Intercommunalités périgourdines : gauloiseries consanguines en milieu tempéré

Les pages du quotidien Sud Ouest servent en ce moment de cour de récréation. C’est à ce niveau de chicanerie que se situe le débat politique. Alors qu’avec un retard d’au moins 10 années, les responsables d’intercommunalités devraient être autour de la table pour dessiner un périmètre rationnel et déterminer les enjeux à long terme, ils s’obstinent dans leur concurrence toxique.

Toxique non pour leur pouvoir, ni pour leurs indemnités, encore moins pour leurs poissons pilotes, mais tout simplement pour le bassin de vie périgourdin, l’environnement et l’économie, les citoyens.

:: Le niveau zéro du débat politique ::

Il y a peu nous expliquions, avec quatre rapports de l’Etat et de la Région à l’appui, comment Claude Bérit-Débat, président de la CAP tournait en bouffonnerie de boulevard la consistance de l’action publique sur sa web TV.

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Ensuite, un point sur l’interview de Jacques Auzou, maire de Boulazac et président de la Communauté de Communes Isle Manoire, expliquant sans détour (SO La méthode sans états d’âme de Jacques Auzou):

La légèreté dans la gestion publique de ses principaux concurrents de la CAP

Une culture de la corruption consistant à pourvoir des postes de complaisance

Voilà qu’aujourd’hui Claude Bérit-Débat (président de la CAP) réplique vertement, accusant à son tour le maire de Boulazac :

Les charges de personnel sont justifiées à la CAP et inférieures à celles de Boulazac

– A la CAP pas de corruption, au contraire de Boulazac bien sur

Citations :

J’ajoute que le pourcentage de la masse salariale de la CAP, même si cela n’a pas de véritable signification, est inférieur de plus de la moitié à celle de Boulazac

Je ne lui ferai pas injure de penser qu’il parlait de ses propres pratiques [Ndlchouette, la corruption]

Voilà. C’est-celui-qui-dit-qui-l’est répond Claude Bérit-Débat sans surprendre. La gageur en conclusion de cette salve, d’appeler Jacques Auzou à la coopération est d’une ironie tordante.

:: Sur la corruption ::

Vous noterez la métaphore en usage. Personne ne parle de corruption. Ici on n’appelle pas un chat un chat. On parle avec discrétion de « plaçou ». Que penser maintenant que les deux protagonistes s’accusent symétriquement de corruption ?

Boulazac c’est fait, la CAP c’est fait, la commune de Périgueux aussi. Il manque le Conseil Général décrit souvent comme une vaste « usine à beaux frères » par certains observateurs. On n’omettra pas de signaler que la plupart des responsables d’intercommunalités sont également vice-présidents de l’assemblée départementale.

Bref, si ces responsables politiques ne sont pas des diffamateurs, alors se lève timidement le voile qui couvre la corruption locale. Timidement encore, parce qu’il faudra un jour rendre des comptes sur le rôle des Bureaux d’Etudes Techniques dans les marchés publics locaux, par exemple.

:: Sur la débilité du périmètre de la CAP ::

Pour Claude Bérit-Débat, la faute revient à Jacques Auzou :

Monsieur Auzou découvre que le sens de l’histoire est d’aller vers un élargissement de la coopération intercommunale. Mais nous, à la CAP, nous le savons depuis longtemps. Là encore, où était « l’utilité sociale » lorsqu’il a quitté le Sivom pour fonder ensuite la Communauté de communes Isle-Manoire, faisant fi de la logique la plus élémentaire ?

Avec 10 ans de retard, Bérit-Débat se dit concerné par ce problème depuis longtemps. Depuis longtemps incapable, ce sera sa confession, de rendre le meilleur des services aux administrés. Les différents rappels des services de l’Etat et de la Région depuis des années sont accablants.

Aujourd’hui Jacques Auzou est sur de sa force. Il a mieux anticipé que les autres l’arrivée de l’A89, ses structures sont opérationnelles et il a les meilleurs résultats économiques du bassin de vie. En revanche, il mène un règne autocratique à l’opposé du concept d’intercommunalité et de coopération dans une forme de communisme fortement centralisé mais économiquement débridé, un peu comme la Chine.

