Congrès mal gré, le défi d’Eric Dosset

Si dans deux ans on n’a pas fait décoller cette activité, c’est que l’idée n’était pas bonne 

C’est ainsi que résume le monsieur développement économique de la mairie de Périgueux, Eric Dosset, sa dernière trouvaille en matière de business.

Périgueux ville de congrès

Dans les colonnes déployées de la Dordogne Libre, en date du 10 décembre 2008, le directeur de la société d’économie mixte SEMITOUR, organe centralisé politico-économique du tourisme périgourdin, a pu se livrer à l’un de ses exercices favoris : annoncer.

Sous son impulsion, Périgueux va essayer de devenir une ville de congrès. En deux ans, sinon rien.

:: La méthode du discours ::

Développons d’abord la commercialisation, on verra ensuite pour l’outil

C’est une sorte de vente en état futur d’achèvement (la commercialisation) sans savoir comment on va assurer la prestation vendue, (l’outil). En cas d’échec, on en a vu devoir éplucher le Code du Commerce pour moins que ça.

Voilà le concept, faire du tourisme d’affaire en VEFA, et créer l’outil une fois le produit vendu. Il ne manque plus que d’être éclairé sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, autrement dit dépenser de l’argent pour savoir si cela a raté ou pas. La philosophie d’Eric Dosset tiendrait-elle en 3 concepts majeurs ?

COMMUNICATION – COMMERCIALISATION – CONSTERNATION

:: Un esprit de conquête à l’aventure de nouveaux marchés ::
Une nouveauté ? Non, pas vraiment, mais un parcours éloquent.
Ce qu’il ne faut surtout pas souhaiter pour cette nouvelle idée d’Eric Dosset, c’est une quelconque ressemblance avec son Salon International de l’Innovation Touristique (SIIT), catapulté à grands frais de communication en 1998, devant sceller l’union de la modernité numérique avec l’industrie du tourisme périgourdin entre autre. Cette union n’a duré que le temps du salon, exemplaire unique d’un succès qui se finit le lendemain de la noce, en divorce à l’amiable, mais néanmoins durable.

L’évènement en quelques chiffres. (Sud-Ouest, Octobre 1998)
Durée de l’évènement : 4 jours
Lieu : Foire Expo de Marsac
Fréquentation à atteindre : 5000 visiteurs
Fréquentation comptée : 6872
Entrées payantes à 15 francs : 1000
Conclusion : selon Eric Dosset c’est un succès, puisque 5872 invitations sont totalisées.
Coût total : 3 200 000 francs
Participation Région : 350 000 francs
Participation Département : 1 600 000 francs
Participation Sémitour : 600 000 francs
Total participation : 2 550 000 francs
Total recettes : 650 000 francs dont 15 000 francs d’entrées payantes, en 4 jours : « les ventes, les bars et la librairie ».
Autant dire qu’à raison de 158 750 francs/jour, (pas loin de 25 000 euros), non seulement les visiteurs ont du prendre une cuite mémorable, mais en plus ils sont rentrés chez eux avec des palettes de bouquins.

:: Objectif: 50 000 visiteurs ::
Un détail retient l’attention. L’objectif de fréquentation, dans cet article tirant le bilan de l’évènement, est de 5000 visiteurs pour Eric Dosset, pas peu fier de son « succès ». Objectif atteint et dépassé nous dit-il, avec 1000 entrées payantes ?

Eric Dosset pour Sud Ouest, 27 octobre 1998:

Nous avions annoncé qu’à 5000 visiteurs, le SITT serait un succès

Et du journaliste de conclure: « La fréquentation constitue donc un premier point de satisfaction pour les organisateurs« .
Pourtant, le même Eric Dosset, dans sa campagne de communication, annonçait non 5 000 visiteurs mais 50 000 visiteurs ! Ce n’est pas une coquille. Simplement une erreur de 45 000 visiteurs, comme ça, en passant. Face à l’échec de son salon, soutenue par une fréquentation 10 fois inférieure à celle qu’il annonçait avant le lancement, splatch. Un gros mensonge, en plein dans Sud Ouest.

