Michel Moyrand à l’étroit entre sa mairie et le Bas Saint Front

Il y a peu, le maire de Périgueux annonçait aux périgourdins un nouveau prix pour le déménagement de la mairie : 6.4 M€ ((Erreur de notre part, la CCI s’est vendue 2.63M€ alors qu’elle était estimée à 2.57M€ en 2009)). Pour cela, les citoyens devaient lire l’appel doffre public. Ou sinon il fallait attendre que nos journalistes les plus affutés aient lu Ruedelachouette ((La mairie de Moyrand ne connait pas la crise))  avant d’en recopier les grands axes dans leurs journaux. Bref, question info à Périgueux, on fait ce qu’on peut et ce n’est pas le maire qui les aide.

Et ça continue. Le lundi 05 juillet, la mairie de Périgueux a publié un appel d’offre public pour la réalisation de l’étude d’impact du projet de parking que le maire projette au pied de la cathédrale Saint Front. Personne, avec une science de la discrétion qui touche au vœu de silence, n’aura donc averti les périgourdins comme il se doit sur cette future étude d’impact.

Elle contient pourtant des informations intéressantes pour ce qui reste un peu leur ville après tout.

Depuis que le maire s’était engagé par écrit à réaliser le projet pour avril 2011, il traine ce dossier comme un boulet en héritage. Face à la nécessité  politique de faire quelque chose, il n’a de cesse de se contorsionner pour ignorer les enjeux urbains. Aujourd’hui il ampute encore ce qui était la tranche ferme fin 2009, pour placer au conditionnel tout ce qui lui permettrait d’esquiver cet investissement.

S’il n’y avaient tant d’enjeux derrière le Bas Saint Front pour Périgueux, ce serait à se tordre de rire.

Pour se rafraichir la mémoire, on peut toujours se demander encore à quoi servait le projet du Bas Saint Front et comment il est devenu le projet de parking Moyrand.
Car il n’est pas exagéré de rappeler que ce projet a été déchiqueté en lambeaux afin de financer le déménagement de la mairie. On peut ainsi se reporter au Plan Prévisionnel des Investissements 2010/2014, ou à la délibération du 24 novembre 2009.

Le Bas Saint Front enterré en grandes pompes

Le 17 mai 2010, le maire présentait fièrement son tout nouveau projet de parking, un moment d’émotion pour un projet ambitieux.

Le plan général du projet Mauvard

Peu avant 2010, le maire avait divisé le projet en tranches ferme et conditionnelle. Ferme pour Mauvard, Thouin, Clautre, Denfert-Rochereau et Daumesnil et conditionnelle pour le boulevard G. Saumande, les quais et la dalle du futur parking souterrain ((Délibération du 24/11/09 : « La tranche ferme porterait sur le périmètre initial (place Mauvard, square Tranquille, jardin du Thouin, ascenseur, rue du Séminaire, rue Denfert-Rochereau et avenue Daumesnil), étendu à la place de la Gaieté et à la rue de l’Harmonie« )) .

Aujourd’hui, 8 mois plus tard, le maire modifie encore l’économie générale du projet. L’abandon de la tranche conditionnelle et la division de la tranche ferme en deux tranches : une tranche ferme et une tranche optionnelle. Ferme pour le parking Mauvard et le jardin du Thouin et optionnel pour le reste.


Sans prévenir personne, il se réserve ainsi la possibilité de ne réaliser que le parking et l’ascenseur d’ici la fin de son mandat. Normal, le déménagement de la mairie coûte de plus en plus cher.

Il n’est pourtant pas ignorant des enjeux pesant sur cette zone qui concerne toute le ville. L’avis rendu par les services de l’Etat était sans appel, l’appel d’offre en reprend la synthèse :

Le quartier du Bas Saint Front est emblématique dans la ville Périgueux, pourtant, il souffre d’une dégradation générale (espaces publics et bâti) et d’une gestion de plus en plus délicate entre les différents usages (circulation automobile, piétons, tourisme).

Mais peu importe, après tout, les périgourdins doivent se préparer à ne voir que le ¼ du projet réalisé, en totale déconnexion avec les conséquences d’une telle incurie pour Périgueux.

On se moque bien que ce projet du « quartier Saint-Front doit se faire au profit d’une plus-value donnée à l’habitat du secteur, à sa dynamique commerciale et de services, et des usagers piétons qu’ils soient Périgourdins ou touristes« . Ce qui importe est de prévoir sa non réalisation pour boucher les fuites du côté de la mairie.

Avant de passer au calendrier drolatique de l’opération, voici l’ascenseur (200 000 €), qui est à n’en pas douter l’élément essentiel de ce projet.


L’étude d’impact et le calendrier

Le maire s’est bien tenu de rendre public l’avant projet qu’il a validé en mai 2010. Pour autant il prévoit le début des travaux à l’été 2011. C’est un détail mais autant que vous le sachiez non ?

La tranche optionnelle est quant à elle programmée en 2013, sans précision. La seule phrase qui politiquement pèse dans le dossier est la suivante :

En cas d’absence d’affermissement de la tranche conditionnelle, le marché pourra être définitivement arrêté après la tranche ferme.

Dans ce cadre, le maire prévoit la présentation de l’étude d’impact pour le 1er novembre 2010. Un planning confortable de 4 mois pour choisir le prestataire (fin de l’offre 02/08/10) et la réalisation de l’étude.

Détail plein d’humour, seul l’avant projet Mauvard a été validé obligeant la mairie à fournir les éléments du dossier « au fur et à mesure de leur réalisation » à cause « des études en cours sur le reste du programme ».

Sachant bien que ce planning est délirant, la mairie précise avec tout l’aplomb d’une administration :

Afin d’optimiser les délais, il sera demandé au bureau d’études de débuter ses investigations dès que la décision de le retenir lui sera communiquée.

Tu m’étonnes…

Début 2011 serait lancée l’enquête publique de type Bouchardeau comprenant cette fameuse étude d’impact réalisée en 3 mois. Et hop, en juin on attaquera les travaux du parking en annonçant dans les média qu’on réalise le projet du Bas Saint Front !

Ainsi dans 10 mois débuteraient les travaux du parking Moyrand… à suivre.

Périgueux son parking Montaigne et son urbanisme commercial

Après quelques sorties périscopiques, le projet de centre commercial de Périgueux sur l’actuel emplacement du parking Montaigne a replongé. 12 000 m², 3 niveaux, 120 mètres de façade, bref, un sous-marin de première classe censé attirer les franchises et les enseignes comme des mouches dans un pot de miel.

Le miel étant bien entendu l’avidité consumériste des périgourdins, lassés d’aller à Bordeaux le samedi après-midi faire leurs emplettes.

