Intercommunalité, la guerre des bananes n’aura pas lieu

La révision du périmètre de l’intercommunalité périgourdine, donne lieu, depuis quelques temps, à un spectacle étonnant. Ce combat entre les mâles dominants, ou plutôt les « maires dominants », pour savoir qui gouvernera le nouveau territoire, a pris une tournure particulière.

Les sciences politiques, la sociologie ou l’économie ne sont plus adaptées pour décoder ce qui se joue réellement. Seule l’éthologie devient pertinente. Peu importe les ouvrages complexes sur la politique territoriale française, il suffisait en réalité de revoir Gorilles dans la brume.

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Les grands principes de la territorialité des pouvoirs

Il y a des chefs. Il y a des territoires. Il y a des chefs de territoires. Sur les territoires, on fait des bananes. Donc le chef du territoire, c’est le chef des bananes de ce territoire. Plus on a de bananes, plus on domine ceux qui n’en ont pas autant.

Mais les chefs sont inégaux entre eux. Certains territoires sont naturellement fertiles en bananes, alors que sur d’autres c’est moins facile. Par ailleurs, les chefs sont plus ou moins doués pour faire des bananes. Ce n’est pas simple.

Normalement on choisit comme chef celui qui sait faire des bananes. Mais il arrive que certains chefs ne sachent pas faire de bananes. Dans ce cas, ou ils font illusion, mais ça ne dure pas, ou ils essaient de s’en procurer chez les autres.

Ainsi, chaque chef de territoire échange des bananes avec les autres sous de multiples formes, ce qui finit par créer un équilibre des pouvoirs, matérialisé par les territoires.

Mais quand le périmètre du territoire change, se pose la question de savoir qui sera le chef du nouveau territoire et par conséquent des bananes. C’est tout l’équilibre des pouvoirs qui est à redéfinir. C’est l’occasion pour les prétendants de montrer leur force, d’impressionner l’adversaire, pour s’imposer comme nouveau chef des bananes.

C’est ce qui se passe en ce moment pour la Communauté d’Agglomération Périgourdine et la Communauté de Communes d’Isle Manoire. Toute la question est de savoir qui sera le nouveau chef du territoire le plus riche en bananes de toute la forêt périgourdine.

Ne vous étonnez donc pas de voir vos représentants s’écharper dans vos journaux locaux, c’est leur moyen (à eux) de vous dire qu’un nouveau combat pour la domination des territoires est engagé. Ca fait beaucoup de bruit, ça brasse beaucoup d’air, mais la jungle politique est ainsi faite.

Nous allons essayer de comprendre les enjeux pour les deux prétendants à la nouvelle domination territoriale et remercions Dian Fossey pour ses travaux sans lesquels nous n’aurions rien compris.

Etre chef de Périgueux, c’est être chef de la CAP

Le maire de Périgueux ne veut pas que le clan de Boulazac (allié en théorie) intègre en totalité le nouveau périmètre de la CAP. Car le chef de la CAP, naturellement, devrait être le chef de Périgueux, la plus grosse ville (c’est toujours une question de taille), celle qui a plein de bananes, historiquement et naturellement.

Par exception ce n’est pas le cas puisque jusqu’en 2008, le chef de Périgueux était de droite, un clan rival. Donc jusqu’à aujourd’hui les chefs des petits clans de la CAP avaient désigné comme chef de la CAP un chef intérimaire, ou disons faute de mieux, le chef de Chancelade, un petit clan de 4 174 feux pour faire semblant d’en diriger plus de 60 000.

Alors forcément, le territoire de la CAP ne donnait pas autant de bananes qu’il aurait du. Mais peu importe, ce qui comptait jusque là n’était pas les bananes mais d’empêcher le chef de clan rival de dominer le territoire.

Coup de théâtre en 2014, le chef de Périgueux changea. Et ce nouveau chef fait partie du même groupe que les autres chefs de la CAP. Du coup, le chef de Périgueux se verrait bien couronné chef de la CAP, ce serait bien normal, c’est lui qui a la plus grosse.

