La CAP Cinéma dévoile son Plan de Démagogie Urbaine

:: Prologue ::
Ce billet est particulièrement long. A cet égard et en deux mots. Le Plan de Déplacements Urbains de l’agglomération périgourdine se voit doté de concertations avec les habitants qui sont faibles et incomplètes. Beaucoup d’autres choses pourraient se faire pour garantir le dialogue entre population, élus, techniciens, associations. C’est pourquoi se targuer aujourd’hui de « démocratie participative » pour un tel dispositif est une usurpation.

SOMMAIRE
1. Introduction caustique
2. Le PDU, la Loi, le Citoyen
3. La Communauté d’agglo et la démocratie représentative
4. Les étapes du PDU
5. La démocratie participative de C. Bérit-Débat
6. Après les mots, les actes
7. Et ailleurs ils font comment ?
8. Epilogue à l’attention de Monsieur Bérit-Débat
9. Documentation sur le PDU
10. Fin du 1er acte

Monsieur Claude Bérit-Débat, maire-sénateur-président-qui-ne-cumule-aucun-mandat, a eut l’honneur, dans les colonnes déployées du journal la Dordogne Libre en date du 24 novembre 2008, de nous présenter sa vision sur l’organisation des futures consultations publiques, dans le cadre de l’élaboration du projet définitif du Plan de Déplacements Urbains de la Communauté d’Agglomération Périgourdine et de la commune de Boulazac. Ouf ! C’était long mais le plus dur est fait.

Pour cet homme de dialogue, qui vient d’obtenir son Contrat d’Aptitude Parlementaire, il n’est pas encore temps de se contenter d’un train de sénateur, comme y tiennent pourtant les cheminots, qui verraient bien un PDU avec des trains partout, des gares, des rails, des caténaires et des pistes cyclables pour les jours de grèves, accessoirement bien sur.

OYEZ OYEZ ! Venez nombreux dans la nouvelle démocratie participative de la CAP, nous lance, joyeux, son président. Car il sait bien que les 4 scénarii du PDU ne sont pas cumulables, malheureusement, à l’inverse de ses mandats. Il faudra donc trancher, ou mixer les propositions actuelles. Dans une super production des déplacements urbains de la CAP et des communes, il faut aujourd’hui élire le scénario idéal, avant que son réalisateur ne commence le tournage.

Plus sérieusement, on se doit d’analyser les enjeux démocratiques liés au profil du PDU à choisir pour et par la communauté, chère communauté. Les lois en vigueur obligent à la consultation des citoyens, (Code de l’Environnement et Code de l’Urbanisme), ainsi que sur l’objectif démocratique de ces consultations, (c’est un objectif donc cela dépend de celui qui vise), depuis la loi Bouchardeau relative à la démocratisation des enquêtes publiques.

Que fait donc Monsieur Claude Bérit-Débat de mieux que la loi prescrit, de sorte que sa démarche est dite participative, à savoir plus démocratique encore que ne l’avait prévu le législateur ?
Aussi, pioche-t-il des mots à la mode dans le vocabulaire politique pour habiller avec force de paillettes et mascara le trois pièces législatif, ou bien est-il réellement en train de proposer une démarche politique justifiant l’AOC participative ?

:: Le PDU, la Loi, le Citoyen ::
Le Plan de Déplacements Urbains, obligatoire pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants depuis 2000, est un dispositif issu de la Loi d’Orientation des Transports Intérieurs (LOTI) de 1982. Il aura fallu attendre la Loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Energie de 1996, et le point important de la réforme, la Loi de Solidarité sur le Renouvellement Urbain, (SRU), de 2000, parachevant le cadre juridique des PDU.

Tout l’enjeu du PDU réside dans l’équilibre entre l’organisation des transports, (tous déplacements confondus), leur égalité d’accès pour la population, (volet social) et la protection de l’environnement et de la santé, (volet écologique et sanitaire).

Un PDU contient des orientations obligatoires à présenter par les agglomérations :

– la diminution du trafic automobile,
– le développement des transports collectifs et des moyens de déplacement économes et les moins polluants,
– l’aménagement et l’exploitation du réseau principal de voirie d’agglomération,
– l’organisation du stationnement sur le domaine public, sur voirie et souterrain, en privilégiant les véhicules peu polluants,
– le transport et la livraison des marchandises,
– l’encouragement pour les entreprises et les collectivités publiques à favoriser le transport de leur personnel, notamment par l’utilisation des transports en commun et du covoiturage.
– l’amélioration de la sécurité des déplacements,
– la mise en place d’une tarification et d’une billétique intégrées pour l’ensemble des déplacements favorisant l’utilisation des transports collectifs « par les familles et les groupes » et « incluant sur option le stationnement en périphérie », dans le but de limiter l’accès des voitures au centre-ville,
– l’organisation et la gestion du stationnement des véhicules sur voirie et dans les parcs publics de stationnement.

Donc, par exemple, lorsqu’on entend le maire de Périgueux déclarer dans le journal qu’il veut diminuer le trafic automobile en ville, cela tombe bien, plutôt bien, puisque c’est une des orientations obligatoires d’un PDU. Pas de mal à se draper de la vertu du volontarisme quand la loi vous y oblige, n’est-ce pas ? Mais quand on sait qu’il enterre des projets de premier plan (Bas Saint Front) dont l’objectif premier est de diminuer ce même trafic, alors là, ça tombe vraiment très mal.

:: La communauté d’agglo et la démocratie représentative ::
Par-ti-ci-pa-tive, le maître mot de la campagne de communication de la CAP dans le cadre de l’élaboration du PDU. Mais avant d’en jeter davantage, il faut rappeler quelques faits concernant les habitudes démocratiques de la CAP.
En premier lieu, le conseil communautaire, ceux qui décident pour les habitants, sont élus hors la vue des citoyens, au suffrage indirect.
Ensuite, les séances du conseil communautaire, où sont prises les décisions, sont tenues dans la pénombre. N’a-t-on jamais vu la CAP lever le petit doigt pour inciter les habitants à assister aux délibérations?
Enfin, la communication au public des décisions du conseil, jugez par vous-même sur le site Internet de la CAPle 30 Mai 2008.

Autant dire que la désignation des élus, les décisions des élus et la communication de ces décisions, souffrent d’une carence démocratique réelle.
C’est pourquoi il est peu avisé de parler de démocratie participative sur un projet, le PDU, un cas particulier, quand l’ensemble du fonctionnement de la structure est démocratiquement opaque, voire volontairement embrumé. Cela revient à soigner un rhume au lieu d’intervenir sur une scoliose, mais comme le discours politique est invertébré pour s’adapter à toutes les contorsions, c’est censé passer inaperçu.