Aux dernières nouvelles, les élus, consciencieux, visitaient un bâtiment commercial du même tonneau à Poitiers. Comme si le groupe Eiffage, porteur du programme, avait lancé les Etudes d’Avant Projet sans l’aval du maire, indécis jusqu’à tâter le terrain poitevin.

Douce présentation, puisque le maire, en janvier 2010, annonçait déjà fermement la couleur ((Discours de Michel Moyrand lors de la cérémonie des vœux aux personnalités et à la population au Théâtre de Périgueux – 09 janvier 2010)) :

Qu’ils se rassurent, Périgueux, bouge et va rattraper durant les dix prochaines années son préjudiciable retard. Je pense bien entendu à la transformation du parking de surface Montaigne en un lieu commercial attractif qui fera rayonner Périgueux et tous les commerces déjà existants bien au-delà de son cercle habituel…

Bref, il faudrait être bien crétin pour passer à côté d’une telle opportunité en matière d’urbanisme commercial : car c’est l’ensemble des 850 commerçants périgourdins que ce bâtiment fera rayonner par delà les frontières, peu importe de savoir lesquelles.

Comment le France est devenue moche

C’est sur ces enjeux que nous revenons ici. Pourquoi le groupe Eiffage veut-il se lancer dans ce projet ? Pourquoi le maire saute sur l’occasion avant même d’avoir consulté quiconque ou vu le moindre plan ? Peut-on consulter une étude d’impact de ce projet?

Ce projet s’inscrit-il dans un schéma de cohérence territoriale ? Répond-il d’une analyse des besoins de la population ? S’accorde-t-il avec le plan d’urbanisme commercial de la communauté d’agglomération ?

Qu’en est-il de l’architecture et de l’inscription de ce projet dans un secteur protégé de la ville?

Avant de pousser plus loin et parce que c’est très lié à notre projet de centre-ville, on pourra lire cet article de Télérama Comment la France est devenue moche, dont le chapeau est simple :

Echangeurs, lotissements, zones commerciales, alignements de ronds-points… Depuis les années 60, la ville s’est mise à dévorer la campagne. Une fatalité ? Non : le résultat de choix politiques et économiques. Historique illustré de ces métastases périurbaines.

Ce n’est pourtant pas faute d’interpellations depuis longue date de la part des professionnels de l’urbanisme (SFU, CNOA, FFP), qui, récemment encore en 2007, (Pour une réforme de l’urbanisme commercial en France) ((Pour une réforme de l’urbanisme commercial en France)), appelaient à davantage de raison.

Le contexte économique général

La consommation des ménages n’a pas baissé en 2009 (+0.8%) ((Les commerces en France – Avril 2010, CBRE)). La crise a cependant fait glisser les achats « coups de cœur » vers des achats de raison. Le e-commerce poursuit une croissance structurelle avec un CA en augmentation de + 26%.

Mais les zones de chalandises sont de plus en plus concurrentielles, car l’augmentation du parc d’immobilier commercial est plus forte que celles du pouvoir d’achat et de la consommation. Résultat, une baisse du chiffre d’affaire au m² en France, doublée d’une baisse de la fréquentation (-3.7%) des centres commerciaux.

La crise n’a rien arrangé en 2009, puisque la baisse du chiffre d’affaire des enseignes de périphérie (-2.6%) est plus forte que celle des centres-villes (-1.5%). La rentabilité au m² diminue, alors qu’en 2010, 80% des surfaces en projet concernent des périphéries (5.9 millions de m²).

Plus précisément, c’est dans les périphéries urbaines que l’expansion est la plus forte. Rien qu’entre 1992 et 2006 la surface de vente totale du commerce de détail a augmenté de 50%. Du coup, les enseignes resserrent leurs critères pour investir dans les meilleurs « flux » dits « prime » et « n°1 ».

Sans surprise, les centres-villes sont donc privilégiés aujourd’hui. Mais ils demeurent les plus difficiles à conquérir.

Les règles d’urbanisme y sont plus restrictives (ex. secteur sauvegardé) que dans des communes comme Trélissac, Marsac ou Boulazac, assez moches en soi pour les pourrir à qui mieux mieux comme c’est le cas depuis 20 ans.

Mais attention, si les « grands » centres-villes sont très prisés, en revanche, les villes de moins de 50 000 habitants ont plus de difficultés. Beaucoup connaissent un déclin de l’activité commerciale et une augmentation du taux de vacance des boutiques. C’est vraisemblablement le cas de Périgueux ou presque.

Normal, la communauté d’agglomération s’emploi corps et âme depuis des années à flinguer le centre-ville au profit de ces fameuses périphéries urbaines ; quand la CAP veut, elle peut (des fois).

Les intérêts de Moyrand et du groupe Eiffage

Lente mais structurelle désertification commerciale des petits centres-villes au profit des grandes braderies périphériques, voilà notre situation. On comprend donc, dans le contexte décrit plus haut, l’intérêt d’Eiffage à promouvoir ce commerce de détail plutôt que rénover un parking de surface qui ne rapporte que si peu. Les grands business périphériques n’ont plus la côte, qu’à cela ne tienne, il reste les centres-villes.

Pour le maire l’opportunité est conjointe. Profitant de l’intérêt financier des grands groupes, il entend augmenter la consommation intra-muros. Dans ce lot, il y aura une faible probabilité pour que l’attraction générée par de grandes enseignes profite également aux petits commerçants locaux.

Depuis 50 ans, les pouvoirs publics ont répondu à l’attente de consommation des français par un laxisme surhumain en laissant pourrir jusqu’à l’os les entrées de villes (ex. Marsac, Boulazac, Trélissac, etc.) Aujourd’hui, alors que les intérêts financiers basculent et s’échappent des périphéries, les maires invitent ces mêmes acteurs à s’occuper de leurs centres-villes.

Ca, c’est le contexte global dans lequel le maire de Périgueux accueille si favorablement le projet du groupe Eiffage. Attention, le passionné de meuble en kit (indémontable) serait déçu en croyant avoir ce service près de chez lui. La zone de chalandise minimum est de 1 million d’habitants pour Ikea qui consomme à lui seul 30 000m². Elle sera de 100 000 pour une grande enseigne de vêtements ou de bricolage, 50 000 pour un hypermarché, chaussures ou loisirs et 10 000 pour un hard discount, optique, sandwicherie.

Pour conclure ce point là, le groupe Eiffage suit un vaste mouvement structurel sur le re positionnement du marché et le maire de Périgueux suit Eiffage, en espérant lutter contre le déclin de Périgueux.

Le rôle de la Communauté d’Agglomération Périgourdine

Son absence est au service de son inutilité. La CAP aurait normalement son mot à dire. Le principe d’intercommunalité voudrait une concentration des compétences favorisant une cohérence urbaine, commerciale et économique. Dans ce but, la CAP devrait s’être dotée de documents de planification intercommunale, permettant de gérer économiquement et rationnellement le développement du bassin de vie.

