Brico Dépôt veut plus de béton

Bientôt sur la table la demande d’extension de Brico Dépôt… les presque 2000 m² d’aire de stockage seraient transformés en surface de libre service. Comme cela n’entraîne pas de modification du bâti, les élus risquent de voter oui sans se pencher sur le cas Brico Dépôt.

Encore une surface de bricolage !

Outre que l’agglomération est sursaturée de magasins de bricolage (sauf en centre ville de Périgueux où l’on court partout pour trouver une poignée de clous), il faut savoir que Brico Dépôt réalise par m² de surface de vente un chiffre d’affaires moyen de 5 500 € ;

Le « petit » changement de destination des lieux fera donc passer -sous couvert d’un plus grand confort de service pour les clients- ce chiffre d’affaires, que l’on peut estimer à environ 22 millions d’Euros, à 33 millions d’Euros.

Une paille n’est-ce pas ? Et où vont-il prendre cette part de marché en cette période de crise ? Sans oublier la bonne affaire pour le propriétaire des murs que d’avoir 6 000 m² de propriété commerciale plutôt que 4 000.

Mais ils créent des emplois !

Oui, 2, -vous avez bien lu- pour 2000 m² supplémentaires. Ils en emploient actuellement 70 et passeront à 72 … Et le tour est joué… soit une rentabilité par salarié de 314 000 à 471 000€ par salarié. Et dans quelles conditions de travail un homme seul peut-il générer un tel chiffre sans entamer son capital vie ?

Des bouchons, encore des bouchons

Et ça promet de longues files d’attentes sur cette artère longée d’enseignes. Ouvrir 2000 m² supplémentaires c’est, augmenter le chiffre d’affaires et donc la rotation du stock, c’est aussi accroître la ronde des semi remorques de réapprovisionnement et celle des camions des artisans et naturellement celle des véhicules des particuliers. Le parking est insuffisant pour une telle surface et les accès à la route dangereux. Ce site contribue à une sclérose des artères d’accès à Périgueux et à l’empoisonnement de notre atmosphère.

De la CDUC à plus rien

La CDUC (commission départementale d’urbanisme commerciale) est devenue CDEC (commission départementale d’équipement commerciale) puis la CDAC (commission départementale d’aménagement commercial) perdant à chaque fois un bout de leur pouvoir de régulation de l’extension commerciale à tout crin.

Exit l’aspect économique de la chose et dans la foulée le phénomène de disparition du commerce et de l’artisanat traditionnel. A présent on parle d’aménagement du territoire (qui doit tenir compte entre autres de l’impact du projet sur les flux de transport) et de développement durable (qualité environnementale du projet et son insertion dans les réseaux de transport collectif).

Pour ce dernier axe de réflexion, on fait appel à des « personnes qualifiées » désignées par le Préfet, qui ne disposent d’aucune véritable grille de lecture. J’aimerais connaître les conclusions qu’ils auront rendues sur ce projet et les moyens mis en œuvre pour estimer la part de pollution et d’accroissement du nombre de véhicule sur cet axe passablement saturé.

Le Scot, l’arlésienne périgourdine

L’aménagement du territoire ! Comment faire quand on n’agit pas ensemble, quand on ne pense pas ensemble, quand on regarde le problème par le petit bout de la lorgnette : la croissance ! Ah quelle belle croissance en effet que celle du béton qui a transformé nos espaces verts en parkings et en cubes de ciment caparaçonnés.

On rase des collines, on défigure nos entrées de ville, et l’air devient irrespirable le samedi même au bord de l’eau. On s’énerve, coincés pendant une heure, dans les voitures cul à cul telles des chenilles processionnaires, sans parvenir à sortir de l’agglomération dans un nuage d’oxyde de carbone.

On a ouvert les bras aux investisseurs. Certains élus ont compris mais un peu tard qu’ils devenaient ainsi maîtres du jeu territorial pour peu qu’ils s’accaparent suffisamment de foncier, qu’ils faisaient la loi sur les baux commerciaux, qu’ils se fichaient éperdument de chasser les indépendants qui ne peuvent plus suivre leur hausse.

Et qu’ainsi, les élus n’ont finalement plus la main sur l’économie de leur commune. Cette prise de conscience sera-t-elle un feu de paille ? Il s’agit de reprendre les rennes et pour le Schéma de Cohérence Territoriale dont on débat depuis plus de 10 ans est le seul outil valable. Sinon, on continuera la ritournelle du « chacun pour soi » et le diable pour tous.

« L’architecte d’aujourd’hui n’a pas de fleur à sa bétonnière ».

Jacques PREVERT