Place Montaigne: les enseignements du Champ de Mars à Angoulême

La tendance est générale pour les villes moyennes et leurs agglomérations. L’urbanisme périphérique a eu un effet centrifuge, tendant à déséquilibrer l’activité commerciale de centre ville.

Comme ailleurs, l’anarchie urbanistique de l’agglomération périgourdine ((Depuis sa création en 1999 la CAP a toujours refusé de s’appliquer le moindre schéma cohérence territoriale en matière de commerce et d’urbanisme)) est le résultat d’un jeu de Monopoly.

Les intérêts commerciaux des uns, accouplés aux mandats électoraux des autres ont commandé l’urbanisme. Nulle part la raison urbaine n’a précédé l’intérêt financier.

Face à ce dépérissement, le maire de Périgueux entend apporter un remède déjà bien connu ailleurs : un vaste centre commercial en centre ville (10 000 m²). Ce remède, commençant par la privatisation d’un domaine public, est censé -sur le papier- concurrencer les franchises nationales de périphérie.

L’idée n’est pas nouvelle, elle a déjà 20 ans. La société Klépierre, détenue à 52% par BNP Paribas, s’emploie depuis 1990 à implanter des galeries marchandes dans les cœurs de villes. Sa filiale, Cégécé, a lancé en 2007 la galerie du Champ de Mars à Angoulême.

C’est ce que nous allons examiner. Car si aujourd’hui cette opération est considérée comme une « catastrophe », (nous verrons pourquoi), sa justification était la même, alors, que celle aujourd’hui défendue par le maire de Périgueux.

Pourtant les deux villes, partageant toutes deux la même devise – Fortitudo mea civium fides – sont presque jumelles. « Mêmes causes, mêmes effets » ? Si cette règle de base se vérifie, la future galerie marchande de Périgueux contient déjà les germes de son échec.

La rhétorique des marchands de galeries marchandes

Pour défendre son projet de galerie marchande, le maire de Périgueux dispose d’un vocabulaire et d’éléments de langage éprouvés. On l’entendra bientôt parler de « redynamisation », « renouveau », « requalification« , « cœur de ville attractif », « revalorisation », etc.

La mairie a commencé à « implanter » cette idée depuis le 09 janvier 2010 (lors de ses vœux) :

Je pense bien entendu à la transformation du parking de surface Montaigne en un lieu commercial attractif qui fera rayonner Périgueux et tous les commerces déjà existants bien au-delà de son cercle habituel

Important, il n’y a pas d’alternative dans cette dialectique. Il faut choisir entre la ruine et le centre commercial (Michel Moyrand, Sud Ouest, 06 juin 2010):

Si on ne fait rien on va constater la chute de l’activité commerciale à Périgueux.

Enfin, le 14 décembre 2010, (conseil municipal), le maire de Périgueux récite sa leçon sur la théorie de l’attraction commerciale :

Il nous faut des locomotives car l’offre se rétrécit à Périgueux et les baux commerciaux sont beaucoup trop chers

Maire d’Angoulême jusqu’en 2008, Philippe Motet, à l’origine du projet de galerie du Champ de Mars, expliquait son choix dès le 09 janvier 2003 pour L’Express :

Avant la fin de son mandat, Philippe Mottet compte créer, sur cette place du centre-ville d’Angoulême, une galerie de 10 000 mètres carrés, sur le modèle de l’îlot des Cordeliers, à Poitiers. Pourquoi miser sur le commerce, alors que l’agglomération apparaît comme la mieux dotée dans ce domaine en Poitou-Charentes? Réponse: pour parvenir à un équilibre entre la grande distribution installée en périphérie – elle représente à elle seule 77% du chiffre d’affaires commercial de l’aire urbaine d’après la chambre de commerce – et les boutiques du centre-ville, en grande difficulté.