:: Les étapes du PDU ::
Aujourd’hui, après l’élaboration de différents principes d’orientation générale, la CAP entend présenter aux citoyens, pour recueillir leur avis, l’ensemble du projet.
Cette démarche s’inscrit dans un processus long et complexe, depuis le diagnostic jusqu’à la décision finale. La contrainte légale ne se situe pas à ce niveau, pas encore, mais à celui de l’enquête publique, obligatoire.
Cette enquête publique prendra place entre la consultation pour avis des Personnes Publiques, (institutions), et la délibération en conseil communautaire devant rendre le projet applicable.
Ce qui surprend, c’est d’en appeler à la démocratie participative pour nommer une cession de présentation du projet et de consultation des habitants, avant l’étape de l’enquête publique, dont la consultation est justement là pour en garantir le bon fonctionnement.
Les élus ne répètent-ils pas à longueur de temps que la décision leur appartient, de sorte que personne ne puisse distinguer « c’est moi qui décide » de « cause toujours tu m’intéresses » ?

:: La démocratie participative de C. Bérit-Débat ::
Interview du journal Dordogne Libre du 24/11/08
DL : Quelle place aura la parole de la population alors que ce sont finalement les élus qui choisiront le scénario définitif ?
C. Bérit-Débat :

Il me semble intéressant que tout le monde puisse s’exprimer, même si c’est souvent critique.
On va donc donner à la population tous les éléments en notre possession puis elle aura la parole. Même si nous prendrons les décisions qui s’imposent, je tiendrai compte des réflexions en fonction des moyens que j’aurai à ma disposition.

Citons encore, (Cf. site CAP novembre 2008) :

… l’élaboration de ce PDU se fait et continuera à se faire dans la transparence la plus totale et la concertation. J’y tiens. Il y aura un vrai débat public, et nous y mettrons le temps qu’il faudra. (Oui, 1 mois).

Ou encore sur la web TV de la CAP en juillet 2008 :

Comment on peut favoriser l’émergence ou la pratique d’une démocratie directe ? Nous allons avoir un très très bon exercice de ce type avec le PDU, puisque notre PDU va être soumis à enquête publique et nous sommes engagés dans une démarche où les citoyens auront la parole (sic).

Et plus loin :

On met une démarche de concertation, de démocratie, ou directe ou citoyenne ou participative, en sachant que ceux sont quand même les élus, les élus communautaires, ou quand c’est mis en place à l’échelle d’une commune, les élus municipaux qui décident.

Voilà pour les déclarations d’intention et la conception générale de la démocratie, « ou directe, ou citoyenne, ou participative », on verra bien. Notez que parler dans la même phrase de démocratie directe dans laquelle la décision revient aux élus, ne manquerait de faire exploser de rire nos amis helvétiques.
Certes on sent l’intention louable, rendons en lui hommage, mais tout cela demeure trop confus et approximatif pour être un réel projet politique en voie de concrétisation.
On pourrait attendre d’un élu un peu plus de rigueur quand on s’attaque à de tels sujets, qui ne sont après tout, que le socle de notre société et de l’usé jusqu’à la corde « vivre ensemble ».

:: Après les mots, les actes ::
Histoire que les deux concordent, un peu quand même, voici le dispositif mis en place par la CAP pour s’assurer de mener une démarche participative : une vaste consultation des habitants, visant à présenter le projet pour recueillir leur opinion.

Trois réunions publiques programmées les 1, 4 et 8 décembre, (20h30), et à Périgueux, Trelissac et Chancelade. 3 p’tits tours et puis s’en vont.
– Mise en ligne d’un forum de discussion sur le site Internet de la CAP.
– Mise en téléchargement d’une plaquette d’information très très générale de 4 pages.
– Distribution dans les boîtes aux lettres, en partenariat avec la Dordogne Libre, de la présentation des intentions de la CAP.

Chargé d’animer les débats autour de la présentation du projet au public, heu, débats participatifs, est nommé un monsieur Loyal expliquant dans la Dordogne Libre le déroulement attendu.
– Une présentation du PDU d’une dizaine de minutes. Cela ne fait jamais que 2.5 minutes par scénario, autant dire qu’on est en plein court métrage.
– Tout cela pour que « les gens soient les principaux acteurs du dispositif mis en place ». A défaut d’acteurs, on parlera au final de figurants, nous verrons bien.
– Mais pourquoi tant d’efforts Monsieur Loyal ? Car, « en appliquant les règles de la démocratie participative, on enrichit automatiquement le débat ».

Récapitulons. Cet animateur va appliquer les règles de la démocratie participative et cela consiste à donner la parole aux gens et favoriser un lieu d’écoute. Parce que la finalité de la démocratie participative, c’est bien sur d’enrichir le débat : de quoi osciller entre pitié et irritation. Les deux sûrement. Ne nous énervons pas et laissons à l’animateur le soin de chauffer la salle plutôt que de discourir vainement sur des sujets complexes.
Ca y est nous sommes en démocratie participative grâce à la CAP, car à toi le citoyen, il ne te manquait que la parole. Voilà en substance le message essentiel et profond que l’on doit accepter.

:: Et ailleurs ils font comment ? ::
A télécharger pour l’occasion, un rapport de 2002 du Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports l’Urbanisme et les constructions publiques, (CERTU), intitulé :

L’ENQUETE PUBLIQUE DES PLANS DE DEPLACEMENTS URBAINS
Enquête publique et concertation :
Quelques recommandations

Dans le cadre de l’élaboration des PDU, ce rapport analyse 27 enquêtes publiques entre 1999 et 2000 et 5 cas de concertation + enquête publique, particulièrement détaillées.
En introduction, le renforcement des enquêtes publiques est clairement posé, via des concertations préalables :

Toutefois, il serait illusoire de penser que la seule enquête publique pourrait suffire à mobiliser largement la population, s’il n’y a pas eu avant, c’est-à-dire tout au long de la démarche d’élaboration, une volonté de concertation concrétisée par la mise en place d’un processus formalisé (information, groupes de travail, réunions publiques…).

L’objectif de cette étude est de proposer des recommandations pour améliorer le dialogue au cours des enquêtes publiques. Il est reproché aux enquêtes publiques leur rigidité et d’intervenir en aval des projets. Donc la principale des propositions, c’est d’organiser une continuité accompagnant toute la démarche d’élaboration, à travers l’information, la communication, la concertation, le dialogue. ‘Concertation’ est ici entendu en ce sens :
Politique de consultation des personnes intéressées par une décision avant que celle-ci ne soit prise’.

