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Aquitaine, les sites web des communes mal notés

Un audit sur la qualité des sites web des communes en Aquitaine vient de paraitre [téléchargement .pdf]. Dans le cadre du Diagnostic de l’Aquitaine Numérique, cette étude a été réalisée par l’Agence des Initiatives Numériques en collaboration avec la société Temesis.

Pas moins de 481 sites web des communes d’Aquitaine ont été passés au crible de 72 critères servant de référentiel sur la qualité du service et les bonnes pratiques web. Le résultat est pour le moins contrasté.

Diplomatiquement, les auteurs concluent à « une marge de progression importante ». Autrement dit, le résultat est globalement nul avec 20 000 défauts ou « voies d’améliorations sur les sites analysés ». Le département de la Dordogne est bon dernier, qui l’eut cru.

Seules deux communes périgourdines sortent du lot, Boulazac avec un taux de conformité de 78% (première parmi les 167 sites des communes entre 2000 et 10 000 habitants) et la petite Excideuil avec un surprenant 73% et première des 272 sites des communes de moins de 2000 habitants.

On fait le tour de tout ça.

Pourquoi le site internet de la commune d’Excideuil ?

Je vous le demande ! C’est simple. Les commanditaires ont eut la clairvoyance de confier la mission à deux agences locales qui connaissent le métier.

Bravo à Jacques Pyrat et à Corazon Communication!

Aussi soucieux de la qualité du service que du développement, les résultats son là ; l’amour du travail bien fait parlant de lui-même. Excideuil avec ses 73% dépasse largement la ville de Bordeaux et ses 69%.

Pas besoin d’aller chercher hors de la Dordogne des Big Brother qui vous livrent des usines à gaz vérolées du code source jusqu’au formulaire de contact.

3615 Périgord, les sites web des communes de Dordogne : affligeant

Premier enseignement, on sait faire en Dordogne des sites complexes d’excellente qualité, la preuve par Excideuil ((Le site de Boulazac a été réalisé par une société spécialisée en sites institutionnels)).
Deuxième enseignement, les maires ne sollicitent pas ces ressources, infligeant au département des préjudices financier, technique et intellectuel.

Les 91 sites municipaux audités s’affligent d’un taux de conformité moyen de 40%. Loin derrière l’avant dernier et ses 44%, les sites périgourdins témoignent d’une « fracture numérique » profonde.

Le temps de la pédagogie est venu pour les maires et les administrations périgourdines. L’archaïsme et la résistance au changement vont avoir (et on déjà) un impact préjudiciable. La nostalgie du XX° siècle n’est pas la réponse à l’incompréhension des enjeux du XXI°.

L’ampleur de la tâche, proportionnelle à la mutation en cours, implique de la part des élus et responsables d’administrations un réel travail, à moins de plonger le département dans une mélancolie létale de la châtaigne et du gland.

La « folklorisation » indigène rampant sous les bottes de paille institue le pan bournatisme [village du Bournat] en valeur territoriale. Ces valeurs s’opposant à toute forme de dématérialisation, vécue comme une négation, conduisent à ce résultat.

De fait aux élections, les candidats préfèrent courir les concours de pâté et autres tourins blanchis plutôt que d’évoquer l’improbable déploiement d’une administration 2.0 (nous y revenons bientôt).

La Dordogne le numérique et internet: antagonismes

Le piètre résultat des sites internet des communes périgourdines est certainement à corréler avec le rapport global du numérique périgourdin. Le Diagnostic 2010 de l’Aquitaine Numérique place la Dordogne dernière à tous les niveaux [télécharger le rapport en .pdf].

Globalement, le retard est homogène et se retrouve logiquement pour les sites institutionnels communaux.

Diagnostic numérique de l'Aquitaine numérique

A contrario des responsables politiques, les PME périgourdines ont très bien compris les enjeux du numérique et obtiennent un classement tout à fait honorable. Ce n’est pas une fatalité territoriale.

Diagnostic 2010 de l'Aquitaine numérique

Revenant aux sites internet des communes, on notera une forte présence de sites municipaux, mais souvent sous forme de portails délaissés et non mis à jour. Autant dire inutiles.

