De l’effeuillage burlesque aux filles de mauvaise vie

Trois mots en passant.
La ville de Périgueux redécouvre son histoire et la fait partager aux curieux. Après des décennies de fixation gallo-romano-médiévalo-renaissance, l’Office de Tourisme a proposé une visite aux flambeaux sur la fin XIX° début XX° ; la Belle Epoque.

Sud Ouest s’en fait l’écho aujourd’hui via son compte rendu, c’est instructif et le flambeau c’est beau, même au début du XX°.
On y découvre une visite « théâtralisée » qui n’est pas sans rappeler le principe d’un parc à thème. Sauf qu’à la place de Mickey et Donald, il s’agit de « bougres décadents ».
Ces derniers nous dit Sud Ouest :

…apostrophaient familièrement le public. Comme au temps de la Belle Époque.

Ben oui c’est connu. A la Belle Epoque à Périgueux, quoi de plus naturel d’associer « insouciance » et « décadence » ?
C’est ainsi que l’on refait l’histoire avec un chapelet et des sermons, dans une symbolique « décliniste », avec des (pauvres ?) « bougres », où la vinasse ne va pas sans ivresse, jusqu’à l’alcoolisme on s’en doute. L’apostrophe, le familier, l’invective, perfectionnent le décor. On ne sait pas se tenir mais qu’est-ce qu’on rigole !
On notera au passage la mention « fille de mauvaise vie » pour le terme de prostituée. Certes, lorsqu’on est la déesse officielle de l’effeuillage burlesque périgourdin, ce que d’aucuns appellent « filles de joie » se transforme vite en « mauvaise vie ». C’est une question de valeur Mâdame !

Tout ça pour dire qu’à quelques détails près, le Puy Saint Front et Montmartre, c’est kifkif bourricot : tous bourrés autour des cathédrales d’Abadie.
Il y a des similitudes et des correspondances, mais pour le vendre il fallait donc faire dans l’outrance et le pastiche de mauvais goût. On ne pouvait pas se contenter de dire la vérité, il fallait théâtraliser et artificialiser un passé dorénavant tronqué, tellement persuadé que le touriste est accroc à la caricature.

C’est marrant comme il aura fallu attendre le travail de certains, dans leur coin, pour voir la ville modifier ses thèmes de visites. Car la ville ne s’est évidement pas intéressée à ce travail, officiellement en tout cas. Ce qui ne vient pas d’eux ne va nulle part bien sur. Des lettres sans réponse, comme à son habitude discourtoise de gamine mal élevée.

Mais officieusement on s’activait à l’Office. S’ériger en monopole de l’histoire locale ne dispense pas de se tenir au courant de ce qui se fait, au contraire. Et ceux qui affichent cette prétention monopolistique ne sont pas en train d’innover : ils suivent. Sauf à considérer que l’innovation ne se constitue que par le coup de tampon du polit bureau bien sur. Et ce n’est déjà pas si mal. De là à ce qu’ils à citent leurs références il ne faut pas exagérer…

Voilà donc les Rues Neuves trouver leur place dans l’histoire officielle de la ville, enfin. Les préjugés ont la peau dure. A ceux qui ne le savent pas, ces Rues Neuves, il ne fallait pas y aller, des malpropres violents et des indigents crasseux. Même la police s’en méfiait !
C’était un bouge où grouillaient « ceux d’en bas ». D’ailleurs quelle bonne nouvelle quand on appris que ce quartier allait être entièrement rasé…

C’est l’image qui était véhiculée jusqu’à présent de ce quartier et tous les périgourdins en ont été prévenus, en tout cas « ceux d’en haut ». Mais c’est officiel. La ville, via son tourisme théâtralisé, réintègre ce quartier dans son histoire. Certes, ce n’est pour parler que d’ivrognes et de putes, (hormis nos deux poètes), mais quand même. Il refait surface.

Il y avait même des élus nous dit-on ?
Grand bien leur face. On attendait qu’ils s’intéressent un peu à cette ville autrement que par des notes des services techniques.