AID Observatoire sur le commerce: au bonheur d’Eiffage

On vient de lire l’étude préparatoire à une charte commerciale pour la communauté d’agglomération périgourdine. Un grand merci à la société AID Observatoire. Merci on a bien rigolé.

Avec ce document l’adage se confirme encore : « la conviction est inversement proportionnelle à la compétence ».

Sur 36 pages, 18 sont consacrées à la promotion du projet Eiffage d’acheter la place Montaigne et ses 13 000 m² pour y construire un complexe commercial. Chaque argument avancé est comme par hasard issu des éléments de langage du maire de Périgueux pour satisfaire son ami promoteur immobilier.

En réalité l’étude semble avoir été réécrite par les services de communication de la ville de Périgueux en concertation avec la CAP. Ce document est une fausse analyse, manipulé dans le texte pour donner l’illusion que le projet Montaigne/Eiffage est la conclusion d’un travail objectif. Rien de plus faux nous allons le voir.

Globalement l’idée est simple. Maintenant qu’on a bien pourri les entrées de villes et déséquilibré le commerce par laxisme politique (et intérêts juteux parfois), on va faire pareil en centre ville.

.

Un diagnostic écrit sur un coin de table de PMU

Il n’y a donc aucune étude de chalandise. Rien. Aucune projection, d’audit de marché, d’évaluation chiffrée du potentiel. Non AID se contente d’arguments de comptoirs ne s’appuyant sur rien de sérieux. Du vent, de la spéculation et des fantasmes, fantasmes injectés par le maire de Périgueux.

Voilà les arguments, commençons par le diagnostic façon Bar de la Truffe un samedi matin.

  • Un commerce de centre ville fragilisé. [17% de part de marché de l’agglo contre une hypothétique moyenne de 23%, mais où ?]
  • Une activité périphérique qui concurrence le commerce de centre ville. [Cette conclusion a nécessité une énorme puissance d’analyse, respect].
  • Analyse quantitative, il reste quelques commerces ouverts : 88%. [Aucune donnée qualitative sur l’état de ces commerces, trop compliqué].
  • La partie Nord du centre ville patine par rapport au Sud (prépare le terrain pour Eiffage).
  • Depuis 12 ans, les enseignes nationales gagnent du terrain sur les indépendants. [Et donc malgré les faibles surfaces des commerces, tiens tiens].
  • « Les contacts pris avec les enseignes commerciales » confirment. Il faudrait plus de locaux. Qui, combien, comment, on ne sait pas. Il fallait juste caser un des éléments de langage du maire de Périgueux répétés depuis le début d l’année 2010.

Pour AID Observatoire, seule solution possible: le projet Eiffage

Maintenant qu’AID a répété mot pour mot ce qui était probablement demandé par la mairie de Périgueux, passons aux préconisations : vendre la place Montaigne à Eiffage pour construire son joujou. Mais comme ils ne peuvent le dire ainsi, pseudo arguments en vue…

« Renforcer le rayonnement commercial », « rôle de principal commercial », « répartition équilibrée du commerce », bla bla bla.

Tiens, c’est marrant, pareil que le maire de Périgueux le 09 janvier 2010 :

Je pense bien entendu à la transformation du parking de surface Montaigne en un lieu commercial attractif qui fera rayonner Périgueux et tous les commerces déjà existants bien au-delà de son cercle habituel

Pour ce qui est de la rhétorique employée depuis le début de cette opération marketing, cf. Les enseignements du Champ de Mars à Angoulême.

L’étude AID Observatoire est-elle réécrite et donc falsifiée ?

Et là attention lecteur, c’est la faille dans l’étude d’AID Observatoire :

« Associé au patrimoine, il confère à notre agglomération sa personnalité et son image valorisante »

C’est un bureau d’étude de Villeurbane  qui a écrit « notre agglomération » ou bien l’étude a-t-elle réécrite après coup ?

Le réflexe identitaire (périgourdin en l’occurrence) concrétisé dans l’emploi d’un possessif, pour un villeurbanais ou une villeurbanaise, est plus qu’improbable.

Qui plus est, un bureau d’études, du département du Rhône ou d’ailleurs, n’est pas coutumier de ce type d’identification de par son rôle, sa méthode et sa neutralité supposée.

Qui a écrit le chapitre « Pourquoi le renforcement de l’offre commerciale du centre ville de Périgueux est il nécessaire ? ». Est-ce AID Observatoire qui en porte la responsabilité ou bien les scribes de la mairie ?

En réalité cette pseudo étude est un condensé des arguments avancés par le maire de Périgueux avant qu’elle ne débute. A commencer par l’idée qu’il faut une « locomotive de centre ville », correspondant comme par hasard à « l’opportunité de requalification de la place Montaigne ».

Conclusions

Cette étude évite méthodiquement toute analyse commerciale pertinente et toute forme d’étude de viabilité quantifiée. Elle n’avait pas pour objectif au départ d’analyser le projet Eiffage/Montaigne. Et elle ne le fait pas. C’est la mairie qui se charge de faire passer ses idées au travers de ce document.

Et pour un maximum d’enfumage, des parties ont manifestement été réécrites directement par la collectivité locale en fonction de ses intérêts, et soyons clairs, des intérêts du groupe Eiffage.

Clairement, cette opération de marketing politique présente une analyse falsifiée de la situation dans le seul objectif de faire croire à la justification du projet Eiffage/Montaigne.

Le pire c’est que ce montage grotesque devrait fonctionner sur le même modèle que « Vu à la TV », misant sur la crédulité des populations face à la parole d’un pseudo expert.

Michel Moyrand, mon cher Michel, tu nous prends vraiment pour des buses. Mais tu sais quoi? Je crois que ça marche. C’est toi qui as raison.