La politique change-t-elle encore les politiques ?
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IDEOLOGIES
ET ACTION PUBLIQUE TERRITORIALE
La politique change-t-elle encore les politiques ?
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Cet ouvrage collectif sous la direction de Lionel Arnaud, Christian Le Bart et Romain Pasquier, est la synthèse sous forme de contributions et analyses diverses, d’un colloque organisé par ces trois chercheurs du CRAPE, (Centre de Recherche sur l’Action Politique en Europe), de l’université de Rennes, en Mars 2004.
La variable politique, aveuglante en période électorale, perdrait toute pertinence à mesure que le processus décisionnel se durcit. Citons en vrac les facteurs invoqués à l’appui de cette thèse :
- La professionnalisation des décideurs, élus ou fonctionnaires, qui les prédispose à parler le même langage, à s’imprégner des mêmes valeurs, à produire les mêmes discours, à appréhender la réalité de la même façon, etc.
- La logique de compétition (ou plus généralement d’échange) entre territoires, qui poussent à la diffusion accélérée de l’innovation, à la circulation rapide des façons de faire.
- Le déclin des alternatives politiques qui rend particulièrement hypothétique la conception de politiques franchement distinctes.
- La montée en puissance des logiques de gouvernance qui banalisent l’acteur politique. Les élus, de plus en plus contraints de composer avec des décideurs autres, ne sont pas (plus ?) en situation d’imposer une lecture idéologique des problèmes publics.
En résumé, le jeu décisionnel est en voie de standardisation du fait de la professionnalisation des joueurs et de leur interdépendance croissante. Les élus auraient perdu une part de la centralité qui rendait possible la coloration idéologique de l’action publique, le constat d’une déconnection entre la politique électorale et la politique des problèmes étant même souvent avancée.
:: Sommaire ::
Introduction
Standardisation de l’action publique territoriale et recompositions du politique
Première partie
La variable politique : alternance symbolique ou alternative idéologique ?
Deuxième partie
La variable territoire : vers une production localisée des idéologies ?
Conclusion
Déplacements idéologiques et action publique territoriale : les cultures professionnelles comme nouvelles idéologies
:: Le point de départ ::
Les auteurs partent d’une question simple, voire simpliste comme ils le soulignent.
En quoi les actions publiques territoriales sont-elles le reflet des choix ou des orientations idéologiques de ceux qui les conduisent ?
Ou bien, les alternances politiques servent-elles à quelque chose, dès lors que la parenthèse électorale, aussi éphémère qu’un carnaval, se referme pour libérer les forces implacables d’un déterminisme structurel ?
Du peuple, par le peuple, pour le peuple. La démocratie offre-t-elle encore au peuple souverain la possibilité d’effectuer des choix de société ? Que donne-t-elle réellement à choisir au moment de la consultation des citoyens, ce moment précis où ils remettent une partie de leur destinée entre les mains d’un candidat?
Si au contraire l’étanchéité est totale entre vie politique et action publique, la première est au mieux un mythe partagé, au pire une idéologie aliénante servant la domination de classe.
:: Le corps du texte ::
L’hypothèse de recherche est que les grandes idéologies partisanes, qui ont structuré une partie de notre histoire contemporaine, est en phase de laisser la place à une autre forme d’idéologie, celle de la professionalisation, une idéologie molle et pragmatique, une idéologie du consensus et du territoire.
Autrement dit, il s’agit d’une standardisation de l’action publique, passant par le déclin des alternatives politiques; l’accroissement des logiques d’échanges entre niveaux de gouvernement (le mille feuille territorial), la professionalisation des milieux décisionnels territoriaux.
C’est une transition d’une idéologie des idées à une idéologie de territoire. Sur le plan des idéologies partisanes, le territoire met les compteurs à zéro, la décentralisation implique la conquête et la gouvernance de ces territoires. Les partis de gouvernement sont des entreprises politiques, calquant l’offre pré électorale sur des enquêtes d’opinion, (sondages), en vue d’emporter l’adhésion du consommateur de suffrage.
