Gatienne Doat en vedette du prochain conseil municipal

Le prochain conseil municipal de la ville de Périgueux sera le 28 septembre à 18h00. Un grand moment de démocratie locale est annoncé. Car la présidente de l’association SOS Femmes Dordogne, Gatienne Doat, à elle seule donnera à l’assemblée des représentants périgourdins une tonalité unique.

En effet, l’adjointe au maire, n°3 de la commune en charge de la politique de la ville et de l’économie sociale et solidaire, a déclenché un véritable buzz. L’ancienne conseillère régionale et actuelle suppléante du député Pascal Deguilhem, par son interprétation lyrique de la loi, sa créativité en matière pénale et sa recherche constante du juste milieu, sera parvenue a enflammer le web, la presse et les radios.

Bref, notre Gatienne locale est en passe de devenir une célébrité nationale. Modeste, elle ne désire plus répondre aux interviews dont jusque là elle était si friande ((Cf. les revues de presse annuelles de l’association)).

C’est dommage, car nombre de personnes auraient souhaité l’entendre. Exemple: « Madame Doat, pensez-vous qu’il sera bientôt possible de produire des preuves au pénal grâce à Word ou Photoshop ? « , ou bien encore: « Madame Doat, vous semblez vouloir démontrer à la Cour de cassation que la vie privée sur internet est obsolète. Quelles chances d’y parvenir vous donnez-vous?« .

Gatienne Doat | Photo Sud Ouest

SOS Facebook vie privée, les ramifications de l’affaire

Bien sur le retentissement médiatique de cette affaire tient à Facebook et au droit. Mais au-delà du ramdam l’affaire a des répercussions locales importantes, sans parler de la vie des quatre femmes licenciées de la sorte.

  • Etat: la préfecture ne pourra pas rester inactive, étant le principal pourvoyeur de fonds de l’association. Qui plus est une des salariées licenciées était directement mandatée par la préfecture.
  • Politique: Mme Doat étant élue, sa légitimité représentative se dégrade. Ses camarades tournent les talons. Le maire de Périgueux devra prendre une décision même si pour l’heure il refuse de répondre aux questions.
  • Justice: outre l’ouverture vers une jurisprudence attendue il reste une question, la recevabilité de la plainte. Comment se fait-il qu’un substitut du procureur puisse donner suite à une telle plainte sur les seuls critères du droit ? Même un policier a confié son étonnement en aparté.
  • Social: le climat au sein de l’association semble délétère.  Il est aujourd’hui rapporté une « dégradation du fonctionnement de l’association » ((Métro; « Périgueux: trois salariées licenciées pour propos injurieux sur Facebook, 25/09/10)). Et les femmes en difficulté dans tout ça?
  • Média : l’explosion médiatique de l’affaire n’est pas anodine pour Périgueux. C’est un genre de publicité à double tranchant. Il en ressort un discrédit cinglant pour la gestion d’une association dont l’objectif initial est irréprochable.

Gatienne Doat victime d’un complot politique ?

Alors que les salariées entendent dénoncer des dysfonctionnements au sein de l’association, pour certains allant jusqu’à porter préjudice aux femmes en difficulté, la présidente semble opter pour un scénario étrange: l’organisation politique d’une tentative de déstabilisation.

Mais dans ce cas, les salariées seraient les dommages collatéraux d’un conflit de pouvoir qui, comme tout autre, ne justifiait en rien d’outrepasser les droits des salariées.

Le mutisme soudain de Gatienne Doat ne nous aide pas à comprendre. Elle déclarait dans un quotidien local: « C’est une entreprise de démolition« . Malgré les apparences, ce ne sont pas les 4 salariées licenciées qui seraient l’objet d’une démolition, mais bien elles-mêmes qui seraient les architectes d’une entreprise malveillante.

En juin 2010, la présidente dénonçait déjà « une OPA sur l’association pour la mettre en péril« . Gatienne Doat semait la suspicion sur une forme de complot politique dont les 4 femmes licenciées seraient l’instrument. Parlant de l’opération de démolition elle disait: « Je ne sais pas qui la mène« .

Il fallait donc purger l’administration et virer les intrigantes. Ne restait alors qu’à trouver un motif, valable, doit-on ajouter aujourd’hui.

