A la cantonale…

Une petite précision tout d’abord histoire de tordre le cou aux vilaines petites idées : NON, les élus qui acceptent d’être présidents ou vices présidents (ou délégués, ou assesseurs) de bureaux de vote ne perçoivent pas d’indemnités.

Julie-de-Waroquier

Ils le font à titre bénévole. Seuls les salariés, et c’est bien normal, sont rémunérés. Les élus ont droit à du café recuit et des gâteaux secs. Je veux bien vous concéder cet avantage en nature et vous laisse le soin d’en estimer le montant au cours actuel du gâteau sec. On rêverait de tartines de foie gras et de saucisson avec un petit Bergerac. Mais non, le réconfort est comme le hareng saur : sec, sec, sec.
Bon, ça c’est fait.

Sur les genoux j’étais…

Je disais donc que ce dimanche était mon deuxième des cantonales. Au premier tour, j’étais vice-présidente (je prenais le relais du président l’après-midi, de 13 à 19 H). Au deuxième tour, j’étais présidente, c’était ma première fois (j’aime bien les premières fois).

J’officiais à St Georges, au bureau N°15, aux Mondoux, de 7 H 45 à 13 H et de 17 H 30 à 20 H –relayée entre temps par la vice-présidente, Elisabeth-.

Dès 7 H 30 les agents de la mairie avaient tout préparé. Les salles de classe étaient déménagées, les isoloirs installés, tout comme les tables avec les bulletins et les enveloppes, l’affichage et les documents réglementaires, le tableau noir et la craie préparés pour l’inscription des scores horaires et du vote final, le code électoral, les bureaux sur lesquels trônaient l’urne et ses deux clés, le tampon et son encreur, le registre et la liste des électeurs, les avis de procuration…

8 heures, le scrutin est ouvert !

Quelle ambiance ! D’accord, c’est dur (surtout quand on perd une heure de sommeil) mais une fois qu’on a fait connaissance, la traversée semble moins pénible aux rameurs. On parle de tout -surtout pas de politique- et le partage des petits gâteaux assouplit les zygomatiques.

On compte sur les doigts d’une main, dans l’année, l’occasion de voir défiler en un jour tous les personnages des romans de Balzac, de Hugo ou de Bazin ; ou celle de croiser en une fois toutes les générations, de « La Grande Illusion » à « Harry Potter ».

Plus le temps s’écoule, plus le Bureau ressemble au plateau de « Perdu de vue » : les gens s’interpellent, se reconnaissent, et remettent à l’heure la pendule du souvenir.

Certains ont gravé leur nom en même temps que leur métier au bas de la page du grand livre de nos mémoires : les artisans et les commerçants, les professeurs des écoles… points d’ancrage de la cité.

Ils retournent à l’école faire leur devoir.

Il y a ceux qui semblent avoir fait ça toute leur vie : un vrai coup de canon : ils se jettent sur les bulletins, se saisissent d’une enveloppe, filent dans l’isoloir, ressortent avec en main leurs cartes d’électeur et d’identité, nous saluent, posent leur enveloppe sur la fente de l’urne, attendent qu’on appelle leur numéro et qu’on retrouve leur nom, se penchent pour signer à l’endroit indiqué comme on chausse les starting blocks et repartent au coup de feu du « a voté » traditionnel.

Il y a les débutants, intimidés par la solennité des préparatifs. Ils viennent à nous ne sachant trop par où s’y prendre. Après leur parcours, ils repartent tout fiers, leur carte fraîchement tamponnée dans la main. Ou encore les petits nouveaux qui habitent le quartier depuis peu et qui, reprenant le fil de leur vie citoyenne, font connaissance avec les lieux…

Il y a les déboussolés parce qu’on a interverti les bureaux 15 et 14, ceux qui donnent leur carte de donneur de sang, ceux qui se trompent de bureau ou oublient de voter avant de signer, ceux qui exhibent une carte d’électeur passée à la machine ou n’en n’ont pas (même des élus, j’ai les noms !)…

Il y a les fratries entières qui vous donnent l’impression de jouer au jeu des 7 familles, et parfois, du fond d’un isoloir, surgit la voix argentine d’un enfant, qui, le nez au niveau de la tablette, demande à son père : « qu’est-ce-tu fais ? »

Et c’est ainsi, non stop, jusqu’à 18 heures…

A 18 heures, le scrutin est clos. A partir de ce moment, on récupère les clés, on vérifie les émargements et on les compte. Pendant ce temps, on débarrasse les tables, on les regroupe et on constitue l’équipe de dépouillement (parfois il en faut deux).

Ce sont tous des bénévoles, ceux de l’équipe du Bureau ou certains parmi les électeurs qui sont revenus nous donner un coup de main. On ouvre l’urne, on sort les enveloppes et on en les compte par paquet de cent. On compare leur nombre avec celui des émargements et s’il y a une différence, on est quitte pour recompter ! (Jamais compris comment on pouvait en mettre dans les chaussettes !).

Pour le bureau 15, on a compté 4 sachets de 100 et 1 de 50. On range l’urne, on y place les deux cadenas assortis des clés, et les sachets.

Puis, l’orchestre s’installe

Trois violons pour le dépouillement, un baryton pour le récital, deux violoncelles annoncer le nombre de vote et l’inscription. Je suis debout et je donne le « la » et renverse la première enveloppe tout en surveillant la partition.

Dans le silence troublé par le chuchotement des spectateurs, s’élève la mélopée des « Colbac », « Trapy », soutenue par le contre point des « 1-1 ; 2-2 » des violoncelles… le tout dans le frou-frou des enveloppes que l’on vide et des bulletins que l’on déplie ; jusqu’au premier incident : une enveloppe vide !

On fait constater, on note, chacun des greffiers contre signe l’objet du litige (rangé soigneusement dans un sachet spécial), et la musique reprend… « Trapy », « Colbac » jusqu’au prochain bulletin rayé, double, déchiré, ou blanc… 32 sont comptabilisés en fin de la séance.

20 heures, l’adieu aux urnes

Une heure et des poussières après, le concert prend fin. Les scribes vérifient leurs totaux, on croise les doigts pour que le total fasse bien 450, les résultats sont proclamés et inscrits à la craie au tableau noir. On signe les procès verbaux qui sont rapatriés au Bureau central pour les proclamations finales.

La mission se termine. C’est l’entrée en piste des agents de la mairie chargés de la remise en ordre et du nettoyage : en un tour de main, tout est débarrassé, le matériel enlevé, le sol balayé et lavé. L’endroit, rapidement, retourne à la scolarité.

A 20 heures, on se sépare avec le sentiment du devoir accompli. Un peu tristounets, on espère former la même équipe au prochain scrutin. Une manière de ne pas se perdre de vue…

Je peux dire que j’ai eu de la chance pour une première présidence, la Fée Clochette veillait sur moi (et ne cherchez ni contre pétrie ni message politique sibyllin !).

« La politique ne se résume pas au choix d’un candidat aux élections, c’est une manière de vivre »

Costa Gavras