Archives pour la catégorie La sandale d’Empedocle

Nelly Dausse, conseillère municipale de Périgueux dans l’opposition, raconte, témoigne, analyse et partage sa vision de la capitale périgourdine.

Journée de la femme, lendemains difficiles

Combien de temps pour ne plus être accessoire,

Combien de temps a-t-il fallu pour qu’enfin l’on reconnaisse aux femmes une âme, une intelligence, un droit bancaire, un droit parental, un droit de regard sur son propre corps… Les plantes qui poussaient tant bien que mal à l’ombre des hommes, n’étant même plus l’ombre d’elles mêmes, on engendré d’autres fleurs plus exigeantes, avides de soleil et de terres nouvelles.

Compétentes mais pas culottées

On les a bien culpabilisées ces mères de famille actives, jalouses de leur liberté et de leur job. Tellement culpabilisées qu’elles ont choisi pour la plupart de tout mener de front, ou de travailler à temps partiel au détriment de leur retraite. Le partage des tâches ménagères est une vue de l’esprit sauf exceptions, comme en grammaire.

Quant à l’égalité des salaires, il reste beaucoup de chemin à faire pour résorber les 30 % de différence de ceux des hommes et ceux des femmes pour un même travail ; Il faudra encore du temps semble t’il pour considérer les chercheurs ou des chirurgiens en jupons du même œil que leurs confrères culottés. Combien d’entre elles disent avoir attendu leurs premiers cheveux blancs pour être admises au club des experts !

L’économie peut compter sur les femmes

On sait pourtant que la plupart des filles réussissent mieux leurs études que les garçons (désolée Messieurs), que 80 % des entreprises gérées par les femmes sont plus performantes, (même les banques qui sont des nids d’une indécrottable misogynie). Pourtant bon nombre de métiers restent le domaine privé des hommes.

En France un quart des entreprises sont gérées par des femmes, mais seulement 7 % d’entre elles en sont les véritables patronnes. Dans le même temps, on se réjouit en Tunisie de voir émerger une population d’entrepreneuses, qualifiées de « jeunes et de dynamiques », représentant l’espoir économique de tout un peuple…

Si elles ne se découragent pas…

Pour punir, semble t’il, les femmes de revendiquer l’égalité, en France, on les fait payer. Adieu galanterie et prévenances… Bonjour la mesquinerie : les assureurs ne favoriseront plus la prudence légendaire des femmes au volant : mesure qualifiée de discriminatoire. En 2012, on supprimera la demi-part permettant aux femmes ayant élevé seules leurs enfants, jetant aux orties les sacrifices consentis ; enfin la réforme de la retraite fait perdre progressivement les avantages des trimestres supplémentaires réservés aux mères de famille.

Surtout en politique

Quand elles réussissent, le sort des femmes en politique n’est guère enviable. Les couleuvres, on leur en sert et pas des plus subtiles. Il faut dire qu’elles crèvent l’écran : il y en a si peu : 18 % des membres du parlement sont des femmes… Pourtant me direz-vous la parité garantit de voir apparaître quelques profils nouveaux dans le paysage politique. Que serait-ce sans la parité !

On vient les chercher pour remplir les listes communales ou régionales ; les candidates aux cantonales ou législatives sont souvent des « Poulidor » (78 % des candidates aux cantonales 2011 sont suppléantes) ; les autres, soutenues par leur parti comme la corde soutient le pendu, font parfois office de « boute-en-train » pour les vieux chevaux de retour, grands confiscateurs politiques.

Patience et longueur de temps…

Nos aïeuls (et notamment les femmes !) ont fait la révolution pour bannir les baronnies de nos campagnes. Elles ressurgissent pourtant comme un eczéma qu’on pensait guéri. Si bien que la démocratie démange… Aucun rajeunissement ni aucune vraie féminisation politique à l’horizon immédiat : on assiste à une répartition des sièges, entre amis, comme avant, au bon vieux temps de la monarchie, (on peut même être maire de père en fils).

La diversité sous toutes ses formes est pour l’instant nivelée dans un système politique au masculin qui bâillonne les minorités au profit des grands partis. Cela même à quoi ? A l’abstention et à l’extrémisme…

Femmes, ne lâchez rien !

« Appeler les femmes sexe faible est une diffamation ;
C’est l’injustice de l’homme envers la femme
Si la non violence est la loi de l’humanité
L’avenir appartient aux femmes »

Gandhi.

Journée de la femme, la fille, l’épouse, la mère…

Mon enfance et mon adolescence furent bercées par des phrases du genre « fais tes devoirs », « apprends tes leçons », « qu’est-ce que c’est que ce 9 en mathématique ? Bon, on reprend tout, j’ t’explique : s’il faut 12 carottes pour faire la soupe pour 6 personnes, pour faire la soupe pour 1 personne il faudra 12 fois moins de carottes, et pour 4 personnes, 4 fois plus que pour 1 personne, donc tu divises 12 par 6 et tu multiplies le résultat par 4, tu comprends, tu comprends ? »

Julie de Waroquier / http://juliedewaroquier.com/

Il valait mieux comprendre car comme la devise à la maison c’était « il faut gagner sa soupe », il fallait bien que je commence par savoir la faire et d’en connaître le prix.