Aussi, l’action publique territoriale se gère sans différenciation claire des idéologies partisanes, conditionnées et nivelées par l’idéologie professionnelle, peu identifiable, pragmatique, dédiée à l’articulation des territoires entre eux.
L’attractivité fiscale d’un territoire met tout le monde d’accord, le jeu de la proximité, les résultats économiques, etc. C’est une politique de la performance du territoire dictée par une quantité variables de critères sociétaux.
La complexité des hypothèses et les sujets développés, s’ils sont fondamentaux pour appréhender ce qui se joue réellement au moment où chacun fait un choix électoral, n’en demeure pas moins long et ardu. C’est pourquoi il vaut mieux lire l’ouvrage en son entier avant toute conclusion personnelle.
:: Conclusion locale et enjeu global ::
Lentement mais surement, la politique, à travers la professionalisation, la territorialisation, la fonctionnarisation, l’accumulation des mandats, devient un marché d’offre et de demande, avec ses taux de croissance, ses investissements, ses retours sur investissements, ses sondages d’opinion déterminant le produit à mettre en circulation. L’entreprise politique ne connaît pas la crise, car elle détient le monopole des suffrages. Dans certains cas on pourrait parler d’abus de position dominante sur le marché électoral, et dans d’autres d’ententes illicites faussant la concurrence. A la clef un marché démocratique de plusieurs milliards d’euros, sur lequel, à travers la territorialisation, la libéralisation dérégulant les compétences et les pouvoirs, il convient de conquérir la plus grande part possible. L’Etat prend le rôle de régulateur législatif, comme l’OMC au niveau du commerce mondial, en définissant des règles du jeu électoral, mais surtout en protégeant la capacité productive de ce marché, dans lequel les élus locaux agissent comme des lobbys pour la défense de leurs intérêts, (croissance des indemnités, cumul des mandats, opacité de gestion à travers la lutte menée contre le contrôle des Chambres Régionales des Comptes, diminution systématique des règles démocratiques en faveur des citoyens, réseaux financiers parallèles que sont les Sociétés d’Economie Mixte, etc.) La décentralisation se paie cash, c’est une négociation pour des intérêts bien compris.
Les résultats de cette étude correspondent globalement à ce qui se déroule sur le territoire de la Dordogne, en particulier sur l’agglomération périgourdine. Il est peu probable que lors des élections, l’on est vraiment l’impression de voter pour des choix de société. L’habitude de la tendance, le choix de la personnalité, l’atavisme d’une culture de classe, ont plus de poids dans la décision, que dans la différence réelle des projets politiques, globalement uniformisés par les contraintes territoriales.
Jusqu’à aujourd’hui et dans l’application du projet politique qui l’a emporté à Périgueux aux municipales, cas que nous avons suivi de près, la politique menée correspond peu ou proue à ce que décrit l’ouvrage. Ce n’est pas tant le clivage d’une idéologie partisane qui faisait la différence entre les candidats, mais leur aptitude à déchiffrer la demande en amont de l’offre politique.
Pour autant, dans la politique territoriale en elle-même, le clivage exacerbé de la campagne électorale semble proportionnellement inverse aujourd’hui, dans la pratique décisionnelle. Il n’empêche que nous sommes en début de mandature, ce qui permet d’observer le déroulement de cette dernière depuis son commencement.
:: Compléments ::
Les idéologies des politiques territoriales.
Action publique locale et consensus politique: les accords trompeurs de la petite musique territoriale.
Mars 2005, sous la direction de L. Arnaud, C. Le Bart, R. Pasquier. Pdf, 14p.
Les politiques publiques à l’épreuve de l’action territoriale.
Saisir le sens de l’action publique par ses effets sur les territoires. Etat des lieux et pistes de réflexion sur la complexité et la technicité de l’action publique territoriale.
Journées d’études, 2006, communication de Hélène Reigner. Pdf, 6p.
Association Française d’Etudes Politiques
Les politiques publiques à l’épreuve de l’action territoriale
15 et 16 Juin 2006, Institut d’Etudes Politiques de Grenoble
Toutes les interventions sont consultables sur pacte.cnrs.fr














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