Le Conseil d’Etat face aux pitreries périgourdines ?

Depuis quelques semaines, il y a une bataille locale pour le moins édifiante. C’est celle qui oppose d’un côté l’équipe du maire de Trélissac et le patron des Leclerc locaux et de l’autre, celle du maire de Périgueux et la librairie Marbot (surface « culturelle » de 1 800m²), installée dans le centre ville de Périgueux.

Leur désaccord porte sur un projet de création d’espace de vente d’objets « culturels ». Le 18 août 2009, la CDAC a validé ce projet de 1 600m² en remplacement d’une surface existante de 300m², insupportablement nommée Légende des siècles. Le recours du « centre ville » a été rejeté le 17 décembre 2009 en appel par la CNAC –Commission Nationale d’Aménagement Commercial– (qui provient de la Loi de Modernisation de l’Economie de 2008).

Nous n’allons pas disserter sur le choc de ces deux modèles économiques et culturels, dont l’un demeure un libraire plus ou moins artisanal et l’autre un industriel de la vente, plus en alerte sur le cours du pâté polonais que sur les richesses de Victor Hugo. Si le jeu de la concurrence entraine le déclin du premier, la cause en reviendra aux consommateurs, libres de leurs choix.
Qu’ils ne viennent pas chialer ensuite, tous autant qu’ils sont, si la ville principale de l’agglomération dans laquelle ils se rendent pour sortir de leurs pavillons, se trouve être un véritable désert de guichets automatiques. Si, dans son implacable beaufitude, la liturgie consumériste du samedi après-midi vient à tuer toute activité autour d’elle comme les truffes sous leur chêne, alors nous célèbrerons Edouard Leclerc comme le nouveau pape de la culture. C’est en citoyens libres que les consommateurs en seront responsables.

A Bordeaux par exemple, ni les librairies Mollat et Machine à Lire ne sont atteintes par ce que proposent les librairies de supermarchés aux alentours. Pourquoi? Ou bien parce que la population de ceux qui font la différence entre Paolo Coelho et William Faulkner  est assez importante pour pérenniser ces librairies, ou parce que l’offre des « vraies » librairies est hors de portée des marchands de tout et de n’importe quoi. Un vaste sujet que nous écartons ici.

Revenons au sujet de ce billet. Par voie légale et afin d’épuiser tout recours, il ne reste donc, pour le maire de Périgueux, qu’à saisir le Conseil d’Etat. Il sera donc demandé à Paris, au juge, de trancher un litige petro-périgourdin entre deux décideurs d’une même majorité politique, siégeant dans la même communauté d’agglomération et dont les villes sont contigües.

Cette situation appelle quelques commentaires, attachez vos ceintures nous entrons dans une zone de turbulences politiciennes.

:: La bataille juridique ::
Il y a un précédent à cette discorde. Ce dossier est la continuité logique d’un autre projet quasi identique qui avait été annulé.

En date du 31 janvier 2002, voilà ce qu’en disait LSA.fr sous le titre Leroy Merlin et Cultura mettent le feu aux poudres à Périgueux :

Défrayer la chronique
Meilleure preuve de la perte d’influence de la capitale de Dordogne, l’accord donné par la même CDEC de décembre à la création d’un magasin Cultura de 1 600 m2 à Trélissac dans la zone commerciale du Leclerc de La Feuilleraie. Une décision qui a déclenché la colère de Xavier Darcos, maire de Périgueux, choqué du soutien accordé à Cultura par le représentant de la CAP et de la chambre des métiers.
On le voit, l’agglomération périgourdine a du mal à dominer son développement commercial. D’autant que la commune périphérique de Boulazac, qui dispose d’une forte densité commerciale (autour de Carrefour), n’a jamais accepté d’entrer dans la CAP et s’est engagée dans la constitution d’une autre communauté d’agglomération. Dans ce contexte de morcellement politique et économique, d’autres dossiers pourraient défrayer la chronique comme la création d’un Brico-Dépôt, l’enseigne disposant à Trélissac d’un permis de construire pour près de 4 000 m2. Un permis lui aussi attaqué au tribunal administratif.

En juin 2004, la CNEC avait rendu son verdict, après avoir été annulée une première fois par le Conseil d’Etat :

CONSIDÉRANT que le projet de la S.A. « SODIVAL » consiste à créer un magasin de 1 600 m² de surface de vente spécialisé dans la distribution d’articles culturels liés aux loisirs créatifs et aux beaux-arts, aux supports audio et vidéo, à la papeterie et aux livres ;

CONSIDÉRANT que le projet avait été refusé par la Commission nationale d’équipement commercial dans sa séance du 30 avril 2002 ; que le Conseil d’Etat dans sa décision du 11 février 2004 a annulé cette décision en considérant qu’il n’existait, dans la zone de chalandise, aucun établissement d’une surface de vente au moins égale à 300 m², présentant une offre commerciale comparable et, d’autre part, que la demande pour de tels produits n’était pas satisfaite par les équipements commerciaux existants dans cette zone ; que par cette même décision, le Conseil d’Etat a enjoint la Commission nationale d’équipement commercial de statuer à nouveau sur le recours susvisé ;

CONSIDÉRANT qu’il ressort des éléments nouveaux portés à la connaissance de la Commission nationale d’équipement commercial, que l’équipement commercial de la zone de chalandise compte, non seulement des petits commerces de centre ville spécialisés dans la culture et les loisirs, tels que l’établissement « PLEIN CIEL » à Périgueux et le magasin « LA PATTE DE L’ARTISTE » à Marsac sur-l’Isle, mais également des moyennes surfaces spécialisées dans le secteur concerné par le projet, tels que la librairie « MARBOT » de Périgueux, qui exploite près de 350 m² sur deux surfaces de vente très proches l’une de l’autre, et le magasin « ARTS ET PASSIONS », d’une surface de vente de 400 m² situé à Boulazac ; que cet équipement commercial est complété également par cinq hypermarchés développant, au moins partiellement, une offre similaire à celle proposée par l’enseigne « CULTURA » ; que l’offre de la zone de chalandise semble ainsi suffisante pour répondre aux besoins des consommateurs locaux ;

CONSIDÉRANT que l’implantation du magasin « CULTURA » dans un pôle commercial situé en périphérie de Périgueux contribuerait, en attirant la clientèle dans ce secteur, à raréfier encore davantage la fréquentation de l’ensemble des commerces traditionnels de centre-ville, dont les éléments d’information portés à la connaissance de la CNEC semblent démontrer qu’ils sont fragilisés par le développement des grandes surfaces de périphérie ; que cette implantation serait ainsi de nature à compromettre le fragile équilibre entre les différentes formes de commerce dans la zone de chalandise ;

 CONSIDÉRANT qu’ainsi ce projet ne paraît pas compatible avec les dispositions de l’article 1er, 3ème alinéa, de la loi du 27 décembre 1973 susvisée ;

DÉCIDE : Le recours susvisé est admis.
Le projet de la S.A. « SODIVAL » est donc refusé.