Diagnostic 2010 de l'Aquitaine numérique

Le site internet de Périgueux absent du top 10

Ville préfecture de 30 000 habitants, Périgueux aurait du figurer parmi les 10 premières villes (certaines ne sont pas des préfectures et ont moins de 15 000 habitants).

Sachant que le maire refuse catégoriquement de comprendre à quoi sert un site internet, ce n’est pas une surprise [La médiocrité numérique comme science].

Souvenez-vous, il vantait il y a peu la nouvelle version du site de la ville, étant pourtant davantage un compost de pixels qu’une plateforme de communication.

L’utilisation du réseau et sa finalité tient à la volonté politique. Donner l’accès permet l’usage et non l’inverse. Cette exploitation raisonnée du potentiel numérique ne tient uniquement (malgré la tendance générale dans l’étude) ni à la taille des villes – Boulazac devance Bordeaux –, ni à leur tissu urbain ou rural – Excideuil devance Mérignac–.

La volonté politique découle directement de la compréhension des enjeux liés à l’outil informatique. Le maire de Périgueux et son équipe étant interpellés par cet outil comme un castor devant une scie sauteuse, le résultat est là : on fait jeu égal avec la voiture balai.

Pour conclure

A l’heure où l’on développe l’administration 2.0 et l’ensemble de la gestion publique de demain, c’est-à-dire tout à l’heure, les responsables politiques et administratifs périgourdins sont au pied du mur.

Ou bien ils comprennent les enjeux immédiats liés à la 3ème révolution industrielle et agissent concrètement en conséquence… Ou bien ils continuent à cliver artificiellement ruralité et numérique, éloge du foie gras et internet, etc. et alors le territoire est condamné à devenir un parc naturel d’autochtones consanguins.

Au passage, les élus sont mandatés par le peuple…

Zoe Shepard, les fonctionnaires et la liberté d’expression

Un pamphlet sorti en mars 2010 signé sous le pseudonyme de Zoe Shepard a rencontré un bon succès médiatique. Le livre Absolument Dé-bor-dée ! (Albin Michel) prend pour cible les errements d’une administration territoriale en décortiquant à la soude certains comportements. C’est une fiction publique territoriale.

Jusque là rien de bien fracassant, tout le monde ou presque a entendu parlé du bouquin depuis son battage médiatique. La collectivité en question était masquée (une mairie) et les acteurs voyaient leur anonymat garanti par des pseudonymes (à poil dur). Le livre se présentait comme un journal de bord satirique et piquant, mais sans conséquences.

Le Conseil Régional Aquitaine fait son coming out

Sauf que les personnes visées ont fait leur propre coming out en dévoilant leur identité : des fonctionnaires du Conseil Régional Aquitaine. Zoe Shepard se faisait ainsi « balancée » pour apparaitre elle aussi sous sa véritable identité et devenir Aurélie Boullet.

S’ensuivit un conseil de discipline ((« La région n’a présenté aucun témoignage, écrit ou oral, lors du conseil de discipline« )) ( 5 sur 7 avaient reconnu ne pas avoir lu le livre) invitant la hiérarchie à révoquer l’auteur pour deux ans et sans rémunération. Non mais ! Puis le 01/09/10 Alain Rousset, le président du Conseil Régional bordelais trancha pour une sanction ferme de 10 mois d’exclusion sans rémunération (dont 6 avec sursis).

Sur cette affaire, le magistrat Philippe Bilger [Il faut défendre Auélie Boulet] rappelait sur son blog :

Il convient de récuser vigoureusement ce paradoxe qui voudrait qu’au moment où les élites politiques, administratives et gouvernementales s’affranchissent de leur réserve, celle-ci ne soit plus imposée qu’aux fantassins et soutiers de la Fonction publique.

Exemple parmi d’autres, les commentaires de Brice Hortefeux sur le braquage d’Uriage. Et combien d’autres et des pires…

L’agent territorial a déjà gagné. Grâce aux fonctionnaires du CRA et en particulier au Directeur Général des Services, le livre est un succès d’édition, les média s’arrachent Aurélie Boullet et c’est non sans assurance qu’elle peut déclarer aujourd’hui porter l’affaire devant un Tribunal Administratif pour recours en excès de pouvoir (ou référé suspension).

