Elections régionales en Aquitaine, premières observations
Ce billet servira d’aide mémoire en abordant sans creuser quelques éléments de ce 1er tour des élections régionales en Aquitaine et en Dordogne. Il se décline en quatre zooms thématiques :
- Les sondages
- La particularité Aquitaine
- Les grandes alliances de second tour
- L’abstention
:: Les sondages ::
Le 25 février 2010, Sud Ouest diffusait un sondage SO/Tv7/Ifop donnant les intentions suivantes :
Alain Rousset : 31%
Xavier Darcos : 24%
Jean Lassalle : 12%
Monique de Marco : 11%
Dans cette affaire, le FN était superbement ignoré, erreur classique à partir de laquelle on a beau jeu de s’étonner par la suite, face au résultat toujours trop élevé.
Les résultats du 1er tour, 14 mars (JDD) :

En moins de 3 semaines, le PS a donc progressé de 6.63%, ce qui marque la différence la plus notable. Alors que les écarts pour les autres partis candidats, 2% pour l’UMP, 1.73% pour le Modem, 1.25% pour EE semblent indiquer la stabilité du sondage.
Certes, Europe Ecologie et le Modem étaient à 1% prêt, induisant sa capacité à négocier pour le premier et à se présenter en finale pour le second. Le FN pour sa part recule depuis les élections de 2004 de 2.73%, ce qui suffit à l’éliminer du second tour, une très bonne nouvelle pour l’Aquitaine.
Au final, l’instantané du 25 février est contradictoire. L’ordre d’arrivée est correct et les chiffres assez fidèles pour 3 formations politiques sur 4, mais il demeure sous-estimé pour le PS. Il faudrait comprendre pourquoi il était erroné à l’instant T ou comment le PS a gagné 6.63% en 3 semaines. L’écart cumulé à la baisse des 3 autres formations atteint 5.98%, c’est peut-être une piste.
:: Les particularités de l’Aquitaine ::
En comparaison des résultats nationaux, l’Aquitaine se fait mutine:
- Europe Ecologie arrive en 4ème position perdant 3.55% sur la moyenne nationale.
- L’UMP et son candidat « malgré lui » accuse un retard de 4.65% par rapport à une moyenne déjà jugée mauvaise.
- Le Modem aura son unique candidat présent au second tour avec +6.43% sur le national avec un score global de 4%.
Le PS s’y montre souverain avec +7.62% sur la moyenne nationale. La niche électorale de l’alternative à la suprématie PS/UMP (près de 60% des voix cumulées) n’est pas occupée par les écologistes mais par le Modem. Ou plutôt par son candidat (Jean Lassalle) à la ruralité claironnée qui a plus convaincu dans les campagnes que des écologistes intrinsèquement citadins. (En particulier dans les Landes, Cf. Carte dynamique de 20minutes.fr).
:: Les grandes alliances de second tour ::
L’UMP se vante de ne pas en avoir, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. La négociation sera en revanche toute autre entre le PS et Aquitaine Ecologie.
En 2004 les deux formations s’étaient présentées conjointement. Elles avaient gagné de la même façon et par conséquent partagent en 2010 un bilan commun au terme du mandat, ce que les socialistes ont largement rappelé. C’est le cas aussi pour les mandatures en cours dans les municipalités.
Or après les élections européennes, les écologistes ayant décidé de faire cavalier seul au premier tour, ont du trouver à redire sur le bilan régional, subitement devenu socialiste, comme si les Verts n’avaient fait que de la figuration pendant 6 années.
Il faut donc aujourd’hui recoller les morceaux pour retrouver son fauteuil régional, en expliquant que l’unique objectif est de battre la droite, ce qui est déjà chose faite. N’en demeurent pas moins des divergences, véritables ou de façade.
Au meeting PS du 22 février, les Verts ont été vilipendés au même titre que la droite (SO 23/02/10) :
Bien sûr, la problématique environnementale est très présente, mais cela ne peut pas se faire sans l’économie, sans la démocratie, sans une synthèse. Il faut laïciser cette problématique ; qu’il n’y ait pas de dogme.
Ils ne sont par cette phrase que présentés comme une sorte de secte à grand bonnets pointus, non blancs ici mais verts.
On est pour le TGV à Bègles, mais quand on sort de Bègles, on le combat ! Il ne faut pas s’aimer quand on a des mandats et qu’on abuse autant la population. Les Verts expliquent être contre le TGV ; c’est une imposture ! Même chose pour le terminal gazier. C’est le retour à la grotte primitive !
