Bas Saint Front, dommage collatéral de Michel Moyrand

Nous revenons aujourd’hui sur le projet du Bas Saint Front, dont l’importance pour la ville de Périgueux peut difficilement être contestée.Pourtant, ce projet, pâtissant d’être le « souffre-douleur » de Michel Moyrand, est à classer parmi les dommages collatéraux de sa politique générale et orientations budgétaires.

Documentation pour information

1. Orientations Budgétaires 2009/2014
2. Archives ruedelachouette / commissions extra-municipales
3. Engagements du candidat Michel Moyrand
4. Procès verbaux des conseils municipaux
5. Déclarations à la presse ( DL et SO)
6. Analyses de Jean Paul Daudou, faisabilité du projet

Ce projet de rénovation urbaine a été présenté en long en large et en travers sur ce blog. Aussi, nous ne reviendrons pas sur les éléments fondateurs du dossier, (que l’on peut toutefois relire ici).

Tout le monde sait également que le maire de Périgueux s’était engagé par écrit à livrer le projet réalisé, exception faite du parking souterrain, pour le mois d’avril 2011. (Vérification ici).

Il est apparu pourtant que le maire n’a pas porté aux orientations budgétaires la concrétisation de la parole donnée, comme si cette dernière n’avait ni sens ni importance. A la suite du conseil municipal d’orientations budgétaires du 17 mars 2009, il donna les explications suivantes en aparté :

1. Il aurait fait ce qu’il pouvait contre l’avis majoritaire de son équipe, en maintenant un bout du projet.
2. Il respecte cependant ses engagements de campagne en prévoyant la réalisation d’un parking de surface place Mauvard (sic).

Cela ne saurait prétendre à tirer un trait en guise de conclusion sur la situation, ces engagements et ses dernières propositions. C’est pourquoi nous commençons par faire l’état des lieux de ses intentions et de ses propositions.

Durant le conseil municipal du 17 03 09, il lui a été rappelé son dédit envers ses engagements politiques. Sa réponse fut courte. En substance il a assumé des choix (« pratiques et pragmatiques ») en reportant le projet.

Deux remarques.
1. La première est qu’un engagement est libre à moins d’être nul. Qu’étant libre à l’annonce de son engagement, ce dernier représentait déjà un choix (« pratique et pragmatique »). Par conséquent, il lui revient d’assumer des choix contradictoires relevant de l’incohérence de gestion.
2. D’autre part, révélant avoir fait un choix, c’est qu’il n’a pas été contraint d’abandonner le projet faute de capacité financière. A ce propos, le budget d’investissement le prouve. On n’entendra donc plus le prétexte de la pauvreté de la ville pour ne pas faire le projet.

LE DEBAT D’ORIENTATIONS BUDGETAIRES
GERER AVEC RIGUEUR ET VOLONTARISME DANS UN ENVIRONNEMENT INCERTAIN

III Les orientations 2009 : véritable année de départ de la mandature

La part d’investissement en « Urbanisme, aménagement urbain », représente 16% de l’investissement global, pour la somme de 6.35 M€. C’est le second budget, loin derrière « l’Administration et Centre Technique », comptant pour 31.5%.

Dans le cadre du plan de relance national, la ville de Périgueux peut inscrire en « recette » la somme de 900 000 € de l’Etat, si elle réalise un investissement en 2009, supérieur de 1M€ à la moyenne d’investissement entre 2004 et 2007, soit une somme supérieure à 11.3M€. Selon le maire, cette somme en 2009 compense une perte sèche équivalente en 2010 (réduction des dotations de l’Etat).

C’est ce que le maire a décidé de faire, notamment à travers la présentation de son Programme Prévisionnel d’Investissement 2009/2014, en consacrant la somme de 60M€, environ 10M€/an, à l’investissement.

En guise de première tranche d’investissement 2011/2012, le maire entend investir dans le projet du Bas Saint Front à hauteur de 1.17 M€. Pour comparer et rester dans l’ordre du million, ce budget est proche de l’aménagement du nouveau Centre Culturel, (actuellement l’hôtel de ville), du lot « Espaces Verts », ou du budget « Parc Automobile + Réparations ».
Par comparaison, il est de 2 fois inférieur au budget informatique et 4.5 fois inférieur au déménagement de la mairie (foncier + travaux + travaux).