Mais c’est bien trop demander à nos braves barons locaux, eux qui n’arrivent même pas depuis plus de 10 ans à constituer un périmètre cohérent pour l’intercommunalité. Car l’anarchie régnante au sein de la CAP démontre le contraire. Par exemple, nos joyeux cumulards n’ont jamais réussi à établir le moindre schéma directeur commercial et économique. De même, ils n’ont jamais été en mesure de produire un Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) pourtant exigé par la loi.

Le commerce et l’urbanisme n’ont jamais fait l’objet d’un intérêt intercommunal, chaque maire préférant continuer sa tambouille en solitaire avec les résultats que l’on observe aujourd’hui  ((Dernier exemple la CDAC de Leclerc et le recours de Périgueux ou encore le cavalier seul de Coulounieix-Chamiers à la Petite Borie)). Mais comme il fallait bien trouver quelque chose à vendre aux habitants pour justifier l’intercommunalité, c’est le Plan de Déplacements Urbains qui fait office de légitimation. Ce PDU est un cache misère qui soulève l’enthousiasme, il sera bien tard lors des bilans venus de démonter le stratagème.

Un développement commercial et urbain anarchique et couteux, mais avec des couloirs de bus et des TER en pagaille. Il fallait bien 10 ans de travail et de querelles pour en arriver là.

Donc, pour notre projet commercial du parking Montaigne, (comme tant d’autres choses), l’intercommunalité ne sert strictement à rien parce qu’elle refuse d’exercer ses compétences. Tant que les élus locaux bloqueront cet EPCI au profit de leurs intérêts personnels, la CAP ne servira qu’à distribuer des sacs jaunes. Le principal étant que les habitants croient qu’il s’agit là d’un projet ambitieux et pharaonique; c’est bien parti.

Le jeu de rôle du législateur

Maintenant que la quasi-totalité des entrées de ville de France sont identiques, laides et formatées, le législateur déplore la catastrophe qu’il avait lui-même promu depuis les années 60.

Haro sur la loi « Royer » de 1973 ((Loi du 27 décembre 1973 d’orientation du commerce et de l’artisanat)) qui a tant permis le bétonnage et l’urbanisme sauvage des périphéries. Ainsi va la tendance comme le montre le volontariste rapport Charié sur l’urbanisme commercial ((Rapport Charié sur l’urbanisme commercial, mars 2009)) qui fait référence depuis 2009.

Un rapport « yaka faucon » dans la pure tradition parlementaire française, alors que dans le même temps, la LME d’août 2008 ((Loi de Modernisation de l’Economie du 04 août 2008)) assouplissait encore les règles d’urbanisme commercial (CDAC).

Plus vraisemblablement, maintenant que les marchés en périphérie urbaine sont de moins en moins rentables et de plus en plus saturés, comme par hasard, le législateur se montre de plus en plus favorable à l’investissement dans les centres-villes.

Au nom bien sur d’un meilleur « vivre ensemble » et d’une politique urbaine maîtrisée.

N’en doutons pas.

Les centres-villes comme nouveaux hypermarchés

Si on récapitule, pendant 50 ans, les pouvoirs publics ont volontairement ou non permis la défiguration des paysages français, leur uniformisation, l’étalement urbain, le recul des terres agricoles, etc.

Qui plus est, le maillage routier et autoroutier a largement été organisé autour des ensembles commerciaux, au point qu’aujourd’hui, topologie et cartographie sont organisées autour des enseignes.
La nature des marchés financiers faisant bien les choses, cette politique est aujourd’hui remise en cause pour des motifs louables (sociaux, urbains, environnementaux…) et parallèle à une modification structurelle des intérêts commerciaux.

Comme la politique et la police, le commerce se veut de « proximité » pour être à la mode. Les périgourdins seront donc bientôt « dans le vent » avec leur centre commercial Montaigne et leurs marques comme-dans-les-grandes-villes.

C’est donc à ce nouvel ensemble de commerces que l’on confie aujourd’hui la tâche de sortir Périgueux de son déclin commercial. C’est en somme une mission que le politique confie au commerçant. Car précisément, la politique en matière d’urbanisme commercial a été si asymétrique et dévastatrice qu’aujourd’hui, il n’y a que le commerce pour rattraper les erreurs du commerce.

Et John Rambo, prix nobel de la paix, s’associe de tout cœur à Goldman Sachs pour réguler les dérives de la finance mondiale…

A Périgueux, le projet du Bas Saint Front à quoi servait-il déjà?

Comme nous l’avons vu, le maire de Périgueux s’est inscrit contre le projet d’aménagement des abords de la cathédrale Saint Front. Démantelé, ce projet a perdu sa finalité et sa cohérence générale. Aujourd’hui, il est remplacé par un projet d’aménagement tronqué, découpé et étalé sur plusieurs mandats, échappant à toute vision globale. Son objectif n’est plus urbain mais politique.

Ce projet n’était pas destiné en premier à embellir les abords de la cathédrale pour faire plaisir aux touristes. L’équipement de luxe qu’est l’ascenseur tient lieu de gadget en comparaison de l’objectif général. Il est sur ce point significatif que l’actuelle municipalité ait fait le choix de sa réalisation au détriment de l’essentiel. Vous verrez après les vidéos que les enjeux urbains liés à ce projet étaient d’une importance cruciale pour l’ensemble de la ville.

De la préservation du patrimoine à l’habitat, en passant par le commerce, l’écologie  et le cadre de vie, rien, dans ce projet, n’était superflu. L’objectif recherché était global, sa réalisation devait être globale. Aujourd’hui, il est morcelé en tranches fermes et conditionnelles et adapté sur mesure au calendrier électoral.

Ce billet est en deux grandes parties. La présentation vidéo en est la principale. Mais les documents suivants permettent de préciser les enjeux et les contours. Le seul but est ici de comprendre les enjeux urbains liés au projet, n’en déplaise aux militants fanatiques monophasés.

Nous vous proposons donc de revenir sur les principes directeurs de ce projet (peut-être oubliés) et de le présenter en vidéo. Car à quoi servait ce programme d’urbanisme dont, à tort, on n’évoque que le parking souterrain (qui n’était pas une fin mais simplement un moyen) ?
Les vidéos suivantes réalisées par www.neomonde.fr sont le résultat de la proposition lauréate du groupement constitué par l’Atelier du Paysage, l’Agence Dubus-Richez, l’Atelier Lumières et Egis Aménagement. La présentation se décompose en quatre parties.

