Périgord, 100 lieux pour les curieux par Michel Grégoire

PERIGORD 100 LIEUX POUR LES CURIEUX (Editions Christine Bonneton) n’est pas un guide de plus sur le Périgord. Signé par Michel Grégoire, ce livre condense les pérégrinations périgourdines de l’auteur accompagné par Philippe Cadot à la photo.

Nous parlons rarement d’ouvrages contemporains tant par principe ils étalent les clichés et les facilités, copiant et collant les communiqués surannés des offices de tourismes. Ici c’est différent.

A la lecture de ce guide on respire. On découvre un Périgord libéré des ses poncifs charcutiers et de son conformisme à la graisse d’oie. Ici pas de magdaléniens thermo-moulés ou d’intermittents en sabots. Ce Périgord là n’est pas une vitrine, il se découvre et se chemine, loin des supermarchés de la préhistoire ou d’un moyen-âge botoxé pour jeux vidéo.

C’est avec plaisir que nous vous proposons une interview de Michel Grégoire, qui a bien voulu répondre à nos 7 questions.

Le Périgord de Michel Grégoire en sept questions

1. Michel, tu viens d’écrire un livre. C’est rarement neutre, il y a souvent un avant et un après. Dans ce périple géographique, historique et littéraire, qu’est-ce qui a changé en toi après ce livre ?

– Difficile de répondre sans se déboutonner un peu. Intimement, j’ai renoué avec une liberté de ton et de choix que j’ai connue jadis à France inter; l’éditrice m’a offert le luxe de me laisser carte blanche (c’est le cas de le dire !) C’était d’ailleurs ma seule exigence ! Être libre face aux institutions et aux enjeux de ce pôle touristique.

– Ma sélection de lieux et d’activités m’a obligé à me pencher sur des sujets dont j’étais assez éloigné ; je ne suis pas très adepte des randonnées ni même des activités physiques en général mais j’ai voulu explorer ces nouvelles façons de rompre avec le cliché Périgord = préhistoire et gastronomie même si je n’y échappe pas complètement. Ce livre fut une façon, pour paraphraser un récent prix Goncourt, de confronter « la carte et le territoire ». Autre particularité de l’exercice, le public. Ce modeste livre est à la fois destiné aux périgourdins bien sûr mais aussi distribué nationalement.

– Cette rencontre entre l’équipe parisienne (éditrice et graphistes, etc.) et mes interlocuteurs locaux fut parfois musclée et très enrichissante. Entre les idées reçues, les chauvinismes de clocher et à la nécessité de prendre un peu de hauteur, il a fallu jongler un peu. J’ai pu exercer un de mes modestes principes de vie : apprendre plutôt que savoir …et lorsqu’on sait ; partager le plus largement possible.

2. Présentant des personnalités de Périgueux, je note qu’il y a des gens qui sont vus d’un mauvais œil par l’actuelle municipalité. Tu n’as pas peur que ton livre soit refusé à l’office de tourisme ?

– D’abord, et sans fanfaronner la peur n’est pas mon fort. Ensuite, je n’ai cure des querelles de boutiques et de boutiquiers et je n’ai pas vocation dans ce travail à distribuer des satisfécits ou à ménager les susceptibilités. Ce livre est pour tout le monde ! Je n’ai soumis aucun texte à approbation, sauf pour des questions d’exactitude, et je n’ai parlé que de ce dont j’ai voulu parler. Librement ! Pour la ville de Périgueux, une des six villes « capitales » du bouquin, j’ai été très bien accueilli partout et notamment au musée Vesunna qui ouvre le premier chapitre du livre et, outre les personnes concernées, le Comité Départemental du Tourisme, a lui aussi répondu présent à mes demandes d’informations et d’ouverture de certaines portes. Il a une vocation plus large et il sera, selon mes infos, l’un des dépositaires du guide, avec les librairies et la maison de la presse bien évidemment.

– Deuxièmement, et c’est un des avantages d’une structure comme les éditions Bonneton, je ne suis pas le commercial de l’affaire. Quelqu’un de très professionnel et de tout à fait neutre est chargé de ce travail. Enfin, tous les gens, comme tu dis, qui sont présents dans le livre méritent selon moi, grâce à leur talent ou à leur inventivité, une place dans ce guide illustré, subjectif et forcément incomplet. Ce livre n’a pas pour vocation de plaire aux édiles, quel qu’ils soient, ni de leur déplaire d’ailleurs, il n’a été dicté que par ce qui me semblait être l’intérêt des lecteurs.