5 ans plus tard, Philippe Mottet se félicitait d’avoir créé cette « locomotive » dans le journal Convergence 06 janvier 2008 :

J’ai fait un rêve, celui d’une ville dont le cœur serait attractif, parlerait au-delà des remparts à l’ensemble des quartiers, de l’agglomération du département. Ce rêve est aujourd’hui réalisé au Champ de Mars. J’ai voulu à la fois redonner une fierté et initier un nouveau départ à ma ville.

Maintenant nous allons constater la similarité des argumentaires entre politiques et marchands de galeries, vous allez voir c’est amusant.

Cégécé, plaquette promotionnelle du 29 juillet 2005 :

La requalification de la place du Champ de Mars [parking Montaigne] s’inscrit dans une logique de revalorisation du coeur de ville. Le Champ de Mars [parking Montaigne] est un site de prédilection pour l’implantation du centre commercial, lequel apportera un nouveau dynamisme à la ville. En effet, sa situation géographique exceptionnelle, lui permettra de devenir un pôle attractif, incontournable et qualitatif dédié aux piétons.

L’opération du Champ de Mars [parking Montaigne] répond aux attentes des habitants et des commerçants de la ville. Le projet de réorganisation du tissu urbain entrepris par la commune d’Angoulême [de Périgueux] permettra la fidélisation des consommateurs existants tout en captant une nouvelle clientèle.

Ce type de rhétorique est attendu dès 2011 à Périgueux…

Encore un peu ? Cégécé, Annonce commerciale, 08 juin 2007 :

La Galerie Champ de Mars [Montaigne], s’inscrit dans le projet de renouveau et de redynamisation du centre-ville angoumoisin [périgourdin].

Du côté de la société anonyme d’économie mixte – SAEM- qui a géré l’implantation du projet (Territoires Charente et ses beaux discours), la rhétorique était aussi fournie par le promoteur immobilier :

Le Centre Ville d’Angoulême [de Périgueux] manquait incontestablement d’un grand centre commercial à l’instar des autres villes-préfecture, tandis que se développaient de grands complexes commerciaux à la périphérie de l’agglomération. Le centre avait ainsi largement perdu au fil des décennies son attractivité commerciale.

Voici donc officiellement, en avant première, les futurs discours qui justifieront l’implantation d’une galerie commerciale sur la place Montaigne.

Avantage de cette rhétorique, on y substitue n’importe quel nom de ville moyenne. Ce n’est pas un miracle de l’urbanisme, c’est un argumentaire de vente.

Ecoute le chant du cygne sur le Champ de Mars

La galerie commerciale du Champ de Mars de 15 000 m² a nécessité plus 60 millions d’investissement, dont plusieurs à la charge du contribuable angoumoisin. (A lire le très complet dossier de presse sur le Champ de Mars en 2007).

Ouverte au public depuis fin 2007, le bilan après 3 années est dressé par la Charente Libre le 12 octobre 2010 (Champ de Mars galerie en danger) et le 13 octobre par Sud Ouest (Champ de Mars: « on court à la catastrophe »).

Monoprix quitte la galerie le 31 janvier 2011, licenciant ou reclassant 34 salariés, après 3 exercices déficitaires et sans aucune perspective favorable. Mc Donald’s emboîte le pas et le cinéma CGR est sur le point de suivre, alors que d’autres enseignes sont déjà parties ou ont déposé le bilan.

En conclusion le titre de l’article : « On court à la catastrophe ». Souvenez-vous : « Rayonnement », « redynamisation », « renouveau », « attraction », « revalorisation », etc…

Les causes de cette banqueroute, pour un projet équivalent et dans une ville équivalente, pourraient interpeller les responsables périgourdins. Car l’eldorado vendu aujourd’hui peut vite se transformer en une verrue d’un hectare sur 3 étages, verrue dont les périgourdins seront des spectateurs impuissants.

Corruption, opacité, anarchie: les leviers de l’urbanisme commercial

Une des causes constatée est l’absence de cohérence à l’échelle intercommunale. Car en parallèle et contrairement aux engagements, les aires commerciales périphériques ont poursuivi leur extension.

La problématique de Périgueux est comprise dans celle de son agglomération. Or la communauté d’agglomération périgourdine – CAP – n’a jamais consenti le moindre schéma directeur (SCOT).

