Guides touristiques de Dordogne et mauvais goût en Périgord

Le tourisme est une des principales ressources économiques de Dordogne. Alors forcément, l’été venu, les professionnels du secteur défouraillent tous azimuts. D’ailleurs on nous annonce une petite révolution locale.

Le château de Castelnaud aurait devancé Lascaux II en nombre de visiteurs, ce qui, au regard de l’intérêt soutenu des foules pour l’art rupestre, constitue un réel camouflet pour la gestion de la Semitour. Cette société d’économie mixte particulièrement appréciée par la Chambre Régionale des Comptes d’Aquitaine est un organe hybride que le Conseil Général de Dordogne cajole comme la cassette de Molière.

Mais passons. Car avant d’engranger le grisbi, il faut conduire le « visiteur » vers une « destination » et déclencher un désir irrépressible incarné par un mouvement de main qui va de la banane vers la caissière.

C’est dans ce but que les collectivités locales, les offices de tourisme ou des sociétés privées éditent chaque année des guides. Des guides touristiques qui s’avancent comme les GPS de vos plaisirs et vous conduisent vers les trésors du Périgord.

Nous en avons repéré 5 qui valent le détour. A l’issue de ce test, vous verrez qu’il n’est pas si simple de se laisser guider. Entre les gabegies historiques, une langue française défigurée ou un graphisme d’un autre monde, la tâche du touriste est lourde.

On y va.

Le guide touristique de Périgueux

Ville d’art et d’histoire choyée par Michel Moyrand, le maire en personne se devait de signer l’édito de la Station de Tourisme.
C’est un progrès, le maire arrive en 2010 à situer la naissance de Périgueux dans le bon siècle.

Las, il pêche encore un peu. Non Michel, Saint Louis n’a pas signé le traité d’union entre la Cité et le Puy Saint Front en 1240.
C’est fâcheux. Les deux villes ont signé un traité d’union en 1240, mais ce n’est qu’en 1247 que Louis IX confirma le traité ((Sentence royale de septembre 1247 à l’encontre du comte Archambaud et de la Cité au bénéfice du Puy Saint Front. R. Villepelet, 1908)).

Soucieux de ne pas trop vanter les mérites de la ville aux visiteurs, il s’étale en un vaste inventaire des hôtels et des restaurants de toute la région. Le point d’orgue du guide est sans conteste une grande publicité pour le gouffre de Padirac, dans le Lot… (Site géré par la Semitour)

Normal, le directeur de la Semitour qui gère ce site est également 1er adjoint de Périgueux, ce qui doit faciliter les négociations pour les encarts publicitaires.

Pour finir, l’image de présentation du guide est un photo-montage grossier. Cette ville dont on vante tant la beauté devait faire l’objet d’un gloubi boulga photoshopesque. Ce n’est pas surprenant, il fallait rester cohérent avec l’édito.

Ah, un détail. Sur son site, l’office de tourisme met à disposition la brochure sur une plateforme de téléchargement. Elle ne pèse que 23.7 Mo, profitez-en !

Bref, le guide de Périgueux est une véritable perle. Seul défaut, ce papier glacé se consume mal, du genre à faire des petites flammes bleues sans chaleur ni consistance.

Continuons la visite.

A la découverte du Périgord

Un guide déployé par Aquitaine Communication basé à Agen. On découvre des merveilles sur le Périgord, comme les Laveries de l’Océan à Mussidan ou les taxis Tardieu. Mais ce n’est pas tout.

Le guide nous rappelle que le pixel est la brique élémentaire de l’image (non vectorielle). Alors pourquoi le cacher ? Outre un graphisme en hommage aux grandes heures du 8 bits, Aquitaine Communication présente Périgueux sous des angles nouveaux.

Attention, suivez le guide (commentaires en vert)

La cathédrale Saint-Front, témoignage de l’art romano-bysantin, (selon l’interprétation du XIX° siècle), inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, (le chemin de pèlerinage uniquement), domine l’un des plus vastes secteurs sauvegardés de France (85ème sur 95, l’un des plus petits avec ses 0.20 ha).
Profitez de l’été pour découvrir Périgueux en gabarre (il n’y en a pas) ou en petit train.

Ah ! Petit train, première information exacte, on arrête là.

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La fête en Périgord !

Le guide du Conseil Général nous ramène à la réalité. Celle des infographistes qui ont fait un stage sur Paintbrush en 1993 mais qui ont l’avantage d’être un cousin ou un neveu.

Mise en page, typographie, couleurs, design, le document est traumatisant, voire déconseillé aux épileptiques.

Comme par hasard, c’est aussi le guide où les médias locaux (Dordogne Libre, Sud Ouest, France3, France Bleu Périgord), ont choisi de faire leur pub. On n’ose imaginer ce qui adviendrait s’ils refusaient de passer à la caisse (à moins qu’il ne s’agisse d’une grâce du Magnum Suprême du département… bien sur).

S’ensuit un agenda police 4 à interligne négatif qui permet de stocker une information qui révolutionne la cryptographie.

Puis vient la libération, la publicité sur La Route du Foie Gras. Avant d’attaquer la 3ème étape, on vous conseille vivement une cuillerée de bicarbonate. Quand vous confondrez votre langue avec votre 12ème tranche de foie, les numéros d’urgence sont dans le guide de Périgueux.


Un must have, c’est certain.

Sélection Périgord – Quercy – Limousin

Un guide à vocation extensive. L’année prochaine qui sait, ils vous présenteront en plus le Vercors, le Cantal, la Champagne et les Côtés d’Armor.

Le guide est édité par Couleurs & Création à Sarlat et c’est du lourd.

Il faut lire l’éditorial, qui conteste la première place à celui de Michel Moyrand.

Agrémentée de multiples outrages à l’orthographe, la littérature du texte s’envole comme un pigeon libre revenu avec le soleil qu’on voit en été, mais qui plus, que tout mène à Rome comme les chemins du Quercy peut-être. Aussi on vous laisse apprécier.

Et enfin le dernier et le moins drôle aussi.

Sarlat & le Périgord Noir

Le guide se démarque des autres. Point d’ostentation vulgaire, rédigé en (vrai) français et soutenu par des photos de qualité, il parle de son sujet, le Périgord Noir.

Globalement clair, aéré, (hormis l’inventaire), il ne fait pas étalage de mauvais goût, d’erreurs grossières ou d’amateurisme.

Un guide en somme, qui fait son boulot.

Ca semble simple mais compte tenu de sa solitude dans le panel, il faut croire que non.

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Conclusion

Pour visiter le Périgord, rien de tel qu’un carte IGN.