ADELS. Débat Projet Urbain et Participation

Le 15 Avril 2008, l’Adels a organisé un débat ayant pour thème:

Projet urbain, participation:
A qui revient la production de la ville?

Diverses interventions dont les contributions téléchargeable en pdf sont accessibles sur le blog de l’Adels
Il a également été mis en ligne sur Dailymotion un compte-rendu vidéo du débat: toujours sur le blog de l’Adels.

Quelques pistes à la volée. En introduction il est revenu sur l’idée que le dessin de la ville correspond au dessein de la société, (Paul Blanquart, historien de la ville). Le rapport entre la forme de la ville et le dessein social a pour objet de « faire commune » et révèle le rapport intime entre le « contrat social » et la « politique de la ville ».

Cet axe permet de dégager toute la complexité de la relation entre la construction urbaine et l’usage de la citoyenneté, impliquant directement le rôle du politique et sa justification.

La traduction concrète de ces réflexions est lisible dans les mécanismes qui produisent l’exclusion et l’inégalité et produisent des villes « sectorisées » à outrance par les modes d’accessibilité – sociaux culturels et économiques – au logement.

………………………………………………………………………………………………………..

Ce n’est qu’un exemple. Il correspond pour autant à une préoccupation majeure de l’actuelle adjointe à la démocratie participative et l’éducation à la citoyenneté de Périgueux, tel que le journal Sud-Ouest l’a relayé. Oh, pour faire dans le local périgourdin, on entendra que Périgueux ne connait pas tous ces problèmes, que c’est une charmante bourgade en milieu majoritairement rural. Cela justifierait l’absence totale de structure participative, d’espaces de délibérations indépendants des élus, etc. Vous entendrez même que les gens ici, après tout, ne sont pas demandeurs.

Il n’empêche qu’ici, pour ceux qui ne sont pas de la région, le Schéma de Cohérence Territoriale, SCOT, est un serpent de mer de la Communauté d’Agglomération, que la ville de Périgueux n’a pas de Plan Local d’Urbanisme, PLU – il existe mais n’est pas applicable – qu’il n’y a pas en application de Plan de Déplacement Urbain, PDU, à l’échelle de l’intercommunalité. Si le dessin de la ville correspondait au dessein de la société, faudrait-il qu’au pays de Lascaux, il y est exception?

Au-delà du clin d’œil, les problèmes d’ici sont les mêmes qu’ailleurs.
En tout cas, ceux qui se révèlent ailleurs arriveront un jour ici.

Démocratie locale
Les citoyens sont tenus en périphérie des décisions politiques, hormis par le biais des diverses enquêtes publiques qui se résument à des cahiers de doléances facultatives.
Le devoir d’information des droits des citoyens est partiellement accompli. Il y a encore cette culture de la représentativité « à l’ancienne », fondée sur une hyper présence dans le temps électoral, proportionnellement inverse dans le temps de la mandature.
Pour autant il faut attendre à Périgueux que la nouvelle municipalité mette en œuvre son programme de campagne sur la démocratie locale. Le projet de démocratie participative est détaillé dans ce blog et sur le forum.

Au niveau de l’intercommunalité, l’agglomération périgourdine, souffre comme les autres Etablissements Publics de Coopération Intercommunale, EPCI, de sa carence démocratique, Cf. articles précédents. Jouant de la loi, cette techno-structure ne se préoccupe pas pour autant de démocratie participative locale, idée par laquelle elle ne sent surement pas concernée puisqu’elle existe hors suffrage direct. Le soin de la démocratie locale est laissé aux élus en tant que maires. Mais pour ces mêmes maires, en tant que représentants du conseil communautaire, l’idée leur est tellement étrangère qu’il n’existe aucune structure officielle pour aborder la question à une échelle globale et non seulement communale.