Nous n’avons pas en main les Considérant de la décision de fond actuelle. Nous ne manquerons pas de le faire savoir dès que ce sera le cas. Car hormis la volonté gouvernementale d’alléger la règlementation sur les exploitations commerciales et l’urbanisme, rien n’a vraiment changé sur le fond, sinon que Marbot ne fait plus 300m² mais 1 800m² (sans oublier Des livres et Nous en centre ville).

:: La situation politique ::
Dès 2002, l’article cité ci-avant relève un « morcellement politique et économique », ce que ne manque pas de faire encore la Chambre Régionale des Comptes Aquitaine dans son rapport de février 2008 sur la Communauté d’Agglomération Périgourdine – CAP-. C’est quand même un comble pour une communauté d’agglomération qui revendique aujourd’hui toujours plus de compétences et d’autonomie, d’être incapable d’unité et de cohérence depuis plus de 7 ans.

Aujourd’hui, le maire de Périgueux pose la question de l’opportunité d’un recours devant le Conseil d’Etat, dans un des ces textes dont il a le secret. Il affirme défendre principalement 3 arguments :

1. L’offre culturelle doit être maintenue au cœur de la ville centre
2. Cette implantation constitue une grave menace pour les commerces culturels du centre de Périgueux
3. Si la demande d’ouverture d’une surface commerciale de ce type était acceptée aujourd’hui à l’est de l’agglomération, rien ne s’opposerait à ce qu’on en autorise demain une nouvelle à l’ouest

Conclusion :

Enfin, il est difficile de prétendre que le stationnement, au centre ville de Périgueux, serait un frein pour y implanter un projet de ce type. Pour mémoire, la Communauté d’agglomération périgourdine s’apprête à mettre en place son PDU (Plan de déplacement urbain). Il permettra notamment d’améliorer la circulation et les transports au sein de la ville de Périgueux, favorisant ainsi l’attractivité des commerces de centre ville.

Pour une fois, on ne saurait reprocher au maire de Périgueux de changer d’avis en fonction de son intérêt politique. En conseil municipal du 28 septembre 2007 : RAPPORT n°19 – COMMISSION DEPARTEMENTALE D’EQUIPEMENT COMMERCIAL – Extension de l’hypermarché Leclerc à Trélissac – Recours devant la Commission Nationale d’Equipement Commercial.

Le sujet ne concernait pas une surface culturelle mais la logique est identique. Le maire de Périgueux, Jean-Paul Daudou demande autorisation de former un recours contre l’extension de l’hypermarché et Michel Moyrand dans l’opposition affirmait :

Nous étions d’accord sur la démarche, nous ne changeons pas, je vous l’ai dit. La démarche est bonne et il faut un accord entre les élus de l’agglomération.

Pour mémoire, Claude Bérit-Débat, président de la CAP, répond ainsi au problème soulevé par la CRCA le 20 novembre 2008:

La Chambre soulève les difficultés rencontrées par la CAP dans l’élaboration de la charte commerciale. C’est en effet un dossier très sensible qui va être relancé très prochainement.

Effectivement depuis que le problème existe et demeure en suspend, (une bonne dizaine d’années), on en voit aujourd’hui les résultats, récoltant à pleins paniers ce qui a été semé selon le principe qu’il est urgent d’attendre. Encore heureux que les juridictions administratives pourvoient aux carences de gestion publique en la matière, étant tenues et contraintes, elles, de rendre une décision quand les politiques en sont pitoyablement incapables.

Revenons au conseil municipal: Jean-Paul Daudou, alors président de la CAP, rappelle qu’il avait mis en place une charte commerciale visant à rationaliser ce type d’investissements.

Ce à quoi Michel Moyrand répond en forme de provocation :

Vous n’avez pas pu parvenir à un accord de l’ensemble des élus de ce grand bassin. Il faut trouver un point d’équilibre.

« Point d’équilibre » non trouvé lorsque Jean-Paul Daudou répond :

Quand j’étais président, je l’avais fait réaliser, nous l’avons fait approuver par le conseil, nous avons fait une réunion spéciale au théâtre où nous avons invité tous les conseillers municipaux de toutes les communes du grand Périgueux qui l’ont adopté et quand cela a été fait, Monsieur Berit-Debat n’a pas voulu signer et le tout s’est arrêté. Je suis reconnaissant à Monsieur Berit-Debat, notamment lorsque j’ai fait le recours contre Cultura, parce qu’il s’est souvenu de la charte commerciale et que l’équipement lié aux livres, aux disques et à la culture devait rester en centre ville et il a soutenu la démarche de Périgueux.

:: Aujourd’hui ::
Pendant de nombreuses années, nous avions cru (ou voulu croire) que l’incohérence du développement économique territorial était principalement la conséquence d’une cohabitation politique entre l’agglomération (PS/PCF) et la ville de Périgueux (UMP). Les divers représentants aimaient à expliquer qu’ils se trouvaient bloqués dans leur élan du fait de la concurrence partisane qui régnait, faisant porter la responsabilité de tout manquement à leur adversaire politique.

La situation actuelle démontre le contraire. L’incohérence du développement économique n’est pas le fait des écuries politiques. Aujourd’hui le maire de Périgueux est socialiste tout comme la majorité du conseil de l’agglomération, ainsi qu’il y siège en qualité de premier vice-président. Le « point d’équilibre » qu’il demandait non sans ironie, il ne le trouve pas lui-même. Incapable de fonder un accord dans sa propre majorité, il est obligé de plaider sa cause devant le Conseil d’Etat. Une conclusion grotesque.

Dans une telle situation, la communauté d’agglomération est inefficace ; elle se présente comme un agrégat d’intérêts politiques hétérogènes. La question se repose donc de savoir à quoi est censée servir une communauté d’agglomération, à conjuguer au pluriel avec le cavalier seul de la communauté de Boulazac, dirigée par cette incongruité ni monarchique, ni communiste, ni néolibérale, mais un peu des trois.

Le maire communiste (sic) de Trélissac, (dont le bilan est mirobolant – CRCA décembre 2008 -) quant à lui, défend la libre concurrence et l’économie de marché pour s’en prendre aux monopoles, fussent-ils culturels. On ne nous épargne plus rien. Il se range ainsi aux côtés de l’industrie agroalimentaire afin d’étendre toujours davantage sa zone commerciale péri-urbaine. Face à cet urbanisme aussi vorace qu’aveugle, le maire de Périgueux avoue aujourd’hui son impuissance:

en qualité de vice président du conseil régional en charge de l’artisanat, de commerce et du développement des TPE;
en qualité de vice président de la CAP;
en qualité de maire de Périgueux, ville préfecture et capitale du département;
en qualité d’homme politique enfin, à peser dans sa propre majorité politique.