Pourquoi Alain Rousset va perdre face à Zoé Shepard

Car les motifs de la sanction sont si cocasses qu’ils n’ont quasiment aucune chance de prospérer face à des magistrats. Pamphlet anonyme, caricature, satire, semi fiction, l’avocat du CRA va en baver (Me Bernard Boyer soutien que les agents étaient identifiables). Car c’est bien son client qui portera la responsabilité d’avoir révélé les véritables identités.

Pour Zoé Shepard ? Loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. article 6 :

La liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires

Le devoir de réserve est une jurisprudence, la liberté d’expression un droit fondamental. Au revoir. Le statut de fonctionnaire répond d’une loi qui appelle à la discrétion – article 26 – mais dans le strict respect de l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

C’est bien ce que rappelait le Journal Officiel – JOAN du 8-10-2001 – sur le débat de l’Assemblée Nationale, les députés ne s’étant pas trompés :

Il convient de rappeler, au plan des principes, que cette obligation de réserve ne saurait être conçue comme une interdiction pour tout fonctionnaire d’exercer des droits élémentaires du citoyen : liberté d’opinion et, son corollaire nécessaire dans une démocratie, liberté d’expression.

Quand bien même, les juridictions françaises prendraient une décision anachronique ? La Convention Européenne des Droits de l’Homme nous rappellera en son article 10 :

Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière.

L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire

Pain béni pour l’avocat de Zoé Shepard à tous les niveaux, ce n’est pas elle qui a dévoilé l’identité de la collectivité ni des personnes visées. Bien au contraire, elle a préservé leur réputation en prenant soin d’utiliser des pseudonymes.

Devant le silence de la loi, la peur du placard à balais

Car selon Zoé Shepard, c’est bien le DGS du CRA, Jean Luc Mercadié qui mis le feu aux poudres et justifie à lui seul l’intégralité du pamphlet. Ce Mercadié a l’air d’être une pointure. Il a en grande partie accéléré le succès du livre, a couvert de ridicule les fonctionnaires territoriaux en participant au dévoilement de leurs véritables identités ; puis mis Alain Rousset en porte à faux : contraint d’assumer une sanction ambigüe pour des motifs vaseux.

Politiquement, juridiquement, médiatiquement, on ne pouvait pas faire pire : hommage au stratège.

C’est donc bien plus la peur du placard ou des pressions et non les lois qui assurent le silence de certains fonctionnaires. Là où ce n’est pas le droit qui empêche un fonctionnaire d’user de son droit d’expression, c’est souvent davantage le milieu et son fonctionnement qui incitent à l’autocensure (en témoigne le blog ouvert à cet effet).

Pour conclure, la liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. A vos plumes !

Qu’on se le dise à la mairie de Périgueux.

Régionales 2010: Michel Moyrand remporte la mairie de Périgueux

Beaucoup de candidats aux régionales, au lendemain du premier tour, ont été tentés d’esquiver les véritables causes de l’abstention en l’expliquant par une méconnaissance des français de l’action des Régions.

Piètre explication, puisqu’elle stigmatise à juste titre l’absence de communication et de pédagogie des exécutifs sortants, tout comme le flou entretenu au niveau national. En somme, les responsables de ces collectivités n’ont que peu à faire de l’abstention, le jeu électoral consistant à gagner ou perdre, non à améliorer la démocratie.

Ombre d’une démocratie en souffrance au lendemain du 1er tour, l’abstention au lendemain des élections est le cadet des soucis. Parce qu’elle a nettement reculé au 2ème tour ? Pas du tout. En Dordogne, passer de 141 328 à 127 450 abstentions sur 308 000 électeurs n’est en rien une satisfaction.

En réalité, l’abstention a effrayé au 1er tour parce qu’elle constituait un dangereux réservoir de voix, imprévisible, potentiellement captable par l’adversaire, intéressant à gratter pour améliorer son propre  score. Le 14 mars, c’était un échec de la démocratie. Le 21 mars, on s’en fout, on a gagné ou perdu.

Il n’y évidement aucune hypocrisie dans ces changements de discours à une semaine d’intervalle.

