Homo touristus boude le train

C’est bien local ça (Sud Ouest). Menacé de disparition, tout d’un coup on l’aime. L’oraison funèbre serait inversement proportionnelle à la réputation de son vivant. Certes petit, mais « petit train » quand même, en thermomètre de l’activité locale, il fait mal.

Témoin fragile du marasme économique ou révélateur anxiogène de l’accidentologie ?

La faute aux subprimes, à B. Madoff, aux banques, au chômage ? Et si l’accident Rio/Paris avait à voir dans l’impact psychologique et la peur des transports en commun ? « Périgueux ne répond plus ! »

Nul plan de relance pour le train bloqué en gare ? Que fait-on, on délocalise la visite en Europe de l’Est?

Et si les habitudes changeaient ? Et si faire le tour de la ville en 30 minutes dans un transport en commun burlesque, confinant par ses commentaires insipides à traverser un parc à thème où les iroquois sont des gaulois, passait de mode, lentement ?

Et si en Périgord le concept même de « touriste » posait un problème, de sorte que la population ciblée traditionnellement par l’offre locale, correspondait moins à la conjecture économique qu’à une modification comportementale.

Car avec le petit train ici, Préhistoparc là-bas, le village du Bournat ou la maison forte de Reignac, ne finit-on pas sur l’impression d’un anachronisme entre l’offre locale figée dans ses habitudes et l’évolution de la demande ?

Le foyer (électrique) entouré de Playmobils magdaléniens, des ventes liées (sinon forcées), des visites au pas de charge « il est beau le château mais t’as pas vu ma grotte », le confis de canard à peine décongelé au moment de l’addition…

- Dans cette chambre séjourna Jules César, ainsi que plus tard Louis XIV, (mais c’est à mettre au conditionnel).
- Et voici un silex taillé préhistorique qui est peut-être passé sous une moissonneuse batteuse. Les deux ne sont pas à exclure.
- Là vous dégusterez un vrai foie gras de canard périgourdin élevé dans le nord de la Hongrie. Vive l’Europe !
- Ici vous traverserez une ville médiévale dont la plupart des rues ont été remaniées aux XIX°s. Pour les éléments Renaissance, visitez le musée.
- Attention, regardez mais ne touchez pas les habitants, il en serait de vos frais.
- Voyez comment on capturait les mammouths en creusant des pièges de 3 mètres dans le sol gelé. En pleine ère glaciaire ce n’était pas facile, mais on avait (déjà) des petites cuillères.
- Et là un village en pleine vie reconstitué pour vous. Respectez cependant les horaires d’ouvertures, les salariés-villageois sont tatillons sur les heures sup’. (N’allez pas à celui d’à côté, on s’y bat pour garder la Poste et l’Ecole).
- Voici la chapelle Sixtine de la préhistoire. Si la première est fermée pour cause de mycoses, la seconde est bien plus propre.
- Emotion garantie avec la scène de l’accouchement préhistorique et ses étriers en bois de cerf.
- Ici regardez la scène des moissons à la main financée par le Conseil Général. Là-bas c’est moins marrant, c’est avec des machines modernes et des subventions européennes.
- A côté de la figurine de l’homme de Neandertal, on vous a mis celle d’Albator, au cas où ça vous tente aussi…
- Entrez dans la peau de Jacquou le Croquant et achetez en souvenir sa paire de sabots coréens.

A exploiter les richesses locales comme un filon intarissable de touristes et de dividendes, sans jamais remettre en question la qualité de l’offre par rapport à l’évolution des demandes et des exigences, effectivement on aura beau jeu de crier contre les indicateurs que sont les conjectures économiques.

Il y a comme l’idée que le touriste serait un être à part entière, spécifique, dont les caractéristiques anthropologiques se trouvent dans l’oisiveté la plus creuse, un fort penchant à l’infantilisation, une propension à dépenser à la demande, et une grégarité sans limite mesurable à son incapacité de fermer la mâchoire.
Avantage de ce prototype, il serait même à l’occasion coprophage, assurant à certains restaurateurs une valorisation de leur tri sélectif.

Il est parfois contrariant de voir à quel point le tourisme périgourdin a été bâti sur ce modèle présumé de visiteur, certes en grossissant le trait jusqu’à la caricature, mais en n’inventant rien.
Le spécimen homo touristus a d’ailleurs existé et fait les heures de gloire de l’argent facile. Mais comme toutes les espèces, sont évolution était inévitable. Aujourd’hui homo touristus semble mettre un point d’honneur à être plus homo que touristus, la preuve, il va même sur Internet.

Il n’est peut-être pas étonnant que les jeux et occupations mis à la disposition d’homo touristus doivent changer selon ses attentes. Avant il criait un émerveillé « Tchou Tchou » en voyant le petit train, peut-être craint-il maintenant de passer pour un ringard ?

Enfin, la folklorisation à outrance, les pseudo reconstitutions, la muséification urbaine et rurale, la mise en scène cellophanée de l’histoire, le dictat du produit dérivé sur le fond, sont, espérons, des rubans à mouches qu’homo touristus saura éviter.

Longue vie à homo sapiens touristus

4 Commentaires a Homo touristus boude le train

  1. Hélène ROBERT 20 juillet 2009 at 20:13 | Permalink |

    Bon c’est décidé, demain je vais tester la nouvelle visite de Périgueux avec le guide audio!

  2. admin 20 juillet 2009 at 20:22 | Permalink |

    Heu, à mon avis il vaudrait mieux tester le petit train non?

  3. Cros Jf 24 juillet 2009 at 14:15 | Permalink |

    Remarquable texte sur la théorie de l’évolution touristique. Seriez vous le nouveau Darwin de l’industrie touristique ? Plus sérieusement, même si les « qualités » attribuées aux touristes sont parfois à déplorer, je dois avouer pour avoir travaillé dans le secteur de la promotion durant quatre ans que les nouvelles technologies ont bouleversé les comportements de consommations. Blogs, sites d’avis, informations immédiates, GPS asservis, tout a contribué à rendre l’homo touristicus encore plus zappeur qu’auparavant… Et j’ai bien peur que Périgueux ait été zappée… Pour défaut de vie et d’animations crédibles. Certes l’Office du Tourisme annonce 45% de demandes d’informations supplémentaires mais quid des retombées économiques réelles ? La seule question qui vaille…

  4. admin 24 juillet 2009 at 16:35 | Permalink |

    Pour ma part je ne connais pas le domaine. En simple observateur local de l’offre, je doute de certains éléments d’explication (trop) rapides comme la crise qui a le dos large.
    Je ne connaissais pas cette proportion de 45 %. La demande d’information implique la demande d’information, c’est tout. Plus d’évènements? Plus d’infos à disposition? Moins de périgourdins qui partent en vacances? Effectivement c’est vaste.

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