Autrement dit et c’est très important. Les consultations ne sont pas une fin en soi, car elles n’ont aucune valeur légale ni contraignante. En revanche elles sont un dispositif essentiel, en pré requis de l’enquête publique, cadre obligatoire et légal, dirigée non par l’agglomération mais par une commission d’enquête indépendante et nommée par le Tribunal Administratif.

Remarquez qu’à ce stade, nous nous dirigeons tout droit vers ce que propose la CAP, sans avoir évoqué une seule fois le terme « participatif », pas besoin il n’est pas approprié. L’exercice facultatif de la concertation, à l’inverse de l’enquête publique obligatoire, lui donne pourtant tout son sens, à moins de demeurer une étape administrative creuse et raide.

Aujourd’hui, la CAP nous propose d’appeler démocratie participative, un dispositif d’information et de concertation avec les habitants, accrochez-vous si vous l’avez oublié, de TROIS réunions en UN mois pour un bassin de population de 60 000 personnes. A chaque passage on devrait remplir un zénith ! Prière de ne pas oublier LA réunion de synthèse dont la date n’est pas fixée. De plus, Ces réunions sont fixées en novembre 2008, alors que l’enquête publique aura lieu en 2010 ! Et c’est exactement un des écueils décrits dans le rapport que de trop espacer la concertation de l’enquête. Pas de bol.

C’est pourquoi, préférant s’en remettre à des actes que se payer de mots, nous faisons état de quelques dispositifs de concertation qui ont fait leur preuve, selon différents degrés du dispositif démocratique, à savoir :
1. Information / Communication
2. Consultation
3. Concertation
4. Délégation de décision ou attribution de budget

(Cela paraît encore une aberration pour notre actuelle génération d’élus locaux, mais ce genre de dispositif fonctionne déjà concrètement en d’autres territoires depuis une dizaine d’années).

1. Information, communication, sensibilisation
1.1 Exposition permanente présentant le projet
1.2 Exposition itinérante
1.3 Plaquette d’informations claires et pédagogiques (sites EPCI, bulletin officiel, publipostage)
1.4 Relais d’information dans médias locaux
1.5 Editions spéciales de large diffusion
1.6 Site internet dédié au sujet
1.7 Forum d’information thématique
1.8 Diffusion du porter à connaissance de l’Etat
1.9 Ouverture d’une « permanence PDU » pour toute demande de renseignement

2. Consultation
2.1 Enquête d’opinion (attentes, besoins, enjeux, actions prioritaires)
2.2 Référendum consultatif
2.3 Questionnaires aux associations

3. Concertation
3.1 Réunions publiques : débats, échanges, dialogues
Noter par ex. que cela a pris une année dans le cadre du PDU grenoblois : 65 réunions.
3.2 Groupes de travail et réunions thématiques avec les associations, (usagers, environnement, personnes handicapées, etc.)
3.3 Réunions hebdomadaires entre élus, associations, techniciens, public, (une année à Lille par ex.)

Evidement cette liste d’outils permettant une réelle implication de l’ensemble des intéressés n’est pas exhaustive. Il n’est pas interdit d’innover et d’inventer, d’autant que ce rapport date de 2002. Nous avons volontairement laissé de côté la question de l’enquête publique en elle-même et y reviendrons le moment venu. Dans tous les cas, et à défaut de démocratie participative, on peut constater tout ce qu’on peut faire et qui n’est pas fait sur l’agglomération périgourdine. On doit remarquer aussi, tout n’est pas négatif loin s’en faut, que certaines choses ont aussi été menées.

:: Epilogue à l’attention de Monsieur Bérit-Débat ::

Monsieur Bérit-Débat
Au fond, il n’est jamais demandé que la concrétisation de vos intentions en un réel dispositif, efficace et juste, de concertation entre tous ceux qui forment la communauté d’agglomération. Car il s’agit bien d’une communauté que nous partageons. Il serait dommage que ce rendez-vous que vous appelez de vos vœux, ne soit manqué en l’absence d’un dispositif plus conséquent que le balbutiement actuellement proposé.
Vous savez bien que l’on ne fait pas une démocratie participative avec 3 réunions et un forum sur Internet. De même que l’on ne fait pas de l’ébénisterie en plantant un clou dans une bûche.
Nous vous invitons, « communautairement », à renforcer le dispositif de concertation avec la population et les associations, afin d’anticiper une enquête publique que nous souhaitons de première qualité, tant en terme démocratique que politique.
Mais s’il vous plaît, il n’est pas besoin, pour cela, d’en appeler à une « démocratie participative » qui n’est en aucun effective en l’état, au seul prétexte de vouloir écouter ce que les citoyens vous disent. C’est pourquoi appliquer ce terme à votre dispositif confine à la démagogie et la communication politique.

Merci par avance de votre compréhension.

:: Documentation sur le PDU ::
Etude la plus complète le porter à connaissance de l’Etat, MIAGE, 2006
Plaquette de présentation des scénarii de la CAP sur le site de la commune de Boulazac
Plaquette d’information de la CAP 4pages qui dit mieux, sur le site de la commune de Périgueux par exemple
Pour en savoir plus sur les arguments en faveur du rail, sur le site du collectif ETAPE
Rapport du CERTUtéléchargement en pdf

:: Fin du 1er acte ::
Tout cela n’est donc qu’un début, continuons le débat. Nous en reparlerons très bientôt.

Collectivités territoriales: quelle réforme ?

Dans une démarche certes pragmatique mais encore jacobine, nous aurons eu droit à la réforme constitutionnelle touchant à l’organisation de l’exécutif et au bicamérisme à la française. Puis, acte II, la réforme aujourd’hui à l’étude des Collectivités Territoriales, promises à toujours plus de pouvoir dans la Décentralisation de la République.

:: Un gâteau à partager ::

Alors que le Président a nommé E. Balladur à la tête de la commission chargée d’examiner la future réforme, d’autres se sont empressés de faire valoir légitimité et présence. C’est le cas de JF. Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, qui a mis sur pied son groupe de réflexion parlementaire, à l’instar de G. Larcher, nouveau président du Sénat, qui a aussi mis sur orbite un groupe de travail sénatorial.

Aussi, le Sénat, l’Exécutif et l’Assemblée Nationale auront chacun leurs propres résultats, mais dont les conclusions font déjà l’objet d’une certaine compétition dans le calendrier, (Cf. Médiapart). Autrement dit, ça promet. Bien que le mot ne soit pas très tendance en ce moment, spéculons un peu.

E. Balladur appartient plutôt à une tradition étatiste, dont l’horizon de la réforme est d’une nature plus fiscale que régalienne. Réduire les dépenses publiques d’une organisation territoriale brouillonne, marquée par les doublons de financement et d’administration d’un mille-feuille territorial dispendieux et lourd.