De son côté, Claude Bérit-Débat est président de l’intercommunalité légitime (canal historique), mais dans un consensus mou qui nuit à l’efficacité de l’action publique. Au contraire de Jacques Auzou, il est président précisément parce qu’il n’a aucun leader ship et un déficit profond de vision globale. Ce n’est pas lui faire injure, tant ce n’est pas un scoop).

La majorité de la CAP est majoritairement divisée. Le PCF y mène des push lobbyistes avec les syndicats locaux, les vice-présidents déposent leurs contentieux près le Conseil d’Etat, un autre vice-président renie les compétences de l’intercommunalité en menant dans son coin des projets immobiliers, conduisant un autre vice-président au mensonge public.

Incapables de produire une charte commerciale et un Schéma de Cohérence Territoriale, les élus de la CAP pataugent dans la contradiction de leurs intérêts personnels.

Dans ces conditions, c’est Jacques Auzou qui apparait sans difficulté comme l’homme fort du territoire. Et le pauvre Bérit-Débat n’a guère que la question (restreinte) de la gestion des déchets pour répliquer, en espérant briller sur le traitement des ordures. C’est maigre.

:: Gauloiserie consanguine en milieu tempéré ::

En lieu et place de rattraper leur retard comme l’exige leur responsabilité (ce que rappellent l’Etat et la Région), voilà où en sont les présidents d’intercommunalités: à de belliqueuses déclarations par tribunes interposées.

Il y a quand même un problème. Outre la dégradation de l’environnement, les paysages dévisagés et uniformisés, l’étalement urbain, l’anarchie économique et urbaine, la guerre des Zones d’Activité Economiques le long de l’A89 est perdue d’avance.
Aujourd’hui ces trois intercommunalités produisent toujours plus de surfaces à bâtir, dans l’espoir d’attirer des entreprises et de créer des emplois. D’ici quoi, 10 ans, 15 ans, nous verrons les perdants constater amèrement des friches urbaines, car toutes ne peuvent rencontrer le succès. Mais la défaite de l’un sera celle de tous.

A ce jeu là qui peut dire que celui qui aura gagné aura vraiment gagné ? Est-ce là le sens, le but des intercommunalités ?

Les périmètres d’aujourd’hui sont incohérents car ils découlent d’une logique politicienne. Chacun bombe le torse en brandissant ses autorisations de lotir. Faut-il rappeler que nous sommes sur un territoire minuscule organisé autour de l’Isle et de voies de communication communes ? Que la totalité de la population des ces trois intercommunalités atteint à peine celle d’une grande ville française ?

Mais c’est quoi ces petits villages de gaulois qui passent leur temps à s’envoyer à la gueule leurs poissons pourris !

Chaque petit chef de village, fier, debout sur son bouclier porté par ses sbires, défend son clan comme si celui d’en face était un irréductible adversaire. Et c’est cette décentralisation que ces messieurs promeuvent ?

A l’aune de l’intérêt général en tant que gestion publique, aménagement du territoire, cohérence économique, développement durable et création d’emplois, c’est un spectacle pitoyable. Et c’est exaspérant de voir ces intérêts supérieurs et fondamentaux bafoués systématiquement et rabaissés par des responsables politiques qui placent plus haut que tout le jeu de la politique politicienne.

Et bien merde à la fin. Ce n’est pas grave. Nous resterons des gaulois, avec leurs petits chefs de villages à l’écart du monde, des attardés dont on s’amuse des gesticulations folkloriques.

Et puis il n’y a pas le feu au lac. On peut raconter à peu près n’importe quoi, les critères d’efficacité et de probité sont marginaux dans le choix électoral. En rehaussant le trottoir de madame Michu ou en trouvant du boulot à Machin ça suffit. Les habitudes font le reste et l’alternance est une chimère qui ne porte en projet aucun changement.

Mais vous concevez comment on regarde les périgourdins vu de l’extérieur? Ca ne vous dérange pas de n’être évoqués dans le monde que pour vos pâtés et vos magouilles? Et que dans la Région Aquitaine on ne vous observe que comme des gaulois corrompus qui s’amusent dans leur réserve naturelle, aux statuts différents d’un véritable Etat de droit?

La ruralité ça ne se défend plus en frappant ses sabots.