Foie gras à perpétuité ?

Allez, je finis mon verre d’eau et je me lance.
Nous avons assisté aux deux réunions publiques organisées par la Communauté d’Agglo Périgourdine CAP dans le cadre de l’élaboration du plan de déplacements urbains. Nous n’assisterons pas à la troisième et dernière de la longue série.
Nous nous passerons également d’un long résumé des épisodes précédents. Après tout il n’y a pas grand-chose à dire, sinon remercier le président de la CAP d’avoir bien voulu renoncer au terme usurpateur de « démocratie participative » pour désigner 3 réunions publiques et 1 forum internet.
Revenant à la raison, il souligné qu’il était dans une démarche d’information et de concertation avec les habitants, ce qui est déjà bien. Bien de la faire et bien payé quand même. Passons.

:: Le théâtre des opérations ::
Les horaires : 20h30. Ca laissait le temps de sortir du boulot ou de ne pas rater l’inspecteur Derrick
Conditions d’accueil : excellentes à Périgueux, plus laborieuses à Trélissac (promis ce n’est pas du chauvinisme)
Présentation du projet : subtile, dans tous les sens du terme
Température au sol : dégueulasse en ce moment
Interventions : oscillent entre associations et simples citoyens, défendant un projet pour des intérêts particuliers, (les cheminots pour le train), ou doléances individuelles, (hauteur du trottoir), ou réflexions fouillées avec l’intérêt général en point de mire.
Fréquentation : 200 selon les manifestants, 100 selon la police. A chacun de juger si pour une première c’était satisfaisant. En même temps, à son premier concert, Jacques Dutronc n’avait pas commencé par remplir Bercy

:: La feuille de match ::
L’animateur :
Il a animé. Aucun carton rouge à déplorer, de simples avertissements. Sans être un fondu du sifflet, il a su imposer son autorité d’entrée de jeu.

Les élus :
Le président de la CAP s’est appliqué, mais a surtout veillé à ne rentrer dans aucun débat contradictoire. A la pointe de l’attaque, quelques beaux gestes, mais sans vraiment concrétiser.
Le maire de Marsac : inexistant et pas encore remis d’une douleur au dos, il n’a pu révéler tout son talent.
Le maire de Trelissac : son GPS est tombé en panne en rase campagne, il n’est jamais arrivé. Les autres ont fait sans lui, visiblement sans difficulté.
Le maire de Périgueux, ah le maire de Périgueux. En 06h00 de réunions, je ne sais pas combien il a eu le temps d’envoyer de sms, mais il a du exploser son forfait. En même temps on le comprend, il n’était pas débordé par les sollicitations. Il s’est quand même fendu d’une sortie remarquable à l’évocation des personnes handicapées : « Un peu de civisme, ça ferait du bien à tout le monde je crois ».
En même temps ça ne mange pas de pain, moi aussi je suis pour la paix dans le monde.
En bon n°10, il a géré la distribution de ballons à l’économie mais avec assurance. Le média training porte ses fruits. Une sortie un peu risquée l’a contraint à s’engager positivement avec le collectif Vélorution, on verra à l’arbitrage vidéo.

Les services techniques :
Représentant du bureau d’étude : une sortie à l’aller, sur le banc au retour. On sent que son contrat se termine.
Le directeur général de la CAP : on me dit dans l’oreillette que c’est un homme de consensus et qu’il y en a bien besoin. Prestation impeccable en défense centrale issue d’un long travail à l’entraînement.
Le responsable de la stratégie urbaine : aucun but encaissé, pas débordé c’est vrai, mais toujours précis.

Allez, on fait une pause, c’est la mi-temps

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:: Présentation du PDU ::
Comment dire. C’est un peu comme si votre médecin vous disait :
– Voilà, vous avez le choix entre 4 pathologies, laquelle choisissez vous :
1. Des hémorroïdes
2. Un herpès génital
3. Une fistule
4. Un rhume

Allez vous avez dix secondes pour réfléchir. Quel est le malade, le furieux, le kamikaze, qui ne se contenterait pas d’un rhume et irait s’accabler de pue, de douleurs et que sais-je encore ?
Et bien le rhume c’est le scénario du Bus renforcé. Il arrive premier partout : financement, volume de passagers, impact environnemental, baisse du trafic automobile, accessibilité, cadencement… D’ailleurs le service technique de la CAP ne manque aucune occasion de le préciser dès que c’est possible. Le rail est hors jeu et le partage de la rue fait de la figuration.

Alors quoi, on veut se moucher et parler du nez ou risquer une « descente » dès qu’on passe devant le rayon frais et importer de l’Homéoplasmine par palettes ?