Il faut préciser que l’estimation des travaux sur la CCI, à 1 M€, est ou une coquille dans la colonne, ou un mensonge.
Un bâtiment de 2800m², dont le ratio des travaux de réhabilitation est de 357 €/m², ne correspond en rien à la réalité du marché.
Même en admettant que la structure, la charpente et la couverture et les planchers soient sains, l’ensemble des travaux impliqués par les mises aux normes diverses et les finitions, y compris abords et VRD (Voirie Réseau Distribution), ne peut en aucun cas se ramener à un ratio de 357 €/m². C’est impossible en France aujourd’hui.

:: Décomposition de l’investissement dans le planning de réalisation ::

2011 : 420 000 €
Réalisation du parking de surface et horodateurs, + ascenseur arrivant place du Thouin.

2012 : 750 000 €
Continuité et livraison de la tranche initiée en 2011.

2013 : 1M€
Aménagement urbain (Clautre + Denfert-Rochereau OU Denfert-Rochereau + Daumesnil ?)

2014 : 2M€
Continuité et livraison de la tranche initiée en 2013.

Pourtant le coût du projet d’aménagement hors place Mauvard représente un total à investir de 6.5M€. Sachant qu’à la fin de son mandat et dans le meilleur des cas, le maire n’aurait réalisé que la moitié du projet (haut), il a pris le soin de préciser par voie de presse :

Dordogne Libre, 17 03 09

Si nous sommes réélus en 2014 « nous mènerons une autre tranche de travaux » sourit le maire…

Sud Ouest, 17 03 09

Nous ferons le reste si nous sommes riches et réélus 

Sachant très bien qu’une ville comme Périgueux aura toujours les moyens de financer 3.5M€ de travaux, la seule inconnue est sa réélection. Ne pourrait-on pas demander au maire, lorsqu’il s’adresse à la population, par surcroît sur des sujets importants, de traiter les choses avec moins de désinvolture et de sarcasme. Ou bien montre-t-il en définitive un plaisir à la politique inversement proportionnel à son intérêt pour Périgueux ?

La livraison qu’il avait promis pour avril 2011 se trouve donc, de ses propres aveux, soumise à 2 nouvelle conditions.

1. Sa réélection
2. Son jugement sur la capacité financière de la ville

Cela implique tout d’abord qu’il entend pouvoir convertir un engagement non tenu en promesse de campagne électorale.

Cette contorsion politique n’est pas acceptable. Car Michel Moyrand, après avoir torpillé le projet, ne propose que d’être réélu pour faire le dit projet !

Ensuite, cela signifie, en cas de réélection, que s’il juge les finances insuffisantes, les travaux du Bas Saint Front ne seront pas réalisés avant 2019/2020, à l’horizon de la mandature suivante. La manœuvre d’évitement n’aurait dans ce cas duré que 11 à 12 années, laissant le soin à son successeur de terminer un projet à moitié commencé.

Pourtant, en conseil municipal du 17 09 08, le maire savait très bien à quoi s’en tenir sur l’incurie d’étaler trop longuement les travaux et surtout d’en renvoyer la moitié aux horizons 2014/2015 au mieux et 2019/2020 au pire :

Il faudra bien aussi qu’on l’étale dans le temps, mais relativement court, afin de limiter les nuisances et les incidences sur le commerce de proximité. C’est une de mes préoccupations parce que le commerce de proximité sera perturbé, nul ne l’ignore.

Cynique et méprisant à l’égard des citoyens qui ont cru en sa parole et agit en conséquence, Michel Moyrand ne peut se montrer satisfait que de sa forfaiture.

:: Les propositions concrètes du maire sur le Bas Saint Front ::

Ce nouveau parking, sur le parking actuel, devrait être fini pour 2013. Il serait équipé d’horodateurs pour accélérer le turnover et éviter les voitures « ventouses ».
Cette mesure avait été annoncée en commission extra-municipale (15 09 08) pour compenser la perte de places de stationnement sur la place de Clautre, rendue piétonne à la suite des travaux.

Mais la place de la Clautre, demeurerait donc un parking pendant au minimum 3 ans, « si nous sommes riches », et davantage si nous ne le sommes pas.
D’où l’on comprend l’inutilité caractérisée d’un parking qui n’a de cohérence que dans un ensemble et participant d’un tout. A tout prendre et à défaut de poursuivre le reste, cet investissement est intrinsèquement absurde, inutile et coûteux pour ce qu’il est.

A votre avis, le maire en a t-il conscience ? Oui ! (CM 17 06 08) :

…je dis que c’est un grand projet à deux volets, mais je sais bien aussi que c’est complémentaire

(La longue phrase dont ce jugement est tiré, ne modifie en rien, dans son contexte, ce que l’on peut lire ci-dessus)

Le parking n’a de sens que parce qu’il anticipe la piétonnisation du secteur haut et créer un lien direct avec la rivière. Et sinon quoi ?!
Michel Moyrand aura fait un parking à la place d’un parking. Un coup de génie qui lui vaudrait la Marianne d’Or, c’est certain.