1. Présentation générale et zonage

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=DX2cbWuR7i8[/youtube]

2. Présentation, diagnostic et enjeux

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=ZzaaUEzTai4[/youtube]

3. Présentation du projet

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=pchSzFROpVo[/youtube]

4. Méthode et démarche générales

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=6Tth7wxzQgM[/youtube]

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Enjeux urbains et diagnostic de l’Etat

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Ce projet s’inscrivait dans la logique du diagnostic de l’Etat, correspondant au Porter-à-connaissance pour le Plan de Déplacements Urbains de la DDE en novembre 2006. En voici les passages qui touchent directement aux enjeux et risques que courent actuellement cette partie de la ville.

Le programme d’urbanisme initial tenait compte des recommandations du service départemental de l’architecture et du patrimoine :

L’agglomération de Périgueux vit sur un réseau de voiries organisé dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Ce plan de voirie, base de l’extension urbaine de la ville, a ainsi renforcé la convergence des itinéraires venant de l’extérieur vers la cité traditionnellement commerçante du Puy St Front. Les deux ponts qui ont longtemps permis seuls le passage de la rivière ont été connectés à un réseau de rues larges percées dans la ville ancienne (rue Taillefer et rue Saint-Front notamment), aux routes nationales , RN21 et RN89, dont les tracés ont alors été modifiés, et aux grandes avenues, support du développement urbain du 19ème siècle (rue Victor Hugo, rue Gambetta, rue de la Cité, avenue Wilson, cours Saint-Georges, Boulevard du Petit Change). Malgré le développement de l’agglomération et notamment des zones d’emploi et de chalandise à l’est et à l’ouest et des zones d’habitat sur les communes périphériques, le réseau principal de circulation à l’intérieur de l’agglomération reste basé sur le schéma du 19ème siècle.

La convergence d’une grande partie du trafic sur les deux ponts anciens entraîne un trafic extrêmement important dans la ville ancienne et sur les boulevards, l’ensemble étant protégé par le secteur sauvegardé et par un site classé sur les allées de Tourny. Ce trafic a plusieurs conséquences :

. des nuisances chimiques qui altèrent les monuments et les maisons anciennes de la ville (secteur sauvegardé, église de la Cité, Porte Normande),

. des nuisances sonores qui nuisent au confort de l’habitat et conduisent à l’abandon de certaines voies (rue Daumesnil, cours Fénelon, rue Saint-Front, quai Georges Saumande….),

. des impossibilités de mise en valeur des monuments bordant ces voies notamment les hôtels Renaissance bordant le quai Georges Saumande ; l’église de la Cité et la Porte Normande),

. un inconfort des zones réservées aux piétons (trottoirs) entraînant notamment une désaffection commerciale.

La réduction des flux de voitures transitant par le centre historique est donc une priorité pour la mise en valeur patrimoniale et pour la reconquête de l’habitat (quai Georges Saumande, avenue Daumesnil, boulevard Montaigne, cours Fénelon et Tourny, place Francheville, rue de la Cité).


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Les justifications politiques du projet en 2006

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La délibération du 25 novembre 2006 a lancé le projet. Michel Moyrand s’était abstenu puis s’était présenté en adversaire déclaré de ce programme. L’essentiel et là:

L’enjeu du projet est de recomposer un espace public mettant en valeur les atouts de la ville ancienne : le secteur sauvegardé et ses monuments historiques, dont l’emblème est la cathédrale St-Front qui domine le site d’intervention. Cette valorisation de la partie Est et du cœur du quartier St- Front doit se faire au profit d’une plus-value donnée à l’habitat du secteur, à sa dynamique commerciale et de services, et des usagers piétons qu’ils soient Périgourdins ou touristes.


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Financement et morcellement du projet en 2009

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Hors parking souterrain, le reste des travaux était évalué à 5.2 M€. Aujourd’hui le maire veut investir 400 000€ dans le parking Mauvard à titre temporaire, prévoyant peut-être d’autres travaux ultérieurs sur ce même parking pour 1.3M€, après 2014 s’il est réélu! Ce double investissement ferait passer le budget de 5.2M€ à 6.7M€!

Dans tous les cas, le budget initial pour les abords de la cathédrale était largement inférieur à celui du déménagement de la mairie et la rénovation de la CCI, (6M€ pour la CCI et 2.5M€ pour l’hôtel de ville).

La seule tranche de travaux aujourd’hui réellement visible concerne la place Mauvard. L’autre partie de la tranche dite « ferme » (Clautre, Denfer Rochereau et Daumesnil) est déjà reportée en 2013 et 2014. Quant au boulevard Georges Saumande et les quais, leur aménagement a tout simplement était supprimé.

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What else?

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Combien de périgourdins regrettent aujourd’hui le traitement sauvage réservé au quartiers des Rues Neuves, entièrement rasé entre 1950 et 1970?

Combien sont satisfaits aujourd’hui de ce trou et des bâtiments qui l’entourent à la place de ce quartier?

Aujourd’hui encore on continue de construire des logements bas de gamme dans cette partie du secteur sauvegardé. Et la rivière comme la voie verte sont séparées de la ville par une route d’un niveau de trafic national. La désertification commerciale de cette zone s’accentue. Les parvis de la cathédrales sont soit un parking, soit un trottoir d’un mètre de large. Le patrimoine architectural souffre des pollutions engendrées par la circulation. Et ainsi de suite jusqu’à un cadre de vie urbain et environnemental en détérioration constante. Donc, priorité au déménagement de la mairie !

Sur ce dossier, le silence des citoyens périgourdins relève d’une complicité passive, la même qui a laissé raser le quartier des Rues Neuves. Aujourd’hui personne ne se sent concerné au point de se faire entendre hormis une poignée d’habitants. Ce n’est pas important. Et demain, combien serez-vous à vous plaindre et à râler comme vous le faites aujourd’hui en repensant aux Rues Neuves?

Bas Saint Front et Haut Moyrand

Il commence à y avoir une certaine confusion au sujet du projet du Bas Saint Front à Périgueux. On le nomme aujourd’hui indifféremment Projet Mauvard, synonyme journalistique oblige et le maire se targue de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur moyennant une modification sensible.

Nous allons voir dans ce billet le détail du rapport délibéré en conseil municipal du mois de novembre 2009. (Ceux qui connaissent déjà la situation peuvent passer rapidement le récapitulatif). Annonçons la couleur, le projet du Bas Saint Front n’existe plus. Il a été remplacé par le projet Moyrand, radicalement autre.