Cette belle fréquentation, placardée sur la plaquette de présentation de l’évènement et en dossier de presse, devait servir à justifier un budget de communication de 1 500 000 francs. Pas moins. Le budget a été confié à l’agence parisienne Concept Corporate et Communication, qui a aujourd’hui apparemment disparu de la circulation.
Aussi plus de la moitié du budget total aurait été consacrée à une campagne de communication d’envergure nationale (jusqu’à Thiviers?), pour environ 230 000 euros, et aurait ramené moins de 7000 visiteurs
Ce bel argent public a donc servi, en lieu et place d’un évènement international, à organiser un fiasco magistral, dont on se demande aujourd’hui s’il n’a pas servi au passage à autre chose qu’essayer de faire venir les 45 000 visiteurs manquant à l’appel.
Parce qu’atteindre un tel niveau de nullité n’est quasiment pas humain, on ne saurait croire que les sommes colossales engagées n’aient pas été recyclées à bon escient d’une manière ou d’une autre.
Au bénéfice du doute, il faut pourtant conclure au pur gaspillage d’argent public, au mensonge sur la fréquentation et le succès de l’évènement, à l’incompétence arithmétique sinon plus, rien d’autre n’est autorisé.C’est déjà pas mal remarque.

Bref, ne soyons pas trop près de nos sous. Toujours est-il que cet évènement fut fondateur pour Eric Dosset :

Nous avons assis le concept d’innovation touristique en Dordogne. Il ne peut désormais pas y avoir de SIIT autre part qu’ici

Dans cet élan de triomphalisme tout de même assez onéreux, bien que l’on n’espérait pas vendre autant de canettes de bières que lors de la victoire de l’équipe de France en Coupe du Monde la même année, on annonçait déjà la prochaine édition pour l’an 2000.

Trop bien assis peut-être, le concept s’est endormi et deux ans plus tard, il ne s’est pas réveillé. Effectivement rien. Rien ailleurs, rien en Dordogne.

:: Lascaux, l’Art et la Manière ::
Dans l’art d’asseoir des concepts, cet été 2008 fut encore l’occasion de la preuve par l’exemple. Il ne s’agissait plus seulement de l’asseoir le concept, mais carrément de le planter au marteau.
Le concept était de commercialiser un billet jumelé pour Lascaux II, le Thot et Lascaux Révélé.
Tu ne veux voir que Lascaux II ? C’est possible mais tu achètes quand même mon multipass pour les 3 sites. Seuls les esprits chagrins ont pu voir là une forme de « vente forcée ». C’est pourtant une fourniture de service, sans commande préalable, accompagnée d’une demande de paiement.
Cela ne correspondait pas stricto sensu à l’article L 122-3 du Code de la Consommation. Mais de peu. C’est pourquoi on a parlé de vente très très aidée.
Peu importe, en terme d’image et de professionnalisme ce fut un carton. Le public, en masse, fit part de son extrême ravissement et loua le Code de la Consommation de ne pas interdire directement ce genre de pratiques de ventes, à la hauteur de la qualité de la prestation : offre inadaptée, visites au pas de course, conditions d’accueil déplorables, suppression des visites guidées…
Cet été, Eric Dosset a fait le grand schelem, au grand dam des professionnels du tourisme. On a même été obligé, de planquer le livre d’or de l’exposition qu’il aurait fallu interdire en lecture aux moins de 18 ans.

:: Un peu d’histoire récente ::
Mais au fait, se dit-on benoîtement. N’a-t-on pas un centre des congrès à Périgueux ? Non. Enfin plus. Jadis au temps jadis, un homme eut la même idée qu’Eric Dosset, (si si c’est possible), faire des congrès. C’était sous l’ère Yves Guéna, (qui inspire encore le maire actuel en matière de démocratie participative), qu’un élu en charge du tourisme, Jean-Jacques Rathier, avait initié ce chantier. On se souviendra même de ce concept « Périgueux Ville d’Accueil », associé à une agence de voyage qui n’en fit pas beaucoup sur ce thème.
Il fit donc construire un magnifique Palais des Congrès, au bord de la rivière, bien en co-visibilité avec la cathédrale Saint Front, pour le plus grand bonheur des amateurs d’architecture Est Allemande (moderne). Les connaisseurs le savent, ce bâtiment est appelé depuis son édification en 1988, « La Cuve », on vous laisse deviner pourquoi.
Mais enfin, comme le maire de l’époque fit raser les abords de la cathédrale avant même de recevoir l’autorisation de l’Architecte des Bâtiments de France, on était plus à ça près, l’ABF non plus, encore pas remis de l’anéantissement de son quartier historique.
Le temps passa, et toujours pas de congressistes. Fluctuat nec mergitur, le « Palais des Congrès » devint, dans les esprits, « Centre des Congrès ». Toujours à flot, il devint enfin le « Centre Départemental de la Communication ». En guise de congressistes, le Conseil Général loue des locaux à France 3 pour concocter sa quotidienne. Tout cela tourne rond depuis 2002. Tous les détails : ici.

