Ivre au volant de sa voiture, l’adjointe au maire dérape

C’est étonnant parfois comme des faits sont relatés avec des distorsions approchant la température d’un métal en fusion. Périgueux est le théâtre, une nouvelle fois, de contorsions journalistiques au prétexte qu’il ne faut pas froisser le pouvoir politique périgourdin.

Nous vous dirons donc dans ce billet qui est l’adjointe au maire qui roulait en état d’ivresse et qui se présentera bientôt devant le Tribunal Correctionnel. Car jusqu’à preuve du contraire, il peut sembler légitime de mettre des noms sur ceux qui nous gouvernent, fussent-ils grisés par leurs fonctions.


Roulez bourrés à Périgueux

En date du 19/08/10, une dépêche de France 3 raconte. Dans la nuit de mardi à mercredi, une élue périgourdine en état d’ivresse a provoqué un léger accident vers 02h00 du matin.

La conseillère municipale était dans son véhicule dans le centre-ville de Périgueux, téléphone en main et sous l’emprise de l’alcool

Sérieusement éméchée, l’élue n’aurait pas réussi à souffler dans le ballon, d’où la nécessité d’une prise de sang à l’hôpital. Mon Chéri sur le baba au rhum, elle aurait alors insulté les forces de l’ordre.

Le même jour Dordogne Libre rassurait tout le monde: « Plus de peur que de mal ». Il faut dire qu’avec les contrats de publicité que la mairie leur a passé cet été, le journal ne peut que se montrer d’une particulière diligence.

C’est du côté de Sud Ouest que les choses se compliquent. Car le 21/08/10 dans « Une élue de Périgueux accidentée en état d’ivresse »  la journaliste Sophie Bouchet semble à son tour prise d’enivrements dionysiaques. Visiblement moins informée que ses confrères, la journaliste sort des pincettes dignes du Figaro titrant sur Sarkozy: l’ajointe au maire était « apparemment en état d’ébriété ». Quelle rigueur dans la circonspection:

Les analyses sont encore en cours et permettront de déterminer si le taux d’alcoolémie était supérieur ou non, au 0,5 gramme toléré.

Les résultats du jour confirment un taux supérieur à un gramme d’alcool par litre de sang, élément visiblement corrélé à l’incapacité de souffler dans le « ballon ».

Conseillère municipale ou adjointe au maire ?

Au passage, les média ont tendance à entretenir le flou entre conseiller municipal et adjoint au maire. Pourtant la différence est de taille. Un conseiller municipal (mot savant pour désigner un acte de présence en conseil municipal) n’a en principe droit à aucune indemnité (sauf exception) et n’a pas de pouvoir de représentation du maire. C’est l’inverse pour l’adjoint au maire qui à Périgueux perçoit environ 1500 euros / mois quand ce n’est pas 3 000 s’il a obtenu un bon poste à la CAP ((Communauté d’Agglomération Périgourdine)).

Il s’agissait en réalité non d’une conseillère mais bien d’une adjointe; la 4ème exactement, je vous sens sur le qui-vive.

Les affaires sociales au champagne

Le plus étonnant dans l’affaire, c’est le soin pris par nos journalistes locaux de ne pas dévoiler l’identité de l’adjointe à la conduite accompagnée. Il n’y a pourtant aucun empêchement légal à cela, c’est donc par pure complaisance délicatesse politique que les média gardent le silence.

Voilà comment susciter un petit mystère périgourdin à peu de frais. Coup double, les lecteurs se jetteront sur les prochains articles, laissant le temps au maire, fort embarrassé, de se positionner.

Bref, ce n’est pas un secret, l’adjointe au verre n’est rien moins que responsable de la Santé et de l’Action Sociale pour la ville de Périgueux ((4 ème adjointe déléguée à la santé – action sociale, C.C.A.S, personnes âgées)), présidente du C.C.A.S (Centre Communal d’Action Sociale).

Nous avons donc nommé madame Sylvie Reinhart.

De toute façon, l’audience près le Tribunal Correctionnel sera publique. Il n’y a donc aucun mystère à entretenir sur ce point.

Du coup, Sylvie Reinhart risque un maximum de deux ans d’emprisonnement et 4 500 euros d’amende ((Article L 234-1 du Code de la Route)). Le retrait de 6 points sur le permis est quant à lui acquis de plein droit. Mais déjà il semblerait que les pandores soient compatissants, puisqu’aucune charge pour injure ne semble avoir été retenue.