Histoire d’eau: un référendum pour la gestion publique

Histoire d’eau

Sans eau pas de vie

.. « L’eau n’est pas une ressource naturelle comme les autres. Elle est une ressource irremplaçable, non-substituable, ce qui en fait plus qu’une ressource, c’est-à-dire un bien vital pour tout être vivant et l’ensemble de l’écosystème Terre. Tout être humain a le droit, individuellement et collectivement, d’avoir accès au bien vital. L’accès à l’eau et l’obligation de sa conservation pour la survie « appartiennent » à l’humanité, collectivement; ils ne sauraient pas faire l’objet d’une appropriation individuelle « privée ». »

Valérie Peugeot, Le contrat de l’eau

L’eau est le bien de tous, est-ce encore vrai ?

Vaste sujet, qui pose le problème du droit de propriété sur l’eau : Est-il normal de posséder une source, voire un puits ? Est-il normal de transformer cette eau en profit ? A quand l’appropriation de nos rivières ? De nos nappes phréatiques ? Des glaciers et des mers ?

L’eau représente 70 % de la surface du globe. 97 % de cette eau est salée, impropre à la consommation sans transformation. Restent 3% d’eau douce, répartis inégalement sur la terre. Ces 3 % attirent bien des convoitises. Devant l’accroissement de la population mondiale, vous imaginez bien ce qui va suivre : l’économie fonctionnant sur le jeu de l’offre et la demande, certains petits malins ont compris qu’il y aura bientôt plus de demande que d’offre… Restera à mettre la main sur les sources… et la boucle sera bouclée.

Une dépossession progressive

Si cette eau est à nous, sa gestion ne l’est plus : 80 % des Français paient leur facture d’eau à des sociétés privées : les trois principales : VEOLIA, SUEZ et la SAUR. En Dordogne, 98 % des périgourdins paient leurs factures à l’une de ces compagnies chargée, par les communes, de prendre soin du réseau et de la potabilité de l’eau.

Ils s’engagent par contrat à maintenir en bon état le réseau de canalisation confié par la commune, à garantir la potabilité de l’eau et à gérer sa distribution.

La dépossession, comment ça marche ?

On confie son enfant à une nourrice

L’eau est notre bien le plus précieux. Mais on n’a guère le temps de s’en occuper. La « nourrice » frappe à votre porte et propose d’en prendre soin, acceptant même de payer un droit -dont le nom évolue mais pas le principe (Redevances d’occupation du domaine public: le nouveau décret). Comment refuser une offre aussi sympathique : non seulement on s’en occupe mais on nous paie le droit de s’en occuper. Soulagé, on dit oui, on signe en bas de la page et on en prend pour 20 ans.

…qui part avec pendant de longues années…

Bien sûr, on va aux infos régulièrement. Chaque année la bonne dame vous transmet un rapport qui vous explique ce qu’elle a dépensé ; un rapport de 20 pages rébarbatif que vous regardez en famille et en diagonale, et ça repart pour un an. On remarque bien que la facture augmente… Mais la nounou est sympa, elle vous fait même des cadeaux, ce qui vous permet de faire du sport et d’aller au spectacle.

…Et ne nous rend l’enfant que contre rançon.

Au bout d’un certain temps, malgré tout, on lui pose des questions … Elle fait la sourde oreille. Alors on demande à des amis qui s’y connaissent un peu de regarder de plus près les comptes et les rapports. Et on s’aperçoit que la bonne dame fait appel à du personnel (il semble parfois bien pléthorique), qu’elle met un temps fou à reverser ses impôts (placement à court terme assaisonné de quelques intérêts), qu’on ne sait pas finalement en quoi consiste les frais d’entretien… Ce qui jette un vieux doute sur sa sincérité. Alors on se dit « basta. J’arrête les frais. Rendez moi l’enfant, je me débrouillerai seul . ». Et là, en bas du contrat, elle pointe une clause parlant de dommages et intérêts exorbitants, et vous menace de reprendre ses petits cadeaux. Alors, il arrive que l’on se batte avec courage mais il arrive aussi, et plus souvent, qu’on baisse les bras.

Après le service, les sources ?

S’étant emparé de la gestion de l’eau et ayant bien ficelé les élus, qu’est-ce qui empêche ces sociétés privées de passer à l’étape suivante ? S’approprier notre bien… Ne nous inquiétant plus de l’état de l’eau (dont les analyses sont faites pour la plupart par les sociétés de gestion elles mêmes), nous nous apercevrons bientôt qu’il nous est impossible de faire face à sa dégradation. Le reversement des boues, du purin , des huiles usagées, de tout ce qui est possible et peu imaginable dans nos cours d’eau précipite le drame.

Combien de ces crimes contre l’environnement sont passés sous silence parce qu’ « on ne veut pas d’histoire ». Et qu’arrivera t’il ? La nounou frappera à nouveau à notre porte pour nous proposer de sauver le bébé et l’eau du bain. Et on signera en bas de la page la vente de nos rivières en compensation de ce sauvetage. La, nous perdrons définitivement la main.

C’est le moment ou jamais

Pourquoi évoquer ce sujet en ce moment ? C’est que la plupart des contrats municipaux sont en renégociation. C’est le cas à Périgueux. Beaucoup de communes en France ont réagi. C’est le cas à Montbéliard, Vierzon, Paris, Rouen, Castres et cela n’a rien à voir avec l’appartenance politique du maire.

Constat : la reprise en main aboutit partout à une baisse des factures. Elle permet aussi de trouver un autre mode de facturation, plus équitable. Elle permet surtout de prendre les dispositions nécessaires pour améliorer la qualité sanitaire de l’eau et pas seulement sa « potabilité » dont les critères sont fort discutables.

La gestion de l’eau, c’est un problème citoyen qui mériterait un référendum…

Certains élus de Périgueux ont réussi à déclencher une étude indépendante. Pas sûr cependant que d’autres
-et non des moindres- aient envie de sauter le pas, de reprendre les salariés en régie, de gérer ainsi ce bien qui nous appartient, à nous, habitants de Périgueux et au-delà, aux habitants de l’agglomération ! Alors si tout simplement on demandait la parole : un référendum.

Vous voulez plus d’information ? Des conférences sont organisées à Périgueux dans les jours qui viennent.

Ce n’est pas qu’une question d’argent,
C’est aussi préserver le bien de nos enfants
En se réappropriant la gestion de l’eau, on garantit l’universalité de sa jouissance.

« Il est souvent difficile de conserver sa foi en la destinée de l’homme, mais ce n’est que lâcheté de désespérer de l’avenir ».

René DUBOS