Mais patatra. Le chef de Boulazac va revenir (contre son gré) dans le clan de la CAP. C’est une menace pour le chef de Périgueux, qui sait très bien que si le chef de Boulazac entre à la CAP avec tout son clan, il sera désigné comme chef de la CAP. D’autant que le clan rival, ennemi juré du chef de Périgueux, se ferait un plaisir de se rallier au chef de Boulazac pour ennuyer le chef de Périgueux.

Alors le chef de Périgueux fait tout ce qu’il peut pour que le chef de Boulazac entre à la CAP avec le moins de bananes possibles. Plus le chef de Boulazac a de bananes en entrant dans le clan de la CAP, plus il a de chances d’être chef de la CAP.

Boulazac, c’est celui qui sait faire les bananes qui doit être chef de la CAP

Pour le chef de Boulazac c’est différent. Il a fait partie il y a longtemps du clan de la CAP. Mais il faisait de l’ombre aux autres chefs de la CAP, parce qu’il était très fort pour multiplier les bananes. Il finissait par avoir beaucoup plus de bananes que les autres chefs, qui se contentaient fort bien de leur paisible train-train.

Alors les autres chefs de la CAP décidèrent d’embêter le chef de Boulazac en l’empêchant de faire trop de bananes, ce qui finissait par les faire passer pour des feignants ou des incapables. C’est là que le chef de Boulazac décida de quitter le clan de la CAP pour faire son propre clan où il serait chef et où personne ne l’empêcherait de faire ses bananes.

Alors le chef de Boulazac fit plein de choses que les autres chefs ne savaient pas faire. Et son clan de Boulazac devint vite le plus riche en bananes. Mais aujourd’hui il n’a plus le choix. Il doit réintégrer le clan de la CAP et par allégeance, il doit aussi donner toutes ses bananes. C’est injuste !

La seule solution pour le chef de Boulazac de ne pas voir ses bananes dilapidées, c’est de devenir chef de la CAP. Donc il veut y entrer avec tout son clan pour être désigné chef de la CAP. Sans tout son clan derrière lui, c’est le chef de Périgueux qui gagnerait.

Or il n’y a rien de plus insupportable pour le chef de Boulazac que d’obéir au chef de Périgueux. Car ce dernier n’a jamais su multiplier la moindre banane et s’est toujours servi des autres pour faire croire qu’il en avait. Pour le chef de Boulazac, ce serait un véritable holdup de bananes.

Non seulement le chef de Boulazac devrait donner toutes ses bananes, mais en plus il devrait obéir à ceux qui ne savent pas en faire. C’est à vous dégoûter non seulement de faire des bananes mais même d’être chef.

Le chef de la CAP: presque chef de toute la forêt

A l’échelle du territoire de la Dordogne, ce combat est très important. Car bientôt, le grand dos argenté du Conseil Général, le vrai chef de toutes les bananes locales, sera à la retraite.

En plus son successeur aura bien moins de pouvoir à cause de la réforme territoriale. Le chef du clan du Conseil Général fera bientôt moins peur.

Du coup, si le clan de la CAP devient vraiment important, son chef pourrait devenir aussi fort que grand dos argenté. Car c’est sur le territoire de la CAP qu’il y a toutes les bananes. Et le vrai chef, c’est le chef des bananes.

Forcément, ça créer autant de tensions que cela ouvre l’appétit.

La guerre des bananes n’aura pas lieu

On comprend mieux dès lors les causes de tout ce tintamarre.  Les hurlements et les cris traversant les paisibles vallées périgourdines depuis quelques temps ne sont que les échos de ce combat des chefs.

Ils cassent des branches, bombent le torse tambouriné de leurs poings serrés, mâchoire ouverte, dévoilant leurs longues canines.
Spectacle cruel de la vie sauvage : la lutte pour la domination territoriale. Ils s’impressionnent et se menacent hou hou hou.

Mais pas d’inquiétude. Tout cela est symbolique. Jamais ils n’iront jusqu’à se confronter directement, au risque de se blesser même superficiellement. C’est ce qu’on appelle la politique.

Quant à imaginer le dessin d’un territoire selon l’unique critère de l’intérêt de ceux qui le peuplent, l’habitent et l’enrichissent, et non bien évidement de l’intérêt de leurs chefs, ce serait une utopie.