– Cela dit, j’ai adressé par courtoisie un exemplaire de l’ouvrage au maire de Périgueux qui pourra ainsi découvrir des lieux méconnus ou certaines personnes avec un œil nouveau. Quant à l’office du tourisme, il a été contacté je pense et sinon, l’ouvrage est en vente libre et à des tarifs préférentiels auprès de l’éditrice Christine Bonneton.

3. On te connait amateur de jeux de mots, contrepèteries et calambours. Souvent fameux d’ailleurs et que l’on retient avec plaisir. Mais concernant « YOURTE NATURE », « VAUX : DE L’OR » et « SAVOIR FER », comment as-tu réussi à convaincre l’éditrice ?

– L’éditrice m’a connu notamment à la radio comme un amoureux de ce qu’on appelle « la titraille » …elle a su que j’avais été au « Canard enchaîné » un des « calembourdiers » chargés des « accroches » durant ma vie parisienne. Non seulement je n’ai pas eu à la convaincre pour placer mes facéties de langages mais c’est elle qui me « poussait au crime »

– Il faut ajouter que ça rassure aussi ceux qui craignent d’un guide, l’aspect didactique et un peu scolaire. Ce fut ma manière de jouer au potache que je suis toujours resté. Il y a les photos et les titres qui sont destinés à la mise en bouche et les textes qui se veulent, ce sont les mots de Christine Bonneton, informatifs, incitatifs et légers…J’espère être parvenu avec Philippe Cadot, à cette alchimie digeste entre le fond et la forme !

4. Au sujet du maréchal Bugeaud, tu soulignes toutes les facettes du personnage, y compris les plus atroces (exactions, enfumage, torture). Comment expliques-tu qu’il ait un tel succès en Périgord et que sa mémoire soit encore publiquement honorée ?

– J’ai failli intituler le chapitre sur Bugeaud « Je suis partout ! », le titre d’un journal collabo durant l’occupation mais en dehors du jeu de mot sur l’omniprésence de ce personnage en Périgord, la pertinence de la vanne n’était pas extraordinaire et les jeunes lecteurs n’auraient pas goûté la « plaisanterie ». Cela dit, il est vraiment partout et, si j’ose dire, de ville en ville, il change de casquette ! Et par surcroît, comme arriviste et « collabo », il se pose là. Tour à tour bonapartiste, ami des bourbons, puis de Thiers, il est l’homme à tout faire de tous les pouvoirs. C’est une sorte de Talleyrand sans brio et sans esprit, un carriériste sans scrupules et sans conviction, contrairement à Daumesnil, dans le genre galonné.

– A Périgueux, il « pacifie » l’Algérie, à Excideuil, il offre une statue à la ville où il veut se faire élire député ; A Lanouaille, il fut un maire prétendument ami des paysans et de l’agriculture. C’est n’importe quoi ! Pourquoi est-il honoré de la sorte ? Parce qu’il a sa place au carnaval des vanités et qu’à une époque, on a trouvé que ça faisait chic d’avoir un Maréchal comme « people » par chez nous.

– Aujourd’hui, cette supercherie qui fait passer ce criminel de guerre (même pas périgourdin en plus … ;-)) pour un « père » de la nation est une connerie parmi d’autres. Et, quitte à honorer un personnage sulfureux, j’aurais préféré, comme le dit si bien Sarko maintenant qu’il a fait l’acquisition d’un manuel de langue française, qu’on « édifiât » une statue à l’écrivain Léon Bloy, né à Périgueux, en lieu et place de ce massacreur d’algériens, bien avant Maurice Papon en octobre 1961.

– C’est une suggestion que je fais au maire actuel qui pourrait, en déboulonnant le « grand homme » manifester ainsi son désaveu des pratiques sanglantes de ce « héros » bien embarrassant tout de même…surtout non loin de la récente esplanade Badinter !

