Révolution de l’information: Dordogne Libre ouvre son blog
L’information y compris locale est en pleine mutation, les journalistes s’adaptent (pas tous) à la révolution techno-darwinienne en cours. Blogs et réseaux sociaux se sont imposés comme des modèles relais et les canons de l’orthodoxie mass médias ont explosé avec la fin du monopole de l’information. Le phénomène enclenché il y a plusieurs années laisse enfin percevoir ses effets les plus visibles à Périgueux.
Dordogne Libre ouvre son blog
C’est dans ce contexte que le quotidien mute en faisant sa « révolution copernicienne ». Dordogne Libre vient de lancer le blog dordognelibre.fr, après s’être inscrit sur les deux principaux réseaux sociaux. Certes la ligne éditoriale ne change pas, les contenus sont les mêmes puisque les ventes affichent une progression qui satisfait le choix commercial.
Contenu et contenant
Du sport, des faits divers et de l’actualité généralement sous forme de courts articles ou de dépêches. Le modèle économique (optimisation des coûts de production) et le contexte politique (influences des réseaux) interdisent durablement les analyses et les enquêtes, ce que le public semble cautionner largement.
Rugby, foot et basket sont en situation hégémonique par rapport à la moindre affaire qui aurait demandé une véritable enquête journalistique. Sur ce point donc, la métamorphose des contenants n’impacte pas les contenus. C’est une révolution des tubes distribuant l’information, pas de l’information.
Proximité et temps réel
Ce qu’on appelle l’information de proximité semble antinomique avec ce qu’il est convenu d’appeler « journalisme d’investigation ». En termes d’information, proximité rime avec échotier. Pourtant, les courroies de transmission de cette information locale mutent à grande vitesse.
Les récentes inscriptions du quotidien sur Facebook et Twitter donnent aujourd’hui au journal une indépendance nouvelle vis-à-vis des contraintes de l’impression et de la distribution (outre son site qui existe depuis 1999 en format light du papier). La production d’un fil d’information continue sur les réseaux sociaux réduit la distance entre le producteur et le consommateur de l’information.
Réseaux et participation
Sur ce point le succès de Dordogne Libre sur Facebook est frappant. La page Fan (1343 abonnés) permet non seulement à tout un chacun de commenter les informations, d’engager des discussions, mais aussi de laisser des annonces. Exit le courrier des lecteurs ou les annonces du papier, réseaux et temps réel ont connecté en direct le journal à ses lecteurs.
Mais cette adaptation 2.0 est inégale. Autant on peut avoir l’impression que toute la ville de Périgueux est sur Facebook, autant le compte sur Twitter stagne, faute d’inscrits avec 106 abonnés. Il semble sur ce point que le quotidien suscite l’intérêt dans les limites de la zone qu’il couvre, attendant (ou non) les périgourdins rarissimes sur Twitter. Il faut dire qu’il n’y a encore que 100 millions d’utilisateurs dans le monde.
Blog, journalisme et $
D’abord, quelques blogs sur Périgueux sont apparus (les principaux) : Périblog en 2007, Rue de la chouette début 2008, puis Trelissac.info fin 2008 et enfin Un peu de rien sur un peu de tout. Ces formats d’expression se sont ancrés dans le cyber paysage de la ville. Il n’était pas évident il y a encore 2 ou 3 ans, qu’un jour Dordogne Libre créerait son blog. En 2008, on nous disait encore: fais un site plutôt qu’un blog, ça fait plus sérieux…
Le quotidien suit en cela l’évolution de Sud Ouest, (groupe auquel il appartient), suivant lui-même celle des médias nationaux. Pour l’heure, les blogs comme les réseaux sociaux sont des impératifs d’adaptation aux usages toujours orphelins d’un modèle économique pertinent. Il n’y a pas (encore) de publicité sur le blog, il coûte donc plus qu’il ne rapporte. Il faudra alors générer un trafic stable et conséquent avant de monétiser l’outil. Convaincre les périgourdins d’investir sur ces plateformes sera l’enjeu de l’équilibre financier.
Comme son « grand-frère », Dordogne Libre a choisi la carte de l’ultra proximité avec des correspondants-gérants de blogs satellites et hyper locaux. L’info hyper locale en temps réel semble être un des enjeux de la PQR. Les premières localités ainsi couvertes par des journalistes « amateurs » dépassent déjà la vingtaine.
