Bas Saint Front. Périgueux « 2010 Autrement »?

Il s’est tenu hier la première commission consultative de la nouvelle municipalité sur le projet d’aménagement du Bas Saint Front. Associations, commerçants, usagers et habitants étaient présents aux côtés du maire, de ses adjoints et de son directeur de cabinet, ainsi que l’urbaniste des services techniques chargée du pilotage du projet.

L’organisation et l’horaire, (18h00), permettaient à cette présentation/consultation de se dérouler dans les meilleures conditions, élément majeur pour la qualité des débats. L’ordre du jour détaillé est communiqué sur place et non par courrier, ce qui ne manque pas de surprendre, puisqu’un ordre du jour est fait pour anticiper et préparer une réunion, pas pour la découvrir.

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:: Les projets ::

Ce projet formait un tout à partir des 5 éléments suivants : Clautre / Denfert-Rochereau / Daumesnil / Mauvard / Thouin. La présentation d’Avant Projet exclut dorénavant l’élément Mauvard, jugé problématique en raison du financement du parking souterrain. Il n’y a plus un projet mais deux.
Cette distinction n’est issue d’aucune concertation, elle est le fait d’un seul homme, le maire. La quasi unanimité des personnes qui se sont exprimées, y compris le maître d’œuvre du projet, insiste sur la nécessité de conserver la globalité du programme, jugeant que supprimer des stationnements sans en créer d’autres serait une erreur.

Projet n°1 (environ 10 millions)
Le premier projet porte dorénavant sur les abords immédiats de la cathédrale, en dehors de la place Mauvard.
Le planning du projet n°1 est présenté ainsi :
Avant Projet : fin 2008
Réalisation : 2ème semestre 2009

Projet n°2 (environ 11 millions)
Le second projet, celui de la place Mauvard, est dissocié du premier et rattaché à d’autres critères de faisabilité que le premier, comme celui du financement, l’exploitation privée et la gestion des flux routiers à l’échelle intercommunale. Si le stationnement souterrain est renvoyé en surface, c’est la connexion à la rivière qui saute, ainsi que tout le projet paysager.

PDU et intercommunalité
Bien des fois le maire a fait référence à la Communauté d’Agglomération, (CAP), pour subordonner la faisabilité du projet Mauvard à l’application du Plan de Déplacement Urbain, PDU, et à la réalisation du pont de l’Arsault, permettant de désengorger le transit dans Périgueux. On gardera à l’esprit que le maire est vice président de la CAP et acteur majeur de cette techno-structure où Périgueux est largement représentée. D’autre part le PDU est toujours à l’étude, et ne verra pas le jour avant l’horizon 2014, manière de faire comprendre que son application n’est pas d’actualité pour la présente mandature, renvoi aux 22.

Financement
Le maire l’a annoncé par voie de presse. Il veut que les « dépenses » de ce projet correspondent à une case « recettes ». Si le problème parait bien légitime, il semblait que la municipalité précédente l’avait résolu. Nous ne manquerons pas de leur demander comment ils comptaient s’y prendre en évitant le recours à l’emprunt.
Le maire a également annoncé de futures demandes de subventions à l’Etat, qui, sur un plan patrimonial paraissent justifiées, demeurent politiquement optimistes.

:: Les débats ::

Bien sur, c’est agréable de se laisser porter par la présentation d’un projet tel que celui là. On a envie de débattre avec le maître d’œuvre, sur des points précis, d’autres plus flous, d’apporter des idées, etc. Pour autant, en phase d’Avant Projet, on en est encore au stade de la pertinence générale, de l’économie générale du projet et ses critères de faisabilité. On y analyse son opportunité, sa cohérence globale, avant de se questionner sur l’emplacement d’un stationnement pour autocars ou la mise en relief d’un fond de scène par rapport à un autre. Le mélange des genres, dans une certaine confusion des étapes, nous a fait discuter en même temps de la couleur des revêtements et de la faisabilité même du projet.