:: La situation d’abord ::
La majorité précédente avait décidé d’en finir avec le trou laissé par la destruction plus politique que sanitaire d’un quartier d’environ un millier de familles, « déplacées » entre les années 50 et 70. A la saint tractopelle le maire (M. Pugnet) avait attaqué la destruction de l’ensemble du quartier, comportant de nombreux bâtiments patrimoniaux mais aussi une population qui ne correspondait plus à l’image de la ville. Un repère de pauvres, de communistes et d’individus dotés d’une autonomie politique certaine. (Cf. La démolition de Périgueux)

Une insalubrité politique insupportable qui après sa destruction devait, dès l’origine, être poursuivie par de nouvelles constructions. Las, l’argent abondait pour détruire, mais manquait pour reconstruire; hormis un hôtel grotesque et décalé, ainsi qu’une barre HLM en plein secteur sauvegardé. Bref, une politique urbaine rondement menée par Lucien Barrière et Yves Guéna qui se traduit en trois photos:

Avant(1940)

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Pendant

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 Maintenant

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Depuis 1954, la population baisse inexorablement, étant passée de 40 000 habitants à moins de 30 000 aujourd’hui. La ville a perdu une partie de son identité et de son énergie même, vivotant sous perfusion municipale. Elle a connu une gentrification certaine et a conquis par le vieillissement de la population, le titre de petite niçoise du Sud Ouest. Fortement tenue par un réseau maçonnique puissant, elle a vu aussi se développer un système notabilaire régnant sur l’économie locale et la vie politique. Bref, une petite ville tranquille pour certains, comateuse pour d’autres. Et puis le nouveau maire est arrivé en mars 2008. Le projet du Bas Saint Front est depuis le début de cette nouvelle mandature un problème.

:: Le Bas Saint Front en héritage ::

Au commencement était le mensonge l’élection,
En premier lieu la rénovation est nécessaire. Après avoir tenté de diviser la ville en quartiers pour mieux régner, le maire a du faire face au rassemblement de l’ensemble des quartiers pour la préservation de ce projet (27 février 2009). Sentant le vent du boulet électoral et comprenant tardivement l’attachement des habitants à ce dernier, il s’est ravisé. Après avoir menti en campagne électorale (lettre du 28 février 2008), alors qu’il cherchait toutes les voix susceptibles de lui profiter, il avait annoncé par écrit la réalisation de ce projet pour le premier trimestre 2011. Une fois élu, le nouveau maire a « oublié » ses engagements:

Je confirme donc que les aménagements prévus sur l’avenue Daumesnil, la rue Denfert Rochereau seront réalisés comme ceux de la place de la Clautre au plus tard dans les 3 années qui suivront mon installation à la mairie.

 puis vint le versatile et l’opportun,
En second lieu, le maire, a bien mal supporté que son prédécesseur ait initié un bon projet (on peut l’entendre par nécessaire si on préfère), lui qui aimait tant à critiquer dans l’opposition, y compris des projets qu’il soutient aujourd’hui comme celui de l’aéroport (conseil municipal 25/11/06, rapport n°29 – Exploitation d’une ligne aérienne entre Périgueux et Paris au départ de l’aéroport de Bassillac):

Nous atteignons le sommet de l’absurde. Votre contrainte, c’est votre choix. Ce dossier ne pourra aboutir, alors pourquoi prolonger dans cette voie qui mène à l’impasse. Vous n’avez que des engagements de principe, ni le Conseil Général, ni la Communauté d’Agglomération ne financeront cette structure. Vous engagez de l’énergie et de l’argent pour rien. Abandonnez ce type de dispositif, il ne conduit à rien

Comprenez que pour l’apparatchik, tout ce qui ne vient pas de sa camisole partisane est forcément mauvais, sauf s’il peut en retirer un bénéfice politique le moment venu. Ce moment étant venu, le voilà donc reprenant le flambeau de ce qu’il conspuait il y a peu. Car ce projet du Bas Saint Front contre lequel il s’est toujours abstenu dans l’opposition, il en est aujourd’hui concerné parce qu’il n’a jamais pu s’en débarrasser (il aurait mieux valu en réalité nous verrons pourquoi).

le temps du surmoi,
En troisième lieu, le coût de ce projet bloquait ses propres ambitions, dont le déménagement de sa mairie, sa marotte, son sésame, au détriment du reste évidement, fut-il prioritaire et urgent. Ce déménagement étant son unique projet urbain (et encore c’est discutable) inscrit à son programme, il est par conséquent le symbole de sa mandature, la trace de frein de son passage dans l’histoire de la ville. Il s’est précipité sur celui-ci avant même de l’avoir objectivement et financièrement analysé. (En dépit des effets de manche sur la rigueur budgétaire des deniers publics).

suivi de la démagogie démocratie
Pour clore ce chapitre, le maire a donc gelé le financement des études (conseil municipal 09 décembre 2008) dans le même temps où il « consultait » (décision du 19 juin 2008) la population comme si de rien n’était (les 16 juin et 15 septembre 2008). Vraiment comme si de rien n’était car dans la foulée, comme par hasard, l’urbaniste chargée de la prospective a subrepticement quitté la mairie. Un poste que l’on désirait certainement vacant en dépit des compétences remarquables de son titulaire, afin de pourvoir à l’exigence d’un profil moulé dans la nouvelle doctrine et inféodé au dogme municipal.
Consulter est d’ailleurs un grand mot. Se targuant d’une démocratisation de la vie locale, il organisa deux réunions extra municipales, histoire d’exposer à tout le monde son refus de financer un parking souterrain. Il faut dire qu’en matière de démocratie participative il est aussi volontaire qu’un romancier russe de la belle époque pour pratiquer le ski de fond en Sibérie.

:: Projet du bas du front ::
Aujourd’hui, nous découvrons donc plus précisément (vous verrez que ce n’est pas évident) de quoi il retourne dans le rapport délibéré :

AMENAGEMENT URBAIN DU SITE DU BAS SAINT FRONT

Autorisation de signer l’avenant n°1 au marché de maîtrise d’œuvre du 12 décembre 2007 passé avec le groupement Atelier Villes & Paysages/ Riches Associés/ Egis Management/ L’atelier Lumière.

.

Nous apprenons que les travaux étaient estimés à 5.2 M€ (en général lorsqu’on annonce un coût de travaux on fait un rappel même succin de la nature des travaux, mais le document n’en dit mot, cela évite de comprendre et de savoir). Bonne nouvelle, les études , sont réalisées à 40% nous dit le maire:

Les études d’avant projet ont été commencées en 2008 par l’équipe de maîtrise d’oeuvre et réalisées à hauteur de 40%

Je crains sur ce point de ne pas bien comprendre cette proportion, devrais-je en demander l’explication à l’adjoint à l’urbanisme? En effet, lors de la présentation du projet le 15 septembre 2008, l’autorité publique avait annoncé que les études APD (avant projet définitif: dernier stade de l’AVP) étaient achevées et que le dernier trimestre 2008 serait consacré à la phase PRO (projet). Autrement dit, les études d’avant projet étaient bouclées. Soit ils mentaient alors, soit aujourd’hui on minimise volontairement le niveau d’avancement des études pour justifier sa totale reprise en main. A vous de choisir…

Peu importe, c’est de l’argent public. Voyez plutôt :

le programme d’aménagement pour la place Mauvard a évolué ensuite à la suspension temporaire pour le parking souterrain.

