Internet, la liberté d’expression et les commères du Coderc

En octobre 2009 Jacques Séguéla se fendait d’un mot devenu célèbre par sa stupidité et son ignorance: « Internet, la plus grande saloperie qu’aient jamais inventé les hommes ».

En août 2011, Pascal Serres (Périblog) cherche à rivaliser avec le publicitaire : « internet est la plus terrible invention de l’homme après le diable ».

Celui qui a fait de ses commérages une chronique pour concierges n’y va pas avec le dos de la cuillère. Allons bon, de quels maux encore le réseau de communication se voyait-il imputer la responsabilité ?

« Oh con l’internet c’est mal »

Alors cette fois, internet est une terrible invention, selon Serres, à cause de photo-montages satiriques trouvés sur Facebook. Apprécions le niveau. C’est bien connu. Lorsqu’un chauffard ivre mort renverse un scooter, c’est le moteur à explosion qui est coupable.

En réalité, Serres prend ici la défense du maire de Périgueux, visé par ces satires qui circulent sur les réseaux sociaux. Elles sont toutes signées « Le Pavé en Marre », un compte anonyme qui écrit :

« Le pavé, la rue, le peuple, les citoyens lambdas en ont marre. Que l’on arrête de nous prendre pour des veaux, des moutons, ou autres vaches à lait. Depuis un certain mois de mai, le pavé est un symbole de l’opposition au pouvoir. Le pavé est lancé… »

Florilège

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Pascal Serres n’écoutant que son courage

Quand on sait que Serres se fait payer par Périblog pour écrire son Cancan du Coderc, ça laisse pantois. Car au fond, notre concierge de terrasse de café y trouve une tribune bien pratique pour envoyer ses messages de soutien au maire de Périgueux [Ce n’est pas la première fois].

N’hésitant pas à tourner sa veste de journaliste en celle de moraliste pudibond, voilà Serres lancé contre le Pavé : « détestable ». Uuh.

Il nous explique ce qui est bien et ce qui mal, ce qui est acceptable ou non, en légende des photo-montages satiriques. Sachant pourtant qu’il s’agit d’une vieille tradition française que la loi de 1881 a consacré en liberté, Serres ne trouve qu’une référence. Hara-Kiri, journal satirique créé en 1960 dont le dernier numéro date de 1985

26 ans plus tard, on lui conseille le blog C’Politic, dont le journaliste Daniel Schneidermann s’est inspiré sur Arrêt sur Images pour lancer un concours de caricatures du Figaro. Attention c’est très très mal !

Les réac’ contre attaquent

Le respect consisterait pour eux à agir comme ils pensent qu’il est bien d’agir, dans une posture aussi doctrinale qu’anachronique. J’aurais tendance à leur répondre que ce respect commence par celui de la liberté d’autrui.

Par ailleurs, la commère fustige l’anonymat du Pavé, ainsi elle « déplore l’absence de courage de ceux qui en sont à l’origine ».

Sur l’anonymat attaqué par le piètre Cancan, faisons le point. Il faut se souvenir qu’en mai 2010, le sénateur de Moselle Jean-Louis Masson avait fait une proposition de loi visant à interdire l’anonymat des éditeurs de sites de communication en ligne et en particulier les blogueurs.

Dommage pour le Cancan du Coderc, cette proposition a été refoulée car elle ne respectait pas le droit européen applicable en France.

La loi en vigueur dite LCEN de 2004 transpose une directive européenne de 2000 qui protège cet anonymat en ligne. Au nom de quoi ?

La protection de la liberté d’expression.

On ne saurait que conseiller à la bande de Cancan, au moins pour comprendre de quoi ils parlent, de lire le billet d’un avocat anonyme sur internet, Eolas, intitulé Haut les masques. Juste pour leur donner l’eau à la bouche :

Une démocratie digne de ce nom non seulement tolère l’anonymat, mais le protège.