:: Histoire très récente ::
Plus près de nous, un « event manager » de la société Ericsson s’était rapproché de la municipalité pour organiser un congrès à Périgueux. A chaque changement d’âne, les mouches changent de méthode. Cette fois-là un fonctionnaire territorial avait produit une étude sérieuse avant de conclure n’importe quoi. Or le résultat de cette étude avait sonné pour Ericsson comme une fin de non recevoir. Un bête problème d’accès, d’accueil, d’hébergement, trois fois rien. Comme une idée d’infrastructures à développer pour être à la hauteur d’une prestation de qualité en matière de congrès, déjà concurrentielle. En somme, un vrai travail à fournir en amont avant de prétendre quoi que ce soit en la matière.

Et pourtant. Cela n’empêche nullement l’organisation de congrès, mais adaptés aux capacités de la ville. Quand on sait qu’il n’y a guère plus de 500 chambres d’hôtel, pour une gamme de qualité et de prestations inégales, on adapte le cahier des charges à ses moyens. Dans ces cas là, on pourvoit à l’image du département en s’adonnant à notre savoir faire premier, bien manger, finir ronds comme des queues de pelles, et admirer les paysages en découvrant les châteaux et l’art pariétal.

:: Le coup de l’amnésie ::
Mais avec Eric Dosset, il faudrait faire comme si la page était vierge et repartir de plus belle, mais sans toujours avoir de bases et en se contentant de rhétorique « marketico-volontariste ».
Lorsque Eric Dosset suggère de dynamiser l’offre mais que l’accès n’est pas un problème si important, il est le seul à s’en convaincre :

L’accès est un souci mais ne rebute pas ! C’est bien la preuve que l’on a une carte à jouer, que l’on bénéficie d’une véritable attractivité.

C’est tout le charme d’un souci attractif. On va bientôt entendre que Périgueux est justement choisie pour sa difficulté d’accès et que cette touche d’exotisme est une indéniable valeur ajoutée. Il n’y a qu’à voir les commentaires des congressistes.

Quant à l’hébergement ce n’est plus un problème. Notre maire, devenu par définition spécialiste de tout, l’a résumé en une sentence magistrale (La Vie Economique du Sud-Ouest, 03/12/08) :

Il y a assez d’hôtels et de restaurants à Périgueux

Faites donc confiance au maire, il en connaît un rayon sur la capacité hôtelière de Périgueux. A moins que sa langue ait fourché, peut-être voulait-il parler de Bassillac en fait.

Peu importe donc que 650 congressistes soient ventilés dans un rayon de 30 à 40 kilomètres autour de Périgueux en pleine saison creuse. Après tout ils sont là pour ça, faire des ballades en bus. C’est bien connu.
Peu importe que certains se retrouvent dans la suite de l’hôtel Accor en centre ville et d’autres envoyés en chambres d’hôtes à Pétaouchnock ou encore dans un hôtel « entrée de gamme » de bord d’autoroute vers Terrasson.
Au contraire, on peut parier que cette coquetterie locale va faire un vrai carton. Il leur reviendra de découvrir, sous des apparences trompeuses, le charme glamour de nos bretelles d’autoroutes.

Pour Eric Dosset il n’y a qu’à communiquer et sensibiliser les « locaux ». Pour d’autres, il y a d’abord un problème de capacité d’accueil et d’organisation, pour une logistique performante à mettre en place. Au cas où, si vous voulez organiser un congrès en France et que vous n’avez pas le numéro de portable d’Eric Dosset, vous pouvez quand même consulter le site de France Congrès, on se ne sait jamais. Ce site regroupe l’offre nationale des villes structurées autour de l’organisation de congrès. N’y cherchez pas Périgueux.

:: Epilogue ::
En l’état, cette annonce sonne creux tant qu’elle ne répond pas d’un critère professionnel, d’une organisation structurée et d’un plan solide du développement de l’outil. Faudra déjà commencer par la base, prévoir les cintres…
La méthode consistant à dilapider investir l’argent public pour simplement vérifier qu’une idée est bonne ou non relève d’un concept que l’on n’aurait pas cru d’actualité, même chez Dexia.
Ce genre d’idées lancées à la volée ne nourrit que les animaux trouvant pitance à même le sol.
Errare humanum est, perseverare diabolicum. En langage actuel. Se planter une fois, ça passe. Mais l’ériger en méthode n’est pas acceptable.
Or l’expérience du SIIT promu à un grand avenir, consistant à utiliser un violon pour satisfaire la nature, de même que planter un évènement comme « Lascaux Révélé » en inclinant les touristes à s’aligner sur la trayeuse électrique, cela ne relève pas d’un objectif atteint. On sent bien ce que commercialiser en état futur d’achèvement peut comporter comme dérive.
Une dernière chose. Si l’homme dispense volontiers son tutoiement en échange de votre vouvoiement, n’en attendez pas moins un accueil cordial à toute bonne idée. (Proverbe d’architecte à Montignac).