Refusant jusqu’à l’élaboration d’une charte commerciale pour maîtriser les implantations, la CAP a toujours privilégié les investissements individuels et hétérogènes. Le résultat de la CAP est là : étalement résidentiel, recul des terres agricoles, uniformisation des paysages, développement anarchique des surfaces commerciales, etc.

Les différents responsables politiques ont toujours lutté contre une vision globale et homogène de l’aire urbaine ((La récente extension de Brico Dépôt, les futures extensions d’Auchan et de Leclerc, nous renseignent sur cette absence de volonté et de concertation.)). En concurrence directe avec la CAP, Boulazac a même fondé sa propre intercommunalité Isle Manoire pour défendre ses intérêts.

Cette anarchie urbaine n’est pas le fruit du hasard. Les relations entre responsables politiques et investisseurs locaux sont souvent étroites quand elles ne sont pas directement délictuelles.

Ce contexte peut sembler anachronique en 2010, mais c’est bien cet archaïsme politico-financier sorti d’un autre âge, qui modèle et dessine l’ensemble de l’aire urbaine périgourdine.

Et c’est dans ce contexte que le maire de Périgueux défend son centre commercial, alors que la CAP ne lui propose strictement aucune garantie de maîtrise de la périphérie ; bien au contraire.

Exactement comme à Angoulême, s’il n’y a pas d’homogénéité entre le centre et la périphérie, l’offre pléthorique fera des dégâts irréversibles.

Toi aussi devient fan de la galerie Montaigne

Celui pour qui l’on fait tout ça, c’est moi, c’est toi, nous, les veaux braves et dociles. La seule réaction espérée de la part des investisseurs et du responsable politique, c’est celle-ci (Discussion à suivre sur un forum à propos de l’ouverture de la galerie du Champ de Mars):

A chacun de faire son choix en connaissance de cause.

Place Montaigne: « Liberté, Egalité, Eiffage »

Le projet de bâtiment commercial en lieu et place du parking Montaigne devient marrant. Les commerçants s’imaginent avoir un avis à donner. Qu’ils le donnent. Et alors ?

Apparemment, avec leur dernière pétition, les commerçants périgourdins, en acceptant la visite de Poitiers offerte par Eiffage, n’avaient pas compris le message.

Il faut dire qu’Eiffage est sur un bon coup. Une opération de promotion immobilière juteuse (1 ha de surfaces commerciales) en plein centre ville, impliquant :

  • l’acquisition d’un domaine public,
  • une modification du Plan Local d’Urbanisme,
  • tout ça dans un secteur sous la protection de l’Architecte des Bâtiments de France ;

c’est une opportunité exceptionnelle. Rarement un promoteur immobilier a l’occasion de construire en plein secteur protégé ((Limite des 500 mètres et secteur historique)) un bâtiment commercial plus haut que le Tribunal de Grande Instance.

Eiffage ne refusera même aucune aide au maire (comme le bail emphytéotique par exemple) pour financer et construire sa nouvelle mairie rue Wilson qui coutera un an d’investissement à la ville de Périgueux.

On revient sur ce qui va se passer au prochain conseil municipal du 14 décembre et ce que cela impliquera bientôt.

La place Montaigne, domaine public inaliénable et imprescriptible

Dans l’interview d’Anne Marie Siméon pour Sud Ouest, le maire de Périgueux annonce le transfert de Montaigne du domaine public communal au domaine privé communal.

En l’état Michel Moyrand ne peut pas vendre la place Montaigne. Il s’agit d’un domaine public, c’est-à-dire un domaine « affecté à l’usage direct du public », ou destiné à un service public, ou indispensable à son exécution ((Code Général de la Propriété des Personnes Publiques, article L 211-1)).

