De Michel Moyrand à William Burroughs (et non l’inverse)

Nous ne savons plus s’il s’agit d’un problème de communication, de genre littéraire, ou simplement de français.

Peut-être les trois, ce qui ne ferait que compliquer une ambition visiblement démesurée. Au fait, nous n’aurions jamais pensé écrire deux billets dans la même journée et c’est la première fois. Mais la communication municipale est si gargantuesque, hors norme et mue par un défi au réel, que nous nous avouons à la limite de l’envoutement.

A cette heure de la journée du labeur finissant, l’on songe à cette lumière de Périgueux, qui, au crépuscule, par les toits de tuile et les pierres blanches, la rend si unique et à peine rêvée.
Mais voilà que le maire, tel un cauchemar, vient rompre avec la brutalité d’une horde porcine l’instant sacré de l’apéritif.

Mon glaçon a fondu, mon Pastis est foutu.
Comment est-ce possible n’est-ce pas ?

Et bien voilà qu’après les articles du jour de nos quotidiens locaux, il s’est mis en tête de publier lui-même son billet en réponse sur son blog de la mairie. Dans le souci de ne pas accumuler davantage de retard et avec l’urgence d’un brancardier, il a jeté en toute hâte un récit de ses projets urbains, (sous forme de légendes), ceux-là mêmes déjà décrits par la presse.

Non content d’avoir raté le coche et d’être à la ramasse de sa propre actualité, il n’épargne aucun détail dès qu’il s’agit de s’enfoncer. Par respect pour les institutions, la France, la République, les Droits de l’Homme et tous les Michel, nous reproduisons in extenso ce texte signé par le maire :
(Les commentaires en rouge sont de nous)

Une réflexion globale sur l’organisation de l’espace urbain engagée sur Périgueux
Comme on le sait, la communauté d’agglomération périgourdine (CAP) a engagé une réflexion sur un Plan de déplacement urbain (P.D.U.). Ce P.D.U., dont l’ambition est d’anticiper le futur des déplacements dans l’agglomération à l’horizon 2015 / 2020, est également l’occasion de repenser l’espace urbain, dans ses différentes fonctions.
Un plan de DEPLACEMENTS qui a pour horizon 10 ans et 3 mois est tout à fait prescrit pour repenser l’espace urbain, mais le repenser seulement.

De par sa position de ville-centre de l’agglomération, Périgueux est concernée au premier chef par les mutations des comportements (en matière de déplacements, notamment) et des habitudes de consommation (mouvement de retour d’enseignes en centre-ville, souhait des clients d’une plus grande proximité, souci de respect de l’environnement…).
Périgueux est concernée par les mutations comportementales. Après un an et demi de pouvoir, c’est une véritable conclusion de rapport d’observation. Dieu soit loué.

C’est dans ce cadre qu’un pôle d’échange est à l’étude, ainsi que les médias s’en sont déjà fait l’écho, sur les allées Tourny, avec l’objectif prioritaire de supprimer la dangerosité du « point noir » que constitue l’arrêt des bus le long du palais de justice, mais aussi de fluidifier le trafic du transport en commun dans toute l’agglomération.
Après déclassement administratif des allées Tourny au Biactol, c’est toute l’agglomération qui va en profiter : n’ayons pas peur des mots. 

Dans le même ordre d’idée – et dans la perspective de l’arrivée de la navette ferroviaire, l’un de composantes essentielles du P.D.U. – une réflexion s’ébauche, avec le lancement d’une étude, autour de l’ensemble du quartier de la gare, intégrant jusqu’au quartier Saint-Martin où des logements de l’Office public de l’habitat de Périgueux vont prochainement sortir de terre et où la Ville projette d’installer une maison de quartier.
Une réflexion s’ébauche avec le lancement d’une étude. Avec l’ébauche d’une étude la réflexion se lance. Dans les deux cas ça s’ébauche, ça se lance, c’est du Bebel.

