Festival Art et Eau: Moyrand dans la main de Suez

Dans son programme de campagne, (Périgueux Autrement), Michel Moyrand et son équipe avaient proposé un festival sur le thème de l’art et de l’eau.

Manque de bol, ce genre d’évènement, que le maire voudrait voir lui survivre pour marquer l’activité culturelle de la ville, coûte cher, 500 000 euros pour 3 jours (7000€ / heure).

Dès le mois de décembre 2008, le maire avait annoncé la couleur du retard : « parce qu’en 2009 nous n’aurons pas effectivement les moyens de le mettre en œuvre donc on n’annule pas, on n’abandonne pas, on glisse un peu plus loin… »

L’ironie du jour, c’est de voir le maire de Périgueux se vanter de faire financer son festival écologiste sur l’eau par le groupe Suez.

Car la finalité est, comme le dit le maire (Colloque Mécénat culturel et développement économique – 26/10/2010), « de redonner de l’intérêt à cette rivière [ndlr l’Isle] à laquelle les habitants ne prêtent plus attention ».

Les moyens pour un tel objectif ?

L’urbanisme ? Non. La régulation de la circulation ? Non. La dépollution de l’eau? Ca va pas non?!

Mais une manifestation culturelle les 17, 18 et 19 juin 2011, oui, bien sur.

Michel Moyrand et l’écoblanchiment culturel

Notre esthète en matière d’art contemporain et de développement durable avait livré ses ambitions dans son programme de campagne :

« Nous créerons une biennale de dimension internationale dont le thème sera l’Art et l’Eau. Ce festival répondra par des activités concrètes aux enjeux de l’environnement. Expositions, spectacles, animations, etc, rythment un parcours artistique le long de la rivière. Des partenariats forts seront tissés avec les écoles, les habitants et les associations tout au long de l’année ».

Alors qu’on attendait déjà CNN, l’évènement international était confié à une société rémunérée pour une matière grise faisant défaut en interne. C’est bien beau de promettre un festival, mais maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

ABEL éco-réfléchit pour vous à votre éco-festival

La société ABEL (Ars Buro Esprit des Lieux) nous indique donc son point de vue pour quelque dizaines de milliers d’euros seulement.
On comprend alors qu’il s’agit d’un très original éco-projet pour un éco-festival avec pour but une « éco-responsabilité » dans une démarche « éco-citoyenne ».

L’éco-prestataire Abel propose donc aux éco-citoyens, toujours avec une grande originalité, « de se réapproprier leur patrimoine » (éco-patrimoine bien entendu).

Là nous pataugeons dans le prêt-à-penser des collectivités territoriales où le préfixe « éco », sans lequel aucune politique publique ne se vend plus, est usé et abusé par l’éco-marketing, tuant la chose à force de la travestir.

Le choix du clinquant contre le durable

Revenons sur l’objectif du maire consistant à réconcilier les habitants avec la rivière. L’ambition du festival est de « recréer le lien entre l’humain et l’élément naturel au cœur de la ville » (Colloque bidule 26/10/2010).

La réponse à cette vaste problématique est un festival annuel de 3 jours. Ce n’est surtout pas un projet d’urbanisme solide et permanent. Ce n’est même pas un projet environnemental ou une solution matérielle facilitant l’accès à la rivière.

C’est logique, un long éco-week-end au printemps fera bien l’affaire pour un tel enjeu, alors que les 362 jours restants, les habitants seront toujours coupés de leur rivière.

Pour mémoire, il existait un projet urbain de « réconciliation » entre la ville et la rivière en remodelant le boulevard Georges Saumande (Enterrement du projet Bas Saint Front). Mais ce projet a été jeté à la corbeille par Michel Moyrand, préférant se concentrer sur l’ascenseur panoramique donnant sur la place Mauvard.

Moyrand en défenseur de la privatisation du service public de l’eau

La fumisterie annuelle sera dispendieuse (500 000 euros/ans). Du coup le maire était fier d’annoncer en octobre 2010 un partenariat avec Suez Environnement qui se pose en mécène de l’opération.

On se souviendra que  Suez, c’est aussi la Lyonnaise des Eaux avec qui Michel Moyrand doit rompre le contrat de la ville pour honorer ses promesses de retour en régie municipale de la distribution d’eau potable.

Suez, ce grand acteur éco-industriel, est celui-là même qui développe une stratégie de privatisation des ressources en eau potable pour assurer un modèle économique juteux aux actionnaires.

Suez est un géant mondial en privatisation de service public (Argentine, USA, France, Magreb, Afrique du Sud, etc.), opposant à une conception universaliste de l’eau potable une vision purement financière et marchande.

Qu’à cela ne tienne, Michel Moyrand est fier de son partenariat avec Suez pour son éco-festival sur l’eau. Avec une telle implication, Suez, masqué en mécène de la ville de Périgueux, doit bien se marrer.

Ils améliorent localement leur image de rapace financier en finançant un programme culturel ouvertement écologiste. Coup double, Suez réduit la marge de manœuvre du maire pour un éventuel retour en régie municipale de l’eau potable.

Pour Suez le coup est bon. Par contre pour Michel Moyrand la prestation est ruineuse. Il discrédite d’emblée son festival tout en préparant une nouvelle trahison à son programme électoral.