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 1 ::

Pourtant, on peut douter que les discours politiques rendent plus lisibles l’enjeu du scrutin régional. Il suffit d’écouter les candidats.
Michel Moyrand pour le PS, appelait à sanctionner la politique gouvernementale. Du désengagement de l’Etat à la réforme des collectivités territoriales en passant par la protection sociale, il fallait presque davantage voter contre Nicolas Sarkozy (incarné par Xavier Darcos) que pour Alain Rousset, le président PS sortant.

Il fallait comprendre ainsi que les Régions étaient des foyers de résistance quasi guévaristes contre le néo-libéralisme de l’Elysée et la tentative (avortée par la crise) d’adapter le pays au modèle anglo-saxon.

Ceci est le premier niveau de confusion généré par les candidats, la nationalisation du scrutin. Tactiquement, s’appuyant sur un bilan de 3 années et de lourdes difficultés nationales, le jeu a été payant (au moins électoralement).

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 2 ::

Le second niveau de confusion fut apporté par le candidat UMP Philippe Cornet. Leader de l’opposition à Périgueux, il voulut donner au vote régional une allure de scrutin municipal, en appelant à sanctionner Michel Moyrand pour sa politique communale. Au point même que Dordogne Libre titrait entre les deux tours : Des Régionales aux allures de Municipales à Périgueux.

Ben voyons. Soucieux de nationaliser le débat mais pas de le municipaliser, le maire Michel Moyrand rétorquait à juste titre sur le terrain de la Région :

Les gens ne votent pas là en fonction des personnes, mais pour un projet ou un bilan. Moi j’ai un bilan de 12 ans positif à la Région.

La tactique était mauvaise et pour cause. Le maire de Périgueux a mis un an à découvrir le « métier », il en est pour la 2ème année à mener des études et à ajuster ses budgets: il n’y a aucun bilan à tirer. De plus les amalgames entre scrutins sont verticaux et à sens unique. On peut élargir l’enjeu d’un scrutin local, bien plus rarement réduire un enjeu électoral à un scrutin plus modeste.

:: La confusion des enjeux entre scrutins: niveau 3 ::

Troisième niveau de confusion au lendemain de la victoire de l’exécutif régional sortant. Alors que l’on attendait le maire de Périgueux se féliciter des résultats de l’ensemble de la gauche pour la Région Aquitaine, il focalise la victoire sur sa personne à Périgueux (DL) :

Rendez-vous compte, j’ai gagné les municipales avec 113 voix et je suis ce soir à 57 %

De ce point de vue, il remet ses partenaires d’Europe Ecologie et du Front de Gauche à leur place, les ramenant à la réalité qui est la leur : des équipes d’amateurs évoluant en CFA.

Partageant un peu de son succès, il pense soudain à citer sa dream team :

C’est une grande victoire pour l’équipe municipale

Plus surprenant, c’est lui, à son tour, qui municipalise le scrutin en comparant les deux élections, concluant que son action municipale est largement confortée par ce score de 57%. A une semaine d’intervalle, alors qu’il ne fallait pas le juger sur son action municipale, voilà cette dernière confortée par les résultats du second tour.

Cette auto satisfaction est d’ailleurs relative. Aux municipales de 2008, Michel Moyrand recueillait 6 741 voix alors qu’il en récolte aujourd’hui 5 405. Au jeu des comparaisons hors-sol il n’y a donc pas lieu de se gargariser.

Hier il ne fallait parler que d’élection régionale, aujourd’hui c’est un scrutin municipal à la limite du plébiscite, mais qui n’en demeure pas moins une sanction pour la droite parlementaire. C’est bien en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui, même maire d’une ville de 30 000 habitants.

:: Responsabilité politique de l’abstention ::

L’instrumentalisation et la confusion des scrutins, couplées à l’absence totale de pédagogie sur les différents niveaux territoriaux entretient sciemment l’ignorance et la confusion. Rien dans la mise en œuvre de cette méthode ne va contre l’abstention, elle la conforte et la nourrit. On fait ainsi passer les abstentionnistes pour des absentéistes des rendez-vous démocratiques. Cela permet à peu de frais d’obérer la réalité en se croyant légitime avec la moitié des électeurs. C’est simplement une rhétorique de faux-cul.

Mais pardon, nous parlions encore de l’abstention alors que les élections sont finies. Désolé.