Or ces biens publics sont inaliénables ((Le principe de l’inaliénabilité est à l’origine une loi fondamentale du royaume, consacrée par
l’édit de Moulins de février 1566, qui imposait cette règle aux biens relevant du domaine de la Couronne, dans le but d’éviter la dilapidation du patrimoine du Roi. Ce principe interdit de céder, vendre et même exproprier les biens incorporés naturellement ou volontairement au domaine public)) et imprescriptibles ((Le principe d’imprescriptibilité, posé par un édit de Colbert d’avril 1667, interdit d’acquérir par prescription, c’est à dire par possession prolongée, la propriété d’une dépendance du domaine public ou de tout autre doit réel grevant un de ces biens)), impossible donc de vendre la place Montaigne ((Code Général de la Propriété des Personnes Publiques, article L 3111-1)).

C’est pourquoi il a besoin pour vendre la place Montaigne de la déclasser dans le domaine privé (cession de droit commun). Ce transfert de statut implique que la place Montaigne ne répondra plus aux critères du domaine public énoncés ci-avant.

Le parking Montaigne doit fermer pour privatiser l’espace public

La notion de service public ((« Mission créée et définie, organisée et contrôlée par les personnes publiques en vue délivrer des prestations d’intérêt général à tous ceux qui en ont besoin « ; Didier Truchet, Droit Administratif)) n’est pas qu’un statut décidé en droit mais aussi constaté de fait. Le maire ne peut pas décider par décision administrative que la place Montaigne n’est plus d’usage ou de service public. L’usage du parking démontre manifestement le contraire.

Il faudra donc justifier que la place Montaigne ne remplit plus ses fonctions d’usage ((Code Général de la Propriété des Personnes Publiques, article L 2141-1)) et en ce sens la loi est claire:

« Un bien d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1, qui n’est plus affecté à un service public ou à l’usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l’intervention de l’acte administratif constatant son déclassement ».

Pour que cette place ne soit plus « affectée à un service public ou à l’usage direct du public », il va falloir constater la fin de l’activité de service public, autrement dit fermer le parking. Car c’est un constat de fait, la décision administrative seule ne modifie qu’un état de droit en fonction d’une usage public et factuel.

Si donc le maire de Périgueux ne ferme pas le parking Montaigne, (le privant de son usage public), il n’aura pas le droit de déclasser cet espace public vers le domaine privé.

Ou bien il faudra qu’une Tribunal Administratif nous explique en quoi un parking de centre ville n’a pas une mission de service public.

L’acte administratif n’est en rien « symbolique »

Évidement le maire de Périgueux minimise son geste en faisant croire qu’il est anodin et symbolique. Il n’y a rien de plus faux. On vient de le voir, cet acte administratif est lourd de conséquences: il s’agit de privatiser un espace public affecté à un service public!

Idem pour le promoteur immobilier. Il ne s’agit pas uniquement de lui prouver une quelconque bonne volonté. En l’état, imaginez le promoteur monter un dossier de financement d’un hectare bâti en centre ville sans avoir l’indispensable maîtrise du foncier.

Car en l’espèce, le terrain est inconstructible et affecté à l’usage public. Demandez-donc ainsi à un être doué de raison de mettre 10 balles là-dessus !

Il s’agit donc de la première et nécessaire phase de maitrise de ce foncier sans laquelle personne ne prendra l’opération immobilière au sérieux.

La décision est donc prise, avec ou sans consultation, cela ne changera rien. Cette procédure permet au contraire d’éviter une réelle consultation publique, celle qui est prévue par le  Code de l’urbanisme ((Code de l’Urbanisme, article L 300-2)), quand une collectivité projette de réaliser une opération urbaine  qui « modifie de façon substantielle le cadre de vie ou l’activité économique de la commune« .

Pour finir, les commerçants n’ont pas plus de droit que les habitants dans ce dossier. Il concerne au premier plan l’ensemble des citoyens en impliquant une modification radicale des boulevards par l’abandon pur et simple d’un domaine public à un promoteur immobilier.

Ca mérite bien autre chose qu’une réunion avec les anciens combattants ou un voyage à Poitiers avec les commerçants.