Ministre du budget

Ma mère était femme au foyer, c’est-à-dire qu’elle était ministre du budget, de l’éducation, de l’intérieur et du commerce tandis que papa était aux affaires étrangères… Il partait travailler ses 42 heures par semaines (et quelques brouettes) pour apprendre à ses « arpètes » l’art de la mécanique de précision.
Maman était fière de son tout nouveau droit de vote : sorte de récompense à ses yeux d’avoir été brancardière chez les FFI. Elle se rangeait souvent à l’avis du chef de famille, mais j’appris, beaucoup plus tard -sous le sceau du secret- que progressivement elle avait voté comme elle voulait, sans souffler mot… Entre une belle famille gaulliste et sa fratrie communiste, son cœur balançait ! C’était malgré tout sa grande émancipation…

Vers mes 10 ans, maman a découvert qu’elle pouvait avoir un compte chèque à elle

et qu’elle pouvait travailler sans l’accord de mon père (ou presque). Ce qui créa quelques tensions au sein de la famille parce que mine de rien, mon père était bien content de rentrer à la maison, mettre les pieds sous la table et savoir ses enfants entre des mains familières. Il déploya la grosse artillerie : « tu veux retourner à l’usine ? Tu veux qu’on paie plus d’impôts ? Comment faire avec les gosses ? » Il faut dire maman était passée du primaire à l’usine et que la guerre et les restrictions avaient laissé, dans sa mémoire, des traces indélébiles. Elle se résigna. Ma sœur et moi, confites dans notre égoïsme d’enfant, avons battu des mains.

Sa révolution, elle l’a faite toute seule et en douce

Elle avait donc « choisi » de rester au foyer, mais elle y brûlait d’un feu intense. Penchée sur nos devoirs et répétitrice de nos leçons, elle nous surpassa en orthographe et grammaire, comprenait un peu d’anglais, se familiarisait avec le Latin et l’Allemand, se passionnait pour l’histoire. Elle illustrait nos cahiers de poésie par ses dessins et adorait Prévert. Coléreuse et primesautière, elle briquait le petit appartement, louchait sur nos études et nos petites santés, gérait les livraisons de charbon et de pommes de terre, et sifflait comme l’oiseau en cage de Monsieur Jacques.

Cette cage, c’est elle qui nous en a ouvert la porte, à ma sœur puis à moi. Nous avons pris notre envol, diplôme en poche, puis travail en main. Je me rends compte à présent que c’est elle qui a fait le gros oeuvre de notre liberté de femme.

Odette Tout le Monde

Il y a eu les suffragettes, les féministes, ou simplement des entêtées, des passionnées. Des noms affleurent : Aliénor d’Aquitaine, Jeanne D’Arc, Georges SAND, Louise MICHEL, Raymonde de LAROCHE, COLETTE, Yvette ROUDY, Simone WEIL, Simone de BEAUVOIR, Alexandra DAVID NEEL…

Et puis il y a eu Héloïse

Colette, Denise, Nicole, Martine, Lucienne, Marcelle, Françoise…

« La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants. Elle est donc sa propriété comme l’arbre fruitier est celle du jardinier « 

Napoléon Bonaparte

Je marche, donc je suis

Cher Jean-Marie,

Tu me disais hier soir au téléphone comme tu étais inquiet. Tu te désolais de tant d’individualisme dans ce monde et que personne, même l’Eglise que tu as servie 60 ans, n’était capable d’un discours d’espérance qui puisse redonner du tonus aux hommes, la joie d’exister, un appétit de vivre.

Entouré de tes daims de Sibérie, à la lorgnette de tes 80 ans, tu continues de donner aux autres sans attendre de beaucoup recevoir. Et tu regardes. Tu vois encore la pauvreté, la solitude, la maladie, les gosses paumés. Toi, droit comme un i avec ta voix de stentor à vous réveiller un mort, tu secoues ta carcasse douloureuse pour les rejoindre, les écouter, ou simplement être là à regarder les maladies les abîmer et les embarquer.

