Périgueux, des documents compromettants pour la CAP

La communauté d’agglomération périgourdineCAP – a présenté son projet pour les transports et les déplacementsPDU– au théâtre de Périgueux. D’ici 2020, l’idée est d’écœurer tout périgourdin de prendre sa voiture afin de le contraindre aux transports en communs. Pour ce faire, la technique consiste à laisser pourrir la situation du trafic automobile, en misant sur toujours plus de congestions et d’embouteillages.

En parallèle, le développement urbain restera sans cadre officiel, favorisant l’étalement et les foisonnements sauvages. Là encore, ce n’est pas grave, car on nous annonce profusion d’équipements écologiques et la mise en œuvre d’un Agenda 21 aussi ambitieux que le Plan de Déplacements Urbains.

Pourtant, derrière les discours enflammés sur l’après pétrole que les élus anticiperaient ((Sud Ouest 28/05/10, citation d’un élu qui a tout compris)), en 2020, il y aura plus de voitures. Dans tous les cas, malgré le TER mieux cadencé et les bus dans leurs couloirs, 66% à 70% des trajets se feront avec des véhicules particuliers, contre 73% aujourd’hui.

Dans ce billet, nous mettrons à disposition différents documents compromettants pour les élus de la CAP. Certains ont charpenté la décision actuelle, alors que pourtant, toutes les conséquences d’un PDU a minima sont mesurées. D’autres sont des engagements politiques officiels non tenus et d’autres enfin des analyses prouvant les carences et les manquements des élus périgourdins. Nous reviendrons donc aussi sur le fumeux Schéma de Cohérence Territoriale, puisque l’Etat en demande la mise en œuvre depuis 10 ans et que les élus disent y réfléchir (à leur rythme).

PDU : analyses, diagnostic, scénarios, impacts

La CAP est formelle: l’absence de traitement du trafic routier va congestionner les flux. Le plan de déplacements peut espérer réduire l’utilisation de la voiture de 7% à 3%. Il y aura bien plus de voitures. Donc plus d’embouteillages et une pollution croissante.

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La CAP et son brouillon d’incohérence territoriale

Photo Sud Ouest

Il y a 9 ans, le préfet d’alors avait tenté d’amorcer la pompe par un arrêté préfectoral introduisant le périmètre d’un futur SCoT. C’était sans compter sur la puissance de feu des élus locaux pour endiguer toute initiative d’envergure.

En 2004, la DDE Dordogne avait produit un document fouillé sur le sujet, prenant en compte 50 communes. Le diagnostic établi par l’Etat est simplement accablant pour les élus de la CAP. Qu’importe, en l’absence d’élections directes, ces derniers n’ont qu’une demi responsabilité en étouffant leurs implications au moment des élections municipales.

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Le document rappelle que la CAP est responsable de l’étalement urbain déploré aujourd’hui en précisant que « le modèle urbain développé ces dernières années s’est relativement peu attaché aux conséquences de l’urbanisation en terme de mobilité et de déplacements« .

Le Programme Local de l’Habitat

Le PLH est évidement lié aux déplacements et à l’urbanisme. Le document de 2007 met en évidence les carences en programmes de logements sociaux par exemple.

Aussi, les communes de Trelissac et de Chancelade ne respectent pas le minimum obligatoire de 20% de logements sociaux ((article 55 de la loi SRU)). Dans le même temps, Trelissac avait une croissance de constructions neuves de 300% en 2005. Avec de la solidarité plein la bouche bien sur…

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Souvenirs d’un programme politique: Michel Moyrand

Les promesse n’engagent que ceux qui les croient c’est bien connu. Pour se faire élire, Michel Moyrand (maire de Périgueux), avait fait très fort. On pouvait lire ainsi dans son programme politique censé être une série d’engagements, les déclarations suivantes:

Nous relancerons le projet de SCOT (schéma de cohérence territoriale), document d’urbanisme et de planification nécessaire à la cohérence territoriale.

Dans la rubrique « Désenclavement de Périgueux », le candidat s’était prononcé avec fermeté:

La ville ne doit plus subir les nuisances des flux de circulation. Nous relancerons l’idée du contournement nord

Au regard des dernières décisions communautaires, il fallait comprendre l’inverse. Maire de la ville la plus importante de l’agglo, premier vice président de l’usine à gaz, rien n’y fait. On ne contournera rien du tout. Et le SCOT est onirique. Car à force d’accumuler les incuries, les responsables de la CAP font peur. Même la Communauté de Communes Isle Manoire (qui comprend Boulazac) préfère se rapprocher de celle de Vergt plutôt que subir les affres de l’agglomération périgourdine ((Sud Ouest 20/05/10 La Communauté de communes prépare l’avenir)).

Pour en finir

Jacques Auzou, le maire de Boulazac et président de l’intercommunalité Isle Manoire a tristement raison ((Sud Ouest 26/05/10 La croisade antivoiture peut-elle l’emporter)) :

Si l’on veut faire de l’agglomération de Périgueux une maison de retraite, il faut le dire. Moi, je pense qu’il est mortifère de favoriser la dévitalisation de la ville centre car ce sera la mort de toute l’agglomération

Et il le sait d’autant plus qu’il est un des principaux artisans de cette dévitalisation. Mais ce n’est pas le sujet. La réalité c’est qu’entre l’avortement à la fourche du projet du Bas Saint Front et la volonté de dégrader la qualité des flux routiers, Périgueux perd encore de son intérêt. Mais cet intérêt est perdu et non transféré aux villes dortoirs qui l’encerclent.

Il reste à espérer dans le renouvellement des générations pour remplacer cette mauvaise série. Las, la plupart de leurs successeurs sont dans la couveuse du Conseil Général et nourris au maïs Cazeau. Qu’importe, il y aura bien un jour un personnel politique capable d’affronter les défis pour lesquels il s’est proposé.

Pour l’heure la bande de notables démissionnaires qui fait office de responsables s’en fout. Tant que le peuple s’éclate avec son équipe de foot en CFA2 et ses vides greniers, ça passe. C’est donc eux qui ont raison de nous prendre pour des imbéciles tant qu’il ne leur est pas démontré le contraire.