Ici c’est drôle, car cette suspension n’a jamais été temporaire ni même une suspension. Une pure et simple annulation immédiate du projet de parking souterrain, décidée depuis le début et présentée comme telle en commission extra municipale; confirmant d’ailleurs la position du maire quand il s’inscrivait contre le projet, siégeant (le mot est faible) alors dans l’opposition (comme nous le verrons ensuite). Le rédacteur du rapport n’a pas du saisir les subtilités de la langue pratiquée par le maire.

Ce que nous savions sur le saucissonnage du projet est confirmé, relevant plus de la charcuterie que de l’urbanisme, ou, proche du miracle, de la multiplication des pains à la multiplication des tranches :

Afin de tenir compte de ce report (sic) et pour poursuivre les autres volets du projet, il est nécessaire de scinder le marché initial en deux tranches : une tranche ferme et une tranche conditionnelle.

En réalité, la tranche ferme est déjà subdivisée en deux phases, histoire de bien étaler les travaux dans le temps pour en optimiser les nuisanses. On se demande jusqu’à quel point son inconscient ne le conduit pas à se venger de ce quartier qui ne lui a pas été totalement favorable aux élections. Vous n’avez pas voté pour lui? Vous lui êtes hostile? Alors vous allez le payer très cher par le doux ronron d’un chantier étalé sur le reste de la mandature.

Et là attention les yeux, le conditionnel a rarement été autant à l’honneur pour un projet d’urbanisme :

La tranche ferme porterait sur le périmètre initial

On ne le sait pas encore ? Mais où pourrait-elle bien porter?

Le programme de la place Mauvard évoluerait vers la création d’un parking de surface temporaire

On ne le sait pas non plus ? On croyait savoir pourtant; puisqu’en conseil municipal Michel Moyrand, solennel dans l’opposition, déclarait au sujet du rapport n°13 relatif à la construction du parking souterrain dont le rejet était acquis:

… il faut faire attention, ce n’est pas un lieu adapté pour faire un parking [souterrain]

En réalité il doit bien connaitre son propre avis ce monsieur ou alors c’est inquiétant dans sa situation. Mais dans ce cas ce n’est plus nécessaire de commander des études d’avant projet, autant passer directement à la consultation des entreprises et à l’exécution. Ces précautions de langage sont de pure forme, quoique peu honnêtes avec la réalité. Il y a peu, lors de la présentation du budget 2009 et du Programme Prévisionnel d’Investissement 2009/2014 du 17/03/09, (Cf. aussi DL 17 mars 2009) le maire écrivait fermement à cet effet:

Nous avons choisi de ne pas construire le prestigieux et onéreux parking Mauvard qui, je le rappelle, aurait coûté la modique somme de 15 millions d’euros, dont 13,5 restaient à la charge directe des contribuables de Périgueux. Nous avons néanmoins inscrit dans ce PPI pour 2011 et 2012 l’aménagement de surface de la place Mauvard en nouvelle aire de stationnement avec l’installation d’un ascenseur

Et là, soudain, encore ce conditionnel du rapport qui en dit tellement long:

La tranche conditionnelle porterait quant à elle sur l’aménagement des quais, du boulevard Georges Saumande et de la dalle du parking souterrain, dans l’optique de la réalisation à terme de cet ouvrage.

Il faut bien saisir ici que le maire a récusé depuis l’origine et confirmé par la suite cet ouvrage inutilement coûteux. 11M€ ! clamait-il puis 15M€ pour finir… (Oui l’inflation est impressionnante en politique puisque Michel Moyrand, en conseil municipal du 24/11/07, déclarait connaitre l’estimation municipale de 9.25 M€ avant négociation). Là, nous apprenons que ce projet n’est pas enterré ; peut-être que… C’est une sorte de blague, il ne faut pas confondre l’emprise de « la dalle du parking souterrain » et la réalisation du parking souterrain. En effet (et on a eu peur à la première lecture), ce n’est pas le parking souterrain qui est visé mais ce qu’il fera dessus, à son emplacement originel. Mais alors pourquoi une dalle de parking souterrain?

Vous nous direz, incrédule, qu’il a déjà annoncé faire des travaux sur le parking à hauteur de 400 000 € et c’est vrai, mais éventuellement « temporaires » je précise, (si l’on peut dire). Ca c’est la tranche ferme. Mais s’il est réélu, il fera peut-être la tranche qui est conditionnelle et qui comporte de nouveaux travaux sur le parking à la hauteur précise de 1.324 M€. Agacez, vous rétorquerez alors qu’il vient d’annoncer l’éventualité de « la dalle du parking souterrain, dans la réalisation à terme de cet ouvrage« ; c’est vrai aussi. Je vous concède que ce texte raconte n’importe quoi, ce à quoi j’ajoute qu’il traduit assez fidèlement l’état du projet.

Et je vous sens tout rouge à l’idée de réaliser une dalle de parking souterrain avant de le creuser; parking souterrain qui est catégoriquement refusé depuis l’origine et pour lequel il n’y a aucun budget. J’en suis désolé, mais je ne fais que retranscrire ce qu’il y a d’inscrit sur ce document. C’est d’une cohérence à se faire péter le carafon un soir de pleine lune, je souscris. Mais en l’absence de projet réel, le maire préserve une grande marge de manœuvre, CQFD.

Les maîtres d’œuvre sont gâtés. Oui, non, peut-être. Mais ce n’est pas si bête. Car le maire avait prévenu la population. N’avait-il pas déclaré à la presse (DL) le 17 mars 2009 :

Si nous sommes réélus en 2014 nous mènerons une autre tranche de travaux

Mais rien n’était moins sûr pour SO qui avait ainsi retranscrit :

Nous ferons le reste si nous sommes riches et réélus

En somme, il faudra voter pour lui afin de connaitre le fin mot de l’histoire. Ce genre de suspens n’est peut-être pas ce qu’on attend en réalité d’un décideur politique, a fortiori sur un projet urbain de plusieurs millions d’euros. La chose est claire: Michel Moyrand investit moins pour la ville de Périgueux qu’en vue de la prochaine échéance électorale. On peut aussi attendre une autre utilisation de l’argent public. En l’espèce, il ne veut que le pouvoir de signer l’avenant, sans aucune contrepartie et sans rien dévoiler de la réalité du projet qu’il a en tête (si cette dernière contient bien un projet).

En somme il s’engage à minima pour conserver toute marge de manœuvre en fonction des aléas politiques et électoraux, ce qui fait de lui un maitre d’ouvrage imprévisible, un décideur qui ne décide rien, un homme qui tend les bras en reculant avec les jambes, empêtré dans des déclarations publiques contradictoires.