Les arguments du maire de Périgueux aujourd’hui sont les mêmes qu’en 2002, 2005 et 2007, il répète ce que d’autres disaient avant lui. La seule variante est l’argument du PDU, au point mort, immobilisé par l’incapacité des décideurs à décider ; autre révélateur de l’inconsistance de cette communauté d’agglomération. A un détail près, il n’est toujours pas capable de faire valoir la moindre charte commerciale, document qui matérialiserait une quelconque cohérence et une homogénéité politique du développement écocomique.

:: Où en sommes nous ? ::
L’incapacité à développer une politique commune et cohérente (économie, urbanisme) remet en question la justification de cette entité administrative. L’incurie politique s’y est développée comme une gangrène et ronge aujourd’hui la pertinence de l’action publique. Braves gens, vous serez surtout invités à fêter les 10 ans du tri sélectif ; vive les sacs jaunes, quelle aventure !

La CAP n’est même plus en mesure aujourd’hui de se positionner sur le problème des surfaces commerciales, montrant ainsi que la cause de l’incapacité à définir une politique communautaire est plus profonde qu’une cohabitation politique. Aussi, le président Bérit-Débat demeure muet sur la question, relégué au rang d’observateur passif, paralysé face à une majorité déchirée.

Cette dégénérescence politique, dans la décision et l’unité, est alors plus profonde que des dissensions de façades, électoralement usées mais efficaces. Il y a ailleurs des majorités cohérentes qui n’ont pas ces problèmes. Il semble davantage que cette situation de marécage décisionnel, de matière sans structure, provienne des hommes qui sont en place. Une génération de barons locaux qui n’ont d’autre ambition que la sauvegarde de leur pré carré et la défense de leurs intérêts microscopiques. La création des communautés d’agglomération n’était-elle  pour eux que l’opportunité de gratter quelques deniers publics et indemnités d’emblée plafonnées au maximum légal?

Est-ce là toute l’étendue de leur capacité politique que de saisir le juge pour les mettre d’accords, ne sachant, eux, que faire de leurs propres compétences?

Quid de la cohérence territoriale, de l’unité de l’action publique, de l’homogénéité du développement économique ? Aujourd’hui les communistes s’engouffrent à corps perdu dans les assouplissements sarkozystes sur le développement des surfaces commerciales. Et qui veut son pont et qui n’en veut pas, pour voir les déplacements urbains réduits à des querelles de clochers. Quid de ce développement durable qu’ils ont à la bouche à en vomir, soutenus par les Verts dans la majorité, pour toujours plus de Zones d’Activités Economiques, sacrifiant la culture agricole et les paysages sur l’autel d’un étalement urbain en perpétuelle extension ?

La comédie serait seulement burlesque s’il n’en allait pas de notre communauté toute entière. Le vote est une délégation de pouvoir, il consiste à mandater un individu pour décider à notre place en fonction de nos intérêts communs. Il ne consiste pas à élire un pitre au prétexte que son maillot de foot correspond à une équipe fétiche. Les périgourdins sont en train de se ridiculiser à ne pas faire valoir de véritables exigences politiques, laissant par indigence et lassitude se jouer un spectacle de farces et de bouffonneries, autant risible sur l’instant que nocif pour l’avenir. Le bassin de l’agglomération est en train de se réduire en un théâtre de Guignol dont la représentation est magistrale, certes, mais dont le coût en développement, en cohérence, en argent public, risque de s’avérer tout aussi spectaculaire à long terme.

Qu’importe, d’ici là, leurs successeurs leurs offriront des noms de rues, de places et de boulevards, signifiant ainsi à la génération suivante qu’ils en attendent autant.

PDU, victime politique de l’impuissance de la CAP

Dans son édito de la semaine, le sénateur et président de la communauté d’agglomération périgourdine – CAP -, Claude Bérit-Débat, annonce toute sa détermination à lutter contre la réforme des collectivités locales, autant sur la répartition des compétences que sur la fiscalité.

Ce néo cumulard devenu spécialiste du suffrage indirect se propose de décrypter pour nous et selon lui le sens caché de cette réforme :

Cette réforme a en réalité deux objectifs bien précis. D’une part, affaiblir les contrepouvoirs que sont devenues les collectivités locales et, d’autre part, il ne s’agit rien moins que de redonner à la majorité les moyens légaux de reconquérir les collectivités qu’elle a perdu dans les urnes.

Nous allons nous intéresser à ces contrepouvoirs que sont devenues les collectivités locales. Que serait-il de ce contrepouvoir si le gouvernement et les collectivités étaient majoritairement du même bord politique ? Le sénateur semble se satisfaire de cette cohabitation Etat/collectivités, cohabitation du même acabit que celle qui paralysait l’action publique et dont tout le monde a partagé la nécessité d’y remédier en rapprochant les élections présidentielle et législative.

Aussi, la notion de contre pouvoir se comprend largement en terme politicien, bien moins si l’on vise l’efficacité de l’action publique. Car si d’un côté l’on comprend l’intérêt pour le sénateur socialiste de s’opposer à cette réforme, (il lutte en réalité pour la conservation du néo-féodalisme périgourdin), les arguments choisis peuvent surprendre.

Selon lui, cette réforme vise à :

… empêcher les collectivités d’investir pour leurs territoires comme elles l’entendent ?

Remarque intéressante à double détente. Le liberté d’investissement, incontestable sur le plan constitutionnel mais détournée par la réforme fiscale mettant les collectivités en situation de dépendance de la volonté gouvernementale. Autonomie des collectivités sur leurs propres investissements d’autre part.

Mais en prenant le cas de la collectivité que dirige le sénateur (la CAP) que défend-il au juste et que se passe-t-il concrètement ?

:: La cohérence territoriale ::
Le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes Aquitaine – CRCA – a porté à connaissance le résultat suivant (02 12 08) :

Une des conséquences du caractère encore inachevé et incohérent du périmètre de la CAP avait déjà été relevé par la Chambre dans son précédent rapport d’observations définitives en date du 12 janvier 2005. En effet, la commune de Boulazac, qui fait pourtant partie de l’agglomération de Périgueux, n’a pas adhéré à la CAP, ce qui a rendu nécessaire la création d’un syndicat mixte (le syndicat mixte Péribus) pour organiser et gérer les transports publics. Une telle situation, qui complique l’organisation institutionnelle, ne semble pas conforme à la logique devant en principe présider à la création de syndicats mixtes, lesquels ne sauraient avoir pour objectif de pallier l’absence de pertinence des périmètres de l’intercommunalité.

Claude Bérit-Débat en est bien conscient, jusqu’à en faire référence au Sénat le 30 juin 2009. L’incohérence du périmètre était donc largement connue dès 2005 et depuis l’origine en réalité. Mais en 2010 bientôt, la question ne peut toujours pas être réglée. Cette incohérence en terme de rationalité de l’action publique provient directement de cette liberté de choix laissée aux collectivités dans le cadre de la décentralisation.