Cet exercice contre nature vient de ce qu’il a été demandé par le maire au maître d’œuvre et à l’urbaniste de faire le grand écart, en avançant sur une partie du projet tout en reculant sur l’autre. De sorte que la pierre angulaire du projet global, la place Mauvard, a été retirée de la présentation. Le maître d’œuvre et l’urbaniste se sont donc retrouvés face à une certaine entorse aux règles de l’art, exercice contradictoire duquel ils se sont accommodés avec maîtrise et professionnalisme.

Hier nous avions par moment l’impression d’être en phase PROJET, en s’arrêtant longuement sur la granulométrie des bandes de roulements ou les aspects de surfaces par exemple. La prochaine cession aura lieu en Septembre et il sera nécessaire de revenir à l’ordre logique de la conduite du projet. On parlait déjà hier du projet comme si les travaux allaient commencer dans 3 mois ; c’est loin d’être le cas, car des scénarios très différents restent à arbitrer.

:: Les scénarios ::

Sur la base de ce que le maire a annoncé dans la presse, il ressort bien plusieurs possibilités à traduire par :
– On fait rien et on décale d’une mandature, ce qui ne semble pas être le cas.
– On fait tout et on n’a pas assez d’investissement pour les projets « Périgueux Autrement ».
– On fait partiellement et on panache « Périgueux 2010 » et « Périgueux Autrement ».

1. PDU / Arsault / Mauvard
En admettant que la mairie trouve le mode de financement qu’elle cherche pour le parking souterrain et qu’elle subordonne la faisabilité de l’ouvrage à l’application du PDU, le projet n’est pas réalisable, vraisemblablement, avant 2014/2015. On gardera en tête que le PDU est également lié au Schéma de Cohérence Territoriale, SCOT, et que ce dernier aussi fini par tourner au serpent de mer, puisque sa mise en application n’est pas prévu dans la présente mandature 2008/2014.

– Au final, si ce n’est pas possible, c’est à cause de la CAP. Au niveau national, on aurait dit que c’est à cause de l’Europe. C’est devenu un grand classique des communes faisant supporter des mesures impopulaires que de les faire porter sur l’intercommunalité. Personne n’ignore pourtant que la commune de Périgueux est la plus puissante au sein de l’exécutif de la CAP. Passons. D’ici, 6 ans, il devrait être acquis qu’élire un maire revient à voter pour la politique d’une communauté d’agglomération. Il faudra en tout cas le savoir, car ce n’est pas Sarkozy qui s’intéresse à la démocratie (y compris locale) ou au cumul des mandats sur le plan constitutionnel, le seul qui fasse foi. On pourra le vérifier à la rentrée –

Dans ce cas, le projet d’aménagement serait réalisé partiellement, ce qui entraînerait visiblement un fort mécontentement des usagers et des acteurs locaux. L’essentiel de l’écrin autour de la cathédrale serait préservé, mais la gestion des flux et stationnements serait soumise à des aléas négatifs.

2. Les dominos
Le maire pourra aussi manœuvrer pour expliquer, qu’en accord avec la population, (ineptie du projet sans parking), la réalisation du projet n°1 est subordonnée au projet n°2, tout en disant que le projet n°2 est toujours subordonné au PDU. Dans ce cas, la totalité du projet serait renvoyée à la prochaine mandature.
C’est un scénario catastrophe, mais on en a vu de pires se réaliser.

3. «Périgueux 2010 Autrement »
Sur un plan politique, il permettrait de réaliser partiellement un projet estampillé « Périgueux 2010 » pour laisser la place à un projet « Périgueux Autrement », comme celui de la création d’une nouvelle mairie. Le parking souterrain estimé à environ 9.5/11 millions d’euros, contre un projet de mairie à la CCI qui ne devrait pas en être loin au bout du bout, l’option doit être dans les tuyaux.

:: Conclusion ::
Une nouvelle concertation est prévue à la rentrée, le 15 Septembre, à 18h00 au théâtre.
Le maire aura ou bien trouvé un opérateur privé prêt à porter la totalité de l’investissement sur le parking, ou bien prévu le report du projet Mauvard à un horizon flou et lointain, ou bien dégagé la ligne d’investissement adéquate dans le budget communal.