:: Le projet Moyrand-Mauvard ::
(Ne cherchez pas le contrepet, ce n’est pas là qu’il est). Car ce projet n’est plus le projet du Bas Saint Front. Sans le dire explicitement le commentaire du journaliste de DL 24 novembre 2009 est édifiant :

Le projet Mauvard devrait refaire parler de lui

D’ailleurs, l’opposition elle-même, selon le journaliste, ne semble pas encore avoir saisi la radicalité du changement :

Un projet majeur du candidat Darcos revu « a minima » selon l’opposition qui dénonce depuis des mois la mise en place d’un parking de surface au lieu du parking souterrain prévu au départ.

Notez, c’est normal puisque sur ce point l’opposition ne contredit pas ce que rabâche le maire (DL 20 mars 2009) :

Un budget de 4 170 000 euros est prévu pour la place Mauvard et la rénovation urbaine autour de Saint-Front. On peut donc difficilement appeler cela abandonner !

Cela comme si les projets étaient les mêmes, considérant que la dernière mouture modifie le projet initial. En réalité il y a deux projets différents, qui n’ont pas les mêmes finalités et objectifs. Le maire emporté par son calcul électoral, feint de confondre. Ce n’est pas parce que l’on parle de la même zone et d’un même investissement que le contenu du projet est le même. On peut bien abandonner un projet, conserver une ligne de crédit affectée à un zone précise et développer un nouveau projet radicalement différent du premier. Et c’est ce qui se passe. Mais pour des raisons strictement politiques, le maire à tout intérêt à ce que les habitants confondent le pure-sang et le percheron. Maintenant, libre à eux.

Le projet du Bas Saint Front avait pour objet de réconcilier la ville et la rivière, un point déterminant et substantiel. Le projet actuel n’a pas cette finalité puisque les travaux faisant le lien sont repoussés en une tranche (très) conditionnelle, en particulier sur le boulevard G. Saumande qui sépare la ville de la rivière.
Par ailleurs le projet du Bas Saint Front avait pour fin de permettre ce lien de manière piétonne par l’aménagement d’espaces verts créant une continuité entre la ville et l’eau. Ce n’est plus le cas, puisque la seule ambition du maire est de refaire un parking de surface pour un investissement de 400 000 €. (Pour comparaison, l’investissement pour l’aire de campings car est d’environ 500 000 € pour une surface moindre).

Pour mémoire, les principaux objectifs de ce projet étaient stipulés sur ses plaquettes de présentation :

– « une nouvelle perspective s’ouvre sur l’Isle et sur le grand paysage »
– « un jardin en terrasse pour offrir un nouveau trait d’union au cœur du quartier »
– « un projet qui réconcilie l’Isle et le quartier St Front »
– « la place libérée du stationnement offre un nouveau lieu de convivialité au pied de la cathédrale »
– « la zone 30 offre un espace mixte partagé où chaque usager trouve sa place »

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A ce titre, l’appel d’offre de mars 2007 était sans ambigüité:

L’enjeu du projet est de recomposer un espace public face à la rivière mettant en valeur les atouts de la ville ancienne: le secteur sauvegardé et ses monuments historiques

Les objectifs poursuivis consistent à réaménager plusieurs espaces situés autour de la cathédrale Saint-Front (inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco) et à proximité de la rivière Isle, sur une surface totale de 22 300 m² pour arriver à une fluidité piétonne et à un agrément des parcours, en dépit des reliefs. Il s’agira en particulier de transformer le parking de surface actuel situé place Mauvard en espace piétonnier à dominante végétale

C’est à cette consistance générale de la maitrise d’ouvrage que les concepteurs ont répondu. Et non bien sur à un projet dont le but est de rénover chichement un parking en occultant la problématique essentielle du lien avec la rivière. Les « 40% » (non ne riez pas) des études effectuées correspondent à ce projet et non à ce « machin » qui n’est plus ni végétal ni piéton, rien d’autre qu’un projet de parking de supérette de village.

Le projet actuel n’a strictement rien de commun avec le projet initial. C’est autre chose, un projet différent. Nous ne savons pas encore quoi, mais c’est autre chose. Pour l’heure ce n’est qu’un projet d’aménagement de parking et rien de plus, sinon l’ascenseur pour gadget.

Autrement dit, ce projet pose le problème de s’adosser à des études réalisées à « 40% » (concède; difficile à contenir) mais qui n’ont strictement pas les mêmes visées. Dès lors, se pose un problème de cohérence par lequel seul le maire ne semble pas gêné. Au risque de compliquer sa situation politique en 2014, on finit par conclure qu’il aurait mieux valu, surement, « assumer l’abandon de ce projet ». En avait-il le courage politique ? Visiblement non.

Nous voilà donc avec des études réalisées à « 40% » (ça suffit maintenant) qui n’emportent aucune satisfaction au regard du nouveau projet municipal, projet sans objectif sinon celui de rénover le parking existant pour leurrer les périgourdins sur la continuité du projet. Certes, le maire fera sa tambouille en simulant l’assimilation de deux projets qui sont pourtant des corps étrangers. Il touillera jusqu’à faire croire l’incroyable, en s’appuyant sur le reste du programme. Mais la réalité est différente et plus crue.

Aussi, à notre humble avis, il conviendrait davantage d’en rester là avec le Bas Saint Front. Surtout que le maire n’y entreprenne rien que les périgourdins regretteront par la suite, comme un projet sans queue ni tête ayant pâti d’être amputé pour la réalisation de son caprice de star municipale, le déménagement de la mairie.

:: Monsieur le maire ::
Monsieur Moyrand, par pitié, ne touchez pas au Bas Saint Front, nous ne sommes plus à quelques années près. Il sera bien un jour où un politique assez courageux et visionnaire se présentera pour réaliser un vrai projet. La Mairie de Ken vous l’avez, c’est une réussite, votre réussite, alors pourquoi infliger tant de médiocrité à ce quartier du Bas Saint Front?

Que votre ambition pour le quartier sauvegardé se résume à la rénovation du parking existant nous fait conclure que les 400 000 € prévus seraient bien plus utiles ailleurs (par exemple pour décorer la Mairie de Ken avec les Fleurs de Barbie). A défaut, vous ne ferez qu’inscrire votre nom au bas de la longue liste des décideurs qui ont maltraité ce quartier. Vous répondrez sûrement que ce n’est qu’un aspect du projet et vous aurez raison. Sauf que le reste du projet consiste en une large piétonisation de l’ensemble. Une piétonisation pour laquelle vous balbutiez mensuellement le samedi avec Cœur Piéton, étant incapable ni de la pérenniser ni de l’étendre. Heureusement le dimanche, vous vous reposez.

La Sepanso prend l’eau

Le mélodrame de la Sepanso tourne actuellement au tragicomique et se solde par la démission de deux responsables de l’association écologiste (Cf. SO 04/11/09 et 14/11/09).
Rien de grave en apparence pour une association qui fait figure d’ultra écologiste dans le département et aime à jouer le poil à gratter des promoteurs.

