

    POur Maguy, J’ai sans doute été mal compris. Je ne fais pas appel à l’histoire pour faire des comparaison hasardeuses ou déplacées, je le pense en tout cas( « les français » ont comme « curiosité », dites-vous, quelle curieuse idée avez-vous de l’ idendité nationale!) de faire appel à l’Histoire?
    Comme Toute civilisation digne de ce nom, selon moi, comme tout humain! qu’est ce qu’un peuple, un homme sans histoire et sans mémoire??? surtout en période mouvante comme le souligne cro-magnon (économie, déplacement des pouvoirs,etc.)
    J’ai simplement voulu minimiser l’importance de cette abstention dont on fait tant cas pour souligner je-ne-sais-quel « malaise » …
    Le malaise fait souvent voter plus… et là, le malaise est incontestable et l’on « craint » un fort taux d’abstention, quid???
    La confusion règne et nous perdons le sens originel de la démocratie parce que nous en sommes peu à peu dépossédés, pour peu qu’on l’ait connue un jour, et c’est la-dessus que je voulais insister.
    Quelle signification donner à des comportements dans un SYSTEME qui n’a plus de sens, de signification???
    La démocratie est mouvante mais pas le système, alors …dubito , je m’interroge sur l’importance qu’on donne à la nécessité de voter « dans ces conditions là. » Comme le souligne cro magnon, le contexte change le sens du vote guidé par la propagande, la crédulité, la lassitude et le sens et l’importance de l’abstention!!! Pour en finir avec l’Histoire, il eut été préférable qu’en 33, 40 etc. On s’abstienne plus sauf à considérer que les décisions et faits historiques qui ont suivi ont été légitimés. De Gaulle, parmi d’autres et en d’autres circonstances et à deux reprises ( juin 40 et le 20 janvier 46 a quitté la table de jeu, s’est abstenu, en quelque sorte, pour ne pas cautionner 1) le vote démocratique donnant les pleins pouvoirs a Pétain menant à la reddition 2) pour désavouer parf « la chaise vide » le régime des partis, des appareils, et de la « tambouille électorale » SIC. Je m’interroge. Mais oui, Hélas, hélas, hélas, parfois et pour certains, nous avons les politiques que nous méritons puis que NOUS les avons ELUS!!! re quid?

    Michel

  8. admin 13 mars 2010 at 23:32 | Permalink |

    Parmi les symptômes les plus récents de cette perte de sens dans ce que constitue le geste de voter en voici deux particulièrement prégnants. A bordeaux, un épicier offre une réduction de 5% en échange de la preuve du « devoir » accompli. A Périgueux, c’est un bistrot qui propose une ristourne de 10% sur une consommation contre cette même preuve.

    Cela me rappelle ces élèves qui devaient être rétribués pour leur assiduité en cours (2009). Ces initiatives privées, entre incitation à la consommation et avantages commerciaux sur des critères arbitraires, soulignent la dérive actuelle.

    Concernant l’histoire, je conserve dans le viseur l’élection législative de 1948 en Italie. Avec un taux de participation de plus de 92% la victoire des pro occidentaux contre les communistes fut d’abord celle de la jeune CIA et du bloc occidental. Pourtant, rien ne permet de nier le caractère démocratique de cette élection. Deux enseignements.
    1. Le résultat d’une élection démocratique n’est pas naturellement et intrinsèquement démocratique. La puissance de la propagande (la fabrique du consentement) est un contre indice.
    2. Le taux de participation n’est pas lié directement au caractère plus ou moins démocratique de l’élection.

    Il y a aujourd’hui une propagande politique, moralisante et culpabilisante, consistant à faire croire l’inverse: La relation automatique, génétique, entre le taux de participation et le niveau de légitimité pour exprimer la « santé » de la démocratie. Ces commerçants, instrumentalisant le pouvoir d’achat en récompense morale, abaissent et piétinnent le sens même de ce qu’est le vote et la démocratie.

    Eux, la démocratie, ils l’achètent, un peu comme ils ont l’habitude de faire leurs courses à Métro avant d’ajouter leur valeur. A voté? Un paquet de nouilles ou une bière pour récompense. Et je crois là que nous ne sommes pas au fond parce que nous ne le touchons pas, nous y sommes. Mais parce qu’ils ont encore la capacité de creuser davantage.

    Cela permet en outre d’éviter la question pourtant essentielle de la qualité de l’offre politique, du candidat, de son projet, de sa capacité à respecter ses engagements, son pouvoir d’influer sur le cours des choses, si ce n’est d’abord sa volonté réelle.
    Aussi que l’on vote pour une chèvre ou un vrai candidat, peu importe. On se satisfera uniquement d’avoir voté, comme si seul ce geste était l’alpha et l’omega de la démocratie.

    Ca élude beaucoup de questions, y compris les plus importantes, ça rassure les plus médiocres de nos représentants, ça produit une morale simpliste et ça vulgarise une doctrine de la démocratie plus que ça ne défend les principes élémentaires de ce type de régime politique.

    Cette façon de présenter et de modeler les choses, nous éloigne de la politique pour nous rapprocher d’un phénomène religieux, constitué par son dogme, sa morale et ses brebis.