Or le problème, c’est que ce périmètre de la collectivité n’a pas été établi selon des critères d’intérêt général ou de rationalité territoriale, mais selon des affinités politiques et humaines entre les différents maires des communes composant de fait l’agglomération. Autant que dans ce cadre là et pour constater de telles incuries, la question de la responsabilité accompagnant cette liberté se pose sévèrement.

De plus, M. Bérit-Débat, malgré l’appel insistant de l’Etat à remédier au problème, revendique une liberté qui ne lui donne pas les moyens de résoudre la situation. Il ne revendique ici pas moins que la liberté d’aller contre l’intérêt général, tout en manifestant son incapacité à remédier aux incuries politiques. Cette liberté juridique qu’il revendique pour les collectivités ne peut s’accompagner que de responsabilité et de devoirs envers l’action publique. C’est loin d’être le cas.

La liberté de M. Bérit-Débat se trouve être en l’état une incapacité politique et juridique. Et puisqu’il parle de juridique, il faut lui rappeler que les incapables sont placés sous contrôle d’une autorité compétente, ce qui devrait être son cas en l’espèce.

:: La liberté urbaine ::
Le Plan de Déplacements Urbains (PDU) est le fruit de cette politique de liberté et de décentralisation. Il est à l’étude depuis 1989, depuis 20 ans, les collectivités réfléchissent sans agir sur l’ensemble.

Parmi les différents scénarios étudiés, c’est celui de la complémentarité Bus/TER qui a été retenu. Les critères de sélection n’ont été ni techniques ni financiers, mais relèvent du parti communiste au sein de la majorité.

Un lobbying syndical puissant
Alors que tout tendait vers d’autres scénarios que le TER, cette minorité de blocage, avec le fort appui des syndicats, a réussi à menacer la viabilité de tout autre scénario que le leurs. C’est tout le sens de la formation du collectif Etape, qui menaçait par la voie de son représentant de mener des actions dissidentes. Or ce représentant avait le dos large, puisqu’il est à la fois conseiller communautaire, salarié du Conseil Général Dordogne, leader des communistes locaux, adjoint au maire de la ville de Périgueux et porte parole de différents syndicats pour l’occasion. Evidement, la question du conflit d’intérêt ne s’est jamais posée.

Le collectif Etape se garde bien d’une rubrique expliquant qui sont les acteurs de ce site internet. Pour autant, l’adresse pour les contacter permet de suivre le guide.

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 5 revendications sur 6 concernent directement le rail. Réouverture des petites gares et tronçons abandonnés, doublement de la voie Périgueux /Limoges, rien qui ne vise les déplacements urbains de la CAP ni ses compétences, mais peu importe le flacon…

La liberté du calendrier
Le scénario politique étant retenu, M. Bérit-Débat a fait connaître un calendrier, permettant de faire valoir le PDU pour les élections municipales et intercommunales de 2014. Toujours ce bon sens politique peu soucieux de ses divergences avec l’intérêt général.

Mais voilà. Aujourd’hui, par l’intermédiaire du journal Sud Ouest (19 12 09), on apprend que le PDU est reporté après les élections régionales, avril 2010 au moins. Ce calendrier était le suivant et provient du rapport d’étape du 27 avril 2009.

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La première question qui vient à l’esprit est bien sur : quel est le lien de causalité entre les déplacements urbains de l’agglomération et les élections régionales ? Pourquoi, ces élections de mars 2010 empêchent-elles la présentation du projet qui était prévue fin 2009 ?Parce que les élus ne sont pas d’accords entre eux, au sein de la majorité :

Il faut d’abord que les élus arrivent à un accord en bureau, le confirment par le vote du conseil, avant de le soumettre au public dans des débats et de le faire valider par une enquête publique.

Ils ne sont pas d’accords entre eux au sujet des ponts :

Mais voilà, les élus ne sont pas d’accord. Faut-il un pont entre le Bas-Chamiers et la voie des stades ou un à l’Arsault vers la rue des Prés ou pas du tout. Et dans quel ordre de construction ? Faut-il aménager des itinéraires de contournement au nord de l’agglomération afin de désengorger le centre-ville ?

Bien, le désaccord sur les ponts fait le lien entre les élections régionales et les déplacements urbains. En terme de cohérence d’action publique, cette causalité a de quoi inquiéter, a fortiori quand M. Bérit-Débat défend sa liberté territoriale. Car s’il récuse toute idée de tutelle de l’Etat et de jacobinisme, il n’est dérangé en rien par son servage aux enjeux politiciens et électoraux :

Mais voilà, les élus ne sont pas d’accord. Faut-il un pont entre le Bas-Chamiers et la voie des stades ou un à l’Arsault vers la rue des Prés ou pas du tout. Et dans quel ordre de construction ? Faut-il aménager des itinéraires de contournement au nord de l’agglomération afin de désengorger le centre-ville ?

Même le journaliste Hervé Chassain est d’accord, lui qui n’aime rien moins que froisser les décideurs et s’emploie à flatter leur sagesse:

Claude Bérit-Debat choisit la voie de la sagesse : « On va éviter de voir ces enjeux mélangés aux réflexions politiques de la campagne des élections régionales. Il vaudra donc mieux en discuter après le mois de mars. » Une décision qui n’a pas été votée, mais qui semble déjà faire l’unanimité. Il vaut toujours mieux repousser les sujets qui fâchent.

Voilà les enjeux bien rapportés et la question vite évacuée, c’est un métier.

:: La liberté territoriale ::
C’est ainsi que les déplacements urbains sont minés par les tambouilles électorales. On connaissait le concept de minorité de blocage, (largement illustré par le lobbysme syndical sur les décisions intercommunales), mais nettement moins celui de majorité de blocage. Un concept inédit qu’inaugure avec fracas le personnel politique périgourdin.

Voilà donc une majorité libre, responsable de l’action publique, mais paralysée par les élections régionales et incapable de négocier pour trouver un accord sur les enjeux urbains. Et ce pour des ponts, la question visiblement piquante de savoir qui aura son pont en premier étant primordiale, opposée à ceux qui ne veulent pas de pont du tout. Et les shadoks pompaient.

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Il est dès lors fort délicat, de revendiquer pour acquise la décentralisation et son transfert de compétences, compétences que l’on est incapable d’exercer au sein d’une majorité politique.

Je ne peux qu’y voir ce qui est le plus à craindre dans la décentralisation et ce qu’illustrent les élus intercommunaux de la CAP. Un atavisme féodal, une consanguinité politique qui ne donne pas aux majorités élues les moyens de décider et d’agir, otages d’intérêts opaques et sournois, contraires aux principes d’une démocratie locale. L’action publique se trouve asphyxiée par des enjeux électoraux, qui demeurent le principal critère de l’action, au détriment de toute autre référence comme l’activité de service public ou d’intérêt général.

Comment peut-on revendiquer d’un côté la volonté d’être libre et de l’autre, dévoyer cette liberté de sa fonction première, jusqu’à la nier pour des raisons politiciennes ? C’est consternant.

