La Communauté d’Agglomération Périgourdine, un échec de la décentralisation

C’est fantastique, la Communauté d’Agglomération Périgourdine (CAP) est fantastique. Voici tombé le énième compte rendu dans le quotidien Sud Ouest (Les sujets qui bloquent). Ils ne sont d’accords sur rien ou presque et le président sénateur Bérit-Débat ne peut imaginer agir dans sa majorité qu’à l’unanimité. Conséquence prévisible, d’indécrottables querelles de clochers.

:: Les manquements à l’action publique ::

Ils devaient se constituer en intercommunalité relativement à la cohérence d’un périmètre correspondant au bassin de vie. Ils se sont fragmentés en 3 petites entités, chacun dans son coin et sans coordination. Les rappels de l’Etat et de la Région n’ont servi à rien.

Ils devaient anticiper l’autoroute A89 et avaient été largement prévenus par les services de l’Etat. Ils ont aujourd’hui 10 ans de retard, impliquant les préjudices que l’on sait pour la collectivité.

Ils devaient agir en concertation pour développer des zones d’activités économiques le long de l’autoroute. Chacun a fait sa tambouille dans son coin pour le bonheur de l’étalement urbain, l’uniformisation des paysages et une pollution galopante.

Ils devaient, conformément à leur obligation, produire un Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT). Incapables de faire un tel document, ils se gargarisent aujourd’hui avec un Plan de Déplacements Urbains (PDU) qu’ils n’arrivent même pas à boucler.

Dans leur PDU, ils devaient « maîtriser le développement urbain » (comme si un PDU remplaçait un SCOT) mais chaque commune agit en solitaire, pour l’une faisant un Plan Local d’Urbanisme, pour l’autre élaborant un projet commercial de plusieurs dizaines d’hectares amenant les responsables à mentir publiquement sur sa réalité. Ils arrivent même à se nier entre eux leurs propres compétences !

Ils devaient enfin rechercher une cohérence du développement économique via une charte qu’ils n’ont jamais été capables de mettre en œuvre. Cela conduisit un maire à menacer l’autre de se pourvoir près le Conseil d’Etat contre l’obtention d’une Commission Départementale d’Aménagement Commercial CDAC.

Pour finir, il faut écouter le maire de la ville de Boulazac qui a quitté la CAP, réagissant à l’idée d’intégrer à nouveau l’intercommunalité (SO 19/02/10) :

Par contre, il faut tendre vers l’efficacité. L’argent va être rare. Dans toutes les collectivités, il sera nécessaire d’avoir des démarches d’excellence : on ne va plus embaucher pour être agréable à X ou Y.

L’argent public au service de la corruption plombant les budgets, une accusation simple.

:: Le bilan de l’incapacité et la négation de l’intérêt général ::

Voilà où nous en sommes. A croire que le conseil communautaire est une assemblée de « barons fainéants » chargée de prendre les décisions les plus importantes pour la communauté. Il n’en est rien. Ces responsables sont simplement incapables d’agir pour l’intérêt général, paralysés par des enjeux particuliers et politiciens.

Alors aujourd’hui, Sud Ouest titre : Les sujets qui bloquent. Les stationnements, les ponts, les voies de contournement, sont au centre de querelles égotiques et politiques. Alors de quoi sont-ils capables ces gens là ? Et bien vous aurez droit à des couloirs de bus et un renforcement du cadençage des TER avec peut-être des gares supplémentaires. Pour mémoire, la maîtrise du déplacement automobile était un des objectifs majeurs présenté aux habitants.

Le premier problème aujourd’hui qui nuit depuis tant d’années au bien commun est simple. Les communes sont en position concurrentielle alors qu’elles font pourtant partie d’une intercommunalité. Résultat, les maires s’opposent à tout projet dont ils ne perçoivent pas un intérêt direct pour leurs affaires. Autrement dit, l’ensemble des 13 maires est depuis l’origine incapable de dégager l’intérêt général de ces communes autour d’un projet commun qui transcende les intérêts municipaux.

La présidence de la CAP est réduite à une animation de monsieur Loyal dans la chimère de l’unanimité ; principe rejeté par le fonctionnement de la démocratie puisqu’il ne conduit qu’au blocage et à l’immobilisme en attribuant un droit de véto. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont confié la présidence à un homme dans l’impuissance de fédérer et de convaincre. Sur ce point il semble que cette anomalie de ressources humaines ruine l’essence même d’un regroupement de communes dépassant les intérêts particuliers, en plaçant un homme inapproprié à la tête de la structure.

Mauvaise gestion des flux automobiles et congestions quotidiennes, étalement urbain, uniformisation des paysages, recul des terres agricoles, augmentation des pollutions, anarchie économique, saupoudrage d’argent public, accusations de corruption par leur « collègue » voilà le véritable bilan. Ajoutez à cela que depuis 10 ans les maires ignorent avec effronterie les recommandations de l’Etat et de la Région et l’on obtient de véritables manquements aux responsabilités publiques.

Mais qu’à cela ne tienne. Vous avez une grande piscine ludique, une voie verte, des sacs jaunes et même une distribution de compost. Ce qui compte est de croire que le principal est là.