Le quotidien offre la possibilité à quiconque (ou presque) d’ouvrir un blog, comme c’est déjà en place sur Sud Ouest. Enfin, il faut noter la page Pensées, provocs et autres bulles… Blog d’humeurs pétrocoriennes sur l’actualité. Elle fait redondance et doublon avec le blog « Un peu de rien sur presque tout » et les notes sur le compte Facebook.
Le contrôle de l’information
Cet exemple d’absorption est intéressant, car il est à double visage. D’un côté le quotidien offre un canal d’expression à des personnes qui en étaient dépourvues ou sans visibilité avec un blog quasi anonyme. (Pour d’autres c’est l’occasion de satisfaire leur voracité médiatique). De l’autre côté, il centralise et contrôle l’expression générale puisque l’administrateur et donc le décideur demeure in fine le quotidien.
Il reproduit ainsi un schéma pyramidal correspondant à une rédaction. Et s’il ne le fait pas, alors il risque de devoir filtrer les entrées. Car tout va bien tant que l’on reste dans la description des faits (sans importance) ou dans une pâle critique aux relents de morale universaliste. La question se poserait plus douloureusement pour des notes impliquant directement ou indirectement les intérêts de la rédaction ou sa ligne de conduite. Non déontologique cela va de soi, mais politique en général.
Aussi, qu’importe le format, (blog) ou le rédacteur du blog, le journaliste est assuré de garder l’information sous son contrôle. Plutôt que de lutter contre un raz de marée qui subtilise du temps de lecture à l’information « officielle », cette PQR fait le choix intelligent d’absorber ce mouvement d’expression des citoyens, permettant ainsi d’être à la direction générale des contenus qu’il produit.
A chacun de mesurer les effets, bienfaits ou méfaits de cette configuration.















Bonjour Thomas,
Bravo pour cet article très riche et qui complète ma vision par définition incomplète et imparfaite. Merci pour ce travail sérieux (ça n’engage que moi) et honnête (ça n’engage aussi que moi).
Issu de la presse écrite modèle Gutenberg et formaté au Mac cette « révolution » des blogs m’impose humilité et ouverture, de me brusquer les neurones assoupies et la DL prouve une belle innovation, du dynamisme et de la prospective. Mon côté rural m’imposant malgré tout de me poser la question : ça rapporte combien ou ça coûte combien ?
Amicalement et confraternellement
Autant j’ai du mal avec la flatterie, autant j’aime l’ironie. Ici j’ai l’impression que l’une est au service de l’autre. C’est donc comme si tu avais un « verified account ».
Pour le coût il faut demander à Dordogne Libre. Pour les gains visiblement rien encore (sans pub) mais il faut là aussi leur demander s’ils ont un prévisionnel. Ce qui est certain (je crois), c’est que pour l’instant le temps/homme investi dans la rédaction et l’organisation des réseaux sociaux ou blogs de ce genre ne rapporte rien financièrement.
La dernière conférence à l’IJBA que j’ai vu posait le problème de la pub dans la PQR 2.0. convaincre le salon de coiffure local d’investir dans ce genre de plateforme n’est pas facile. C’est ce que tente Sud Ouest avec son nouveau site par exemple.
Bonjour Thomas,
« Propriétaire » de blog et « redondant » sur la DL et Facebook, j’ai très vite accepté le projet qui m’a été décrit par Marie Berthoumieu, journaliste en charge du web à la DL.
Et ce pour de multiples raisons, la première étant bien sûr d’être lu mais aussi de trouver un espace « régulé » car je crois à l’action des modérateurs sur le net. je ne parle pas de censure bien entendu mais de régulation…
Lisant de nombreux blogs et de nombreux sites, il s’avère souvent qu’ils deviennent les défouloirs sans limite de la bêtise et de la pire noirceur de l’âme. A cela, je préfère des espaces où le débat, la controverse ne tournent pas rapidement à l’insulte et à l’anathème.
Quant à l’apport pour notre quotidien préféré… Je crois parfaitement intelligent de jouer, dirais-je, à contrepied. C’est un « vieux » quotidien, très local, et pourtant il se permet des privautés que d’autres ne font pas. Son image en est du coup profondément rajeunie, il suffit en cela de poser la question à bien de mes clients, jeunes et surpris par l’activisme du journal… Il faut aussi préparer les clients et lecteurs de demain…
On avait effectivement saisi votre première motivation qui n’appelait peut-être pas une telle justification. Nous questionnions juste l’intérêt de la redondance et des copié-collé et de fait, la question de l’originalité des contenus (débat et non reproche). Nous ignorions en revanche vos problèmes de régulation sur votre blog ou vos notes FB au point de vouloir « trouver un espace « régulé » » sur DL.