De quoi fâcher le Sénat et l’Assemblée dont les principaux bénéficiaires de ce système sont les élus eux-mêmes, toujours prompts à la discussion nationale, mais silencieux une fois revenus sur leurs territoires. Cette duplicité entre territoire et nation les rendant juges et parties, ils ne devraient pas manquer de dénoncer une logique du moins-disant pour préserver leurs privilèges dont la double casquette d’élus nationaux et d’exécutifs locaux les transforme de facto, en lobbys territoriaux à la tribune du Parlement.

N’oublions pas que les députés comme les sénateurs sont, à 85%, des cumulards attentifs à leurs indemnités autant qu’à leurs réélections. Il ne faudrait pas que cette réforme des collectivités territoriales leur fasse perdre l’avantage d’un cumul indemnitaire unique en Europe, ou puisse leur couter un siège d’exécutif local à cause d’une redistribution fiscale.

En ce sens cela ne devrait pas trop poser de problèmes. Ce sera du donnant-donnant. Puisque le Sénat a réussi à s’octroyer la gestion de la Décentralisation, histoire d’avoir la main mise sur le bébé, l’Exécutif sera bien obligé de composer, ou plutôt de compenser.

:: Décentralisation et Démocratie ::

Récapitulons les enjeux principaux. La fiscalité et le financement des collectivités locales, l’organisation administrative des 4 échelons territoriaux, la rationalisation des services et des compétences, thèmes dans lesquels il s’agira pour nos cumulards et barons locaux, de conserver autant la possibilité du cumul des mandats que leurs bonnes dispositions auprès de leurs électeurs.
Dans ce débat entre, d’une certaine façon, les représentants de l’Etat à Paris et les représentants de la Nation en Province, quid des droits politiques et de la démocratisation du système représentatif actuel ?

Verra-t-on s’engager des débats sur le césarisme local et l’opacité politique des collectivités ?
Peut-on s’attendre sans rêver à la question de la démocratie locale dans le cadre de transferts de pouvoir toujours plus grands ?
Ainsi la question du mode d’élection des représentants des intercommunalités, aujourd’hui opaque et indirect.
Ainsi la question du cumul de l’exécutif et du législatif dans les assemblées municipales, où les conseils municipaux ne sont que le théâtre de décisions débattues et prises à l’avance.
Ainsi la question du dégraissage envisagé des Cours Régionales des Comptes, seuls organismes garantissant aujourd’hui la transparence de gestion de collectivités qui pèsent de tout leur poids pour leur élimination.
Et ainsi de suite…

:: Elu des villes ::

On pourra bien faire de grands débats et s’auto congratuler devant les médias et les électeurs sur la conduite de la future réforme. On parlera haut et fort du système national, de l’élu de la République au service de l’intérêt de ses concitoyens. On portera l’émotion à son comble face au dévouement de nos élus locaux, bravant les difficultés toujours plus nombreuses, au seul service de l’intérêt général, croyance républicaine suprême et désintéressée que rien ne saurait entacher.

Mais en coulisses, qui remettra en question ce que la Décentralisation permet, dans les territoires, de corruption douce, de népotisme, de clientélisme, de manipulations.
Lorsqu’on se présente aux élections sénatoriales en étant Président d’un Conseil Général, comment ne pas résister à la tentation de l’utiliser et l’instrumentaliser à son propre compte et pour son seul intérêt politique ?
Lorsque l’on devient maire d’une ville moyenne, comment ne pas faire preuve de favoritisme en embauchant les copains à la place des spécialistes ? Pourquoi ne pas pousser tranquillement vers la sortie des fonctionnaires territoriaux compétents et professionnels, mais qui dans le fond, ne sont pas à l’image du nouveau pouvoir ?
Que voit la préfecture dans les petits arrangements sur les octrois de permis de construire « arrangés » pour les amis ?
Qui verrait, encore, les dossiers en bas de pile passer en priorité pour l’obtention d’un logement social, selon les affinités ?
Qui vérifie qu’un responsable légitime d’une maison de quartier ne se trouve dépourvu du poste de directeur à cause de ses opinions politiques ?

La réalité de l’exercice politique se situe davantage pour nos barons, dans l’utilisation des outils de gestion territoriale à des fins qui n’ont rien à voir avec le sens que la Loi leur a donné. Pire encore, combien considèrent que cette réalité constitue la normalité ? Et dans ceux qui s’indignent encore de ce grand détournement de la vocation républicaine, combien sont ceux qui ne sont pas résignés ?

:: Elu des champs ::

Jusque là nous parlions des villes, où les partitions sont plus complexes. Mais il faut aller voir dans nos campagnes, comment s’abordent les pressions politiques et les règlements de comptes post électoraux. Tout le monde se connait et les intérêts sont vite partagés, sinon compris. A coup d’ostracisme homéopathique, de pneus crevés, comme les chiens parfois. A coup de voiture dans le fossé, de menaces de mort, fourches à la main, etc.

Ah nos braves maires agriculteurs que les sénateurs aiment tant à choyer et brosser dans le sens du poil.
O grand jamais nul n’a détourné l’approvisionnement en eau potable, en amont des compteurs pour ses champs de maïs.
Nul n’a jamais fermé les yeux sur les pompages illicites dans les nappes phréatiques ou les rivières, car les temps sont durs et les subventions manquent.
O grand jamais nul maire d’une commune rurale n’a tenté, à 200m en face d’un château classé, de rendre un terrain constructible parce qu’il voulait une maison pour sa nièce.

:: La réforme impossible ::

Pour reprendre le titre du livre de Marion Paoletti, cette phase de réforme de la Décentralisation sera-t-elle accompagnée d’une réelle Démocratisation ?
Lorsqu’on vote pour soi les lois favorisant sa propre existence:

– sur le cumul des mandats,
– sur les indemnités,
– sur le statut,
– sur les pouvoirs,
– sur l’irresponsabilité juridique,
se priverait-on de s’en octroyer le maximum possible, au nom d’on ne sait quel idéal républicain qui n’engage que ceux qui y croient, mais ne correspond en rien à la réalité quotidienne du pouvoir ?

Bien sur que la réforme aura lieu. Et bien sur que cette réforme débouchera sur des lois et décrets dont on se félicitera de l’optimisation, de la rationalisation des échelons territoriaux. Il faudra aussi être fier d’annoncer au Président les économies de dépenses publiques issues de cette réforme.

Et après ? Aura-t-on ouvert ne serait-ce qu’un débat sur la démocratie toujours plus branlante à l’intérieur des territoires, sur le néo-féodalisme que la décentralisation a induit, sur le sens dévoyé de l’exercice d’un pouvoir transformé en outil des intérêts individuels ?

