Journée de la femme, la fille, l’épouse, la mère…

Mon enfance et mon adolescence furent bercées par des phrases du genre « fais tes devoirs », « apprends tes leçons », « qu’est-ce que c’est que ce 9 en mathématique ? Bon, on reprend tout, j’ t’explique : s’il faut 12 carottes pour faire la soupe pour 6 personnes, pour faire la soupe pour 1 personne il faudra 12 fois moins de carottes, et pour 4 personnes, 4 fois plus que pour 1 personne, donc tu divises 12 par 6 et tu multiplies le résultat par 4, tu comprends, tu comprends ? »

Julie de Waroquier / http://juliedewaroquier.com/

Il valait mieux comprendre car comme la devise à la maison c’était « il faut gagner sa soupe », il fallait bien que je commence par savoir la faire et d’en connaître le prix.

Ministre du budget

Ma mère était femme au foyer, c’est-à-dire qu’elle était ministre du budget, de l’éducation, de l’intérieur et du commerce tandis que papa était aux affaires étrangères… Il partait travailler ses 42 heures par semaines (et quelques brouettes) pour apprendre à ses « arpètes » l’art de la mécanique de précision.
Maman était fière de son tout nouveau droit de vote : sorte de récompense à ses yeux d’avoir été brancardière chez les FFI. Elle se rangeait souvent à l’avis du chef de famille, mais j’appris, beaucoup plus tard -sous le sceau du secret- que progressivement elle avait voté comme elle voulait, sans souffler mot… Entre une belle famille gaulliste et sa fratrie communiste, son cœur balançait ! C’était malgré tout sa grande émancipation…

Vers mes 10 ans, maman a découvert qu’elle pouvait avoir un compte chèque à elle

et qu’elle pouvait travailler sans l’accord de mon père (ou presque). Ce qui créa quelques tensions au sein de la famille parce que mine de rien, mon père était bien content de rentrer à la maison, mettre les pieds sous la table et savoir ses enfants entre des mains familières. Il déploya la grosse artillerie : « tu veux retourner à l’usine ? Tu veux qu’on paie plus d’impôts ? Comment faire avec les gosses ? » Il faut dire maman était passée du primaire à l’usine et que la guerre et les restrictions avaient laissé, dans sa mémoire, des traces indélébiles. Elle se résigna. Ma sœur et moi, confites dans notre égoïsme d’enfant, avons battu des mains.

Sa révolution, elle l’a faite toute seule et en douce

Elle avait donc « choisi » de rester au foyer, mais elle y brûlait d’un feu intense. Penchée sur nos devoirs et répétitrice de nos leçons, elle nous surpassa en orthographe et grammaire, comprenait un peu d’anglais, se familiarisait avec le Latin et l’Allemand, se passionnait pour l’histoire. Elle illustrait nos cahiers de poésie par ses dessins et adorait Prévert. Coléreuse et primesautière, elle briquait le petit appartement, louchait sur nos études et nos petites santés, gérait les livraisons de charbon et de pommes de terre, et sifflait comme l’oiseau en cage de Monsieur Jacques.

Cette cage, c’est elle qui nous en a ouvert la porte, à ma sœur puis à moi. Nous avons pris notre envol, diplôme en poche, puis travail en main. Je me rends compte à présent que c’est elle qui a fait le gros oeuvre de notre liberté de femme.

Odette Tout le Monde

Il y a eu les suffragettes, les féministes, ou simplement des entêtées, des passionnées. Des noms affleurent : Aliénor d’Aquitaine, Jeanne D’Arc, Georges SAND, Louise MICHEL, Raymonde de LAROCHE, COLETTE, Yvette ROUDY, Simone WEIL, Simone de BEAUVOIR, Alexandra DAVID NEEL…

Et puis il y a eu Héloïse

Colette, Denise, Nicole, Martine, Lucienne, Marcelle, Françoise…

« La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants. Elle est donc sa propriété comme l’arbre fruitier est celle du jardinier « 

Napoléon Bonaparte