La régulation est bien nécessaire. En plus de ce que vous citez et que je partage, on a vu ce que cela pouvait donner aussi sur le site du Ministère de l’immigration lors du débat sur l’identité nationale. Ce n’était pas de la censure, juste une optimisation des commentaires!
Jouer à contrepied? Jouer à contrepied aujourd’hui c’est faire le choix du Canard Enchaîné par exemple, se refusant au web. Tous les autres suivent le mouvement de la migration, DL compris dans le 2.0 aujourd’hui, ce qui est une quasi nécessité au regard des années qui arrivent. En la matière DL semble prendre le virage à fond et tient le problème à bras le corps, mais à contre pied de rien du tout.
Quant aux « privautés » je ne vois pas. Si vous voulez bien nous en citer quelques unes histoire d’éclairer notre brûlotte, ce serait bien aimable.
Bonjour Thomas,
Ce n’est pas de l’ironie. Tout simplement je suis totalement ignare sur le sujet et je le cache. Je sais par intuition que c’est incontournable mais intellectuellement et de façon économique je n’arrive pas à construire l’offre et la mettre en adéquation avec une éventuelle attente. Eventuelle car là-aussi – sur le plan local – les potentialités sont extrêmement réduites en quantité et dans l’approche technologique sur le même plan (un peu mieux sur la dynamique des sites ) que moi.
Si j’ai bien compris ton propos, nous sommes dans de l’investissement à long terme (3 à 5 ans) et de surcroît dans un marché et des technologies instables et en évolution de plus en plus rapides, donc avec des courbes de vie de plus en plus courtes. Mais tout ceci est un autre débat qui relève d’une formation et d’un échanges pour le coup pas par internet.
Bonne semaine
Mention 0 sur l’ironie pour moi alors…
Je ne connais pas le problème à fond comme ils le maîtrisent certainement à DL. Il faudrait voir avec eux et leurs échanges dans le domaine de la PQR.
Ce qui est sur c’est que plus le sujet est concentré, plus le lectorat (quel qu’il soit) est faible, plus le trafic est faible, moins sont importantes les ressources pub. Elles seront proportionnelles en tout cas. Quant au modèle payant c’est très délicat. Cela reviendrait à acheter les articles de DL en ligne. Il suffit de voir comment les nationaux galèrent avec ça (+ sondages très défavorables au payant).
Mais d’un autre côté, la presse est en chute libre (depuis longtemps) et la niche qu’est la PQR ne le sera certainement plus demain, migration des usages de l’urbain au rural en passant par le « rurbain ».
J’imagine que c’est jouable parce que les coûts de production sur le web sont dérisoires à côté du papier. Cela ne représente donc pas un investissement pénalisant si la vente papier fonctionne comme c’est le cas. Encore une fois il faudrait demander à DL.
Les terminaux mobiles vont dépasser en nombre les terminaux fixes. Bientôt il y aura des applications DL pour mobiles (apple, androïd, etc.), c’est une question de temps.
Pour l’heure, je prends le risque, j’ai l’impression davantage d’une anticipation du renouvèlement du lectorat et une adaptation presque contrainte que d’un véritable investissement (calculé avec son retour). Personne ne sait où ça mène à ma connaissance. A suivre et discuter devant un apero.
Merci Thomas,
Je sais être simple, sans ironie ou autre oripeau lesquels, par ailleurs, sont simplement des outils pour s’exprimer là où notre vulnérabilité est mise à l’épreuve… Je suis curieux de nature et je tente ( pas sans échecs ! ) de ne voir que la bonne face des choses. Nous avons ( jusqu’à la dernière information encore à venir) qu’une seule vie. Je préfère passer mon temps à construire qu’à entretenir d’éventuelles frustrations et querelles de circonstances. Prends le avec sincérité et simplement. Je sais… Je sais ce n’est pas évident.
Je te remercie d’avoir pris le temps de répondre qui conforte mes intuitions et bribes d’informations. Je pense que tu pourrais ( avec DL et d’autres ) être à l’origine d’une rencontre plus large et conviviale sur ce sujet. Sachant que la très grande majorité ( dont je fais partie) ne connaît pas le sujet. Nous serions dans de l’initiation…
Excellente journée même si le soleil s’est caché pour quelques heures seulement.