On prend le pari que non, malheureusement. Alors que la Vème République est fêtée à coups de grands’ messes médiatiques, on ne veut pas voir la décrépitude démocratique et politique que la décentralisation a engendré. Elle sert trop d’intérêts, elle est l’objet de trop de négociations politiques. Elle nourrit toujours plus d’élus qui ne visent qu’à obtenir le statut équivalent de fonctionnaire territorial.

Et au fond, dans un système où l’on revendique la souveraineté du peuple, où le rite républicain culmine dans la délégation d’un mandat au suffrage universel, c’est bien au peuple d’assumer la responsabilité de la compétence et l’honnêteté des élus qu’il désigne.

Aussi ce contrat électoral, ce « contrat de confiance » comme l’a bien vu le philosophe Darty, est loin d’être toujours passé à l’aune des intérêts supérieurs du groupe humain constituant la Nation. En revanche, on s’entend sur critères personnels, tantôt de culture de classe, (comme un réflexe pavlovien), tantôt d’intérêts individuels conscients et profitables à soi ou sa corporation, à l’avantage de tout autre.

Un ancien maire de Périgueux et influent homme d’Etat avait ainsi pointé le mystère de l’électeur. Au moins dans l’idée, on peut résumer la chose :

Dans une élection, pour représenter un parti, vous pouvez bien mettre une chèvre si vous voulez, elle fera toujours un score.

Cela pourrait sembler drôle, mais c’est ce qu’il y a de pire. A moins de nier le principe fondateur de notre République, nous avons la démocratie que nous méritons.

Finances: Périgueux, l’Islande, même combat ?

Depuis quelques temps déjà, le débat fait rage autour de l’état des finances de la ville de Périgueux. Suite à une note de mise en garde du Préfet de Dordogne et du Trésorier Payeur Général sur la capacité d’investissement de la ville, les échanges vont bon train.

D’un côté le maire de Périgueux se fonde sur cette mise en garde pour dénoncer l’incurie de l’ancienne équipe municipale, et ainsi faire valoir l’impossibilité de répondre des investissements prévus, comme la réalisation du projet du Bas Saint Front. Il met en relief, ce faisant, toute sa prudence budgétaire de gestionnaire de bien public, sage et avisé.

De l’autre, l’opposition dénonce énergiquement une manipulation de cette note à caractère confidentiel, préférant, plutôt que de rendre des comptes de sa gestion passée, appuyer sur le caractère d’incompétence du nouveau maire, qui ne saurait pas quoi faire d’une situation sans réelle difficulté. En ce sens, l’opposition se cale même dans les propos du Préfet de Dordogne, dénonçant une instrumentalisation politique de la chose.

Chacune des parties attend les résultats d’un audit financier commandé par le maire, pour fonder ses dires et démontrer les torts de l’autre. Nul doute que chacun, en bon rhéteur, trouvera dans ce rapport financier tout motif de satisfaction pour son propre camp. Ceux qui alimentent ces finances en seront-ils plus avancés ?

Etant ignorant en matière de subtilités comptables et budgétaires, j’ai suivi la piste proposée par le journal Sud-Ouest il y a quelques temps, merci à HC. Il s’agit du site du Ministère de l’Economie et des Finances consacré aux collectivités locales. On y trouve les budgets complets de la ville de Périgueux depuis 2000, avec la situation moyenne nationale en comparaison des villes de la même strate.

Vous pouvez télécharger en pdf, ci-dessous, chaque fiche budgétaire de 2000 à 2007.

Pour un non spécialiste, il faut admettre que l’on ne voit pas en quelle demeure est le péril. Faisons leur toute confiance. Enfin, en ce moment les spécialistes en analyses financières n’ont d’autre choix que la posture de l’humilité hein ?

 :: Quelques comparaisons qui mériteraient de nous être mieux expliquées ::

L’endettement moyen en euros par habitant
De 2000 à 2005, Périgueux est restée en deçà de la moyenne d’endettement. Visiblement, c’est à partir de 2006 que la ville a procédé à des emprunts ou perdu de sa capacité de remboursement de la dette. En 2007, cet endettement était supérieur de 67 € / habitant à la moyenne nationale, pour un total de 1 227 € / habitant.

Le résultat d’ensemble
Le résultat d’ensemble est la soustraction du résultat comptable, (à savoir le résultat des opérations de fonctionnement), et du besoin ou de la capacité de financement résultant des opérations d’investissement. Pour cette section, la ville de Périgueux oscille. En 2002, le résultat d’ensemble était de 111 € /hab. supérieur à la moyenne nationale. En 2003, inférieur de 74 € /hab. ; en 2004 supérieur de 66 € /hab. ; en 2005 supérieur de 44 € /hab. ; en 2006 supérieur de 47 € /hab. ; et en 2007 inférieur de 28 € /hab. Bien sur, ces données dépendent des autres villes puisque c’est une moyenne nationale. Mais cela reflète surtout une fluctuation constante des variables influençant ces résultats. La situation sur ce point, ne semble ni pire ni meilleure, mais changeante.

Impôts locaux et taxe d’habitation
Là en revanche il y a une grande stabilité. La ville est supérieure à la moyenne nationale en terme d’impôts locaux, donc on peut penser qu’ils sont déjà élevés. En revanche, la taxe d’habitation est inférieure à la moyenne nationale, ce qui laisse penser que cette dernière était volontairement contenue. Sur ces points, s’il y a des spécialistes, leurs commentaires seront les bienvenus.

L’autofinancement
Un autofinancement positif semble indiquer mécaniquement la capacité d’investissement de la ville, toute précision ou démenti seraient les bienvenus. Il est décomposé comme suit :
– Excédent brut de fonctionnement
– Capacité d’autofinancement = CAF
– CAF nette du remboursement en capital des emprunts

Aussi, nous pouvons voir l’évolution de Périgueux par rapport à la tendance nationale de 2000 à 2007 pour se faire une idée générale de cette capacité d’autofinancement. En grand ici.

AUTOFINANCEMENT_PERIGUEUX_2.jpg

L’excédent brut de fonctionnement demeure plus élevé que la moyenne nationale, bien qu’il ait tendance à s’éroder sensiblement depuis 2005.
La capacité d’autofinancement de la ville est pour la première fois depuis 2000 en deçà de la moyenne.
Pourtant, la CAF de remboursement en capital des emprunts demeure largement supérieure à la moyenne et ce depuis 2006, ce qui n’était pas le cas depuis 2000.

:: Conclusions ::
Calculée en € /hab. et en comparaison de la moyenne par rapport à des villes de même strate, la situation supérieure que connaissait la ville de Périgueux en terme de résultat d’ensemble se dégrade sur l’année 2007. Pour autant, les fluctuations dans cette section sont récurrentes. En revanche l’endettement progresse. Mais il progresse en conservant une pression fiscale constante et en altérant peu, voir pas, la capacité d’autofinancement du remboursement des emprunts. A chacun, donc, de faire sa conclusion : investir ou ne pas investir, telle est la question.