:: L’écologie concerne tout, donc tout me concerne ::
C’est plus problématique qu’il n’y parait. Cette association, qui, au nom de l’écologie lutte autant contre les grands projets immobiliers en zone rurale que la chasse au sanglier, n’a sous couvert de son nom et de sa mission, aucune limite à s’immiscer dans la vie locale. Le terme même d’écologie est assez vaste et flou pour aller du tri sélectif aux installations classées Sevesoen passant par la protection des salamandres.
Entre le circuit de Bagatelle et les sangliers, il y a l’écologie. Ou du moins ce que ses représentants considèrent comme relevant de l’écologie, c’est-à-dire à peu près tout. Y compris la définition des règles morales qui vous imposerait un certain comportement dès lors que vous vous promeniez dans les bois en risquant de déranger les oiseaux ou d’empêcher un cèpe de pousser en commentant le dernier match du Cap.

:: L’Etat en carence ::
Pour autant, cette association qui existe depuis 1969 est reconnue d’intérêt public. Sa mission officielle est de faire appliquer les normes en matière d’environnement dès lors que le débat est public. Voilà qui suffit à rendre sa sueur sur l’ouvrage.
La protection de l’environnement pourrait être une mission de l’Etat se dit-on. S’en est une, via la DIREN, la Direction Régionale de l’Environnement. Elle est régionale. Beaucoup de services sont départementaux de par l’intérêt de leur mission, mais on a considéré que la protection de l’environnement pouvait n’être que régionale. En somme qu’un agent de l’Etat pouvait bien couvrir à lui seuls plusieurs départements pour accomplir sa mission. Concrètement nous avons vu la DIREN Aquitaine obtenir le résultat inverse de l’objet de sa mission, à savoir la destruction d’un zone humide accueillant certaines espèces protégées. Incompétence ou surcharge de travail, les faits sont là.

:: Entre intérêts général et particulier ::
En réalité il y a une carence manifeste de l’Etat en la matière et la Sepanso fait office de bras armé local. Là où un service de l’Etat est présent en amont du projet et rend un avis permettant à celui qui décide de l’autoriser ou non, la Sepanso n’intervient qu’en aval et donne ainsi toujours l’impression de jouer les censeurs de dernière minute. Sans autre légitimité que de se mêler de tout et sans visibilité sur ses choix d’intervention. Composant avec ses moyens, la sélection des projets qui seront attaqués demeure discrétionnaire, ce qui n’est pas un gage de service public et d’intérêt général.

:: Cas pratique avec la Sepanso ::
On mesure donc le problème entre un Etat « distrait » et une association qui n’a les moyens et la visibilité que ceux relevant de son statut juridique, une association loi 1901. J’ai eu l’occasion de débattre avec la Sepanso, ou plutôt l’un de ses représentants, sur un projet immobilier. C’est un exemple en aucun cas généralisable à l’ensemble de l’action associative.

Acte 1

Premièrement ce représentant n’a apporté aucune solution concrète aux problèmes environnementaux qui étaient réellement soulevés et pour lesquels nous cherchions des solutions. Nous lui avions proposé une collaboration, il n’a jamais fourni le moindre élément positif.

Il fallait davantage subir sa logorrhée sur sa vision du monde dont il s’étonnait qu’elle ne fut pas universelle. Toujours en lieu et place de discuter des problèmes d’environnement précis liés au projet, il a fallu supporter son analyse architecturale du projet, nous expliquant que ce dernier ne correspondait pas à ses goûts et qu’il n’en voulait pas en Dordogne. Taisant sur ce qui relevait de ses compétences, intarissable sur un sujet qu’il ignorait de bout en bout, les échanges furent pénibles. Mieux, quelques jours après, alors que nous lui avions transmis tous les éléments liés à notre étude d’impact environnementale, il se répandait dans la presse locale pour critiquer l’architecture du projet en énonçant les contre vérités les plus insensées. Au regard des éléments qui lui avaient été transmis et ce qu’il en concluait, ou bien il était de mauvaise foi, ou bien il était sot. Je n’ai jamais su trancher, car sa mauvaise foi l’aurait amenée à bien communiquer, ce qui ne fut pas le cas.

Acte 2

Ca c’est de la réalité de terrain et ce n’est pas fini. Lors de l’enquête publique, il a produit un document abracadabrantesque toujours sur l’architecture, émaillé de quelques chiffres fantaisistes sur la relation du projet et de l’environnement, sous couvert d’une analyse globale du capitalisme aussi puérile que déplacée. Nous avons donc produit un document rappelant l’objet de sa mission démontrant l’étendue non seulement de son incompétence touchant au délire, mais au-delà il nous permit de couper court, analyses précises à l’appui, montrant tout le bien fondé du projet. Sa partialité était si caricaturale et sa compétence si peu révélée qu’en miroir, il revenait à donner toujours plus de crédit au projet, ce que la commission d’enquête n’a pas manqué de relever.

Epilogue

En somme, ce personnage n’avait en rien défendu les objectifs liés aux missions statutaires de son association, au contraire il n’avait fait que renforcer par ses bouffées délirantes la légitimité du projet. Mais au-delà, il avait instrumentalisé cette mission environnementale comme un porte-voix psychanalytique révélant la finalité véritable de sa présence écologiste.

Au final, les espèces protégées présentes sur le site pouvaient bien crever du moment que lui était donnée l’occasion d’exprimer publiquement tout le bien qu’il pensait de sa propre personne, comment le monde allait mal, et l’écoutant lui, comment on le sauverait.

:: Une mission de la plus haute importance ::
Cela fait beaucoup pour une association qui relève le gant d’une mission de la plus haute importance et qui prend en charge une carence de l’Etat pour des objectifs que l’on sait essentiels pour l’avenir.
La voir aujourd’hui se déchirer pour des enjeux gotiques et égotiques, entraînant son affaiblissement par des démissions multiples, répandue dans la presse à coup d’incontinence médiatique, oui, cela est attristant.
Car au fond le discrédit est là. L’image est affaiblie et le ridicule traîne aux entournures.

De quoi faire rigoler les promoteurs les plus vils qui voient un de leurs adversaires les plus légitimes se diminuer et se diluer dans des chicaneries d’appareil.
De quoi aussi renforcer l’image d’une bande d’intégristes portées par une idéologie totalisante utilisant le grand thème de la nature pour résoudre leurs difficultés personnelles et existentielles. La Sepanso n’est pas cela, sa mission est bien trop importante pour échouer sur ce genre de récif. Elle aurait déjà bien assez de travail pour faire appliquer les règles de droit en matière d’environnement.

L’écologie est-elle bien trop grave pour être confiée à des écologistes ?