Alors je vais te parler des manifestations à Périgueux,

petite ville de province que tu ne connais pas, toi, l’homme de l’Est. Ce qui me réchauffe le cœur -et te rassurera un peu j’espère- c’est de voir les générations se mêler et marcher ensemble. Je sais que toi, tu ne me traiteras pas comme d’aucun, d’idéaliste bêlant sa rengaine du « tous ensemble« . Je veux te raconter les marches, et ce chatouillement au fond de l’estomac : le plaisir de côtoyer des gens que l’on ne connaît pas mais qui vous sourient et vous parlent :

« Ce n’est pas qu’une histoire de retraite, c’est une histoire de travail »

  • «Ceux qui aiment ce qu’ils font n’ont pas envie de partir à la retraite. J’en connais. Mais c’est une minorité, malheureusement » ;
  • «J’aimais mon travail mais je n’ai plus de métier, on m’a demandé d’être polyvalent : touche-à-tout = propre à rien » ;
  • «une restructuration qu’ils disaient, et après 35 ans, je suis remercié ! Alors la retraite, je la vois mal venir» ;
  • «j’ai mal partout, 30 ans que je travaille sur les routes à faire le goudron, à respirer des produits chimiques » ;
  • « J’ai élevé toute seule mon gosse et j’ai pas fait carrière, j’ai pris ce qu’il y avait, caissière. Mon gosse est diplômé, il n’a pas de travail et je lui donne de l’argent pour l’aider; j’ai mal aux poignets et au dos mais j’ai 50 ans et je devrai travailler jusqu’à 62 ans ! En plus ils veulent supprimer ma demi-part ».
  • « On est à la retraite, on n’est pas trop mal par rapport à beaucoup mais ça nous empêche pas de venir parce qu’on pense aux gosses et aux petits enfants ».

« Toujours les mêmes qui payent » :

la hausse des impôts locaux, hausse du prix de l’énergie, niveau insupportable des loyers, les aides sociales qu’il faut aller pleurer, la suspicion permanente sur la bonne foi des chômeurs, la diminution des remboursements des médicaments et la surveillance accrue des arrêts maladies, les gosses qui ne trouvent pas de travail ou deviennent des salariés pauvres et surtout, surtout, l’exécration « des menteurs de Paris », de « ceux qui s’en mettent plein les poches et passent toujours dans les mailles du filet », « faire des sacrifices on veut bien à partir du moment où tout le monde en fait ».

Alors oui, ça vaut la peine de marcher

et de crier et de chanter. Marcher pour exister, pour rejeter ce qu’on veut nous imposer : un futur « sans avenir » aussi bien ceux qui ont presque fini leur quarantaine laborieuse que ceux qui ne l’ont pas encore commencée !

Tu m’as dit que l’espoir, il est en nous, qu’il faut réapprendre à faire la part de ce qui est essentiel et redevenir des êtres humains sans peur de dire et de faire. Tu aurais vu les gens dans la rue hier, tu aurais pensé sans doute, comme moi, que les manifestations, c’est ce qui reste de vivant de ce grand corps malade qu’est devenu notre société.

« Dans la vie, il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent » –

Saint Exupéry

Notes et roue libre de Nelly Perraud-Dausse

La sandale d’Empédocle, nouvel espace sur Rue de la chouette…

… un carnet de notes en roue libre de Nelly Perraud-Dausse, conseillère municipale de Périgueux.

Au bord de l’Etna, en 435 avant JC, après son saut de l’ange, n’a été retrouvé d’Empédocle qu’une seule de ses sandales de bronze. Certains racontent que ce fut le volcan lui-même qui la recracha afin de porter témoignage de l’immortalité du philosophe. Empédocle affirmait qu’il n’y avait « ni commencement ni fin »  et que les êtres faisaient partie d’un grand tout, en changement perpétuel.

Empédocle me plait : savant, démocrate et écologiste avant l’heure, plus ou moins apprécié de ses contemporains que ses idées et sa personnalité dérangeaient. Le poil à gratter de l’époque en quelque sorte.

Telle la sandale -trace dérisoire mais symbolique de nos pas sur cette terre- j’essaierai de témoigner, à la lumière de mes convictions, de ce que vit et ressent une conseillère municipale siégeant dans la minorité plurielle à Périgueux.

Cette minorité plurielle est composée de 9 personnes, 7 femmes et 2 hommes encartés ou simples sympathisants à l’UMP, au MODEM ou CAP21 (j’ai récemment suivi Corinne LEPAGE membre fondatrice du MODEM, dans sa sécession).

Je suis simple citoyenne, une « hors sol ». Originaire de Franche-Comté, j’ai rencontré le Périgord en 1992 et suis tombée en amitié. J’y travaille depuis maintenant 18 ans, installée à Périgueux depuis 4 et me suis impliquée dans la vie politique locale. J’ai fait le grand saut en 2008.

Mes convictions ? Outre que les bonnes idées n’ont pas de couleur politique, je les résumerais à :

  1. Préserver la nature pour mieux préserver l’humain
  2. Retrouver un mode de « bien vivre ensemble », et instaurer une vraie démocratie citoyenne qui n’oublie personne au bord du chemin
  3. Favoriser la diversité sous toutes ses formes, sociale, économique, culturelle déclinée en développement durable.

Mes guides ? Vous les découvrirez au fur et à mesure de mes billets que je terminerai par une citation dont voici la première :

« La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents ».

Gandhi

A bientôt
Nelly