Elections régionales en Aquitaine, premières observations

Ce billet servira d’aide mémoire en abordant sans creuser quelques éléments de ce 1er tour des élections régionales en Aquitaine et en Dordogne. Il se décline en quatre zooms thématiques :

– Les sondages
– La particularité Aquitaine
– Les grandes alliances de second tour
– L’abstention

:: Les sondages ::

Le 25 février 2010, Sud Ouest diffusait un sondage SO/Tv7/Ifop donnant les intentions suivantes :

Alain Rousset : 31%
Xavier Darcos : 24%
Jean Lassalle : 12%
Monique de Marco : 11%

Dans cette affaire, le FN était superbement ignoré, erreur classique à partir de laquelle on a beau jeu de s’étonner par la suite, face au résultat toujours trop élevé.

Les résultats du 1er tour, 14 mars (JDD) :

1er_tour_regionales_aquitaine.jpg
En moins de 3 semaines, le PS a donc progressé de 6.63%, ce qui marque la différence la plus notable. Alors que les écarts pour les autres partis candidats, 2% pour l’UMP, 1.73% pour le Modem, 1.25% pour EE semblent indiquer la stabilité du sondage.

Certes, Europe Ecologie et le Modem étaient à 1% prêt, induisant sa capacité à négocier pour le premier et à se présenter en finale pour le second. Le FN pour sa part recule depuis les élections de 2004 de 2.73%, ce qui suffit à l’éliminer du second tour, une très bonne nouvelle pour l’Aquitaine.

Au final, l’instantané du 25 février est contradictoire. L’ordre d’arrivée est correct et les chiffres assez fidèles pour 3 formations politiques sur 4, mais il demeure sous-estimé pour le PS. Il faudrait comprendre pourquoi il était erroné à l’instant T ou comment le PS a gagné 6.63% en 3 semaines. L’écart cumulé à la baisse des 3 autres formations atteint 5.98%, c’est peut-être une piste.

:: Les particularités de l’Aquitaine ::

En comparaison des résultats nationaux, l’Aquitaine se fait mutine:

– Europe Ecologie arrive en 4ème position perdant 3.55% sur la moyenne nationale.
– L’UMP et son candidat « malgré lui » accuse un retard de 4.65% par rapport à une moyenne déjà jugée mauvaise.
– Le Modem aura son unique candidat présent au second tour avec +6.43% sur le national avec un score global de 4%.

Le PS s’y montre souverain avec +7.62% sur la moyenne nationale. La niche électorale de l’alternative à la suprématie PS/UMP (près de 60% des voix cumulées) n’est pas occupée par les écologistes mais par le Modem. Ou plutôt par son candidat (Jean Lassalle) à la ruralité claironnée qui a plus convaincu dans les campagnes que des écologistes intrinsèquement citadins. (En particulier dans les Landes, Cf. Carte dynamique de 20minutes.fr).

:: Les grandes alliances de second tour ::

L’UMP se vante de ne pas en avoir, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. La négociation sera en revanche toute autre entre le PS et Aquitaine Ecologie.

En 2004 les deux formations s’étaient présentées conjointement. Elles avaient gagné de la même façon et par conséquent partagent en 2010 un bilan commun au terme du mandat, ce que les socialistes ont largement rappelé. C’est le cas aussi pour les mandatures en cours dans les municipalités.

Or après les élections européennes, les écologistes ayant décidé de faire cavalier seul au premier tour, ont du trouver à redire sur le bilan régional, subitement devenu socialiste, comme si les Verts n’avaient fait que de la figuration pendant 6 années.

Il faut donc aujourd’hui recoller les morceaux pour retrouver son fauteuil régional, en expliquant que l’unique objectif est de battre la droite, ce qui est déjà chose faite. N’en demeurent pas moins des divergences, véritables ou de façade.

Au meeting PS du 22 février, les Verts ont été vilipendés au même titre que la droite (SO 23/02/10) :

Bien sûr, la problématique environnementale est très présente, mais cela ne peut pas se faire sans l’économie, sans la démocratie, sans une synthèse. Il faut laïciser cette problématique ; qu’il n’y ait pas de dogme.

Ils ne sont par cette phrase que présentés comme une sorte de secte à grand bonnets pointus, non blancs ici mais verts.