:: A suivre ::
Car si aujourd’hui ces élus locaux sont vent de bout contre les réformes voulues par le chef de l’Etat, ils ont l’émoi pour le moins sélectif. Il n’y en pas un seul pour dénoncer la suppression des Chambres régionales des comptes, qui exercent pourtant un contrôle essentiel des administrations et entités liées.

Ils veulent toujours plus de liberté et de compétences, mais s’accommodent bien facilement d’être de moins en moins contrôlés. Or la réalité des rapports des CRC leurs donnent profondément tort et la gestion des collectivités révèle régulièrement des carences graves, qu’elles soient des éléments illégaux dans la gestion ou des dispositions absurdes, allant jusqu’à la fraude fiscale ou la prise illégale d’intérêt.

Aussi le Président de la République est largement et médiatiquement conspué par ces élus locaux pour une partie de sa politique, mais d’autant plus largement remercié pour sa réforme des Chambres régionales des comptes. Cette hypocrisie sans borne et sans vergogne confirme encore ce qui est à craindre dans une décentralisation sans démocratisation.

:: Les responsables politiques locaux ::
Pour finir, ces gens là, qui détournent l’intérêt général au profit de leurs tambouilles politiques et électorales, incapables et incompétents pour prendre les décisions qui conviennent à l’ensemble de la collectivité dont ils sont responsables, il faut en dresser la liste :

– Antonne-et-Trigonant: M. LE MAO
– Champcevinel: M. LECOMTE
– Chancelade: M. TESTUT
– Château L’Eveque: M. DAUGIERAS
– Coulounieix-Chamiers: M. ROUSSARIE
– Coursac: M. PEYROUNY
– Escoire: M. GEOFFROY
–  la Chapelle Gonaguet: M. LE PAPE
– Marsac sur l’Isle: M. RIGAUD
– Notre Dame de Sanilhac: M. LARENAUDIE
– Périgueux: M. MOYRAND
– Razac sur L’Isle: M. NASSEYS
– Trélissac: M. COLBAC

Pour cette majorité politique, rien n’était plus important que les élections régionales quitte à les ériger en paravent officiel de leur incapacité à exercer leurs fonctions. En l’occurrence décider de construire des ponts et dans quel ordre. Non pas de décider de réductions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale (heureusement) mais de faire des ponts, juste des ponts.

Transformer des militants politiques en fonctionnaires territoriaux est un privilège de la décentralisation. Mais encore faudrait-il en retour exercer le minimum du minimum des responsabilités afférentes à un mandat électif.

Pour complément, invitation est faite à consulter le blog de JFCros sur la question, un témoin de l’intérieur, de ce monde parallèle qui prétend se confondre avec la démocratie, ce dont le seul critère du suffrage universel ne peut apporter la preuve, ni suffire pleinement à la légitimité attendue et nécessaire.

Citons le tiens:

D’un côté, les tenants de la réforme qui visent le gâteau électoral et fiscal des grandes féodalités, et de l’autre, les seigneurs locaux, agitant la tarte à la crème de l’antidémocratie et assis sur leurs trésors de guerre, qui tiennent par dessus tout à garder leur main mise sur le fantastique maillage administratif de notre nation. 

Dordogne, les Faucons du marxisme

Les communistes périgourdins s’opposent au projet de réforme des collectivités territoriales et ils le font savoir. Dans Sud Ouest ce jour, s’y montrent les patrons du néo marxisme local. Vianney Le Vacon, adjoint aux sports de Périgueux et salarié du Conseil Général, Jacques Auzou, maire de Boulazac, président de la communauté de communes Isle Manoire et vice Président du Conseil Général Dordogne, Françis Colbac, maire de Trélissac, vice président de la communauté d’agglomération périgourdine et vice Président du Conseil Général Dordogne et pour finir, Jean-Claude Pineault, conseiller général de Dordogne.

:: UMP, PCF, diagnostic commun ::
Ils sont d’accords avec le gouvernement sur le réel besoin de réforme du mille-feuille territorial à la française. Pour mémoire, c’est 550 000 élus et autant d’entités administratives que dans tout le reste de l’Europe. Partageant le diagnostic, ils s’opposent à la méthode. Il faut réformer mais visiblement sans toucher aux strates administratives. Nous en saurons bientôt davantage, lorsqu’ils auront proposé leur positive contribution.

:: Des propositions concrètes en mal d’application ::
Pour avoir quelques précisions, il faut lire le communiqué officiel du PCF 24 lors de la conférence de presse du 03 septembre 2009, en ligne sur le site du parti, qui s’arroge le symbole de Jacquou le Croquant comme le FN celui de Jeanne d’Arc:

Travailler l’exigence démocratique : la réforme des territoires met à mal le pouvoir souverain des citoyens, comment peut-on travailler à la réappropriation de la chose publique ? Comment faire que nos Région soit le creusé d’une nouvelle forme de démocratie ? Et comment travaillons-nous l’élaboration et la prise de décision citoyenne ?

En réalité, ces questions ont déjà trouvé nombre de réponses via l’Association des Elu(e)s Communistes et Républicain(e)s et sa charte pour un nouveau contrat local adoptée en conseil national:

Nous voulons une pratique démocratique véritable
Nous voulons dépasser le simple stade de la concertation qui consiste à soumettre à l’avis des populations les projets locaux définis par les candidats, les techniciens et les élus. Il s’agit pour nous d’appréhender collectivement les besoins, de construire les programmes locaux dans le pluralisme des opinions, d’en définir la faisabilité dans la transparence, d’élaborer des outils d’évaluation accessibles à chacun et d’organiser l’information afin de permettre à chaque habitant de se faire sa propre opinion.

Cette approche est guère opposée au texte de l’ANECR qui fait suite à gesticulations présidentielles, dont on peut trouve le texte en pdf sur leur site:

Démocratiser les institutions locales. Il faut combattre l’éloignement des lieux de décision
et développer la démocratie participative de proximité.

Bref, autant de positionnements forts, concrets et positifs.

:: Paroles, paroles, paroles ::
Mais apparemment, ces propositions ne valent rien en dehors d’un discours d’opposition. Car sinon, le groupe communiste, fort de ses poids dans la majorité de Périgueux ou celle du conseil général, dans la communauté de commune Isle Manoire ou les communes de Boulazac et Trélissac, aurait mis en œuvre ces propositions dans ces différentes entités territoriales.

Rien de tout ce qui est dit n’a été réalisé. A contrario, l’adjointe communiste à la démocratie participative de Périgueux n’a, en bientôt deux ans, pas fait la moindre proposition. Françis Colbac imprime une représentativité archaïque classique, jusqu’à la sincérité du scrutin. Quant à Jacques Auzou, son autoritarisme n’est plus à vanter, jusqu’à créer pour lui-même une collectivité lui assurant un leadership qui lui aurait échappé dans la naturelle et rationnelle communauté d’agglomération périgourdine.

Ce n’est pas du côté de la démocratie que ces élus prennent position contre la réforme des collectivités. Pour l’amélioration des droits des citoyens ils peuvent bien hurler au loup, mais là où ils ont autorité, surtout, ils n’ont jamais agi.