  9. Cro Magnon 14 mars 2010 at 9:46 | Permalink |

    Quelle différence entre religion et politique? Chacune a ses gourous et ses morales. Etre en dehors de la religion et de la politique n’est-ce pas aussi se faire une religion ou une politique bien à soi et partagé que par soi-même? Un peu à l’image de l’ermite dans le désert. Or, nous tous ici, quand nous parlons de l’abstention comme moyen d’expression ne faisons-nous pas la propagande de cette posture avec les mêmes armes et médias que ceux que nous dénigrons? Nous ne sommes pas des ermites, nous sommes des séculiers et nous profitons des systèmes.

    Pour en revenir au titre de l’article, dans « le doute, abstiens-toi », je préfère un autre cliché, « toujours dans l’erreur, jamais dans le doute ». Douter empêche de dormir, se tromper est une béatitude. Regerdez l’air ravi des cathos quand ils sortent de la messe…

  10. Monsieur l’instit 14 mars 2010 at 22:02 | Permalink |

    Juste une question en passant : pourquoi friser à nouveau les moustaches des cathos ?
    Ou alors il s’agit d’une boutade que ma mauvaise Foi n’aura su détecter…

    Quant au sujet qui nous préoccupe, j’ai été heureux de voir des gens courir vers les bureaux de vote ce soir, avant leur fermeture.
    Et j’ai été choqué de voir des assesseurs passifs face à des recruteurs de dernières minutes faisant du bavardage politique juste à côté des isoloirs, critiquant de manière univoque les choix de tel parti, des bulletins laissés « innocemment » dans les isoloirs, etc…
    Cela, je l’espère, a du rester anecdotique.

  11. Cro Magnon 14 mars 2010 at 22:27 | Permalink |

    Je ne frise pas les moustaches des cathos, c’est juste un peu d’humour vache comme c’est le lot de la grande majorité des intervenants de ce site. N’avez-vous jamais entendu « qui aime bien châtie bien ». Je corrigerai en remplaçant le « aime » par « connais ». Pourquoi? Parce que je connais mieux cette religion que les autres et que j’ai vu ce que faisait l’absolution des péchés après confesse.

    Des gens courir vers les urnes? Savez-vous que le Périgourdin, qu’il soit blanc, noir, vert ou pourpre aime voter un tout petit peu plus que le reste de la France? Et ça, c’est bien. Ont-ils bien voté? Cela est leur problème et … le nôtre.

    Quant aux blasblas politiques dans les bureaux de vote, c’est complètement interdit. Qu’ils parlent de pêche ou de foot, ce serait plus intéressant.

    Cher animateur et créateur de ce site, quel est votre prochain sujet? J’attends avec impatience votre analyse impartiale et toujours pertinente.

  12. admin 14 mars 2010 at 22:52 | Permalink |

    Je serais bien en peine de vous dire l’objet du prochain billet. Vous avez une idée?

  13. Cro Magnon 15 mars 2010 at 10:18 | Permalink |

    Cher animateur et créateur de ce site, seriez-vous à court d’idées? Faut-il vous les suggérer? Combien payez-vous pour cela? MDR !!!!

    Votre regard à la fois engagé et professionnel sur les acteurs politiques de ce département devrait trouvé matière en ce lendemain de joute électorale. Je vous fais confiance.

    Au plaisir de vous lire et de commenter l’objet de votre prochain article sans entrer dans des querelles de personnes.

  14. Luc Poilot 17 mars 2010 at 11:32 | Permalink |

    Chers tous, je vais être politiquement trés incorrect.

    D’abord, est ce que ces élections sont vraiment régionales ?
    La réponse est dans la question car il est évident que la politique gouvernementale a mécontenté très fortement ses bases électorales. Comme celles ci n’ont guère d’autres moyens de s’exprimer il reste l’abstention ou le vote extrême. Depuis le couplé élections présidentielle/législatives, on a eu:
    - la constitution européenne
    - les lois HADOPI
    - LOPSI2
    - la nomination de personnes de gauche à des postes clé
    - la carte judiciaire etc…
    - l’endettement monstrueux de l’etat pour maintenir une politique sociale aberrante.
    Sans oublier les tracasseries au quotidien avec la multiplication des radars pompe à fric, des gardes a vue inutiles voire scandaleuses, de l’extension des videosurveillances, le tout sans diminuer la criminalité et en tout cas le ressenti qu’on en a.

    A coté de cela, l’action de l’état montre tout les jours son inefficacité au plan économique, et c’est normal, les manettes sont ailleurs. Cf une citation de Lionel Jospin « le gouvernement ne peut pas tout » et on a même l’impression aujourd’hui qu’il ne peut rien faire sur les choses importantes. Il reste la vie au quotidien que l’on nous pourrit de plus en plus.

    Voila pourquoi, moi qui suis viscéralement de droite, je m’abstiendrai car je n’ai pas d’autre manière de dire que je suis profondément mécontent de l’action du gouvernement. Et si ce gouvernement persiste dans ses errements, et que Monsieur DSK se présente en 2012, il n’est pas impossible qu’il recueille le vote de gens comme moi, ce qui ne sera de toutes façon pas le cas de MMes SR ou MA… Pourquoi ? parce qu’en matière d’économie j’ai beaucoup plus confiance en lui pour redresser un pays qui s’enfonce comme la France le fait de plus en plus.

    A bon entendeur, l’abstention restera un vote tant que l’on aura pas davantage introduit de démocratie directe dans notre système politique…