On est pour le TGV à Bègles, mais quand on sort de Bègles, on le combat ! Il ne faut pas s’aimer quand on a des mandats et qu’on abuse autant la population. Les Verts expliquent être contre le TGV ; c’est une imposture ! Même chose pour le terminal gazier. C’est le retour à la grotte primitive !

Ici ils auraient trompé la population et sont affichés comme des rétrogrades, des passéistes anti progrès. Ce n’est ni plus ni moins que l’angle d’attaque de l’UMP sur le plan national avec la décroissance par exemple.

L’attaque fut si vivement ressentie que la candidate Aquitaine Ecologie avait répliqué sur son site :

Le Néandertalien écologiste ne remerciera donc jamais assez Sapiens Savary [candidat PS Ndlruedelachouette] pour lui avoir permis d’apercevoir la lumière de la modernité. Une idée vient à Néandertal : Homo Sapiens serait-il nostalgique du 20ème siècle ? Néandertal, lui, est sur d’une chose : il préfère le 21ème.

C’est ainsi que Monique de Marco a fini par fustiger l’action du PS (SO 06/03/10):

Elle a évoqué hier le ripolinage écolo des propositions du Parti socialiste qui a la même politique de croissance que la droite depuis des années.

Aquitaine Ecologie doit donc maintenant expliquer la fusion avec un Parti Socialiste qui a tant d’accointances avec une gestion de droite. Et cela en sachant qu’ils sont en position de faiblesse pour négocier quoi que ce soit proportionnellement à un score qui demeure un échec en deçà des 10%. Sans le levier de négociation que représente la capacité à se présenter au second tour, cela risque de ressembler à un piteux retour au bercail.

:: L’abstention ::

Le Monde.fr

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En quelques chiffres d’abord : 50.44% en Aquitaine, soit 1  150 340 absents. En Dordogne, 45.85%, soit 141 328 absents. A Périgueux, 47.91%, soit 8 576 personnes.

Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui sur l’abstention. Elle mérite du recul et de l’analyse considérant que 23 millions d’inscrits n’ont pas voté. La plupart des réactions politiques sont simplement consternantes, nous en formons un bouquet garni dont nous reparlerons à l’occasion.

En dégustation quand même, il faut connaitre l’analyse de Michèle Delaunay (députée socialiste de Gironde – voir son activité sur Nosdéputés.fr). L’abstention est causée par les sondages. Ces derniers ont pour effet de perturber psychologiquement l’électeur, entrainant un état de confusion mentale entre « réel » et « virtuel ». De fait :

De plus en plus de gens ne perçoivent plus une stricte séparation entre le virtuel et le réel

Ce phénomène psychologique de masse a donc touché cette fois là plus d’un million de personnes en Aquitaine. Une thèse ainsi défendue par une députée semble plus grave encore pour le Parlement que pour les résultats électoraux.

Mais ce n’est pas tout, car les médias aussi livrent leurs explications sur l’abstention. En la matière c’est Sud Ouest Périgueux via Hervé Chassain qui livre aujourd’hui ses conclusions :

Une inquiétude cependant pour tous : le faible niveau de participation. Avec 54,15 %, il est très loin de celui des régionales de 2004 (72,10 %). Il est vrai que les scrutins précédents étaient jumelés à des cantonales, renforçant leur intérêt, surtout en secteur rural. Il est vrai aussi que c’était ce week-end l’ouverture de la pêche à la truite…

Première cause : le jumelage aux élections cantonales
Deuxième cause : la pêche à la truite

Aux dernières élections régionales couplées, l’abstention avait été de 29.69%, soit 89 682 personnes. Sur plus de 140 000 abstentions en Dordogne en 2010, il nous reste donc pour Sud Ouest 51 646 pêcheurs à la truite. Il n’y a jamais en Dordogne qu’un total de 21 000 licenciés à la fédération de pêche… Et par conséquent un niveau de braconnage très inquiétant.

Reste donc la truite comme métaphore de la paresse pour expliquer l’abstention à Sud Ouest. Métaphore que l’on doit retourner au journaliste pour aiguiser ses analyses au regard d’un phénomène grave qui requiert autre chose que légèreté et imprécision.

