Retour en régie municipale de l’eau potable, victoire de la Lyonnaise des Eaux

Ceux qui en 2008 ont voté Michel Moyrand pour sa promesse de gestion publique de l’eau potable vont être déçus.

.Depuis 1986, la Lyonnaise des Eaux, filiale du groupe Suez, gère le traitement et la distribution d’eau potable, l’assainissement et les eaux pluviales à Périgueux. Son contrat sur l’eau potable prend fin en mars 2011. Les enjeux financiers sont lourds: 13  868 abonnés. Il fallait « retourner » le maire socialiste, c’est en très bonne voie.

La reconduction de ce contrat ou le choix de la gestion publique est une décision politique majeure.

Faisant fi de ses engagements, de ses principes politiques et de sa lutte passée dans l’opposition, Michel Moyrand s’apprête à appliquer le programme de Xavier Darcos. Oui oui, les gauchistes qui propulsaient « Périgueux Autrement » en bouffent leurs banderolles.

MICHEL MOYRAND, le 24 mars 2006:

« L’eau est un bien qui se raréfie et nous devons nous assurer de sa qualité, du meilleur traitement, c’est de la responsabilité des pouvoirs publics. Une société privée fait des bénéfices, sur l’eau on ne peut pas, ce n’est pas une marchandise ».

Quand les clivages politiques avaient un sens

Quand les doctrines politiques avaient assez de substance pour impliquer des clivages, la gauche promulguait une gestion publique de l’eau avec pour argument son caractère vital. Un bien universel et non une marchandise soumises aux lois de l’économie.

Contre l’idée qu’un opérateur privé puisse s’enrichir sur l’eau, le cout du m3 pour l’usager pouvait apparaitre comme secondaire et faire l’objet d’une solidarité communale.

Aujourd’hui les parts de marché de la Lyonnaise sur l’agglomération périgourdine montrent que de gauche à droite, néolibéralisme et privatisation des secteurs publics l’ont emporté.

Pour la droite, le principal critère est financier, le cout au m3 pour l’usager. Durant toutes ses mandatures, Xavier Darcos a toujours fait prévaloir ce principe sur celui d’une doctrine publique de l’eau.

Historiquement la droite périgourdine a toujours roulé avec la Lyonnaise, tant pour l’eau potable que l’assainissement et les eaux pluviales. Des intérêts bien compris.

Quelques soient les augmentations de tarifs de la Lyonnaise, Darcos a inlassablement martelé que le retour en régie municipale était plus dispendieux. Les copains de la Lyonnaise dormaient sur leurs deux oreilles.

L’ancien candidat des services publics en 2008: Moyrand

Mais en 2008, le candidat socialiste promettait en toute lettre dans son programme de campagne:

« Afin de mieux maîtriser la qualité de l’eau et réduire les coûts pour les citoyens, nous souhaitons un retour en régie de la concession de l’eau ».

Durant sa campagne électorale le candidat socialiste a martelé cette proposition. Elle est encore en ligne sur Dailymotion 02 :25 mn :

« Notre idée, notre idée directrice dans ce domaine, c’est d’aller vers ça : la reprise en régie municipale de la distribution de l’eau potable ».

Michel Moyrand était ainsi fidèle aux idées qu’il a défendu pendant de nombreuses années dans l’opposition. En 2004, l’opposition de gauche dénonçait alors une augmentation des prix de +13% entre 1996 et 2001 et une explosion de +23.4% entre 2001 et 2004.

En ce temps là, Michel Moyrand condamnait vertement les bénéfices de la Lyonnaise des Eaux, concluant en mars 2006 « la facture d’eau pèse lourdement sur le budget des familles les plus démunies ».

Conséquement, Michel Moyrand et son groupe avaient par exemple voté contre le contrat de délégation de 14 années pour la Lyonnaise des Eaux sur l’assainissement et les eaux pluviales.

Michel Moyrand, le bon élève de Xavier Darcos

Avant, Michel Moyrand condamnait la politique UMP-RPR et sa conception extensive de la marchandisation des biens. Mais depuis juin 2010, il rejoint tranquillement les positions de ses anciens adversaires :

« Philosophiquement, je suis attaché au service public, mais on tiendra compte des éléments économiques ».

Le maire de Périgueux récite mot pour mot la rhétorique de Xavier Darcos pour justifier la pérénité des intérêts non des périgourdins au premier chef, mais ceux de la Lyonnaise des Eaux.

Comme pour les antennes relais, les parkings et l’aéroport, Moyrand suit mimétiquement les pas de son prédécesseur. En mars 2011, le maire de Périgueux reconduira probablement le contrat de délégation de la Lyonnaise des Eaux, qui lui a promis (en échange ?) de financer son festival Art & Eau.

Michel Moyrand utilisera alors exactement les mêmes arguments que Xavier Darcos, arguments qu’il aura pourfendu de longues années durant et contredits par ses engagements de campagne.