La publicité en ligne et la prostitution de l’information

Sudouest.fr, le journal Sud Ouest en ligne, est heureux de vous présenter son nouveau partenaire commercial, le mastodonte de l’industrie agro-alimentaire, Auchan. A Marsac, Auchan lance un nouveau service de commande par internet et fait sa campagne de pub.

A cet effet, la régie publicitaire de Sud Ouest, qui loue indifféremment son audience générée par l’information au privé ou aux collectivités locales, a fait les choses en grand.

Selon la résolution de mon écran et son format, la publicité couvre 50% de la surface totale de la page. Must have, la totalité de l’espace publicitaire est cliquable et conduit vers le site d’agro-alimentaire.

Ironie du sort, cette publicité s’affiche aujourd’hui autour d’un article parlant de la charte commerciale de la CAP et d’une étude sur l’urbanisme commercial.

Une étude douteuse et une charte inutile

Cette étude qui vise à établir un diagnostic et des préconisations pour réguler l’urbanisme commercial, est un cheval de Troie. Avec quelques biftons supplémentaires, elle sert à justifier le projet du maire de Périgueux de vendre la place Montaigne à Eiffage.

Aussi le projet Eiffage a été introduit après le lancement de l’étude. C’est rondement mené. Le journaliste nous apprend qu’il faudrait une « locomotive alimentaire » et que la commercialisation des surfaces soit menée par un spécialiste « présentant des garanties ».

Exactement comme à Angoulême, où suite à la commercialisation des surfaces par un spécialiste, la « locomotive alimentaire » (Monoprix), a mis la clé sous la porte en générant 30 chômeurs, entrainant dans sa chute l’ensemble du complexe commercial [Place Montaigne, les enseignements du Champ de Mars à Angoulême].

Les CDAC et les permis de construire sont octroyés plus facilement qu’un changement de carte grise. Depuis 10 ans les élus, au sein de la CAP, ont démissionné de leur fonction de régulateur d’occupation des sols.

Règne une anarchie urbaine, une fuite en avant, à qui signera le plus de permis de construire pour devancer le voisin. Sur ce point, l’intercommunalité périgourdine est allée droit dans le mur. Elle constate aujourd’hui les dégâts.

A l’heure où l’Etat tape du poing sur la table, ordonnant aux anarchistes gaulois de faire leur boulot, à savoir se mettre au service de l’intérêt général, cette charte a la valeur d’une part de flanc. Depuis 10 ans, le périmètre des intercommunalités est le résultat de querelles entre élus et de calculs politiques. La CAP est un échec de la décentralisation.

A aucun moment, la Communauté d’Agglomération périgourdine et la Communauté de Communes Isle Manoire n’ont été dessinées en fonction du critère d’intérêt général. La preuve encore à l’occasion du regroupement, le maire de Boulazac accuse celui de Périgueux d’avoir fomenté son démantèlement pour un motif d’ambition personnelle.

Derrière les chicayas politiques, la proximité entre élus et grosses enseignes locales fait loi. Le maire ne sert en l’espèce qu’à valider administrativement les intérêts des enseignes (Maire de Périgueux et commercial pour Eiffage). Et quand on s’y prend mal, qu’on n’a pas les bons appuis ni les bons copains, que les autres ont déjà allongé la monnaie, on fait comme Leroy Merlin, on rame. Et ce pendant des années.

Directement ou indirectement, un permis pour une enseigne commerciale, ça s’achète.

Et le journaliste dans tout ça ?

Il valide, c’est son job. L’information qu’il vend ne suffit plus à le nourrir. Alors il génère du trafic en ligne et loue cette visibilité aux annonceurs. Or quand l’annonceur c’est Michel Moyrand, Claude Béri-Debat, Bernad Cazeau ou Auchan, que devient la part d’indépendance nécessaire à l’exercice du métier de journaliste ?

Quand ce dernier est indirectement rémunéré par les annonceurs, que peut-il dire de ces annonceurs ? Peut-il vraiment enquêter ? Peut-il livrer des informations qui vont contre l’intérêt de ses annonceurs ?

Instrumentalisation des documents publics et intérêts journalistiques

Qui plus est, en échange de ses loyaux services, un journaliste local monnaie les infos qu’il obtient par les politiques.
Alors que le maire de Périgueux faisant de la rétention d’information, le jour même du conseil municipal, il envoyait à Sud Ouest le dossier Horizon 2015, document public dont il interdisait l’accès aux élus de Périgueux jusque là; (Le maire de Périgueux en flagrant délit d’excès de pouvoir).

Plus récemment, une élue de la CAP, Nelly Perraud-Dausse se voyait interdire l’accès à l’étude sur l’urbanisme commercial le 18 avril 2011. Mais 18 jours plus tard, l’étude a été envoyée au journaliste de Sud Ouest !

Au mépris des lois, ces informations publiques sont manipulées et servent en réalité à alimenter le besoin en information « exclusive » des journaux locaux qui leur sert à générer de l’audience. C’est cette même audience qu’ils vendent ensuite aux mêmes responsables politiques, la boucle est bouclée.

Même les élus découvrent des informations dans le journal alors qu’ils auraient du être informés avant. Ces conditions interdisent toute production d’une information honnête, indépendante et objective.

La mort de l’information, la fin du journaliste

Ce n’est plus de l’information. Ca doit s’appeler autrement. D’autant qu’en parallèle, les collectivités financent sur les deniers publics des magazines qui se prétendent eux-mêmes informatifs (Communicants et journalistes, un même métier), alors qu’il ne s’agit que de marketing politique et de communication.

Ce n’est plus du journalisme. Le journaliste est transformé en « agent d’ambiance éditoriale » et ne sert qu’à passer les plats au service de ceux qui le nourrissent en informations autant qu’en monnaie sonnante et trébuchante.

Le Groupe Sud Ouest utilise à dessein sa position de monopole de l’information locale. Sans concurrent, il peut se permettre de produire une information bas de gamme, le trafic est acquis d’avance.

Aussi voit-on dans la rédaction bordelaise où tout est centralisé, d’anciens journalistes reconvertis en analystes de trafic web au service stratégique de la régie publicitaire. Il faut « buzzer ». Pour cela, Sud Ouest n’hésite plus à produire des articles « chauds » en pagaille sur un sujet à fort potentiel de trafic.

Peu n’importe plus que ces articles ne contiennent pas une seule information nouvelle par rapport aux précédents. Le dernier exemple en date était « l’attaque-de-la-maison-du-maire-de-Périgueux-au-coktail-Molotov ».

C’est un nouveau métier, une nouvelle profession. Les règles du jeu ont changé. L’information en ligne n’est pas gratuite, elle tue l’information et la remplace par un alibi textuel au service des annonceurs. Sur le plan démocratique, selon le rôle historique de la presse et du journalisme, ça coûte cher; très cher.