A vendre: Centre ville de Perigueux

Brouillard en septembre…

En septembre voici ce que répondait M. MOYRAND à l’opposition qui demandait un calendrier sur le projet des boulevards :

« … nous avons déjà commencé à travailler sur le réaménagement des boulevards…il est bon d’avoir le résultat de l’étude commerciale et là nous la lancerons au début de l’année prochaine quand on aura décidé de ce que l’on fera parce que bien évidemment… si d’aventure nous disions – je ne sais pas comment il faut l’appeler – le commerce de Montaigne ne devait pas se faire, l’étude d’aménagement des boulevards dans son ensemble en serait changée, donc nous essayons d’être ordonnés.

C’est une grosse opération, si elle se fait, …elle peut être commencée fin 2014. …il faudra faire de gros travaux d’aménagement si on peut avant tant mieux mais je n’en suis pas sûr. Il y a des procédures juridiques, un projet à définir et à concevoir, et le projet n’est pas conçu,… aujourd’hui nous n’avons pas l’architecture précise, détaillée des bâtiments … Ce n’est pas un calendrier précis, absolument pas, aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure de vous donner des dates, il est possible que … mais c’est tout. »

Extraits du compte rendu en ligne du conseil municipal du 28 septembre dernier (vous pouvez consulter l’intégralité de la réponse de M. MOYRAND au maire sur le site de la mairie ou la télécharger en pdf)

Miracle en décembre

2 mois plus tard, ça y est, notre maire sait tout, même le nom du projet « les Galeries Montaigne » (je ne sais pas si Michel Eyquem apprécierait !). Finis les « peut-être », « je ne sais pas » . Mais alors, me direz vous, cette étude ?!!! Vous l’avez vue ? Elle est où ? Eh bien je me pose la question et je ne suis pas la seule.

Il y a des conclusions donc une étude puisque M. MOYRAND nous le dit. A partir de quels chiffres ? De quelle année ? Après quelle enquête ?

Tenant compte de quels éléments démographiques et économiques ? Y fait on l’analyse d’impact du projet sur le commerce ? Sur l’urbanisme ?

Sur l’environnement ? Sait-on quelle activité serait la plus pertinente ? Y a-t-il une étude de marché ?

A-t-on une idée de son articulation avec le PDU, avec le projet du quartier de la gare ?

Non, rien ! Mais des conclusions ça oui ! Il y en a, et du meilleur.

Un scoop : « il faut redynamiser le commerce de centre ville »!

Je ne l’invente pas, c’est écrit noir sur blanc sur le rapport qui nous est communiqué en avant première du prochain conseil municipal : « l’étude de la CAP fait apparaître dans ses premières conclusions la nécessité de redynamiser le commerce de centre ville de Périgueux ». Merci ! Merci infiniment pour cette révélation.

Pendant 20 ans on nous a chanté que la grande distribution de périphérie était complémentaire du commerce traditionnel, que la couronne commerciale dynamisait indirectement le centre ville, qu’il ne fallait pas s’inquiéter, que tout allait bien se passer, que ça ne ferait pas trop mal, patin couffin. Et aujourd’hui, le bon docteur nous avoue que c’est un cancer, qu’il faut employer les grands moyens : une greffe.

On veut donner l’impression que la CAP s’inquiète de notre sort parce qu’elle prépare une « charte commerciale », mais on connaît ce genre d’engagement sans fondement juridique. Ce n’est qu’une liste de vœux pieux, qui n’engagent que ceux qui y croient et qui a l’avantage, pour les élus, d’être beaucoup plus simple et moins contraignant qu’un SCOT.

Centre ville à vendre

On néglige toute velléité d’une politique commerciale digne de ce nom qui engagerait des investissements structurels capables d’attirer nos concitoyens : rendre notre ville accueillante, valoriser notre patrimoine, repenser le plan de circulation et de stationnement, maintenir et accroître la beauté de notre ville, l’animation culturelle, musicale et sportive.