:: Et la CAP et la CAP… ::

Et les autres villes de la Communauté d’Agglomération Périgourdine dans tout ça ? Après tout on ne parle que de Périgueux, mais cette ville fait partie d’une communauté d’agglomérations de 13 communes, dont la politique globale a un impact sur sa gestion. Nous avons donc employé le même procédé pour l’ensemble des communes de la CAP. Cette fois ce n’est pas une situation verticale qui est proposée, selon les années, mais une situation horizontale sur l’année 2007, mettant en vis-à-vis l’ensemble des communes, chacune comparée dans sa propre strate bien sur.

Voici la liste des communes composant la CAP

Antonne et Trigonant, Champcevinel, Chancelade, Château Lévêque, Coulounieix Chamiers, Coursac, Escoire, La Chapelle Gonaguet, Marsac sur l’Isle, Notre Dame de Sanilhac, Périgueux, Razac sur l’Isle, Trélissac.

Le tableau complet et brut de décoffrage :

Téléchargement au format Excel

Chacun aura loisir de le triturer comme il l’entend. Nous proposons ci-dessous le tableau comparatif qui en résulte, indiquant en bleu les résultats supérieurs à la moyenne nationale et en rouge les résultats inférieurs. En grand ici.

COMPARATIF_COMMUNES_CAP.jpg

La division en trois parties permet de distinguer le trio de tête, le peloton et la voiture balai.

Le trio de tête
La ville qui dépasse toutes les moyennes nationales dans sa propre strate, c’est Marsac sur l’Isle. Cette situation privilégiée, outre certainement une gestion avisée, provient néanmoins, à l’instar d’une commune comme Boulazac, dans la même situation, de ce que ces communes sont des villages au milieu d’une vaste Zone d’Activité Economique.
En revanche pour Château Lévêque ce n’est à notre connaissance pas le cas, cela nécessiterait confirmation. Dans tous les cas, cette commune se place bien, en second dans le classement de la CAP.

Permettons nous ici une incise, sur ces villes qui s’engoncent, pour toujours plus de taxe professionnelle, dans de vastes écrins de surfaces commerciales. Aussi parlerait-on plus opportunément de la ZA Boulazac ou la ZA Marsac, en regard de la prégnance commerciale par rapport à la véritable identité urbaine. On ne peut que conseiller la lecture du livre de David Mangin:

La ville franchisée

Formes et structures de la ville contemporaine

Ed. de la Villette, 2004.

ville_franchisee_mangin.jpg

 Extrait:

Finalement, la plus grande victoire du système qui s’est mis en place ne serait-elle pas d’avoir réussi à faire converger, à l’échelle des secteurs, les systèmes de circulation et de marchandisation des produits, tout en plaçant les villes dans une logique de marketing?

 

Mais revenons à nos communes…

Le peloton
Tiens, nous retrouvons Périgueux, ville la plus présente dans cette partie de tableau. Impossible ici de dire si elle est en progression ou en baisse, mais en tout cas, si elle est vraiment à ce point financièrement dans le rouge, le Préfet de Dordogne et le Trésorier Payeur Général ont du inventer de nouvelles couleurs pour avertir les autres communes qui pédalent derrière. Peu nous importe ici, faisons toute confiance dans l’imagination chromatique de nos responsables.

La voiture balai
Alors là, on ne peut pas dire que ce soit joyeux. On peut même supposer que la commune de Trélissac est déjà sous tutelle de l’Etat. On a du mal à imaginer comment une commune peut en arriver là. Ou bien les trélissacois sont victime d’une malédiction budgétaire, ou bien depuis que le maire a été élu en 1983, il n’a encore pas saisi toutes les subtilités des concept de recette et de dépense. Dans tous les cas, il y a un gros problème.

 :: Epilogue ::

Ces documents officiels ne font pas état, bien sur, de tous les petits trucs et astuces permettant d’équilibrer un budget en terme de recettes, de dépenses, de résultats bruts et de charges de fonctionnement. Peu importe, on voit bien que Périgueux, dans la moyenne de sa strate, dans la moyenne des communes de la CAP, n’est pas, effectivement, un radeau à la dérive. Incontestablement, sa situation est moins bonne que d’autres années, plus fastes. Donc son évolution nécessite l’attention, pas de crier au loup, cela ne sert à rien. D’autant que dans la situation actuelle, les résultats de Périgueux vont finir par être rassurants!

La base de ces documents permettra, dans quelques années, de suivre son évolution. Autant le dire, La Chouette vient de placer un collier émetteur aux futurs budgets de la ville, aussi sauvagement opaques qu’ils sont, sur l’unique volonté des élus de ne pas les rendre plus clairs et plus compréhensibles pour des non spécialistes.
Mais Enfin, le plus important, nous invitons toute personne versée en comptabilité et gestion publique à donner son avis, qui sera forcément meilleur que le notre.

:: Epilogue II ::

Suite au complément d’information fourni par Durififipartou, merci, un nouveau tableau prenant en compte cette fois l’évolution de la section Autofinancement de la la ville de Périgueux, en milliers d’euros, de 2000 à 2007. En grand là.

PERIGUEUXCAF20002007.jpg

Bien que globalement supérieure à la moyenne de sa strate, la CAF globale s’érode depuis 2004. Pour autant, la CAF nette du remboursement en capital des emprunts a fait un bond significatif depuis la même année. Il semble donc qu’il manque beaucoup de critères, en l’état, (naïveté volontaire), pour comprendre la mise en réseau d’alerte. Car il faut se rappeler les préconisations de l’actuel maire pour remédier à cette érosion générale :

 – limiter l’investissement ;
–  restaurer des marges d’autofinancement en remettant en adéquation le rythme des dépenses avec celui des recettes ;
– alléger les charges de fonctionnement.

Si ces mesures sont censées ramener le bilan comptable de la ville à ses marges de 2003/2004, on doit comprendre aussi que la ville ne devrait pas s’endetter davantage à moins de ruiner les efforts d’autofinancement. Aussi, on comprendra qu’il faut limiter les investissements au strict minimum prioritaire. Or c’est l’interprétation même de prioritaire qui va faire débat, comme avec le projet de déplacer la mairie, (si ce n’est en réalité déplacer le maire), et de créer un nouveau centre culturel en cœur de ville, à 300 m du centre François Mitterrand par exemple.