:: Le libéral-communisme, un néo conservatisme local ::
Remarque, le communisme local s’exprime surtout, dans ces communes, par une incroyable capacité à privatiser les espaces publics pour favoriser une concurrence acharnée entre franchises. Dans ce cas, il n’est pas étonnant de voir des emplois précaires et sous payés, un urbanisme morbide, des programmes de logements défiscalisés en friche, etc. Et à ce compte là évidement c’est la notion même de communisme qui devient floue et insaisissable. Peu importe, cela fait le bonheur des promoteurs les plus libéraux.

En revanche, on saura ô combien ils s’opposent au remaniement des collectivités! Surtout il ne faut toucher à rien. Cela voudrait dire peut-être moins de postes de fonctionnaires attribués aux militants, moins de pouvoirs et moins d’indemnités.

Le libéralisme sans frein qu’ils dénoncent au niveau national, ils en sont des promoteurs zélés à l’échelon local. Alors que dans le même temps, ils n’ont jamais mis en pratique la charte pour un nouveau contrat local promulguée par leur propre formation politique.
L’amélioration de la démocratie locale qu’ils promettent dans l’opposition, ils l’évitent comme la peste quand ils sont majoritaires.
Et ce conservatisme territorial affiché aujourd’hui, bien loin d’œuvrer pour « le pouvoir souverain des citoyens », n’est autre qu’une revendication syndicaliste pour défendre des « acquis » obtenus par la décentralisation.

:: Les notables territoriaux ::
Ils sont devenus, en cumulant les mandats et élargissant leurs réseaux, des notables locaux installés dans de bourgeoises et confortables habitudes. Les voilà donc en train de défendre leurs petits postes et quantités de mandats, autant de petits pouvoirs qui font vivre leur parti et assurent de paisibles retraites.

De grâce messieurs, ne feignez pas en plus d’agir pour la démocratie, c’est pitoyable.

L’Intercommunalité des comtes du Périgord

L’incohérence du découpage territorial en milliers de minuscules entités administratives et politiques a conduit au vaste mouvement d’agglomération connu sous le nom d’intercommunalité.

C’est une recette très française qui consiste, face à un problème donné, à rajouter une couche plutôt qu’à en enlever. Loin de simplifier la situation, qui conduit la France à posséder autant d’entités administratives qu’il n’y en a dans le reste de l’Europe, l’avantage est d’au moins satisfaire les élus locaux. Pouvoirs locaux et empilements indemnitaires génèrent une confusion entre intérêts politiques et l’intérêt général.

:: Féodalité élective ::
Que voulez-vous, la France est une vieille monarchie féodale qui a échoué dans l’absolutisme pour aboutir depuis la décentralisation à une forme incongrue de démocratie féodale.
Dit autrement, nous nous acheminons vers un système féodal électif, où le cumul vertical des mandats revêt tous les aspects d’un règne, plus ou moins intense selon l’horizontalité du cumul.

On a même prévu pour les intercommunalités un scrutin à deux degrés écartant de facto le citoyen du processus électif. Ainsi ils se choisissent entre eux, ce qui écarte la question de la représentativité au profit des arrangements politiques.

:: Le Prince contre les mandarins ::
Depuis peu, notre Roi quinquennal a demandé une sorte de rationalisation de ce découpage territorial, peu lisible et coûteux. Il est évidement supposé qu’il s’en prenne aux barons locaux pour dégraisser le territoire de ses adversaires politiques. Le Président de la République poursuit la décentralisation tout en voulant affaiblir les potentats locaux tenus en majorité par ses opposants ?

Peut-être. Mais sans remettre en cause le cumul des mandats. Aussi, les deux Chambres sont vent debout, puisqu’elles comportent en leur sein et en majorité, des barrons locaux. C’est pourquoi la tâche est encore plus compliquée que pour les capétiens à la conquête du territoire national contre les seigneuries féodales. Car si le Sénat est une chambre de représentation nationale, elle est avant tout l’anti-chambre de la représentation locale, permettant aux élus territoriaux d’y défendre leurs intérêts.

La puissance constitutionnelle du Sénat donne droit aux barons de contester le Roi. Et l’appartenance à une majorité politique ne va pas jusqu’à la confluence de tous les intérêts. Leur serment d’allégeance ne souffre pas, quand même, la destruction de leurs fiefs.
C’est dans ces conditions que le Sénat a rendu son rapport au Président Sarkozy sur la réforme du découpage territorial.

:: Le tribun à la tribune ::
Et c’est par ce vaste canevas que nous revenons sur l’intervention du sénateur Claude Bérit-Débat, également président d’une intercommunalité ; la communauté d’agglomération périgourdine – la CAP –.
Intervention au Sénat sur la rationalisation des territoires :

La mission s’est largement accordée sur l’intercommunalité, la nécessité d’en achever la carte et de revisiter les intercommunalités existantes avec le souci de rationaliser territoires et compétences.

Il semble nous dire que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Car son souci de rationaliser le territoire périgourdin demeure à ce jour sans effet. La décentralisation a permis l’émergence de deux fiefs opposés, celui de la CAP et celui de la communauté de communes d’Isle Manoire, comprenant la commune de Boulazac, dont le maire n’est autre que le président de la « comcom ».

En 2008, la Chambre Régionale des Comptes a rappelé l’incohérence de la situation :

Le processus de rationalisation de l’intercommunalité en Dordogne a récemment fait l’objet d’une relance, sous l’impulsion de la préfecture de la Dordogne. L’idée d’une réflexion approfondie sur une éventuelle fusion de la CAP avec la communauté de communes de l’Isle Manoire a été évoquée, mais cette perspective n’a guère connu d’évolution à ce jour.

En 2005 déjà, la CRCA avait relevé le « caractère encore inachevé et incohérent du périmètre de la CAP ». Même l’Etat via le préfet fait pression pour remédier à cet irrationnel découpage, qui engendre la création de syndicats inter-inter communaux pour gérer des affaires communes comme les transports (Péribus). Qu’on le veuille ou non, Boulazac fait partie intégrante de l’agglomération périgourdine.

:: Linge sale en famille ::
Pourtant Boulazac faisait partie des premiers regroupements (SIVU et SIVOM) de 1987 et 1988. Ce n’est qu’à la création du District en 1994 que cette commune fait scission tout en opérant par syndicat intercommunal commun. Et c’est en 2001 que le maire de Boulazac créer sa propre communauté de communes qui englobe aujourd’hui 17 000 habitants (dont 6350 pour Boulazac), tous inclus dans l’influence du pôle urbain de Périgueux.

Cela n’empêche pas le maire de Boulazac de défendre crânement son fief face aux 70 000 habitants de la CAP :

Concernant une coopération intercommunale élargie, notre volonté commune est de ne fermer aucune porte au dialogue mais de défendre le projet Isle Manoire articulé autour du développement et de la solidarité.