Au lieu de cela, le maire vend un des sites les plus stratégiques de la ville. Il envisage, sans ciller, de céder la surface du parking à des investisseurs privés pour y implanter 10 000 m² de surface de vente (l’équivalent du centre Leclerc de Trélissac) pour moins de 30 000 habitants, 64 000 pour l’agglomération (En comparaison le Centre des Cordeliers à Poitiers, c’est 13 000 m² mais pour 84 000 habitants et 140000 pour le Grand Poitiers ). Certaines mauvaises langues disent qu’il faut bien trouver de l’argent pour aménager la nouvelle mairie.

On achève bien les chevaux

Donc, très bientôt fini le stationnement aérien du parking Montaigne. « Il conviendra d’en retrouver l’équivalent pour maintenir l’équilibre du contrat de délégation de service public » écrit Michel MOYRAND. Oui, bien sûr, « il conviendra » ! mais comment ? Où ? On rase les platanes de Tourny ? Après avoir réduit la capacité de stationnement de la place Mauvard à peau de chagrin, supprimé des places de rue, on supprime le parking Montaigne…

Sachant que les réfractaires aux parkings sous terrains sont pour la plupart des femmes et des personnes âgées, clients par excellence du marché et du commerce de centre ville, que pensez-vous qu’il adviendra ? Pensez vous qu’on pourra les forcer à remplir les sous terrains ? (Ce qui par ailleurs pourrait convenir à Vinci, dont les tarifs augmentent). M’est avis qu’ils iront se garer sur les parkings des hypermarchés.

Un exemple qui pourrait bien être suivi par nos visiteurs pendant les deux années de travaux, et donc deux années de bouchons. Formidable non en période de crise ? Crise qui s’annonce plus sévère en 2011. La périphérie s’en régale d’avance. Une manière comme une autre d’achever le commerce traditionnel de Périgueux.

C’est quoi l’environnement ?

Et l’écologie dans tout ça ? Rien, nada, bernique. Qui parle du flux supplémentaire de camions de livraison, après la valse des bennes, grues et autres engins ; du flux modifié des voitures, concentré autour d’un rond point déjà sur engorgé. Comment s’inscrit il dans le PDU ?

Le bâtiment sera-t-il de Haute Qualité Environnemental ? Y aura-t-il des espaces verts ? Des murs végétaux ? Je ne vois rien de tout cela aux Cordeliers à Poitiers (13 000 m² pour une ville de 83 000 habitants, 140 000 pour le Grand Poitiers!).

Oui-oui au pays de Valdemore

Le plus grave c’est que le maire puisse croire qu’Eiffage, l’un des trois majors français du BTP avec Bouygues et Vinci (tiens Vinci !), coté au Cac 40, se creusera la tête pour savoir quelle offre commerciale manque à Périgueux. Eiffage louera à ceux qui en auront les moyens –point- Il privilégiera donc aux enseignes nationales.

Il suffit de voir la liste de celles qui se sont installées aux Cordeliers à Poitiers.

On assistera dont au déplacement de certaines des enseignes présentes en ville et à l’apparition de « dents creuses », si ce n’est d’immeubles entiers abandonnés (comme celui de Monoprix qui est bien silencieux pour le coup).

Puis, en un deuxième temps, à une augmentation générale des baux qui accélèrera la fermeture des commerces traditionnels et mettra un terme à la diversité de l’offre. Ainsi les créations d’emplois se feront sur le dos des employés licenciés ou ne seront en fait que des transferts.

Qu’on se console, on nous jure que le bâtiment sera beau, conforme aux directives de l’architecte des bâtiments de France. Beau comme quoi? Comme ça ? Vous trouvez ça beau ?


Le conseil municipal de mardi 14 décembre prochain, à 18 H 00, qu’on se le dise.

« Le monde n’est qu’une branloire pérenne »

Michel de Montaigne

Brico Dépôt veut plus de béton

Bientôt sur la table la demande d’extension de Brico Dépôt… les presque 2000 m² d’aire de stockage seraient transformés en surface de libre service. Comme cela n’entraîne pas de modification du bâti, les élus risquent de voter oui sans se pencher sur le cas Brico Dépôt.

