Festival Art et Eau : il fallait voter Moyrand pour en être ?

Après Facebook et le maire de Périgueux (Cf. Michel Moyrand, Facebook et Twitter…) le journal Sud Ouest a trouvé un nouveau hochet. Le festival Art & Eau, appelons-le plutôt le festival Suez & Eau (Cf. Moyrand dans la main de Suez), fit l’objet de 3 articles en 3 jours.

Pas moins. Trois articles en trois jours, ça promet d’être une vraie saga.

Pour les journalistes frétillant d’enthousiasme, le festival « devrait enfin jaillir », festival -croyons les sur parole- « très créatif ».

Suez & Eau est donc un festival que les journalistes sont conviés à promouvoir. Pas un mot sur son mode de financement et les enjeux politiques derrière le décor. Pas un mot sur l’absence de direction artistique (appel d’offre public en cours jusqu’au 31/01/11), pas un mot sur le fait d’annoncer le festival cinq mois avant son lancement… Trois jours de festival, six artistes, 500 000 euros…

On découvre avec intérêt les 6 artistes retenus et particulièrement les deux artistes de Périgueux : Bruno Guiot et Nicolas Lux. Félicitations aux deux lauréats.

Sauf que ces désignations posent questions. Ont-ils été retenus pour la qualité de leur projet ou pour des raisons politiques ? C’est une question délicate…

copyright Julie de Waroquier 2010

Cf. le site de Julie de Waroquier

La campagne électorale des municipales 2008

Pendant la campagne électorale, les deux artistes avaient ouvertement pris parti pour le candidat Moyrand, qui s’était appuyé sur eux pour faire entendre son projet de « Culture Autrement ».

Chacun à sa manière avait incité à voter pour Michel Moyrand. On pouvait voir Bruno Guiot battre le pavé et militer ouvertement pour le candidat socialiste. Quant à Nicolas Lux, il ne cachait pas son enthousiasme pour ce candidat qui devait changer la politique culturelle en profondeur.

Ce fut le cas. Une fois élu, le maire de Périgueux faisait entrer Bruno Guiot à la commission extra municipale Culture et confiait les photos du trombinoscope des élus et une partie du magasine municipal à Nicolas Lux ((Cela n’annihile pas l’esprit critique, soyons clairs, mais demeure une conséquence directe des engagements politiques)) .

Trois ans plus tard, ils sont les lauréats périgourdins du festival Suez & Eau.

Alors, qualité artistique ou motif politique ?

La question se pose donc. Ont-ils été choisis en tant qu’artistes ou en tant que (ex?) soutiens politiques de Michel Moyrand ?

On ne saurait remettre en cause leur intégrité, ce n’est pas la question. Trainer derrière soi ce genre de faveur politico-artistique ne peut qu’être une casserole.

Mais du côté de la direction artistique politique du festival, il faut reconnaitre que le hasard fait bien les choses.

Ce hasard indique que les « meilleurs projets artistiques » d’aujourd’hui sont aussi les fervents soutiens politiques d’hier. In fine, ce choix irait dans le sens du tribalisme municipal que l’on connait, fonctionnant en circuit fermé.

Culture, business et politique

Lyonnaise des Eaux, via la maison mère Suez, a mis le paquet pour acheter la reconduction de son contrat de traitement et distribution d’eau potable : elle a offert le financement du festival.

Au maire de conclure ce partenariat en novembre 2010 :

« Après plusieurs démarches, le groupe Suez Environnement a signé une convention avec la ville de Périgueux ».

Et voilà qu’aujourd’hui l’action culturelle de ce festival semble récompenser directement les « artistes militants » de 2008.

On finit par s’interroger sur la finalité réelle de l’évènement. Planche à billet d’un côté et « médailles du mérite partisan » de l’autre.

A ce rythme là, nul doute que Suez & Eau réserve d’autres surprises.