Ici ils auraient trompé la population et sont affichés comme des rétrogrades, des passéistes anti progrès. Ce n’est ni plus ni moins que l’angle d’attaque de l’UMP sur le plan national avec la décroissance par exemple.
L’attaque fut si vivement ressentie que la candidate Aquitaine Ecologie avait répliqué sur son site :
Le Néandertalien écologiste ne remerciera donc jamais assez Sapiens Savary [candidat PS Ndlruedelachouette] pour lui avoir permis d’apercevoir la lumière de la modernité. Une idée vient à Néandertal : Homo Sapiens serait-il nostalgique du 20ème siècle ? Néandertal, lui, est sur d’une chose : il préfère le 21ème.
C’est ainsi que Monique de Marco a fini par fustiger l’action du PS (SO 06/03/10):
Elle a évoqué hier le ripolinage écolo des propositions du Parti socialiste qui a la même politique de croissance que la droite depuis des années.
Aquitaine Ecologie doit donc maintenant expliquer la fusion avec un Parti Socialiste qui a tant d’accointances avec une gestion de droite. Et cela en sachant qu’ils sont en position de faiblesse pour négocier quoi que ce soit proportionnellement à un score qui demeure un échec en deçà des 10%. Sans le levier de négociation que représente la capacité à se présenter au second tour, cela risque de ressembler à un piteux retour au bercail.
:: L’abstention ::
Le Monde.fr

En quelques chiffres d’abord : 50.44% en Aquitaine, soit 1 150 340 absents. En Dordogne, 45.85%, soit 141 328 absents. A Périgueux, 47.91%, soit 8 576 personnes.
Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui sur l’abstention. Elle mérite du recul et de l’analyse considérant que 23 millions d’inscrits n’ont pas voté. La plupart des réactions politiques sont simplement consternantes, nous en formons un bouquet garni dont nous reparlerons à l’occasion.
En dégustation quand même, il faut connaitre l’analyse de Michèle Delaunay (députée socialiste de Gironde – voir son activité sur Nosdéputés.fr). L’abstention est causée par les sondages. Ces derniers ont pour effet de perturber psychologiquement l’électeur, entrainant un état de confusion mentale entre « réel » et « virtuel ». De fait :
De plus en plus de gens ne perçoivent plus une stricte séparation entre le virtuel et le réel
Ce phénomène psychologique de masse a donc touché cette fois là plus d’un million de personnes en Aquitaine. Une thèse ainsi défendue par une députée semble plus grave encore pour le Parlement que pour les résultats électoraux.
Mais ce n’est pas tout, car les médias aussi livrent leurs explications sur l’abstention. En la matière c’est Sud Ouest Périgueux via Hervé Chassain qui livre aujourd’hui ses conclusions :
Une inquiétude cependant pour tous : le faible niveau de participation. Avec 54,15 %, il est très loin de celui des régionales de 2004 (72,10 %). Il est vrai que les scrutins précédents étaient jumelés à des cantonales, renforçant leur intérêt, surtout en secteur rural. Il est vrai aussi que c’était ce week-end l’ouverture de la pêche à la truite…
Première cause : le jumelage aux élections cantonales
Deuxième cause : la pêche à la truite
Aux dernières élections régionales couplées, l’abstention avait été de 29.69%, soit 89 682 personnes. Sur plus de 140 000 abstentions en Dordogne en 2010, il nous reste donc pour Sud Ouest 51 646 pêcheurs à la truite. Il n’y a jamais en Dordogne qu’un total de 21 000 licenciés à la fédération de pêche… Et par conséquent un niveau de braconnage très inquiétant.
Reste donc la truite comme métaphore de la paresse pour expliquer l’abstention à Sud Ouest. Métaphore que l’on doit retourner au journaliste pour aiguiser ses analyses au regard d’un phénomène grave qui requiert autre chose que légèreté et imprécision.













Les résultats lus et les commentaires quant au braconnage, tout cela analysé par rapport à 2004 réduit encore plus le pourcentage UMP, qui a plombé sa ligne en rajoutant CNPT. Les 6%
Les résultats lus et les commentaires quant au braconnage, tout cela analysé par rapport à 2004 réduit encore plus le pourcentage UMP, qui a plombé sa ligne en rajoutant CNPT. Si cette formation n’avait pas fait « fusion » et compte tenu de ses 6% en 2004, l’UMP serait à 18 . Le miroir aux alouettes est une tradition. Voter c’est vivre, s’abstenir semble un virus dangereux.
Globalement la faiblesse de cette participation…peut aussi venir d’une campagne régionale qui, une fois de plus, n’a pas été à la hauteur au niveau des arguments et du fond.