Encore une surface de bricolage !

Outre que l’agglomération est sursaturée de magasins de bricolage (sauf en centre ville de Périgueux où l’on court partout pour trouver une poignée de clous), il faut savoir que Brico Dépôt réalise par m² de surface de vente un chiffre d’affaires moyen de 5 500 € ;

Le « petit » changement de destination des lieux fera donc passer -sous couvert d’un plus grand confort de service pour les clients- ce chiffre d’affaires, que l’on peut estimer à environ 22 millions d’Euros, à 33 millions d’Euros.

Une paille n’est-ce pas ? Et où vont-il prendre cette part de marché en cette période de crise ? Sans oublier la bonne affaire pour le propriétaire des murs que d’avoir 6 000 m² de propriété commerciale plutôt que 4 000.

Mais ils créent des emplois !

Oui, 2, -vous avez bien lu- pour 2000 m² supplémentaires. Ils en emploient actuellement 70 et passeront à 72 … Et le tour est joué… soit une rentabilité par salarié de 314 000 à 471 000€ par salarié. Et dans quelles conditions de travail un homme seul peut-il générer un tel chiffre sans entamer son capital vie ?

Des bouchons, encore des bouchons

Et ça promet de longues files d’attentes sur cette artère longée d’enseignes. Ouvrir 2000 m² supplémentaires c’est, augmenter le chiffre d’affaires et donc la rotation du stock, c’est aussi accroître la ronde des semi remorques de réapprovisionnement et celle des camions des artisans et naturellement celle des véhicules des particuliers. Le parking est insuffisant pour une telle surface et les accès à la route dangereux. Ce site contribue à une sclérose des artères d’accès à Périgueux et à l’empoisonnement de notre atmosphère.

De la CDUC à plus rien

La CDUC (commission départementale d’urbanisme commerciale) est devenue CDEC (commission départementale d’équipement commerciale) puis la CDAC (commission départementale d’aménagement commercial) perdant à chaque fois un bout de leur pouvoir de régulation de l’extension commerciale à tout crin.

Exit l’aspect économique de la chose et dans la foulée le phénomène de disparition du commerce et de l’artisanat traditionnel. A présent on parle d’aménagement du territoire (qui doit tenir compte entre autres de l’impact du projet sur les flux de transport) et de développement durable (qualité environnementale du projet et son insertion dans les réseaux de transport collectif).

Pour ce dernier axe de réflexion, on fait appel à des « personnes qualifiées » désignées par le Préfet, qui ne disposent d’aucune véritable grille de lecture. J’aimerais connaître les conclusions qu’ils auront rendues sur ce projet et les moyens mis en œuvre pour estimer la part de pollution et d’accroissement du nombre de véhicule sur cet axe passablement saturé.

Le Scot, l’arlésienne périgourdine

L’aménagement du territoire ! Comment faire quand on n’agit pas ensemble, quand on ne pense pas ensemble, quand on regarde le problème par le petit bout de la lorgnette : la croissance ! Ah quelle belle croissance en effet que celle du béton qui a transformé nos espaces verts en parkings et en cubes de ciment caparaçonnés.

On rase des collines, on défigure nos entrées de ville, et l’air devient irrespirable le samedi même au bord de l’eau. On s’énerve, coincés pendant une heure, dans les voitures cul à cul telles des chenilles processionnaires, sans parvenir à sortir de l’agglomération dans un nuage d’oxyde de carbone.

On a ouvert les bras aux investisseurs. Certains élus ont compris mais un peu tard qu’ils devenaient ainsi maîtres du jeu territorial pour peu qu’ils s’accaparent suffisamment de foncier, qu’ils faisaient la loi sur les baux commerciaux, qu’ils se fichaient éperdument de chasser les indépendants qui ne peuvent plus suivre leur hausse.

Et qu’ainsi, les élus n’ont finalement plus la main sur l’économie de leur commune. Cette prise de conscience sera-t-elle un feu de paille ? Il s’agit de reprendre les rennes et pour le Schéma de Cohérence Territoriale dont on débat depuis plus de 10 ans est le seul outil valable. Sinon, on continuera la ritournelle du « chacun pour soi » et le diable pour tous.