Il ne concède rien sur l’idée de fusion, préférant s’en tenir à une coopération possible, s’il est « bien traité ». A son goût, la CAP ne semble pas remplir ses critères de développement et de solidarité. Sachant que nous parlons d’un échange entre le parti socialiste et le parti communiste, dominant chacun les deux entités, il y a de quoi se poser des questions sur la réalité des idées défendues.

:: Ce que je dis, pas ce que je fais ::
Et voilà donc notre sénateur défendant sur le plan national une situation qui lui échappe au niveau local. Impuissance ou hypocrisie ?
Tout le monde est d’accord pour conclure à l’incohérence de ce découpage territorial, engendrant autant de déficiences dans la gestion des territoires. Le sénateur et président de la CAP, l’Etat et la préfecture, la Chambre Régionale des Comptes, et même à demi-mot le président d’Isle Manoire.

La comcom existe depuis 8 années et la CAP depuis 10 ans. Elles sont interdépendantes, elles se font face, ont des intérêts économiques communs, partagent les mêmes enjeux sur l’aménagement du territoire, mais rien n’y fait. La tambouille politique l’emporte sur la logique et le bon sens; au nom des électeurs bien sur.

:: Destin commun et intérêts particuliers ::
De fait, chaque intercommunalité opère selon ses propres intérêts, des intérêts qui peuvent être divergents dans la mesure où il s’agit d’EPCI à fiscalité propre, ayant tendance à générer une concurrence pour la captation des taxes territoriales.
Concurrence consanguine, puisque cela revient à faire lutter le frère contre la sœur. En l’absence de tout Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), chacun y va de son propre Plan Local d’Urbanisme. Quant au Plan de Déplacements Urbains porté par la CAP (hasard: son application correspond au calendrier électoral), il prend nécessairement en compte l’intercommunalité concurrente, qui elle-même ne demande qu’à s’y inscrire…

Alors quand le président de la CAP, dit devant la Nation en tant que sénateur qu’il faut « rationaliser territoires et compétences », ont ne peut que le croire. Mais constater aussi et dans le même temps l’incurie d’une situation pour laquelle il porte une lourde responsabilité en tant que président de la CAP.

:: Complémentarité territoriale vs consanguinité politique ::
Pariant sur une taxe professionnelle qui est leur principale ressource, chaque intercommunalité a misé sur le développement de zones d’activités économiques le long des échangeurs autoroutiers de l’A89. Loin des problèmes d’étalement urbain et de rationalité des territoires dans un cadre de développement durable et homogène, les deux techno-structures s’affrontent à l’ouest pour la CAP et à l’est pour Isle Manoire.
La fin annoncée de la Taxe Professionnelle remet en cause cette pertinence concurrentielle. Pourtant, les travaux sont exécutés. Et s’ils ne donnent lieu à de vastes friches, ils n’en demeureront pas moins des investissements hasardeux et des fautes d’urbanisme. Pas grave, nous n’en paieront le prix que quand ils seront à la retraite.

En définitive, chacun (barons locaux) défend ses intérêts personnels en instrumentalisant leurs mandats électifs. L’évidence partagée d’aller contre l’intérêt général et parfois de lui nuire, ne fait pas le poids contre les intérêts politiques en jeu.

:: Dépeçage territorial et seigneuries locales ::
Cumuls des mandats, jouissance du pouvoir, profits indemnitaires, conflits d’intérêts individuels, sont les principales sources de l’incohérence de notre territoire. Pour le reste et à grand coup de solidarité par ci et de développement par là, le maire de Boulazac sait faire passer la pilule (longue vie à son abattoir à canards). Cumulard accompli, maire depuis 20 ans, il a su saisir l’opportunité de renforcer son règne électif.
De son côté, son concurrent de la CAP s’enflamme à désirer pour la Nation ce qu’il ne fait pas pour son propre territoire. Et s’il en manifeste le désir, les faits en confirment son incapacité.

Il y a bien une incohérence entre la mission d’intérêt général que confère un mandat électif et la manifestation concrète de cette mission. Car il y a un moment aussi où nous devons savoir si nous sommes en face d’une hypocrisie ou d’une incompétence. Sournois ou nul ?
Certes, c’est à jeu égal tant que les élections intercommunales seront à deux degrés, opaques et politiciennes. Mais si la réforme tient ses promesses pour un suffrage direct, le besoin de faire la différence risque de se faire sentir.

Foie gras à perpétuité ?

Allez, je finis mon verre d’eau et je me lance.
Nous avons assisté aux deux réunions publiques organisées par la Communauté d’Agglo Périgourdine CAP dans le cadre de l’élaboration du plan de déplacements urbains. Nous n’assisterons pas à la troisième et dernière de la longue série.
Nous nous passerons également d’un long résumé des épisodes précédents. Après tout il n’y a pas grand-chose à dire, sinon remercier le président de la CAP d’avoir bien voulu renoncer au terme usurpateur de « démocratie participative » pour désigner 3 réunions publiques et 1 forum internet.
Revenant à la raison, il souligné qu’il était dans une démarche d’information et de concertation avec les habitants, ce qui est déjà bien. Bien de la faire et bien payé quand même. Passons.

:: Le théâtre des opérations ::
Les horaires : 20h30. Ca laissait le temps de sortir du boulot ou de ne pas rater l’inspecteur Derrick
Conditions d’accueil : excellentes à Périgueux, plus laborieuses à Trélissac (promis ce n’est pas du chauvinisme)
Présentation du projet : subtile, dans tous les sens du terme
Température au sol : dégueulasse en ce moment
Interventions : oscillent entre associations et simples citoyens, défendant un projet pour des intérêts particuliers, (les cheminots pour le train), ou doléances individuelles, (hauteur du trottoir), ou réflexions fouillées avec l’intérêt général en point de mire.
Fréquentation : 200 selon les manifestants, 100 selon la police. A chacun de juger si pour une première c’était satisfaisant. En même temps, à son premier concert, Jacques Dutronc n’avait pas commencé par remplir Bercy

:: La feuille de match ::
L’animateur :
Il a animé. Aucun carton rouge à déplorer, de simples avertissements. Sans être un fondu du sifflet, il a su imposer son autorité d’entrée de jeu.

Les élus :
Le président de la CAP s’est appliqué, mais a surtout veillé à ne rentrer dans aucun débat contradictoire. A la pointe de l’attaque, quelques beaux gestes, mais sans vraiment concrétiser.
Le maire de Marsac : inexistant et pas encore remis d’une douleur au dos, il n’a pu révéler tout son talent.
Le maire de Trelissac : son GPS est tombé en panne en rase campagne, il n’est jamais arrivé. Les autres ont fait sans lui, visiblement sans difficulté.
Le maire de Périgueux, ah le maire de Périgueux. En 06h00 de réunions, je ne sais pas combien il a eu le temps d’envoyer de sms, mais il a du exploser son forfait. En même temps on le comprend, il n’était pas débordé par les sollicitations. Il s’est quand même fendu d’une sortie remarquable à l’évocation des personnes handicapées : « Un peu de civisme, ça ferait du bien à tout le monde je crois ».
En même temps ça ne mange pas de pain, moi aussi je suis pour la paix dans le monde.
En bon n°10, il a géré la distribution de ballons à l’économie mais avec assurance. Le média training porte ses fruits. Une sortie un peu risquée l’a contraint à s’engager positivement avec le collectif Vélorution, on verra à l’arbitrage vidéo.

