A vos souhaits !

3 séances de vœux en 4 jours. Un vrai marathon. 2 du Maire de Périgueux, l’un devant un pare terre d’élus, l’autre devant le personnel de la mairie. Entre les deux celle du Président de la communauté d’agglomération. Voyons Périgueux.

Une cérémonie de vœux, comment ça marche…

Celui de la mairie aux élus : sont invités dans la grande salle du théâtre tous les élus locaux, les présidents d’association, les représentants des collectivités territoriales, des services de l’Etat, de l’agglomération, du département…

On installe le conseil au complet sur l’estrade du Théâtre, à droite face à la salle ; les personnalités de la CAP et du département, à gauche. Le maire s’installe au pupitre entre les deux groupes. Les quelques minoritaires sont assis au fond. Nous le voyons donc de dos.

Son discours est écrit, posé sur la tablette. Il le lit, consciencieusement, et sa voix, projetée vers la salle, nous revient comme amortie.

A Périgueux, on a été formidables en 2010… En 2011, pire !

Aux élus, “we are the champions”

Les vœux sont d’abord l’occasion d’un satisfecit… Alors, je vous résume : Les vilains Dalton avaient vidé le coffre ! En trois ans le nouveau shérif a réussi à le remplir sans emprunter tout en dépensant 29 millions d’Euros (pour les détails de cette merveille, voir Périgueux sort du rouge ).

Mais ça continue, Little Joe a réussi à piller la banque centrale et nous coupe les vivres. Alors on ne pourra pas s’occuper des chômeurs et des précaires comme on voulait. Mais rassurons-nous, en 2011on pourra tout de même dépenser 500 000 € pour organiser un festival de l’eau en mai après avoir nous avoir régalés des « Assises de la tranquillité publique » en avril…

Quoi d’autre, ah oui, des études. On a lancé plein d’études mais on ne sait pas quand elles reviendront. Le quartier de la gare (presque un an tout de même), St Front (réduit-à-Mauvard-réduit-à-80-places-de- parking), les boulevards (vite, on passe) et la future mairie, (ça on ne l’oubliera pas de sitôt… vu ce qu’elle va coûter). Un peu de saupoudrage de démocratie participative (merci les associations), un merci à la CAP pour son futur PDU (retour d’ascenseur en vue…)

Pour « après », on est bien partis pour l’électrification de la ligne Périgueux/Limoges. C’est vraiment dans très longtemps mais ça fait plaisir.

Finalement, rien sur Montaigne, rien sur la politique écologique, rien sur la gestion de l’eau ? Sujets qui fâchent ?

Au personnel, n’ayez pas peur !

Un conseil municipal réduit, toujours en scène, debout devant une salle au tiers remplie pour des vœux du personnel au maire par la voix du directeur, et du maire au personnel…

Des vœux dont le message essentiel fut : « n’ayez pas peur », à la manière de…

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il semblerait que l’harmonie ne règne pas derrière les murs de l’hôtel de ville, même si le directeur envoie à ses troupes un message de reconnaissance bien ficelé pour le travail fourni en 2010.

Citant le philosophe François Jullien, il rappelle que nous subissons une évolution lente et des transformations silencieuses dont nous prenons la mesure qu’après coup (à voir les têtes chenues parsemant la salle, je pense que la conscience de leur évolution lente, ils l’ont !)

Le directeur a quelque peu dérapé sur la méfiance qu’il convient d’avoir vis-à-vis de « ceux qui attirent l’attention par des cris », les comparant à ces « roues grinçantes, qui, si elles retiennent l’attention, sont aussi les plus fragiles… ».

J’avais envie de dire : si les plus fragiles crient, c’est peut être aussi qu’ils ont de bonnes raisons, que ces roues se sentent les plus négligées, les moins huilées, les dernières de la charrette …

Personne n’est à l’abri, même pas une direction, de rester aveugle sur les conséquences silencieuses de ces transformations lentes

Vous ne le regretterez pas !

J’avoue avoir été surprise de ce qu’ont révélé les discours, en abîme : méfiance, incompréhension, refus, résistance à la bonne volonté municipale. Surprise car, ayant peu de contacts avec le personnel de la mairie, j’imaginais, depuis les élections, que tous étaient ravis des changements opérés par la nouvelle gouvernance de gauche.

En outre, le contexte, dans la bouche du maire, est devenu particulièrement favorable aux agents de la mairie : on s’occupe des plus fragiles en les titularisant, on rattrape des « anomalies » de traitement, on certifie à chacun une progression de carrière liée au mérite, on réorganise les services, on distribue avec soin augmentations et primes, on achète du matériel pour soulager les travaux les plus pénibles…

Le maire ne semble pas comprendre qu’après tous ces efforts couronnés par l’achat de 2 mobil homes et la promesse d’une mairie ultra moderne fin 2013, il y ait comme une forme de rébellion et de mécontentement incarnée par les partenaires sociaux. Des représentants syndicaux qui sont pourtant, dit on, très souvent reçus et à qui on ouvre tout grand le dialogue. « S’il y avait accord, personne ne le regretterait ! » Conclut le Maire. A bon entendeur…

En résumé, 2011 sera meilleur que 2010 pour peu que les partenaires sociaux lisent François Jullien.

La vie c’est comme la mer, elle ne porte que ceux qui remuent

Hervé Bazin