Gestion de l’eau potable à Perigueux : touché, coulé

A « J. moins 60 », il est clair que le retour à la régie publique de l’eau ne se fera pas. Depuis 3 ans aucune volonté politique n’a été affichée dans ce sens par M. MOYRAND.

Résumé des épisodes précédents

Le contrat de concession liant la commune à la Lyonnaise des Eaux Suez, datant de 1986, et prorogé d’une année, arrive à échéance le 31 mars 2011. Un avis d’appel public à la concurrence a été publié le 27 juillet 2010 (clôture le 10 septembre), pour un contrat d’affermage sur 10 ans.

Entretemps (en mai) une étude a été confiée à un cabinet spécialisé (soit deux mois avant l’avis d’appel public). Elle devait comprendre un audit financier du contrat actuel, un audit technique du service rendu et une simulation de retour en régie.

J’avais demandé au maire, lors du dernier conseil municipal du 14 décembre 2010, la date à laquelle le cabinet d’étude pensait remettre son rapport, celle de la réunion publique qu’il avait sans doute programmée, le résultat détaillé du dépouillement de l’avis d’appel public à concurrence, le calendrier de la démarche, ainsi que des précisions sur les circonstances de la signature de la convention de mécénat avec La Lyonnaise des Eaux-Suez concernant le Festival « Art et Eau ».

Ces questions ne reçurent que des réponses évasives : « on ne sait pas la date de remise du rapport… » « Pour les résultats du dépouillement, voyez avec le chef de l’opposition », « comme je ne sais pas la date de remise du rapport, je n’ai pas de calendrier », « pas de mise en ligne du rapport ni de référendum » et « il n’y a aucun lien entre le mécénat et le contrat d’affermage… »

A J-60, qu’avons nous en main ?

Lors du dépouillement de l’appel à concurrence, 4 sociétés ont été retenues pour l’ « éventuel contrat d’affermage » dont Suez. Nous avons découvert qu’Horizon 2015, le cabinet d’étude, avait eu également pour tâche, en qualité d’assistant de maître d’ouvrage, d’analyser les éléments de comparaison pour faciliter le choix définitif. Nous l’avons découvert par l’un des membres de la commission de dépouillement…

A cet occasion, le représentant du cabinet d’études aurait laissé entendre – déjà !- que l’affermage était plus intéressant que la gestion publique. Mais le maire s’empressa de lui couper la parole. On peut d’ores et déjà douter de la neutralité de ce cabinet. Quant au reste de la mission qui lui était confié, pas de nouvelles…

Il est légitime de se poser la question : peut-on en deux mois prendre en main la régie de l’eau ?

La réponse est NON. L’expérience développée par le syndicat départemental de l’eau des Landes, ou, plus exemplaire encore, celle portée par Gabriel Amard pour la ville de Viry le Chatillon prouve, s’il en était besoin, qu’un retour à la régie de l’eau se prépare longtemps à l’avance. Ce qu’il faut faire ?

  • Mener une réflexion interne basée sur la relecture des rapports annuels des fermiers
  • Lancer la simulation, décliner les étapes, arrêter un calendrier
  • Rassembler les informations sur les expériences menées dans d’autres villes et y rechercher les compétences partenaires
  • S’appuyer le responsable financier pour préparer un prévisionnel
  • Engager une série de réunions d’information auprès des habitants pour expliquer la démarche, obtenir leur avis par un référendum citoyen
  • Créer les statuts de l’entité juridique gestionnaire publique de l’eau
  • Ébaucher le futur conseil d’exploitation y compris les consommateurs, (non plus clients mais des adhérents)
  • Faire le point des contraintes techniques, peaufiner le budget prévisionnel
  • Arrêter une politique tarifaire
  • Lancer la procédure

Voilà, résultat des courses : un an de préparation ! Qui, en deux mois, peut réaliser un tel programme ? Personne. Donc, non, le retour à la régie publique de l’eau ne se fera pas car tout porte à croire que la décision est déjà prise, encore une fois sans nous, habitants de cette ville.

On n’y connait plus rien !

Ça c’est l’argument massue : on ne sait plus faire, c’est compliqué, on n’aura pas les techniciens, pas les cadres, ça va coûter cher. Faux ! Le retour en régie publique dans toutes les communes l’ayant choisi, a entraîné une baisse de la facture d’eau de 20 à 30 %.

Il permet aussi d’aller au delà de la simple gestion économique par le choix d’une politique tarifaire différente permettant de redonner aux ménages modestes l’accès gratuit à l’eau (jusqu’à 6 litres par jour et par personne).

Ce mode tarifaire progressif (plutôt que dégressif) préserve également de la dilapidation du précieux liquide. C’est aussi le moyen d’agir sur la qualité de l’eau qui nous est servie.

Combien faudrait-il de techniciens ? Environ 7 qui peuvent facilement se recruter chez les sociétés privées. L’investissement ? L’entretien des réseaux -qui nous appartiennent- s’évalue et s’amortit sur 100 ans.

Enfin, mettons un terme aux légendes, non, l’impôt local ne finance pas la régie : il y a complète étanchéité entre le budget de la mairie et celui de l’établissement gestionnaire dont les salariés relèvent du statut privé.

Rien n’était donc impossible mais il manquait la volonté politique

Faudra t’il continuer à payer de notre poche des dividendes reversés à quelques « happy few »? Ne serait-il pas plus appréciable de savoir que payer nos factures serviraient intégralement à financer nos investissements et les salaires ? Qu’est-il préférable : rester impuissant ou devenir acteur ? Pourquoi nos voisins des Landes y parviennent ils et pas nous ?

A Périgueux, on n’a pas saisi la chance qu’offrait cette année supplémentaire. Le plus étonnant, c’est que le retour en régie publique était l’un des arguments phares de M. Moyrand, porté par les communistes (Front de Gauche), soutenu par les Verts, encouragé par tous ceux qui, au final, souhaitent revenir aux fondamentaux : l’eau est un bien commun de l’humanité.

J’ose affirmer pourtant que la couleur politique n’a rien à y voir. C’est une question de conviction. Des élus de droite ont choisi la gestion publique de l’eau tandis que des élus de gauche, dont certains proches de Périgueux, ont opté pour la concession ou l’affermage.

Les sociétés privées ont des arguments convaincants : elles deviennent des partenaires incontournables, elles sponsorisent des manifestations sportives, deviennent mécènes d’événements culturels, elles concèdent même des baisses de tarifs (mais pour combien de temps ?)… Pourtant, on le voit, la gestion de l’eau ne devrait pas se résumer à une affaire de gros sous, certains élus l’ont compris, d’autres…

Et l’étude ?

Arrivée si tardivement (si toutefois elle arrive), l’étude d’Horizon 2015 n’est plus utile. On nous a pris pour des gogos. Dans l’opposition, on s’indigne de la grossièreté des ficelles, dans la majorité, on peut imaginer le malaise. A croire que les idéaux politiques n’existent que jusqu’aux élections. Ensuite, il est tellement tentant de faire comme on veut, quitte à revenir sur sa parole.

Si vous vous intéressez à ce problème, soyez le 1er février à 20 H 30, à l’ancien centre des congrès…

Le bonheur, c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles

Gandhi