Le projet du « haut » Saint Front, quant à lui, est divisé en deux tranches, l’une sur 2013/2014, tandis que l’autre demeure suspendue à une réalisation incertaine (réélection et finances).
Il s’engage donc à financer 25% du projet tout en ne pouvant affirmer s’il pourra réaliser les 25% restant. Ce genre de déclaration engage la crédibilité du gestionnaire public. Cela en devient dangereux.
Imaginons deux secondes un particulier qui prévoit un budget pour acheter une voiture mais qui ne sait pas s’il pourra assumer les frais d’essence, l’assurance, et les réparations…

En terme d’urbanisme, il faut imaginer le « raccord » entre une place de la Clautre rendue piétonne et rénovée et un Greffe restant dans son « jus ». Ou bien l’inverse, c’est au choix (municipal). Ce n’est plus de l’aménagement urbain, c’est du bricolage dominical.

Ainsi au bout de 6 budgets et de 60 M€ programmés, il n’aura su investir qu’un peu plus de la moitié de la somme nécessaire à la réalisation du projet global, (4.17M€ pour 7.67M€), en le divisant en trois tranches de réalisation, dont la dernière est conditionnée par sa réélection.
Et tout cela en ne réalisant pas le parking souterrain, se contentant d’horodateurs en surface.

De même, à saucissonner un projet en autant de tranches que d’opportunités politiques, non seulement la cohérence de l’ensemble se dissout, mais il sera impossible de dire, si, en définitive, le projet aura été réalisé ou non réalisé.

:: La preuve en image ::

Le maire, ayant bien compris qu’il risquait de griller son mandat en manquant à sa parole et en récusant un projet objectivement sain et cher aux périgourdins, a cherché et trouvé une solution bâtarde, un panaché de faire et de non faire.
Le peu qu’il fera lui permettra de dire qu’il fera. Au prétexte de flanquer des horodateurs sur le parking Mauvard en 2011, il se permet aujourd’hui d’affirmer poursuivre le projet.

Dordogne Libre, 20 03 09

Le projet d’aménagement de la place Mauvard n’est pas abandonné. Je ne le laisse pas tomber.

Justification: accrochez-vous vous pénétrez dans la 5ème dimension…

Un budget de 4 170 000 euros est prévu pour la place Mauvard et la rénovation urbaine autour de Saint-Front. On peut donc difficilement appeler cela abandonner !

1. Ce qui a été abandonné c’est son engagement politique
2. Ce qui a été abandonné c’est la moitié du projet (un détail)
3. Ce qui a été abandonné c’est le planning de réalisation
4. Ce qui a été abandonné c’est la démocratie et la concertation (au trou les commissions extra municipales)

Dans la foulée, il a budgétisé des modifications de travaux sur le parking Mauvard dont nul ne sait aujourd’hui ce qu’ils seront en réalité. Aucune étude ne permet de mesurer la pertinence de l’investissement par rapport à un projet en plans. Forcément, il aurait bien du mal, après avoir annulé les crédits de 280 000 € alloués aux dites études (conseil municipal du 09 12 08).

Pourtant, ne déclarait-il pas, sur les études du Bas Saint Front, en conseil municipal du 17 juin 2008:

Je l’ai dit, je le répète, je tiens à ce que ces études, même si elles sont onéreuses, soient menées jusqu’au bout.

:: Mensonge ou incohérence ? ::

Selon le même principe d’enfumage permanent, souvenez-vous. Ne déclarait-il pas lors de la même séance que ce projet du Bas saint Front était conditionné par le Plan de Déplacements Urbains. Et qu’en est-il ? Le PDU est toujours à l’étude, loin encore de la moindre enquête publique.

Il savait très bien en séance que le PDU n’était pas un élément conditionnant la faisabilité du projet. La preuve, c’est qu’il a modifié, planifié et budgétisé la réalisation du parking Mauvard avant de connaître les conclusions du PDU.

Les études liminaires à l’investissement sont faites au doigt mouillé, de la même façon que le budget prévisionnel des travaux de la CCI est volontairement sous dimensionné, à proportion de la surévaluation du budget travaux des écoles.

L’accumulation de fausses déclarations, intentionnelles ou non, mêlée à l’empilement déclaratif de fausses intentions, ne peut plus prétendre à la cohérence exigée par la gestion honnête d’un bien public.