Démocratie participative y es-tu ?

La fin du mois de juillet aura été un moment de communication intense pour le maire de Périgueux. Tout d’abord le premier bulletin municipal de cette nouvelle mandature, ensuite une conférence de presse annonçant les vacances mayorales assortie d’un état des lieux sur les dossiers en cours.
Il n’est question ici que d’un mot, qui frappe par son absence : la participation, celle qui concerne la démocratie participative. Le mot est banni du vocabulaire municipal, après avoir été le fer de lance de la campagne électorale.

:: Le discours d’investiture ::

Il n’est donc pas inutile de rappeler que le sujet était au cœur de sa campagne électorale, ce qui semblait être un signe d’avancée démocratique à Périgueux. Pour s’en souvenir on peut relire le projet de campagne ou visionner les vidéos. Ce sujet fut même, la victoire consommée, au cœur du discours d’investiture du 22 Mars 2008, où était convoquée cette modernisation du dialogue démocratique, pour faire en sorte :

que la démocratie participative à laquelle, vous le savez, je suis tellement attaché, guide nos travaux et nous inspire.

Ou encore :

Je me suis engagé, nous nous sommes engagés à faire appel à cette “intelligence collective” sans laquelle une vraie démocratie participative n’aurait pas de sens.

Pourquoi, après s’être tant engagé pour cette dernière, reculer à ce point pour se fondre dans le moule d’un présidentialisme municipal, certes confortable et ô combien défendu par les élus locaux/parlementaires à l’Assemblée Nationale, mais pour partie responsable des carences démocratiques du système représentatif.

:: Adjoint et élus référents ::

Pourquoi dans ce cas avoir créé un poste d’adjoint au maire spécifique à la démocratie participative et l’éducation à la citoyenneté ?
Car si aujourd’hui cet adjoint s’emploie à décentraliser les services administratifs de la mairie dans les quartiers, il y a erreur sur la marchandise. Nous pourrons en dire plus quand nous aurons lu quels sont les chefs de missions donnés aux élus référents et à quoi serviront-ils réellement. Pour mémoire, un conseiller municipal a déjà pour tâche de faire le lien entre la population et la mairie. Il lui est même remis d’office un carnet où il est censé noter les informations à faire remonter.

S’il ne s’agit que de territorialiser des missions déjà incluses dans les fonctions de base, on ne saurait prétendre avoir besoin d’un adjoint spécialement détaché à l’amélioration de la démocratie locale, à moins d’être en face d’un mandat fictif, ce qui s’est déjà vu et ne saurait être le cas ici, à terme.

:: Les mairies de quartiers ::

Pour revenir aux textes. Les permanences administratives municipales, mairies de quartiers, telles qu’elles sont mises en place par le maire, sont obligatoires pour les villes de plus de 100 000 habitants, comme Nancy, (106 300), Perpignan, (116 700), Rouen, (114 000), ou Mulhouse, (112 002), Périgueux en a moins du tiers, (28 000) – Fiche INSEE en pdf – .

Nancy fait 15 km², pour une densité de 7 022 hab./km²,
Perpignan fait 68,07 km², pour une densité de 1 715 hab./km²,
Rouen fait 21,38 km², pour une densité de 5 126 hab./km²,
Mulhouse fait 22,18 km² pour une densité de 4 976 hab./km²,
Périgueux fait 9,82 km² pour une densité de 2 932 hab./km².

Partant de l’obligation légale du plancher des 100 000 habitants et en comparaison des villes réellement concernées par ces mesures, Périgueux n’est pas vraiment dans l’urgence, avec son périmètre communal modeste et sa densité de population peu élevée. Sur le plan législatif, c’est un luxe, un octroi très généreux, qui ne se comprend que par un potentiel clientéliste à travers une proximité flatteuse et paternaliste. Sinon quoi d’autre, la mesure n’étant absolument pas justifiée, ni sur le plan législatif, démographique ou géographique. D’ailleurs, l’actuelle opposition ne s’y était pas trompée non plus. Son projet de campagne comportait le même projet de permanence administrative.

:: Proximité et participation ::

En comparaison, les conseils de quartiers, qui pourraient être des outils réellement participatifs, dépendant bien sur de leur modalité de fonctionnement, sont obligatoires pour les villes de plus de 80 000 habitants. Et ces conseils de quartiers ne sont absolument pas à l’ordre du jour, ou en tout cas bien passés sous silence.

Ce n’est pas dans la cohérence de l’action publique territoriale que l’on justifie qu’un adjoint à la démocratie participative soit délégué à des mesures dites de proximité, obligatoires pour des villes de plus de 100 000 habitants. L’amélioration de la démocratie locale n’est pas soluble dans l’extension des services administratifs. C’est comme si l’adjoint à l’urbanisme s’attachait au mobilier urbain, l’adjoint aux sports aux concours de cuisine, ou l’adjoint à l’environnement aux crottes de chiens, etc.

En revanche, ce que l’on perçoit bien, c’est le retour sur investissement en terme électoraliste, sur une population économe en déplacements, justifiés ou non, que l’on invite à ne défendre que des intérêts individuels, voir égoïstes. Dans le même temps et en toute logique, on agrandira également les surfaces d’accueil administratif dans la nouvelle mairie à la CCI. De fait, les surfaces destinées à l’administration communale vont connaître un accroissement égal à celui d’une ville de 100 000 habitants, comme si démographiquement et géographiquement, la ville de Périgueux allait doubler ou tripler.

:: Des engagements de campagne à l’ordre du jour ::

L’engagement, oral et écrit, durant la campagne électorale, de mettre en place des outils utiles à l’amélioration de la démocratie locale, engagement qui s’est concrétisé à travers la création d’un poste d’adjoint à la démocratie participative, était sans nul doute des plus sincères.
Cet engagement a fait l’objet de débats, parfois contradictoires mais fertiles, pour cerner les modalités d’applications concrètes d’une démocratie continue dédiée à l’usage des citoyens.

C’est en ce sens qu’il est étonnant aujourd’hui, de constater que ce thème n’est plus une priorité, il ne figure pas dans la liste des dossiers à l’ordre du jour. Il a été remplacé, en connaissance de cause, c’est certain, par le dossier de la proximité et l’extension du service administratif.
On ne saurait penser à une tentative de faire passer la proximité pour la participation dans l’esprit des citoyens, ce qui reviendrait à prendre des vessies pour des lanternes.