#RégionalesAquitaine2010 / Twitter: un 2.0 en forme de 0.2 beta test

Depuis le mois de décembre, nous observons comment les candidats aux régionales d’Aquitaine communiquent sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, ces outils ont été intégrés à leur stratégie de communication. Rappel: le principal objectif est de gagner des électeurs. A défaut il s’agit de ne pas en perdre ou de donner l’image d’un candidat déphasé. Dès qu’il y en a un cela devient quasiment une contrainte pour les autres d’y aller aussi. Et c’est comme les auvergnats, tant qu’il y en a un ça va…

Le 14 février, Hervé Pargue a mis en ligne sur pargatruk.com une étude des sites web PS et UMP ainsi que quelques observations acerbes concernant leur présence sur les réseaux sociaux. Il leur prodigue finalement quelques conseils que les candidats ne devraient pas manquer.

Sa conclusion est sans appel :

En fait, les candidats ne sont présents que parce qu’en cette année 2010, la dictature du médiatiquement correct contraint chacun à être présent sur les médias sociaux. Mais la démarche s’arrête là : y être. Pour faire comme les autres. Sans réfléchir, surtout, à une stratégie innovante d’utilisation des plateformes. Alors, dira-t-on, cette élection 2010 aura été la 1ère à voir les candidats investir massivement les médias sociaux. Ils essuient les plâtres et ne peuvent que progresser. Moui, peut être. Quoique à bien y regarder … le web existe en France depuis une bonne grosse douzaine d’année (1997). Depuis toutes ces années les sites de candidats auraient pu / dû s’améliorer. Quand on voit la piètre qualité de la cuvée 2010, on est en droit d’être septique.

Il faut insister sur le fait que les candidats auront fait les 2/3 de la campagne électorale sans avoir mis à disposition leur programme politique. Ce dernier apparait ainsi comme second dans les priorités de communication, alors que pourtant, il est le socle même sur lequel est censé s’appuyer le choix électoral. Signe des temps, on aura eu toutes les dates jusqu’au moindre rendez-vous sur le marché de Levignacq, mais il aura fallu attendre les dernières semaines pour découvrir leurs projets.

Pour ce qui nous concerne, nous observerons ici plus en détail les candidats aquitains sur Twitter durant le mois de février. Où en sont-ils ? Comment progressent-ils ? Comment communiquent-ils ? Bref, comment intègrent-ils l’outil à leur stratégie de communication au fur et à mesure de la campagne ?

:: La présence des candidats ::
Au crible de SiteVolume il est possible de voir combien de fois un terme a été utilisé. Le nom des candidats existe apparemment dans un circuit assez intimiste. La comparaison avec le nom de Xavier Darcos en tant ministre est assez intéressante.

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On peut noter le contraste entre Jean Lassalle pour le Modem (?) et Monique de Marco pour Europe Ecologie. La visibilité de cette dernière sur le réseau est quasi nulle. Est-ce un déficit d’image ou bien est-ce parce qu’EE fait une campagne collective au contraire des autres candidats qui misent tout sur leur nom propre ?

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:: L’évolution du nombre d’abonnés ::

Il serait faible de dire que les courbes ne sont pas flatteuses. En nombre d’abonnés (200) le PS devance largement ses concurrents, bien qu’il demeure relativement confiné. L’UMP avec 44 abonnés est actif (162 tweets) mais souffre de s’être lancé sur Twitter à la fin du mois de janvier.
Ce qui peut paraitre étonnant (à première vue) est la stagnation (70 abonnés) d’EE durant tout le mois de février. Ce n’est pourtant pas faute de communiquer (90 messages). Sur ce point nous étions dans l’erreur la dernière fois en supposant que le Modem serait derrière EE au regard des contenus envoyés (99 abonnés), des liens FB sans commentaires. Les principales données via TwitterCounter:

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Enfin il faut minorer encore le nombre d’abonnés qui semblent réellement suivre un candidat. Une part non négligeable les suit tous, visiblement par curiosité ou en tant qu’observateur. Proportion non négligeable, une trentaine en tout suit plusieurs candidats à la fois (Twiangulate).

