A Périgueux, le projet du Bas Saint Front à quoi servait-il déjà?

Comme nous l’avons vu, le maire de Périgueux s’est inscrit contre le projet d’aménagement des abords de la cathédrale Saint Front. Démantelé, ce projet a perdu sa finalité et sa cohérence générale. Aujourd’hui, il est remplacé par un projet d’aménagement tronqué, découpé et étalé sur plusieurs mandats, échappant à toute vision globale. Son objectif n’est plus urbain mais politique.

Ce projet n’était pas destiné en premier à embellir les abords de la cathédrale pour faire plaisir aux touristes. L’équipement de luxe qu’est l’ascenseur tient lieu de gadget en comparaison de l’objectif général. Il est sur ce point significatif que l’actuelle municipalité ait fait le choix de sa réalisation au détriment de l’essentiel. Vous verrez après les vidéos que les enjeux urbains liés à ce projet étaient d’une importance cruciale pour l’ensemble de la ville.

De la préservation du patrimoine à l’habitat, en passant par le commerce, l’écologie  et le cadre de vie, rien, dans ce projet, n’était superflu. L’objectif recherché était global, sa réalisation devait être globale. Aujourd’hui, il est morcelé en tranches fermes et conditionnelles et adapté sur mesure au calendrier électoral.

Ce billet est en deux grandes parties. La présentation vidéo en est la principale. Mais les documents suivants permettent de préciser les enjeux et les contours. Le seul but est ici de comprendre les enjeux urbains liés au projet, n’en déplaise aux militants fanatiques monophasés.

Nous vous proposons donc de revenir sur les principes directeurs de ce projet (peut-être oubliés) et de le présenter en vidéo. Car à quoi servait ce programme d’urbanisme dont, à tort, on n’évoque que le parking souterrain (qui n’était pas une fin mais simplement un moyen) ?
Les vidéos suivantes réalisées par www.neomonde.fr sont le résultat de la proposition lauréate du groupement constitué par l’Atelier du Paysage, l’Agence Dubus-Richez, l’Atelier Lumières et Egis Aménagement. La présentation se décompose en quatre parties.

1. Présentation générale et zonage

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=DX2cbWuR7i8[/youtube]

2. Présentation, diagnostic et enjeux

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=ZzaaUEzTai4[/youtube]

3. Présentation du projet

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=pchSzFROpVo[/youtube]

4. Méthode et démarche générales

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=6Tth7wxzQgM[/youtube]

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Enjeux urbains et diagnostic de l’Etat

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Ce projet s’inscrivait dans la logique du diagnostic de l’Etat, correspondant au Porter-à-connaissance pour le Plan de Déplacements Urbains de la DDE en novembre 2006. En voici les passages qui touchent directement aux enjeux et risques que courent actuellement cette partie de la ville.

Le programme d’urbanisme initial tenait compte des recommandations du service départemental de l’architecture et du patrimoine :

L’agglomération de Périgueux vit sur un réseau de voiries organisé dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Ce plan de voirie, base de l’extension urbaine de la ville, a ainsi renforcé la convergence des itinéraires venant de l’extérieur vers la cité traditionnellement commerçante du Puy St Front. Les deux ponts qui ont longtemps permis seuls le passage de la rivière ont été connectés à un réseau de rues larges percées dans la ville ancienne (rue Taillefer et rue Saint-Front notamment), aux routes nationales , RN21 et RN89, dont les tracés ont alors été modifiés, et aux grandes avenues, support du développement urbain du 19ème siècle (rue Victor Hugo, rue Gambetta, rue de la Cité, avenue Wilson, cours Saint-Georges, Boulevard du Petit Change). Malgré le développement de l’agglomération et notamment des zones d’emploi et de chalandise à l’est et à l’ouest et des zones d’habitat sur les communes périphériques, le réseau principal de circulation à l’intérieur de l’agglomération reste basé sur le schéma du 19ème siècle.