Les dividendes politiques de la solidarité

Le fait qu’à l’audience de conciliation, lundi, les salariées aient été surnommées « Les Cornet« , du nom du leader de l’opposition UMP, indique un parti pris très politique pour la défense de la présidente.

Indiquons également qu’un des conseils des plaignantes fait partie du bureau d’avocat du même leader politique, élément nécessaire pour comprendre les attaques. 

Ce que l’on peut supposer de cette histoire politique, c’est que lors de l’assemblée générale en juin dernier qui servait à élire le conseil d’administration, Gatienne Doat a pu sentir le renouvellement de sa présidence menacé. A tort ou à raison, face à une potentielle candidate appartenant à l’opposition municipale et à des critiques ouvertes, la candidate sortante est accusée d’avoir fait le tri parmi les électeurs.

On mesure ainsi l’écart entre la mission de l’association (l’aide aux femmes victimes de violences) et les enjeux qui sous-tendent sa direction (une compétition politique sans état d’âme). Pour le comprendre, il faut noter que Gatienne Doat est adjointe au maire en partie grâce au potentiel électoral dont elle pouvait se prévaloir avec le réseau associatif.

En politique rien ne se perd, surtout pas la misère.

Y a-t-il un « Système Doat » ?

Aujourd’hui Gatienne Doat est impliquées dans plusieurs procédures judiciaires. Au pénal, pour « Interception illicite de communications« , impliquant une peine d’emprisonnement et plusieurs dizaines de milliers d’euros d’amende.

Elle sera également interrogée aux Prud’hommes pour avoir licencié quatre salariées et appliqué une sanction disciplinaire hors du commun pour des motifs hypothétiques.

La présidente est également sous le coup d’une plainte pour « Entrave au droit de vote » suite à l’organisation de sa réélection en juin 2010 dont on a vu l’acerbe politisation.

Par ailleurs, des femmes aidées par l’association témoignent d’une certaine violence au sein de la structure et indiquent des pratiques mettant en question le respect et la solidarité pourtant si fortement clamés devant les journalistes.

A ce titre les « manœuvres » semblent avoir commencé. D’après certaines sources, Gatienne Doat aurait réussi à obtenir un rendez-vous avec l’un des témoins de Dordogne Libre (18/09/10) la semaine prochaine. On ignore le moyen qui sera employé; mais la finalité d’éviter que ne se renouvèle ce genre de « fuite » dans la presse est bien possible. Est-ce une pression?

De leur côté, les 4 salariées licenciées dénoncent une machination dans laquelle tous les moyens étaient bons pour les évincer, y compris l’espionnage des correspondances privées.

D’autres témoins parlent d’opacité dans la méthode de gestion, citant en exemple l’interdiction d’accès à l’assemblée pour un adhérent, le refus de communication des comptes, ou encore l’absence de procès verbal de l’élection.

L’ensemble conduit à s’interroger sur cette activité de service public pour les femmes victimes de violence. L’instrumentalisation politique d’un thème aisé à faire valoir, alors qu’il est normalement de l’ordre de la conviction, est une question à soulever.

Et les femmes dans tout ça

Car tout le monde sera d’accord. Cette association a une mission remarquable qui devrait de loin dépasser, survoler, les calculs politiques, les guerres d’égos et la frauduleuse tentation de son appropriation.

Aussi les premières victimes sont elles-mêmes déjà des victimes. Peut-être serait-ce là l’occasion de méditer sur les conséquences des conflits en cours. Les dérives qui conduisent aujourd’hui à détériorer ce service ont un impact d’une profonde gravité pour des personnes souvent plongées dans une fragilité extrême.

Les quatre salariées licenciées ensuite. Dommage collatéral d’une guerre de clans? Aucun reproche professionnel mais évincées pour avoir critiqué la gestion de la structure. A-t-on conscience de la violence arbitraire faite à ces femmes? S’y serait-on pris autrement pour les détruire? Non. Certainement pas.

Terminons par Gatienne Doat. L’enjeu politique, que ce soit pour le député Pascal Deguilhem ou le maire Michel Moyrand ne peut pas être anodin. Cumuler tant de plaintes et de témoignages troublants risque d’entacher les actions politiques de ses patrons. Le buzz national déclenché par les licenciements, amenant la lumière là où il n’en fallait pas, risque de poser des problèmes de crédibilité et de sincérité.