Déplacement, mobilité
Le problème du déplacement y est majeur, l’augmentation du flux routier est bien supérieur à la capacité de le réguler. L’impact en pollution de l’air n’est que trop mesurable, le centre ville est surchargé d’embouteillages quotidiens, pour autant, les projets de contournement apparaissent suspects pour le petit commerce de centre ville. Il est aujourd’hui très difficile d’infléchir les grandes orientations de déplacement urbain mises en œuvre à l’époque du « progrès » pompidolien, les parisiens s’y reconnaitront.
C’est bien en sachant que la capacité de déplacement définit la taille de la ville et ainsi sa proportion de flux à gérer, qu’une grande réflexion aurait pu commencer il y a de nombreuses années, quand il n’y avait pas encore urgence.
L’usage du vélo par exemple, est encore considéré comme un déplacement de loisir. Son usage se concentre sur le temps de repos, en témoigne l’aménagement des voies longeant la rivière, (L’Isle, voies sur berge). Mais il ne sert pas au déplacement « utile », en témoigne l’absence de pistes cyclables conjointes aux voiries. Les pouvoirs publics se montrent encore frileux sur ce sujet, pour des raisons sociologiques que l’on doit rencontrer ailleurs qu’à Périgueux. Ici, en milieu semi rural, sans industries ni universités conséquentes, connaissant une gentrification moyenne et classique de cœur de ville occupé par une population âgée – +10% par rapport à la moyenne nationale – un vélo, c’est du loisir, sinon, ça fait pauvre. Tandis qu’une voiture permet de mesurer l’échelon social du propriétaire et ainsi l’importance de l’individu dans un maillage socio-culturel à dominante notabiliaire.

Etalement urbain
L’étalement péri urbain est conséquent, par le biais de programmes de logements ou zones d’activité économiques. Les opérateurs privés négocient parfaitement les terrains communaux, publics; en échange d’une règlementation urbaine allégée, ils produisent des programmes immobiliers permettant de ne pas endetter les communes ou de faire flamber la fiscalité locale. Pour faire correspondre le cout du logement et sa capacité de rentabilisation par rapport à la capacité d’investissement des particuliers, (le marché si on préfère), on écarte les problématiques liées à l’environnement, trop exigeantes, ou celles liées à la qualité de l’habitat, trop chères. En contre partie, les élus rendent des comptes positifs en terme d’emploi et de taxe professionnelle, pour des investissement minimes de viabilisation et programmes d’aménagement.
Concrètement, les règlements d’urbanisme ressemblent pour certains à des pages blanches à remplir soi-même, (c’est exagéré mais…). Le traitement des eaux pluviales, par exemple, y est caricatural. La totalité de l’eau collectée est directement transférée en réseau souterrain, au lieu d’être organisée en réseaux de surfaces avec toute l’utilité que l’on connait pourtant. Les paysagistes sont malheureusement peu considérés et ne servent que de caution « Espace vert« , ils « végétalisent« .
Localement, c’est la commune de Notre Dame de Sanilhac qui est la plus significative pour observer le phénomène.

On peut également citer dans cette catégorie l’étalement du logement. « Grâce » à la loi Robien, défiscalisation oblige, le secteur de la construction a été dopé dans la communauté d’agglomération et dans le département. Après la mise en œuvre de programmes divers, dont les maires n’ont rien trouvé à redire en signant les permis de construire à tout va, – car cela leur enlevait plutôt une épine de gestion publique de l’habitat – on se retrouve avec un parc de logements disproportionné par rapport à la demande, pour la plupart d’une qualité médiocre. Concrètement il s’agit de logements vacants, fermés, se dégradant très vite en l’absence d’alimentation électrique qui sert à la ventilation mécanique contrôlée. Un excédent de 600 ou 1000 logements, c’est une quantité localement importante. Le surpouvoir locatif des villes ne peut pour autant pas entrainer une décote inférieure à la rentabilisation. Et quand c’est le cas, de toute façon, il n’y pas d’autre solution que de faire supporter le déficit par les budgets publics.
Localement, c’est la commune de Trelissac qui semble être la plus concernée par le phénomène.

Patrimoine architectural et habitat
Le secteur sauvegardé de Périgueux, surement sous le regard désabusé et impuissant des collectivités et des services, malgré toutes leurs compétences et leur bonne volonté, est petit à petit « grignoté » par des sociétés privées qui détournent l’esprit de la loi Malraux. La défiscalisation et les marges qu’elle offre n’est que le seul et unique but de la rénovation du bâti ancien. Les immeubles Renaissance et autres ne sont pour certains, plus que des coquilles vides. Les logements y sont au minimum des surfaces réglementaires, pour des prestations au ras du plancher légal, les studios s’entassent de la cave au grenier. On aura sauvé les façades, c’est toujours ça. Les touristes ne sont demandeurs que de ces dernières, c’est le principal. On ne dit d’ailleurs plus « immeuble » mais « produit fiscal ». Il n’est pas fait état de tous les logements, mais d’une dérive qui concerne quelques opérateurs locaux et bordelais, cela suffit à pourrir le fruit. Le pouvoir conféré aux Architectes des Bâtiments de France est loin d’être suffisant dans ce domaine et le manque de suivi dans les contrôles de conformité est préjudiciable pour la qualité générale des restaurations. Là encore, ce n’est pas un problème d’hommes, mais de structures et de capacité publique.
Les projets d’aménagements urbains existent, notamment celui de Périgueux et sa rivière. Un programme intéressant qui ne fait pas l’objet des concertations et débats attendus. Un cas d’école.
Localement, c’est la commune de Périgueux qui est la plus touchée par le phénomène.