Toujours le même probléme de « lisibilité » politique pour cette élection, type listes, avec accords entre les deux tours…et de fait qui favorise le recasage d’apparatchiks, de cumulards qui pour n’ont pas grand chose (malheureusement) à faire en région.
Les européennes dans un même style souffrent aussi..de ce phénoméne, avec des partis qui globalement n’envoyent pas des « spécialistes » de ces questions.
Ce qui est grave, c’est probablement la dernière élection régionale sous ce type là..avec des mandats de 4 ans…et ceci n’a même pas interessé les foules, ne les a même pas incité à se prononcer clairement « par une grande participation » contre la réforme territoriale…indirectement celà donne un argument, un des seuls à leur disposition en période de crise, à l’UMP…sur le désamour populaire vis à vis des régionales, et par conséquent celà permet d’autojustifier une réforme qui n’a pas été débattue dans la population.
Les scores de participation dans les quartiers « populaires » montrent que rien n’a changé, que la méfiance est grande vis à vis des politiques…et qu’il serait précipité de tirer des conclusions d’un renouveau, en particulier de la part du PS qui continue sur la même orientation…avec Aubry et son panier repas, qui soutient maintenant Freche après avoir encaissé une déculottée magistrale (7% pour la candidate PS Mandroux malgré le soutien de tout l’appareil de Solférino !). De plus le recul du PS dans le Nord Pas de Calais, région traditionnellement ouvrière, montre que les réponses sur la crise n’ont toujours pas convaincu…et que l’attente, l’exigence citoyenne est forte.
Europe Ecologie s’implante dans un scrutin délicat, avec un poids pour des notables…qui manquent encore aux écologistes…et c’est quand même une bonne chose d’être le 2éme parti de gauche sur la Dordogne, d’être régulier à 10% et + dans les villes…et de réussir quelques gros scores dans d’autres régions, plus attendues.
Si le PS ripoline vert écolo, ça n’ira pas plus loin que sur le social…vis à vis du reste de la gauche…et il faut rester attentif, travailler, penser que 2012 sera un tout autre combat, que toute la droite sortira…sans faire aucun cadeau à la gauche.
Avec plus d’un électeur sur deux, 23 millions en France et 1 150 000 en Aquitaine, chacun trouve de quoi satisfaire une explication qui l’épargne plus que les autres. Au-delà des saillies rhétoriques et des formules pré pensées, il faudra attendre des analyses précises pour mieux comprendre. Pour l’instant personne n’est capable de disséquer ce phénomène de masse avec la précision attendue.
Et la réforme des CRC qui va permettre de laver plus blanc que blanc dans les collectivités elle a été débattue suite à une quelconque action des exécutifs locaux?
Et en son temps la loi Fauchon qui modifiait tout le Code pénal au seul bénéfice des élus n’est-elle pas passée comme une lettre à la poste?
A l’instant où je vous lis argumenter contre le PS au bénéfice élogieux d’Europe Ecologie, les deux écuries viennent d’annoncer un « accord national ». Et si votre regret est votre manque de poids par rapport aux notables faute d’en être, ne vous inquiétez pas, cela viendra bien assez vite, question de persévérance et d’alliances opportunes.
Oui il nous reste à attendre le second tour…pour voir si le niveau d’abstention augmentera encore ou si nous aurons un reflux…les paris sont ouverts !
Etre un notable ne m’interesse pas…surtout lorsque je les vois, toujours aux mêmes postes, toujours avec les mêmes pratiques…depuis des dizaines d’années, c’est une façon de faire la politique…malheureusement..elle éloigne le citoyen, au delà de ses sensibilités, car il se rend bien compte qu’ils ne répondent pas aux attentes et encore en plus en période de crise.
Mathématiquement..la proportion d’apparatchiks, et de futurs notables est plus grande dans des partis « importants » qui peuvent…d’une façon ou une autre garantir des postes, et les salaires qui vont avec.
Personnellement je me contente de militer et de travailler au quotidien, tout en m’interessant à la vie politique par un investissement citoyen dans ma ville.
Ne croyez pas tout ce que dit Bartelone…les alliances ont besoin de temps, et bien sûr le PS se « rue » pour annoncer des alliances, se sachant en position dominante tout en ayant besoin des autres partis de gauche…+ Europe Ecologie, pour battre la droite.
Bonjour,
Abstention, désintérêt des citoyens ou incapacité des états majors à mobiliser? Un peu des deux tout en posant la démarche de l’élu majoritaire ou d’opposition pendant les mandats.