L’idée est de faire de tout ce quartier un véritable pôle multimodal (train, bus, voitures), mais aussi de le redynamiser. En effet, la construction de plus de 200 logements sur le site de l’ex-Seita ainsi que l’existence, sur le site tout proche de la SERNAM, d’un vaste espace sur lequel la Ville et la CAP ont engagé une réflexion, font de ce quartier un pôle urbain majeur de Périgueux et de l’agglomération.
Tout un quartier en aire d’échanges et de transports. Et le maire inventa sous vos yeux ébahis le concept de maison de quartier multimodal : riverains, vendez !

Cette réflexion urbaine globale d’une ville de plus de 30 000 habitants suscite de l’intérêt, car elle est l’expression d’une véritable attractivité, qu’est notamment venue souligner la récente étude publiée dans le magazine L’Express cette semaine.
La réflexion urbaine d’une ville de 30 000 habitants est l’expression d’une véritable attractivité, pour preuve, l’article d’un magazine.
Il doit rêver dans sa langue maternelle, c’est pour cela qu’on a du mal à comprendre.
En général, une ville ne réfléchit pas, ce sont les hommes qui réfléchissent sur la ville. Mais dans son cas, l’inverse vaut peut-être mieux.
En général, ce n’est pas la réflexion en elle-même qui est attractive, mais son résultat. Dans son cas encore, vous me direz, on peut confondre.
Enfin la preuve, l’Express en Région qui titre en comparant Périgueux Bergerac et Brive, (excusez du peu) tout en éditant parallèlement des dossiers sur le Cantal, Châtellerault, Cholet et la Guadeloupe : « Face aux grandes métropoles, Bergerac, Périgueux et Brive ne peuvent exister qu’en travaillant ensemble, Hélas… »
On comprend mieux

La Ville de Périgueux a ainsi été contactée par un opérateur privé qui souhaiterait implanter un ensemble commercial dans le centre ville de Périgueux.
Ben oui c’est logique maintenant que l’Express est la preuve de l’attractivité de la réflexion urbaine de la ville.

Cette réflexion est pour l’instant à ses prémices et doit prochainement s’assortir du lancement d’une large concertation et d’études diverses, préalables indispensables pour évaluer la viabilité d’un tel projet.
Journal de bord, 11 septembre 2009:  prémices, ébauche de réflexion, lancement d’études.
A la conquête des hypothèses, défrichant le vaste inconnu des horizons lointains de la certitude, il cheminait avec la clairvoyance du sage.

Michel Moyrand
Maire de Périgueux
Vice-Président du Conseil régional d’Aquitaine

Nul doute que tout le mérite en revienne à notre maire de Périgueux. Grâce à la réflexion urbaine de Michel Moyrand, l’Express aura mis en avant le musée Vésunna, les rénovations du centre ville, (dont l’esplanade Francheville), la politique culturelle, le pôle universitaire, la maîtrise de la fiscalité, le parc de logements sociaux, etc.
Bref, autant de points ou presque qu’il avait en son temps combattu avec plus ou moins d’ardeur. Un vrai succès!

A ce point là de scribouillage en guise de politique urbaine, de révisionnisme du réel contre un bilan qui est aussi celui de la communauté d’agglomération, (pensons aux transports et aux équipements)… On se demande pourquoi, sur les bases de l’attractivité de la réflexion du maire de Périgueux, l’Express n’a pas vanté, sur cette logique, la nouvelle mairie que le maire a décider d’offrir aux générations futures.

Et si d’un point de vue politique, (au sens propre et non sale), il est consternant d’en arriver là, c’est-à-dire à peu de chose en somme, c’est bien l’inverse en terme de littérature et de poésie.
Car à le laisser faire ainsi, il risque fort de remettre à la mode un genre poétique peu usité en communication et en administration, à savoir le Cut up.
Aussi, si Michel Moyrand n’est manifestement pas (en l’état) sur les traces d’un grand administrateur public, est-il permis d’espérer qu’il suive les pas de William S. Burroughs.

Amis poètes, bonsoir