Aquitaine, les sites web des communes mal notés

Un audit sur la qualité des sites web des communes en Aquitaine vient de paraitre [téléchargement .pdf]. Dans le cadre du Diagnostic de l’Aquitaine Numérique, cette étude a été réalisée par l’Agence des Initiatives Numériques en collaboration avec la société Temesis.

Pas moins de 481 sites web des communes d’Aquitaine ont été passés au crible de 72 critères servant de référentiel sur la qualité du service et les bonnes pratiques web. Le résultat est pour le moins contrasté.

Diplomatiquement, les auteurs concluent à « une marge de progression importante ». Autrement dit, le résultat est globalement nul avec 20 000 défauts ou « voies d’améliorations sur les sites analysés ». Le département de la Dordogne est bon dernier, qui l’eut cru.

Seules deux communes périgourdines sortent du lot, Boulazac avec un taux de conformité de 78% (première parmi les 167 sites des communes entre 2000 et 10 000 habitants) et la petite Excideuil avec un surprenant 73% et première des 272 sites des communes de moins de 2000 habitants.

On fait le tour de tout ça.

Pourquoi le site internet de la commune d’Excideuil ?

Je vous le demande ! C’est simple. Les commanditaires ont eut la clairvoyance de confier la mission à deux agences locales qui connaissent le métier.

Bravo à Jacques Pyrat et à Corazon Communication!

Aussi soucieux de la qualité du service que du développement, les résultats son là ; l’amour du travail bien fait parlant de lui-même. Excideuil avec ses 73% dépasse largement la ville de Bordeaux et ses 69%.

Pas besoin d’aller chercher hors de la Dordogne des Big Brother qui vous livrent des usines à gaz vérolées du code source jusqu’au formulaire de contact.

3615 Périgord, les sites web des communes de Dordogne : affligeant

Premier enseignement, on sait faire en Dordogne des sites complexes d’excellente qualité, la preuve par Excideuil ((Le site de Boulazac a été réalisé par une société spécialisée en sites institutionnels)).
Deuxième enseignement, les maires ne sollicitent pas ces ressources, infligeant au département des préjudices financier, technique et intellectuel.

Les 91 sites municipaux audités s’affligent d’un taux de conformité moyen de 40%. Loin derrière l’avant dernier et ses 44%, les sites périgourdins témoignent d’une « fracture numérique » profonde.

Le temps de la pédagogie est venu pour les maires et les administrations périgourdines. L’archaïsme et la résistance au changement vont avoir (et on déjà) un impact préjudiciable. La nostalgie du XX° siècle n’est pas la réponse à l’incompréhension des enjeux du XXI°.

L’ampleur de la tâche, proportionnelle à la mutation en cours, implique de la part des élus et responsables d’administrations un réel travail, à moins de plonger le département dans une mélancolie létale de la châtaigne et du gland.

La « folklorisation » indigène rampant sous les bottes de paille institue le pan bournatisme [village du Bournat] en valeur territoriale. Ces valeurs s’opposant à toute forme de dématérialisation, vécue comme une négation, conduisent à ce résultat.

De fait aux élections, les candidats préfèrent courir les concours de pâté et autres tourins blanchis plutôt que d’évoquer l’improbable déploiement d’une administration 2.0 (nous y revenons bientôt).

La Dordogne le numérique et internet: antagonismes

Le piètre résultat des sites internet des communes périgourdines est certainement à corréler avec le rapport global du numérique périgourdin. Le Diagnostic 2010 de l’Aquitaine Numérique place la Dordogne dernière à tous les niveaux [télécharger le rapport en .pdf].

Globalement, le retard est homogène et se retrouve logiquement pour les sites institutionnels communaux.

Diagnostic numérique de l'Aquitaine numérique

A contrario des responsables politiques, les PME périgourdines ont très bien compris les enjeux du numérique et obtiennent un classement tout à fait honorable. Ce n’est pas une fatalité territoriale.

Diagnostic 2010 de l'Aquitaine numérique

Revenant aux sites internet des communes, on notera une forte présence de sites municipaux, mais souvent sous forme de portails délaissés et non mis à jour. Autant dire inutiles.

Diagnostic 2010 de l'Aquitaine numérique

Le site internet de Périgueux absent du top 10

Ville préfecture de 30 000 habitants, Périgueux aurait du figurer parmi les 10 premières villes (certaines ne sont pas des préfectures et ont moins de 15 000 habitants).

Sachant que le maire refuse catégoriquement de comprendre à quoi sert un site internet, ce n’est pas une surprise [La médiocrité numérique comme science].

Souvenez-vous, il vantait il y a peu la nouvelle version du site de la ville, étant pourtant davantage un compost de pixels qu’une plateforme de communication.

L’utilisation du réseau et sa finalité tient à la volonté politique. Donner l’accès permet l’usage et non l’inverse. Cette exploitation raisonnée du potentiel numérique ne tient uniquement (malgré la tendance générale dans l’étude) ni à la taille des villes – Boulazac devance Bordeaux –, ni à leur tissu urbain ou rural – Excideuil devance Mérignac–.

La volonté politique découle directement de la compréhension des enjeux liés à l’outil informatique. Le maire de Périgueux et son équipe étant interpellés par cet outil comme un castor devant une scie sauteuse, le résultat est là : on fait jeu égal avec la voiture balai.

Pour conclure

A l’heure où l’on développe l’administration 2.0 et l’ensemble de la gestion publique de demain, c’est-à-dire tout à l’heure, les responsables politiques et administratifs périgourdins sont au pied du mur.

Ou bien ils comprennent les enjeux immédiats liés à la 3ème révolution industrielle et agissent concrètement en conséquence… Ou bien ils continuent à cliver artificiellement ruralité et numérique, éloge du foie gras et internet, etc. et alors le territoire est condamné à devenir un parc naturel d’autochtones consanguins.

Au passage, les élus sont mandatés par le peuple…