Bref, la présentation du projet est aussi neutre que l’acide sur le calcaire. Le pire, c’est que ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est certainement vrai. Mais enfin à quoi s’attendait-on avec une agglomération de la taille de la CAP ? Ce n’est pas pour rien si les PDU sont obligatoires pour les villes de plus de 100 000 habitants.
Il faut une certaine taille, une certaine dimension urbaine, une certaine capacité d’investissement pour prétendre à mettre en œuvre un réseau de transport alternatif (comme le tramway par exemple) aux existants qui posent problème.

C’est pourquoi il fut donner un choix étrange aux périgourdins, que la CAP a appelé :
Le bus ou le train ?

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D’un côté on nous présentait un bus évoluant dans le centre de la ville Périgueux, de l’autre un train couvrant au-delà de l’agglomération périgourdine.
Il fallait choisir entre un bus qui dessert, dans Périgueux, la tour de Vésone et le « rond point » Yves Guéna et un train qui dessert la ville de Château L’évêque et celle de Boulazac. Quelques centaines de mètres contre plusieurs dizaines de kilomètres. Oui, quelques esprits chagrins restèrent incrédules.

:: Enjeux du PDU ::
En résumant à la va comme j’te pousse, ce qui compte, c’est la survie de l’espèce. Pour cela la France a ratifié le protocole de Kyoto, applicable depuis 2005. C’est la principale feuille de route en vigueur pour éviter la catastrophe et il faut se magner à l’appliquer ici et ailleurs. C’est pourquoi, entre autre, un des objectifs obligatoires d’un PDU est la diminution du trafic automobile et c’est pourquoi toute orientation doit être accompagnée d’une mesure de l’impact environnemental. Le reste est relativement moins important.

Mais nous, en Périgord, les cavernes nous collent à la peau. Parce qu’en cas de gros pépin, on saura toujours comment faire des lampes à huile avec des os de poulets et déménager nos canapés sous les abris rocheux. Pour l’instant, en terme d’impact environnemental, on a droit à 1 tableau, 1 page sur les 76 pages que compte la présentation.

Ce serait à mettre en corrélation avec les 3 pages consacrées au thème : Déplacements et urbanisme. C’est vrai qu’ils n’ont pas intérêt à s’étaler sur le sujet. Depuis le début de la décentralisation, les communes ont toute compétence, et donc toute responsabilité en urbanisme et occupation du territoire.
Que ne voit-on pas aujourd’hui nos pauvres politiques s’incliner devant la fatalité de l’étalement urbain qu’ils doivent combattre à présent ?
Arrêtez moi si je délire, mais qui avait la responsabilité des permis de construire, des lotissements, des logements collectifs et individuels, des zones d’activités concertées et autre ZAE ?
Et qui vient de faire une magnifique zone d’activité économique, bien loin de tout sauf de l’autoroute, la poético-numérique Cre@vallée?
Combien de ces zones publiques aujourd’hui privatisées au service des franchises qui détiennent les entrées de ville ? Que ne s’infligerait-on à écouter les doléances d’un maire humaniste sur les conditions de travail des caissières et le diabolique argent roi, alors qu’il signait les permis de construire deux avant.

Ben voilà, en gros on a qu’à prendre le bus. Alors un petit mot sur l’orientation énergétique des énergies à déployer ? Non, c’est un détail, désolé pour cette question stupide.
Non mais quel tintamarre pour des couloirs de bus et des sens interdits! Fallait-il en appeler à la démocratie parée de ses plus beaux atours pour présenter une solution sans concurrence, une solution sans alternative face à l’accablant constat d’un étalement urbain dont les maires sont les promoteurs ?

:: Assez pour cette fois ::
Et oui je critique. Je les entends d’ici, grogner pour défendre leur steak. Désolé, je ne suis pas là pour compter les trains qui arrivent à l’heure. On constate un progrès. Des réunions de concertation et l’organisation d’un débat public, c’est bien. Mais quand nous comptons nos progrès, d’autres engrangent des résultats, c’est mieux. De là à s’engouffrer dans une version officielle vantant la démocratie locale pour un projet magnifique…

I have a dream. Des enfants pouvant être fier de leurs élus, responsables et honnêtes, dévoués au bien commun. Dès que l’on a dit ça, on entend la petite musique de l’utopie, le constat implacable du pragmatique : et il est le drame. Quant à l’optimiste, il vous concèdera que c’est vrai pour les communes de moins de 2000 habitants (95%). Tu m’étonnes.

Ah ça, les châteaux, les foies gras, les champignons, la grotte de Lascaux, (plus pour longtemps), c’est made in Périgord. Et pour ce fond de commerce somme toute tranquille, défilent des ribambelles de responsables aux intérêts bien compris. Le pouvoir n’est pas un projet ai-je déjà entendu. Mais pourquoi ici, ne constate-t-on que l’inverse ?

Aïe, j’ai largement dévié du compte rendu sur le PDU. C’est n’importe quoi.