La convergence d’une grande partie du trafic sur les deux ponts anciens entraîne un trafic extrêmement important dans la ville ancienne et sur les boulevards, l’ensemble étant protégé par le secteur sauvegardé et par un site classé sur les allées de Tourny. Ce trafic a plusieurs conséquences :

. des nuisances chimiques qui altèrent les monuments et les maisons anciennes de la ville (secteur sauvegardé, église de la Cité, Porte Normande),

. des nuisances sonores qui nuisent au confort de l’habitat et conduisent à l’abandon de certaines voies (rue Daumesnil, cours Fénelon, rue Saint-Front, quai Georges Saumande….),

. des impossibilités de mise en valeur des monuments bordant ces voies notamment les hôtels Renaissance bordant le quai Georges Saumande ; l’église de la Cité et la Porte Normande),

. un inconfort des zones réservées aux piétons (trottoirs) entraînant notamment une désaffection commerciale.

La réduction des flux de voitures transitant par le centre historique est donc une priorité pour la mise en valeur patrimoniale et pour la reconquête de l’habitat (quai Georges Saumande, avenue Daumesnil, boulevard Montaigne, cours Fénelon et Tourny, place Francheville, rue de la Cité).


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Les justifications politiques du projet en 2006

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La délibération du 25 novembre 2006 a lancé le projet. Michel Moyrand s’était abstenu puis s’était présenté en adversaire déclaré de ce programme. L’essentiel et là:

L’enjeu du projet est de recomposer un espace public mettant en valeur les atouts de la ville ancienne : le secteur sauvegardé et ses monuments historiques, dont l’emblème est la cathédrale St-Front qui domine le site d’intervention. Cette valorisation de la partie Est et du cœur du quartier St- Front doit se faire au profit d’une plus-value donnée à l’habitat du secteur, à sa dynamique commerciale et de services, et des usagers piétons qu’ils soient Périgourdins ou touristes.


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Financement et morcellement du projet en 2009

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Hors parking souterrain, le reste des travaux était évalué à 5.2 M€. Aujourd’hui le maire veut investir 400 000€ dans le parking Mauvard à titre temporaire, prévoyant peut-être d’autres travaux ultérieurs sur ce même parking pour 1.3M€, après 2014 s’il est réélu! Ce double investissement ferait passer le budget de 5.2M€ à 6.7M€!

Dans tous les cas, le budget initial pour les abords de la cathédrale était largement inférieur à celui du déménagement de la mairie et la rénovation de la CCI, (6M€ pour la CCI et 2.5M€ pour l’hôtel de ville).

La seule tranche de travaux aujourd’hui réellement visible concerne la place Mauvard. L’autre partie de la tranche dite « ferme » (Clautre, Denfer Rochereau et Daumesnil) est déjà reportée en 2013 et 2014. Quant au boulevard Georges Saumande et les quais, leur aménagement a tout simplement était supprimé.

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What else?

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Combien de périgourdins regrettent aujourd’hui le traitement sauvage réservé au quartiers des Rues Neuves, entièrement rasé entre 1950 et 1970?

Combien sont satisfaits aujourd’hui de ce trou et des bâtiments qui l’entourent à la place de ce quartier?

Aujourd’hui encore on continue de construire des logements bas de gamme dans cette partie du secteur sauvegardé. Et la rivière comme la voie verte sont séparées de la ville par une route d’un niveau de trafic national. La désertification commerciale de cette zone s’accentue. Les parvis de la cathédrales sont soit un parking, soit un trottoir d’un mètre de large. Le patrimoine architectural souffre des pollutions engendrées par la circulation. Et ainsi de suite jusqu’à un cadre de vie urbain et environnemental en détérioration constante. Donc, priorité au déménagement de la mairie !

Sur ce dossier, le silence des citoyens périgourdins relève d’une complicité passive, la même qui a laissé raser le quartier des Rues Neuves. Aujourd’hui personne ne se sent concerné au point de se faire entendre hormis une poignée d’habitants. Ce n’est pas important. Et demain, combien serez-vous à vous plaindre et à râler comme vous le faites aujourd’hui en repensant aux Rues Neuves?