5. Je remarque que tu n’as pas parlé de PREHISTOPARC et du VILLAGE DU BOURNAT. C’est un hasard ?

– Si l’on commence par parler de ce dont je n’ai pas parlé, on n’a pas fini ! Cela dit, ça n’est bien sûr pas un hasard. Pour être honnête, je ne parle pas non plus de Lascaux II. Mon souhait est de rendre service aux curieux et de faire en sorte de les aiguiller vers des endroits plaisants et authentiques. Il s’agissait pour les sites « incontournables » de les raconter de façon méconnue et de faire de lieux parfois méconnus, des lieux incontournables !

– Mais pour la préhistoire, et Préhistoparc par exemple, c’est simple, je me suis borné à des sites véritables et encore ouverts au public et j’ai évité les parcs d’attraction. Pour le Bournat, j’ai hésité mais l’accueil réservé au photographe, très réservé même, le côté « ça va pas être simple ! » Nous a un peu refroidis. C’est sans doute un malentendu mais peut-être pour une réédition…

– Pour le reste, j’ai choisi de parler de la réserve de Calviac, des gîtes de cabanes en bois et de yourtes, du land art de Bourrou, de Proumeysssac, du site du Regourdou, des jardins de Limeuil ou de certains domaines viticoles par exemple pour les gens qu’il y a derrière, pour leur éthique face aux visiteurs, bien loin d’un acte simplement mercantile. C’est vrai pour la plupart des sites et j’ai testé moi-même l’accueil et les propositions. C’est une sorte d’assiette du chef…

6. Au Moulin de la Rouzique à Couze-et-St-Front tu as trouvé cette « perle anglaise » du XVIII° s. :
« Les chiffons usés font le papier, le papier fait la monnaie, la monnaie fait les banques, les banques font les emprunts, les emprunts font les mendiants, les mendiants font les chiffons, les chiffons usés font le papier… »
Tu nous proposes une question qui aurait pu donner lieu à cette réponse ?

– En visitant cet endroit bouleversant des bords de la Couze, j’ai trouvé ce petit texte intitulé « L’histoire sans fin » ! C’est étonnant de simplicité. C’est atrocement limpide. En pleine crise financière, où, semble-t-il, personne ne comprend rien, cette petite comptine dit tout sur l’absurdité et la mécanique implacable du système.

– Quant à la réponse, aux solutions pour sortir de ce maudit manège qui mène de la richesse à la mendicité en passant par la banque, je ne suis pas économiste. Mais, j’aime bien la façon toute british et distanciée d’exposer le problème.

– Eric Cantona a peut-être visité le moulin de la Rouzique avant de proposer aux français révoltés de vider leurs comptes bancaires en un seul et même jour. Peut-être est-ce une idée de transformer les banquiers en mendiants ? En tout cas, c’est un couplet qui manque à cette enfantine ritournelle !

7. Dernière question. 100 chapitres pour le Périgord, ça parait beaucoup mais c’est très peu. As-tu quelques regrets de sujets non abordés ou réservés pour un prochain volume ?

– Oui bien sûr, j’ai quelques regrets mais pas tant que ça. Mon souci était d’équilibrer les « curiosités » entre le type de lieux, leur histoire, les personnages, le passé, le présent, les choses à voir, les choses à savoir, les choses à faire, les sujets et la répartition sur tout le département pour éviter, une fois encore de ne parler que de paysages, de cuisine, de préhistoire ou de la guerre de cent ans et que le sarladais, comme souvent, se taille encore la part du lion. Dans ce pays, chaque village est pour ses habitants un lieu qui, à lui seul, mérite 200 pages ! C’est d’ailleurs souvent vrai !

– J’ai adoré les rencontres, souvent providentielles, que ce périple a permises. De fil en aiguille, de discussions en suggestions, nous avions parfois un mal fou à poursuivre la route tant l’accueil fut chaleureux et la passion communicative, il nous semblait, de Tourtoirac à Saint-Michel de Montaigne, en passant par Nontron, Payzac, Terrasson, Bourrou ou le lieu-dit de Tartou que chaque endroit était le centre du monde !

– Si j’avais écouté tous ceux à qui j’ai parlé de ce projet et que je remercie au passage, on y serait encore ! Cela dit, je suis sûr qu’il y a encore mille histoires et de jolis trésors de toutes sortes à récolter. Nous avons avec Philippe Cadot, le photographe de ce livre illustré avec talent, ouvert nos yeux et nos oreilles jusqu’à la dernière minute et puis, il a fallu conclure. Et mettre le mot FIN.