« L’architecte d’aujourd’hui n’a pas de fleur à sa bétonnière ».

Jacques PREVERT

Pour son site internet, la mairie mise sur des maternelles

Vous allez rire. Nous allons rendre hommage dans ce billet aux véritables concepteurs de la maquette qui a permis le nouvel habillage du site de la ville de Périgueux.

Comme vous le savez, nous sommes à la mairie chez nous. Un de nos informateurs nous a donc transmis les sources qui ont donné l’inspiration du nouveau visuel. (– Note de service sur le devoir de réserve !!! Il y a des espions !!! Trouvez-les !!!) ((Calme toi Jean-Marc, c’est pas grave. Maintenant il faut consoler Philippe))

Nous rendons donc un hommage appuyé aux enfants de la grande section de maternelle de Castel Peyssard, à l’origine de la maquette, ainsi qu’à leurs successeurs de la maternelle du Lys à Saint Front.

atelier d'urbanisme / écoles maternelles / juin 2007

Jadis, des ateliers d’urbanisme pour les petits

C’est un succès inattendu pour ce projet d’atelier d’urbanisme de 2007 et 2008. Concrètement, il offrait la possibilité aux pitchounes de mieux percevoir leur ville, d’en approcher une lecture globale et de se repérer dans l’espace.

A l’époque, Sud Ouest (26/06/2007) avait consacré un article qui s’ouvrait en ces termes :

Autour de la table, ils sont une vingtaine, penchés sur la maquette de la ville. Des tasseaux de bois figurent leurs maisons ou leurs immeubles. D’autres carrés de bois, recouverts d’une photo, situent des endroits que les enfants connaissent : la mairie, le cinéma, la piscine, la voie verte…

Trop pertinente et pédagogique, l’initiative a été dézinguée. Il y avait pourtant à creuser:

L’aboutissement d’une réflexion sur le partage de l’espace qui concerne les transports, la répartition entre habitations et commerces, et l’équilibre entre bâti et espaces verts.

Bref, ces enfants ont aujourd’hui entre 8 et 9 ans ? Ils peuvent donc voir leur travail mis à l’honneur sur le très officiel site de la ville.

Redirection du site vers … maternelles-perigueux.fr

Malheureusement jusque là ils n’étaient pas cités, voilà l’injustice réparée. C’est donc un support pédagogique réalisé par des enfants de maternelle qui aura permis de propulser la communication web de la ville dans le nouveau siècle:

sans la moindre retouche hormis la délicate application du logo de la ville, saluons cet effort.

On peut ainsi reconstituer le cheminement créatif du ouébmaster. Nous entrons donc là dans une fiction.

1. On lui a dit de proposer un truc avec un nouveau visuel, genre promotion de l’éducation parce que le maire compte beaucoup sur les travaux dans les écoles pour garder son électorat.

Et puis c’est connu, les enfants, ça fait jeune. Si le site fait jeune, il fera dynamique. On aura donc l’impression d’une mairie active, en mouvement, comme internet quoi.

2. Là, le webmaster répond qu’un projet de site internet ne se réduit pas à son apparence, que le fond et la forme doivent être en cohérence.
Tsss trop cher, on s’en fout d’internet, le maire n’y comprend rien. C’est pour faire style.

3. Consciencieux, le webmaster fait alors remarquer qu’une charte graphique fait partie d’un projet de communication et qu’il doit travailler en synergie avec les services idoines.
Quoi ??? Tu te prends pour un DRH en plus ? On te dit un truc vite torché qui fait jeune, pas besoin du service de com pour ça, leur boulot c’est le papier.

4. Dépité, notre nouveau webmaster s’en va errer dans l’arborescence des images archivées. Soudain, son logiciel de photos lui sort les bambins de l’atelier d’urbanisme en 2007.

5. 10 minutes plus tard, le maire approuve, fier de son nouveau site.