:: La méthode et l’usage de l’outil ::

A juste titre, le relatif échec rencontré par les candidats provient de leur usage de l’outil. Un classique Top/Down servant essentiellement d’agenda et de relai pour des liens Facebook. On note quelques efforts dans la manière de s’exprimer, mais hors d’un usage complet des fonctionnalités possibles. Peu ou pas de Retweets, de Htags et de Reply. Les statistiques ci-dessous permettent de mesurer la très faible utilisation de ces fonctionnalités (sur un échantillon de 50 tweets) et leur résonnance sur le réseau (Tweetreach).

Deux repères et deux comptes bien utilisés pour comparer. Anne Hidalgo (3540 folowers) et Nathalie Kosciusko-Morizet (40 232 followers).

Anne Hidalgo

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Nathalie Kosciusko-Morizet

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Monique de Marco

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Alain Rousset

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Xavier Darcos

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Jean Lassalle

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L’absence d’utilisation des ces fonctionnalités est directement corrélée au niveau d’interaction sur le réseau. Plus les interactions sont faibles, plus les probabilités de rencontrer des abonnés baissent. Évidemment cela comprend des exceptions. On ne saurait mesurer ces principes à la présence du Dalaï-lama qui totalise plus de 132 000 abonnés depuis le 11 février 2010…

:: Followers/Following ::

Dans un réseau essentiellement horizontal, cette communication académique ne rencontre pas le succès, car les candidats ne rencontrent pas les utilisateurs. Leur statut de candidat à une élection locale est largement insuffisant pour générer un intérêt de masse traduit en nombre d’abonnés. Configuration classique donc, moins il y a de following, moins il y a de followers. Là encore cette règle n’est pas intangible, mais s’applique aux candidats aquitains avec une certaine sévérité.

Le désintérêt que les candidats manifestent pour les autres utilisateurs se traduit par une indifférence réciproque :

Monique de Marco: 13 following / 70 followers (créé le 05/01/10)

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Jean Lassalle: 66 following / 100 followers (créé le 07/01/10)

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Xavier Darcos: 12 following / 44 followers (créé le 29/01/10)

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Alain Rousset: 55 following / 199 followers (créé le 11/09/09)

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Ce « twittocentrisme » n’est pas l’unique cause de l’indifférence que ces candidats suscitent globalement mais en fait certainement partie. Truisme visiblement non intégré au niveau de la stratégie de communication, dans « réseau social », il y a « réseau » et il y a « social ». Les candidats ne s’intéressant qu’à eux-mêmes, ils demeurent seuls ou presque, isolés en tout cas, dans une communication à sens unique.

Nous tirerons le bilan de cette campagne après les élections. Pour l’heure et malgré quelques efforts dans certains cas, il semblerait qu’il n’y ait ni méthode ni objectif précis. Autrement dit on présume une absence de stratégie visant ce réseau social, ce qui laisse dubitatif quant au concept même de communication politique en période électorale.

:: Innovation du mois: QR Code ::

Le mois de janvier était pour le PS avec la proposition d’une application Iphone pour la campagne. Mais le mois de février a vu la réponse de l’UMP qui modifié son site en profondeur. Il n’y avait que des bonnes raisons à cela, a fortiori avec le candidat Modem qui en avait proposé un clone.

Dernière touche en date, la tête de liste pour la Dordogne, Jérôme Peyrat, vient de se mettre au QR code. Sur l’affiche ci-dessous, le candidat code un message mais lequel ?

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Sauf erreur, ce n’est ni plus ni moins que l’adresse du site de campagne. Et oui, tout ça pour ça. Pour mémoire, ce type de cryptage en deux dimensions permet d’intégrer plus de 7000 caractères, permettant de compresser des informations déchiffrables avec un mobile par exemple. En terme de décoration pour fournir une URL, ça reste hésitant.

:: Coup de chapeau ::

Il faut noter localement le travail accompli par des étudiants en journalisme de l’IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine) qu’on peut suivre via leur compte Twitter. Ils apportent des infos qu’il n’y a pas ailleurs (en suivant meetings et réunions) dans un style incisif et souvent plein d’humour. C’est l’autre regard sur la campagne, pertinent, frais, impertinent.

Extrait :

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Allez, on espère que le niveau d’abstention ne ressemblera pas à ça. Rendez-vous au mois d’avril pour le bilan définitif de ces candidats sur Twitter qui restent pour l’instant bien twittocentrés.

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