Une première remarque, les électeurs votent principalement pour un sujet. On l’a vu aux européennes où les seuls à parler d’Europe étaient les écologistes. On vient de le voir aux régionales où les seuls à avoir parlé région était le PS. Ce n’est pas le seul motif de vote pour une de ces deux composantes mais cela y contribue fortement.
La démarche des élus majoritaires pendant leur mandat est plus aisée que pour ceux de l’opposition. Quelle que soit la ville, le département ou la région, chacun y va de ses réalisations et de ses projets dans son bulletin. Pendant cinq ou six ans, on explique ce qu’on fait plus ou moins bien. Pour une opposition, c’est plus difficile car elle n’a pas ce média, elle doit en trouver d’autres encore faut-il qu’elle est quelque chose à dire ! L’UMP à la Région Aquitaine dont son leader actuel a joué la chaise vide, que pouvait-il dire sur les réalisations et les projets de ses adversaires? Pas étonnant que ses troupes soient allées butiner sur d’autres listes. Etre opposant, c’est aussi participer au débat. C’est plus facile de le faire quand on a accès, même partiellement, aux dossiers que lorsqu’on vit les choses de l’extérieur. Encore faut-il que l’on s’intéresse à la « chose publique » dont des électeurs vous ont donné mandat. Ceci concerne la communication institutionnelle.
Concernant la communication politique nos élus ont encore beaucoup de progrès à faire. En période de campagne d’énormes réseaux qui touche toute la population sont en place. Ce n’est pas que coller des affiches ou distribuer des tracts sur les marchés, c’est parler, c’est écouter, c’est suggérer. Je ne crois pas que cela se passe ainsi après les élections, majorité et opposition confondues. C’est ainsi que l’on voit des divergences, des incompréhensions, des éparpillements.
Je crois sincèrement qu’un élu qui veut durer ou qui veut passer du statut « opposant » au statut « responsable » doit être en campagne permanente. Les électeurs, même s’ils ne le disent pas, ont envie d’être considérés en permanence. Ceci est une autre posture que la communication « bling bling » événementielle et émotionnelle que nous connaissons.
En période de crise, c’est quand même une énorme défience politique qui émerge dans ce type d’élections (listes et pas très faciles à percevoir pour le citoyen lambda) et des abstentions à 50% montrent…que tout « claironnage » ou même interprétation sera délicate, difficile de savoir qui ne se déplace pas et surtout pourquoi ?
Il est certain qu’il y a un désenchantement vis à vis des promesses sarkozistes, vis à vis de réformes ou de progrès que certains croyaient ou espéraient pour eux ou leurs proches…et en même temps, déjà perçu pendant les européennes, cette idée qui fait son chemin..que le pays décline, recule et n’est plus à la pointe, liquide des pans entiers de son activité, affaiblit le secteur public, la ruralité et son agriculture etc..
Le probléme de la gauche…c’est simplement qu’elle est, de fait, dans l’opposition nationale depuis des années..et qu’il faudra montrer sa capacité à créer une nouvelle espérance, une utopie, un projet, avec un respect du plus grand nombre de ses sensibilités…qui puisse permettre de transcender la réalité nationale, de faire oublier le déficit catastrophique qu’il va falloir gérer, le chomage, les suppressions d’emplois et une période où l’on doit s’adapter, créer de nouveaux emplois dans des secteurs différents.
Dans un sens on peut se rappeller mai 1981, qui pour la gauche..pour une génération a été un symbole fort, formateur, et a généré une dynamique..une envie dans la société.
Sur les régionales et le local, il y a toujours eu un « balancier »..entre le national, historiquement, tenu par la droite (le plus souvent..avec en plus le probléme de la présidentielle avant les législatives, depuis Jospin !) et les régions qui sont perçus comme un contre poids social, un bouclier, une protection.
Le bouleversement des collectivités locales et de leurs réformes, avec à terme la probable disparition de beaucoup de structures..d’élu(e)s départementaux au profit de la région, avec des compétences élargies…aurait mérité d’être débattu, car ça arrivera vite, or..ça a glissé sur la population dans une campagne courte (un mois), aux thémes mal bornés et où finalement celà a été délicat, pour tous, de mobiliser et surtout de débattre de façon « constructive » sur ce que fait une région, avec ses élu(e)s…
Au delà de l’abstention, on pourra s’inquieter sur le recul de l’engagement dans les structures politiques..syndicales..et même parfois associatives…qui dénote aussi un certain recul vers un individualisme, un repli lié à la crise économique et à de nouvelles pratiques liés à la consommation moderne.