Centre commercial Montaigne: décryptage d’une manipulation

Peut-être que cette annonce de relance du projet de complexe commercial sur la place Montaigne vous a étonné. Dans son article (04/02/12), Sud Ouest relaie quelques déclarations sur l’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage, sur la volonté de choisir un promoteur en 2012, mais rien de plus.

On ne comprend pas très bien, vu que le maire, depuis deux ans maintenant, a martelé sa volonté de concertation, de prudence, autrement dit que le projet n’était en rien décidé et restait à l’état d’évaluation.

Et là boum ! On fait le projet place Montaigne.

Ce que Sud Ouest glisse, pour expliquer ce qui semble être un retournement de situation est le passage suivant :

La ville avait déjà commandé une étude commerciale qui avait été présentée en mai 2011 : elle confirmait que l’offre commerciale du centre-ville se fragilisait d’année en année. Et préconisait justement la création d’un centre commercial de centre-ville !

Pour bien comprendre l’argumentaire de la mairie, voici son communiqué de presse en intégralité :

Les conclusions de l’étude menée par AID ont révélé en mai 2011 que l’offre commerciale du centre-ville se fragilise au fil des années. Pour éviter que la situation ne s’aggrave, l’agence a préconisé la création d’un événement commercial, avantageux pour tout le centre-ville, créant un offre immobilière attractive pour des enseignes majeures. La place Montaigne s’est naturellement imposée comme le lieu idéal pour la mise en place d’un tel projet.

La Ville souhaite donc s’engager dans la création de nouveaux locaux commerciaux répondant aux besoins identifiés (superficie, loyer) et évitant de renvoyer vers la périphérie les porteurs de projet qui ne trouvent pas d’emplacement sur Périgueux.

Appréciez le « La ville souhaite donc »… C’est la place Montaigne qui s’est imposée ou plutôt Eiffage à tout hasard ?

On récapitule. En décembre 2010, le maire de Périgueux se fait voter le pouvoir de déclasser le domaine public pour le vendre. Mais il n’est sur de rien, car il attend les résultats de l’étude commandée à la CAP et livrée 4 mois après en avril 2011.

Pure coïncidence, la CAP appelle de ses vœux le projet d’Eiffage

Coup de bol, l’étude de la CAP confirme l’opportunité de faire un complexe commercial à Périgueux. La voici en intégralité aussi.

Côté argumentaire, c’est simple. Ils ont « pris contact avec les enseignes commerciales que l’on trouve habituellement en centres-villes » et elles confirment. Un « manque d’offre de locaux commerciaux » dont la surface est supérieure à 300 m². Oh flûte dit l’étude, car ces (grands) locaux « peuvent constituer des locomotives pour le petit commerce de centre ville ».

Autrement dit, certaines enseignes (mais qui ?) déplorent l’absence de surfaces commerciales (> 300m²), qui pourraient, peut-être, s’il y en avait, aider par un phénomène de ricochet les petits commerces existants.

Et vous pouvez chercher sur les 36 pages de l’étude, c’est la seule solution apportée à un diagnostic décliniste, et surtout la seule justification officielle du projet Montaigne/Eiffage.

Et alors tout ça tombe très très bien parce qu’il se trouve que justement, Eiffage a un projet de centre commercial de ce type. Oh ben ça alors, pour de la chance, c’est de la chance !

Et toi, consommateur, citoyen et électeur, tu es censé conclure. « Ah ouais c’est ça qu’il faut pour Périgueux!« .

Ceci n’est en rien une tentative de manipulation grossière, issue d’un vil opportunisme affairiste qui a transformé un projet de charte commerciale de toute l’agglomération en plaidoyer pour le projet commercial d’Eiffage au centre de Périgueux.

Non vraiment, ça n’a rien à voir.