Secteurs socio-culturels
Périgueux ne veut rien dire en soi, c’est un cœur historique entouré d’un conglomérat de quartiers, qui pour certains, sont passés dans d’autres communes, pour d’autres sont restés.
Les élections municipales ont révélé l’écart croissant entre les différents quartiers, faisant apparaitre, voir exacerbant des disparités sociales et culturelles. Outre les divisions traditionnelles et historiques, entre bourgeois et ouvriers, jeunes et vieux, … celles de l’immigration est primordiale depuis une quarantaine d’années. Les quartiers sont l’expression, la représentation d’une certaine classe sociale, culturelle, économique. Les programmes de mixité sociale via le logement n’ont pas endigué le phénomène de « sectorisation », dans certains cas ils l’ont même renforcé.
Le découpage sociologico-politique instauré après guerre, « à toi la périphérie, à moi le centre », alliance historique entre droite et gauche, ne vient de basculer que depuis 3 mois! On savait que dans le centre il fallait faire des maisons de retraite et non des logements sociaux, en périphérie l’inverse, c’était la base.

Voilà pour quelques aperçus de la relation locale entre dessin de la ville et dessein social, en y rajoutant peut-être le destin environnemental et la variable économique. Le constat n’est à charge de personne, il ne met en cause individuellement personne. Si seulement il n’était que le point de départ d’une réflexion locale nouvelle au regard des enjeux qui attendent la petite vile de Périgueux et ses alentours. Les problématiques ci-dessus concernent au plus près les habitants et pourraient faire l’objet de débats publics et concertations. Non?

L’ajustement des marchés

Nous avions supposé, pas plus tard qu’avant hier, que le projet de la mairie, de développer des marchés de quartiers avait fait l’objet d’une erreur de communication.
Cette supposition a été confirmée hier par deux articles parus, l’un de Sud-Ouest, l’autre de la Dordogne Libre.

Autant SO lève le pied et annoncait sobrement une rencontre hier soir entre les élus et les professionnels, rencontre programmée avant ce qui est appelé « la fronde », ayant pour sujet l’avenir du commerce pour Périgueux. Question avenir, le débat aurait été nourri, Cf So du jour, autour d’un « malentendu ».

De son côté, la DL poursuivait pleine page en titrant: Le Coderc s’inquiète pour son marché
Sentant l’orage gronder, Monsieur le Maire dénonce une « maladresse de communication« , n’hésitant pas à admonester publiquement son premier adjoint, diffuseur de l’information et pourtant communiquant professionnel. Au cas où cela était passé inaperçu, c’est donc un sujet « sensible » qui demande « précaution« . Il est important de ne pas confondre « précaution » et « participation » pour l’instant; chaque chose en son temps. D’ailleurs, un des principaux intéressés le confesse lui-même, malgré sa bonne volonté: « …je constate que, comme d’habitude, nous sommes les derniers prévenus« .

De l’aveu du conseiller municipal en charge du dossier, … »il aurait fallu d’abord se réunir autour d’une table« , c’est vrai, pas pour engager une concertation participative, mais pour « marquer notre position« , que l’on ne confondra pas avec la notion de territoire, mais de proposition. La cause du problème, poursuit le conseiller, provient du bouche à oreille, pourquoi pas. Mais enfin, qui dit bouche à oreille, dit d’abord bouche. D’autre part, bouche à oreille peut aussi signifier, si l’on se prête au jeu, dialogue. C’est un détail.

Bref, ce projet de marchés de quartier, associant autant les habitants que les professionnels et l’ensemble des quartiers, aurait pu faire l’objet d’un premier rendez-vous participatif, intéressant et enrichissant, signe de la mise en marche du programme de campagne. Nous apprendrons au final qu’il ne s’agissait que d’une erreur de communication, une information mal transmise, non un problème de méthode.

La nouvelle équipe a été élue pour mener une politique nouvelle. Nous ne pouvons que soutenir et encourager le maire à concrétiser sa déclaration d’investiture.

Marché place de la Clautre.jpg