Les services techniques :
Représentant du bureau d’étude : une sortie à l’aller, sur le banc au retour. On sent que son contrat se termine.
Le directeur général de la CAP : on me dit dans l’oreillette que c’est un homme de consensus et qu’il y en a bien besoin. Prestation impeccable en défense centrale issue d’un long travail à l’entraînement.
Le responsable de la stratégie urbaine : aucun but encaissé, pas débordé c’est vrai, mais toujours précis.

Allez, on fait une pause, c’est la mi-temps

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:: Présentation du PDU ::
Comment dire. C’est un peu comme si votre médecin vous disait :
– Voilà, vous avez le choix entre 4 pathologies, laquelle choisissez vous :
1. Des hémorroïdes
2. Un herpès génital
3. Une fistule
4. Un rhume

Allez vous avez dix secondes pour réfléchir. Quel est le malade, le furieux, le kamikaze, qui ne se contenterait pas d’un rhume et irait s’accabler de pue, de douleurs et que sais-je encore ?
Et bien le rhume c’est le scénario du Bus renforcé. Il arrive premier partout : financement, volume de passagers, impact environnemental, baisse du trafic automobile, accessibilité, cadencement… D’ailleurs le service technique de la CAP ne manque aucune occasion de le préciser dès que c’est possible. Le rail est hors jeu et le partage de la rue fait de la figuration.

Alors quoi, on veut se moucher et parler du nez ou risquer une « descente » dès qu’on passe devant le rayon frais et importer de l’Homéoplasmine par palettes ?

Bref, la présentation du projet est aussi neutre que l’acide sur le calcaire. Le pire, c’est que ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est certainement vrai. Mais enfin à quoi s’attendait-on avec une agglomération de la taille de la CAP ? Ce n’est pas pour rien si les PDU sont obligatoires pour les villes de plus de 100 000 habitants.
Il faut une certaine taille, une certaine dimension urbaine, une certaine capacité d’investissement pour prétendre à mettre en œuvre un réseau de transport alternatif (comme le tramway par exemple) aux existants qui posent problème.

C’est pourquoi il fut donner un choix étrange aux périgourdins, que la CAP a appelé :
Le bus ou le train ?

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D’un côté on nous présentait un bus évoluant dans le centre de la ville Périgueux, de l’autre un train couvrant au-delà de l’agglomération périgourdine.
Il fallait choisir entre un bus qui dessert, dans Périgueux, la tour de Vésone et le « rond point » Yves Guéna et un train qui dessert la ville de Château L’évêque et celle de Boulazac. Quelques centaines de mètres contre plusieurs dizaines de kilomètres. Oui, quelques esprits chagrins restèrent incrédules.

:: Enjeux du PDU ::
En résumant à la va comme j’te pousse, ce qui compte, c’est la survie de l’espèce. Pour cela la France a ratifié le protocole de Kyoto, applicable depuis 2005. C’est la principale feuille de route en vigueur pour éviter la catastrophe et il faut se magner à l’appliquer ici et ailleurs. C’est pourquoi, entre autre, un des objectifs obligatoires d’un PDU est la diminution du trafic automobile et c’est pourquoi toute orientation doit être accompagnée d’une mesure de l’impact environnemental. Le reste est relativement moins important.

Mais nous, en Périgord, les cavernes nous collent à la peau. Parce qu’en cas de gros pépin, on saura toujours comment faire des lampes à huile avec des os de poulets et déménager nos canapés sous les abris rocheux. Pour l’instant, en terme d’impact environnemental, on a droit à 1 tableau, 1 page sur les 76 pages que compte la présentation.

Ce serait à mettre en corrélation avec les 3 pages consacrées au thème : Déplacements et urbanisme. C’est vrai qu’ils n’ont pas intérêt à s’étaler sur le sujet. Depuis le début de la décentralisation, les communes ont toute compétence, et donc toute responsabilité en urbanisme et occupation du territoire.
Que ne voit-on pas aujourd’hui nos pauvres politiques s’incliner devant la fatalité de l’étalement urbain qu’ils doivent combattre à présent ?
Arrêtez moi si je délire, mais qui avait la responsabilité des permis de construire, des lotissements, des logements collectifs et individuels, des zones d’activités concertées et autre ZAE ?
Et qui vient de faire une magnifique zone d’activité économique, bien loin de tout sauf de l’autoroute, la poético-numérique Cre@vallée?
Combien de ces zones publiques aujourd’hui privatisées au service des franchises qui détiennent les entrées de ville ? Que ne s’infligerait-on à écouter les doléances d’un maire humaniste sur les conditions de travail des caissières et le diabolique argent roi, alors qu’il signait les permis de construire deux avant.

Ben voilà, en gros on a qu’à prendre le bus. Alors un petit mot sur l’orientation énergétique des énergies à déployer ? Non, c’est un détail, désolé pour cette question stupide.
Non mais quel tintamarre pour des couloirs de bus et des sens interdits! Fallait-il en appeler à la démocratie parée de ses plus beaux atours pour présenter une solution sans concurrence, une solution sans alternative face à l’accablant constat d’un étalement urbain dont les maires sont les promoteurs ?

:: Assez pour cette fois ::
Et oui je critique. Je les entends d’ici, grogner pour défendre leur steak. Désolé, je ne suis pas là pour compter les trains qui arrivent à l’heure. On constate un progrès. Des réunions de concertation et l’organisation d’un débat public, c’est bien. Mais quand nous comptons nos progrès, d’autres engrangent des résultats, c’est mieux. De là à s’engouffrer dans une version officielle vantant la démocratie locale pour un projet magnifique…

I have a dream. Des enfants pouvant être fier de leurs élus, responsables et honnêtes, dévoués au bien commun. Dès que l’on a dit ça, on entend la petite musique de l’utopie, le constat implacable du pragmatique : et il est le drame. Quant à l’optimiste, il vous concèdera que c’est vrai pour les communes de moins de 2000 habitants (95%). Tu m’étonnes.

Ah ça, les châteaux, les foies gras, les champignons, la grotte de Lascaux, (plus pour longtemps), c’est made in Périgord. Et pour ce fond de commerce somme toute tranquille, défilent des ribambelles de responsables aux intérêts bien compris. Le pouvoir n’est pas un projet ai-je déjà entendu. Mais pourquoi ici, ne constate-t-on que l’inverse ?

Aïe, j’ai largement dévié du compte rendu sur le PDU. C’est n’importe quoi.