La médiocrité numérique comme science

La municipalité de Périgueux, avec ses deux dernières publications, nous apporte une surcharge de travail sur ce blog. Non content de sortir son bulletin de propagande trimestrielle, le maire nous gratifie d’un supplément exceptionnel, son bilan de 24 pages.

Nous reviendrons en temps voulu sur ce satisfecit ubuesque, passionnant à plusieurs titres. Pour l’heure, nous revenons sur deux annonces, qui, si elles résumaient la politique locale, nous conduirait vers les affres d’une médiocrité abyssale.

Pourquoi, en 2010, une petite commune enclavée dans une ronde mais intense ruralité, (certes un paradis labélisé de la gérontophilie), s’acharne tant à mépriser internet et les technologies de l’information et de la communication [TIC] ?

Pourquoi ?

(Ce montage fait référence au minitel 2.0 [c’est quand vous croyez être sur internet en allant sur Facebook] de Benjamin Bayard, président du seul FAI français (FDN) qui respecte encore internet et vos droits)

Le « nouveau » site internet de l’office de tourisme

Pour la municipalité, ce site internet de l’office de tourisme fait partie des « actions qui portent leurs fruits ».

Un fruit plus que mûr en guise de renouveau qui se résume à une chose que l’on n’osait déjà plus imaginer à la fin des années 90, sauf pour un site de taxi de la Creuse que la décence m’interdit de nommer ici.

Sans rire, en communication on appelle ça un site vitrine. Vous imaginez de quoi a l’air Périgueux avec de telles poubelles graphiques ?

Alors que Twitter (160 millions de comptes) est le réseau qui connait la plus forte extension, l’office de tourisme s’est lancé dans le web 2. Le résultat est là, 29 followers :

Et ben la Paulette elle y fait sur le Twitter !

On veut avoir l’air moderne, dans le vent et on se ramasse faute d’avoir la réflexion préalable. Au final on gaspille du temps et de l’argent tout en se demandant pourquoi chez les autres ça marche.

La charrette graphique de ville-perigueux.fr

Là on change de braquet pour la catégorie poids lourd. Le maire est tout fier de son nouveau site dans son fanzine municipal. Ou plutôt il s’en tape, mais vous êtes supposés assez cons pour le croire. (Au passage la municipalité n’est toujours pas foutue de mettre en streaming les séances de conseil municipal, Marsaneix le fera avant…)

Tatatatatatata et hop le coup de jeune !!!

Notez à quel point le « nouveau fond visuel » met « en avant l’investissement de la ville en matière d’éducation« . Pareil? Oui moi aussi ça m’a pété au visage.

Et encore une bouse. L’arrivée douteuse du nouveau webmaster n’est peut-être pas étrangère à ce massacre. Rien n’a changé sur le fond, le graphisme était déplorable, il est devenu pitoyable.

Précisons qu’il existe une écologie numérique, des logiciels libres et des plateformes de contenus collaboratives. Aujourd’hui la municipalité préfère tout miser sur Microsoft, avec son serveur ISS (rigolez pas) et ses extensions .asp (non arrêtez) ((En gros il y a Microsoft et ISS d’un côté cher et mauvais, de l’autre il y a Apache, efficace et gratuit)).

Au lieu de confier ce genre de mission à des professionnels, on préfère refiler le job à des amis, des cousins ou des beaux-frères, qui ne manqueront jamais de faire ce genre de merde parce que ce n’est pas leur métier (si ça l’était leurs chances de survie dans le privé seraient égales à celles d’un hérisson au milieu de l’A89).

Pro du web et Périgord ne sont pas incompatibles

Est-ce un manque de compétences locales? Rien de plus faux. On renverra ici par exemple au boulot fait par l’agence de communication Corazon à Tourtoirac,

et son partenaire Pyrat.net qui développe des sites sur SPIP (Système de Publication pour l’Internet sous licence GNU/GPL proposé par Minizéro, un collectif défendant le Web indépendant et la liberté d’expression sur Internet).

Un retard numérique lourd

Résultat de ces horreurs, l’image de la ville est ringardisée, enlaidie et arriérée. N’y a-t-il plus qu’à Périgueux que les politiques et leurs services ont la conviction que l’Internet, c’est une mode pour les jeunes?

Les TIC font l’objet d’un mépris qui touche à la cécité :

  • Aucune solution écologiquement numérique n’est à la réflexion
  • La communication visuelle et l’ergonomie sont confiées à des amateurs
  • L’appréhension des enjeux liés au développement et usages d’internet sont nuls
  • Les supports techniques et les solutions réseaux sont confiés à Microsoft (payant et naze)

Ce qui est aujourd’hui proposé par la municipalité est à l’image d’un discjokey postillonnant sur un micro saturé dans une MJC de campagne en 1987.

Au-delà encore de l’image de la ville, l’absence de politique sur les réseaux et le numérique (on ne parle pas de changer les photocopieurs) est aujourd’hui un anachronisme coupable.

Le retard accumulé en la matière, par ignorance des enjeux et culte du marché au gras, conduit à enliser durablement la ville, une ville qui tourne ostensiblement le dos à son époque.