Si l’on prend l’exemple du projet du Bas Saint Front, qui sera en grande partie autofinancé hormis le recours à l’emprunt. A aucun moment n’est projeté le retour sur investissement en taxe professionnelle, via la revitalisation des commerces du quartier. Idem pour la restauration de l’habitat aux abords de la cathédrale qui en terme de cadre de vie comme de marché, représenterait une plus value certaine à l’arrivée. Enfin n’est pas chiffré l’impact sur le tourisme, dont l’afflux devrait croître après la rénovation du quartier et l’embelissement général. Ce projet n’est présenté que sous forme d’un fond perdu sur le plan comptable. C’est loin d’être le cas en réalité.

A suivre…

Périgueux, CAP, PDU, un Marx et ça repart

Dans le cadre du projet de Plan de Déplacement UrbainPDU – dont le maître d’ouvrage est la Communauté d’Agglomération de PérigourdineCAP -, le collectif ETAPE fait sa rentrée, via un tract posté sur leur blog le jeudi 18 septembre.

Ce collectif a pris le parti de s’inscrire dans un lobbying pro ferroviaire, accessoirement pro bus et déplacements doux pour étoffer les revendications. Nous avions eu l’occasion d’entretenir quelques échanges épistolaires intéressants avec son leader, Vianney Le Vacon, directeur départemental du PCF, adjoint aux sports de la ville de Périgueux et conseiller communautaire de la CAP.

Revenons sur le tract et essayons de comprendre ce qui se trame. Le président de la CAP a ouvertement sommé le collectif de rentrer dans le rang des débats que la communauté d’agglo entend diriger à elle seule, si possible sans voix dissidentes.
D’un autre côté, ETAPE ne l’entend pas de cette oreille et continue d’organiser réunions, débats, AG, et distribution de tracts pour faire droits à leurs revendications.

:: Une majorité divisée ::

Cette situation comporte des originalités déconcertantes. D’un côté le tract titre en grand :

Des élus qui risquent de se cantonner à un minimum de changement

Cette critique à peine voilée d’une politique frileuse, stigmatisant par exemple au passage les inquiétudes du maire de Périgueux, également vice président de la CAP délégué aux transports, qui déclare être pour l’instant incapable de répondre financièrement aux dépenses de fonctionnement d’une navette ferroviaire, située aux alentours de 13 millions d’euros par an.

Ainsi, le tract invite à « … convaincre nos élus de s’engager pour des solutions d’avenir », car, si l’on en croit le texte, les verts et les communistes au sein de la majorité, n’arrivent pas seuls à convaincre leur collègues socialistes du bien fondé de leurs propositions. Lasse, la moitié de la majorité en appelle au peuple pour influencer les décisions de l’autre majorité ! Cette situation croquignolesque doit faire mourir de rire l’opposition historique, mais en même temps inquiéter un peu sur la cohérence des politiques publiques.

Ces élus soupçonnés de frilosité, voire d’immobilisme, c’est un comble pour un PDU, attaqués par des élus de leur propre majorité, présents au conseil municipal de Périgueux et au conseil communautaire de la CAP, montrent l’état d’une gauche plurielle locale qui a su s’entendre pour gagner, moins pour gouverner.

Mais revenons à ETAPE. La finalité du groupe de pression permet de mieux se cerner à travers les dernières déclarations.

:: Charge anti voitures ::

Le collectif, dont l’adresse n’est autre que la boîte aux lettres de l’UD CGT, prend les villes de Bordeaux et de Strasbourg en exemple de bonnes politiques de transports. On les comprend, ces villes de droite bénéficient d’un vaste réseau de tramway, alternative certes efficace au tout voiture, mais dont Périgueux devra se passer au regard de sa taille. En garçon bien élevé, Alain Juppé ne manquera pas, au passage, de remercier la CGT Périgueux pour le compliment, dont cette dernière incite Michel Moyrand à suivre l’exemple.

Et puis toujours cette fixette sur les ponts de la CAP dont le but est de désengorger les transits routiers dans Périgueux :

Nous n’avons pas besoin de nouveaux ponts qui amèneraient encore plus de voitures et de camions dans la ville.

ETAPE s’est bien gardé sur son blog, de mettre en ligne le rapport des services de l’Etat expliquant les cause de l’augmentation du trafic routier ; souvenons nous :
P.41, 3.2.1.4 :

Le trafic routier augmente 10 fois plus vite que la population
Alors que la population du territoire d’étude n’augmentait globalement que de 2.26% (environ + 0.25%/an) entre 90 et 99, et que la construction de logements croissait de 10.78% (soit 1% par an en moyenne), les trafics routiers sur les axes pénétrants de Périgueux ont connu des augmentations beaucoup plus importantes de l’ordre de 4% par an particulièrement à l’est de Périgueux (Trélissac et Boulazac) avec l’implantation des zones d’activités et de commerces.
Ces fortes hausses de trafic ne sont donc pas les conséquences ni de l’accroissement démographique ni du transit mais de la forme du développement urbain qui génère une augmentation des échanges vers les pôles d’emplois qui concentrent commerces et services.

Non, décidément, ETAPE n’arrive pas à comprendre les causes de l’augmentation du trafic routier, ou peut-être les ignore-t-il, parce que la vérité va à l’encontre de leur rhétorique de circonstance. Mesdames, Messieurs, les ponts ne sont pas générateurs de l’augmentation du trafic routier, ils ne sont pas là pour amener des voitures dans le centre ville, mais pour au contraire permettre de contourner la ville. Mais qui disait qu’un tract était par définition toujours mensonger ?

:: Les vieux démons ::

Et puis ils craquent. Chassez le naturel, ils revient au galop, (tiens, un mode de transport oublié celui-la).
Déboule derrière les présentables motifs environnementaux, ce qui constitue le corps des revendications, les références idéologiques, s’imposant comme les motivations réelles de la démarche. Le PDU d’un coup de baguette magique cégétiste, cristallise la lutte du service public contre la privatisation, symbolisée par le train contre la voiture, le collectif contre l’individuel, etc. Voilà que notre pauvre PDU, devient à lui seul capable d’exprimer un temps, l’essence même de la lutte des classes. On ne se refait pas.

Aussi, on comprendra pourquoi le tract est assorti de revendications qui n’ont rien à voir avec le PDU de l’agglomération périgourdine, pour finir sur :

– l’élargissement du tronçon ferroviaire Périgueux / Limoges,

– un ticket unique départemental,

– et l’extension de la navette ferroviaire Niversac / Mussidan, alors qu’ils ne s’en sortent déjà pas avec l’agglomération périgourdine.

Notre lobby périgourdin, tant qu’il y est, se montre un peu ingrat envers l’homme qui leur a donné les clefs de la ville, le maire de Périgueux, en n’exigeant pas, sans délai, l’électrification de la ligne Périgueux / Limoges. Et la reconnaissance du ventre alors !

:: Une réalité plus crue ::

Ce que l’on finit par comprendre, avec les communistes et les cégétistes en locomotive du collectif, c’est qu’ETAPE est d’abord un groupe de défense des intérêts des cheminots locaux, voyant au travers du PDU l’opportunité de glaner un peu plus d’emprise locale, de faire valoir des intérêts de développement corporatistes, en contradiction symétrique avec leur idéologie universaliste. Il y est question de leurs propres intérêts érigés en intérêt commun. Une chance que dans leurs wagons TER, ils aient prévu la place de ranger quelques vélos et que le bus peut aller dans des endroits innaccéssibles aux trains.

Il n’est pas certain qu’ils aient tort sur le fond, peut-être qu’il ne faut plus se déplacer qu’en train et en navette, mais comme souvent, la méthode est à l’image de l’objectif : spécieuse.

Mais en contrepoint, leur jetterait-on la pierre, au prétexte de méthodes qui raisonnent comme des rengaines et d’une représentation gauchement bipolaire des enjeux, de chercher à lutter pour ce qu’ils estiment être leur survie ? Pas vraiment non plus.
L’Etat se contracte et se retire des territoires comme une marée en baie de Somme, en violentant un fonctionnariat qui, en tant que service public, comme l’écrit P. Rosanvallon, a représenté longtemps « la force identifiée de la réalisation de l’intérêt général ».

Et à Périgueux quelle force ! On gardera en mémoire, sous le gouvernement versaillais, que les cheminots périgourdins refusèrent d’accéder à la demande d’envoi de wagons blindés destinés à dézinguer les communards. C’est face à l’artillerie seulement qu’ils abdiquèrent, après avoir répandu dans tout Périgueux, dans un cortège de plusieurs milliers de personnes, un bordel sans nom qui appartient aujourd’hui aux faits d’armes de la Commune.

PDU: débat à explosion

Revenons sur le PDU, décidément moteur de débats explosifs et expressions diverses.
Un nouvel élément non contrôlé se glisse dans le déroulement des concertations prévues par la CAP. Suite à la constitution du collectif ETAPE, Ensemble pour des Transports Alternatifs en Périgord, le site de la CAP met en ligne via un pop up en page d’accueil, le rapport de Juin 2008 sur le PDU. Jusque là, ce rapport n’était disponible que dans la rubrique Presse.

Mais là attention, la CAP communique. Il a été rajouté un texte du président en première page du rapport. C’est cette page cette page qui nous occupe ici. Rappel des 3 principes affichés par la CAP.

1. Rien n’est décidé, tout est ouvert.
2. Transparence et concertation.
3. C’est le syndicat Péribus qui décide.

Au-delà d’une orthographe fort malmenée, cet édito s’adresse à des personnes bien précises, des élus, pour certains au cœur même des exécutifs locaux. Il s’agit du collectif ETAPE à qui ce texte répond directement aux attaques contre la présélection des scénarios dont la navette ferroviaire n’est pas favorite parmi les nominés.

Le message est clair. Il appelle ETAPE à réintégrer le cadre du débat organisé par la CAP. En effet, sur leur blog, ils annoncent travailler dans leur coin durant l’été, pour proposer des nouvelles solutions à la rentrée. Politiquement, cette passe d’arme est intéressante à plus d’un titre.

:: Tâche d’huile sous les essieux de l’unité ::

Nous avions évoqué dans un article précédent les conséquences du changement de majorité partisane au sein de la CAP. Il était envisagé qu’une forte majorité, avec la ville de Périgueux, au conseil communautaire, permette une plus grande cohésion politique et une meilleure unité dans les décisions. Cela était souhaitable, il n’en est rien. Une partie de la majorité se comporte comme une opposition, à coup de contre propositions fracassantes et critiques acerbes. Le conseil communautaire se retrouve donc constitué d’une majorité et de deux groupes d’opposition, PCF/UMP, eux-mêmes parfaitement opposés, avec les électrons en semi-liberté que sont les Verts et le Modem, face à un PS contraint de fonctionner avec ses alliances de campagne électorale.
Du coup, c’est M. Béri-Debat en personne qui demande à M. Le Vacon de rentrer dans le rang avec le texte de présentation du PDU et de ne pas « enfoncer des portes ouvertes ». Ce document est-il vraiment l’occasion de régler ses comptes ? Est-il vraiment le lieu pour rappeler que la CAP refusera tout débat indépendant au sien, à celui qu’elle organise et dirige ?

:: Un lobby anti voiture ::

Le phénomène ETAPE. Il se présente comme un collectif bigarré, composé des acteurs locaux suivants :
Collectif unitaire pour une alternative au libéralisme / Les amis de la Terre / Vélorution / Attac / CGT cheminots / FSU / Les Verts / Le PCF.
Pour mémoire, les Verts et les Communistes font partie de la majorité et sont bien représentés au conseil municipal de Périgueux et au conseil communautaire de la CAP : ambiance.

Visiblement ce collectif se définit mieux comme un lobby, un groupe de pression composé d’éléments très divers, mais rassemblés autour d’intérêts communs et occasionnels. Ce n’est pas un gros mot, appelons un chat un chat, ETAPE se définit bien comme :

des entités qui cherchent à représenter des intérêts de sections particulières de la société en vue d’influencer les processus politiques

Les enjeux de ce lobbying sont l’abandon des projets de ponts et la promotion de la navette ferroviaire. Certains par souci environnemental, d’autres par intérêt économique, d’autre par idéologie doctrinale, d’autres enfin pour la généralisation de leur hobby.
Ce lobby entend donc mener indépendamment de la CAP des débats sur le sujet, mais cela ressemble plus à une campagne d’opinion qu’autre chose. Il y a fort à parier que contribuer au débat à ce niveau, ne signifie pas autre chose qu’être en accord avec les intérêts défendus. L’évolution de ce blog nous dira si on se trompe.

D’ailleurs, sur le fond, il y a, hormis le projet de pont, une quantité non négligeable de convergences, (navette ferroviaire, déplacements doux – raisonnés – , bus) avec les analyses précises des services de l’Etat, (Porté-à-connaissance de 2006). A part l’estimation du déficit de fonctionnement par rapport à la fréquentation, au bout du bout, personne ne semble aller contre ce projet.

Juste pour l’info, le blog d’ETAPE est un produit Overblog, développé par la société JFG NETWORKS, dont le groupe TF1 détient environ 30% des parts. C’est pour cela qu’en bas du blog, tout en bas, on trouve ce lien : TF1 Network.

Merci donc à TF1 de participer à la lutte contre les dérives du capitalisme et à la promotion du développement durable