La Sepanso prend l’eau

Le mélodrame de la Sepanso tourne actuellement au tragicomique et se solde par la démission de deux responsables de l’association écologiste (Cf. SO 04/11/09 et 14/11/09).
Rien de grave en apparence pour une association qui fait figure d’ultra écologiste dans le département et aime à jouer le poil à gratter des promoteurs.

:: L’écologie concerne tout, donc tout me concerne ::
C’est plus problématique qu’il n’y parait. Cette association, qui, au nom de l’écologie lutte autant contre les grands projets immobiliers en zone rurale que la chasse au sanglier, n’a sous couvert de son nom et de sa mission, aucune limite à s’immiscer dans la vie locale. Le terme même d’écologie est assez vaste et flou pour aller du tri sélectif aux installations classées Sevesoen passant par la protection des salamandres.
Entre le circuit de Bagatelle et les sangliers, il y a l’écologie. Ou du moins ce que ses représentants considèrent comme relevant de l’écologie, c’est-à-dire à peu près tout. Y compris la définition des règles morales qui vous imposerait un certain comportement dès lors que vous vous promeniez dans les bois en risquant de déranger les oiseaux ou d’empêcher un cèpe de pousser en commentant le dernier match du Cap.

:: L’Etat en carence ::
Pour autant, cette association qui existe depuis 1969 est reconnue d’intérêt public. Sa mission officielle est de faire appliquer les normes en matière d’environnement dès lors que le débat est public. Voilà qui suffit à rendre sa sueur sur l’ouvrage.
La protection de l’environnement pourrait être une mission de l’Etat se dit-on. S’en est une, via la DIREN, la Direction Régionale de l’Environnement. Elle est régionale. Beaucoup de services sont départementaux de par l’intérêt de leur mission, mais on a considéré que la protection de l’environnement pouvait n’être que régionale. En somme qu’un agent de l’Etat pouvait bien couvrir à lui seuls plusieurs départements pour accomplir sa mission. Concrètement nous avons vu la DIREN Aquitaine obtenir le résultat inverse de l’objet de sa mission, à savoir la destruction d’un zone humide accueillant certaines espèces protégées. Incompétence ou surcharge de travail, les faits sont là.

:: Entre intérêts général et particulier ::
En réalité il y a une carence manifeste de l’Etat en la matière et la Sepanso fait office de bras armé local. Là où un service de l’Etat est présent en amont du projet et rend un avis permettant à celui qui décide de l’autoriser ou non, la Sepanso n’intervient qu’en aval et donne ainsi toujours l’impression de jouer les censeurs de dernière minute. Sans autre légitimité que de se mêler de tout et sans visibilité sur ses choix d’intervention. Composant avec ses moyens, la sélection des projets qui seront attaqués demeure discrétionnaire, ce qui n’est pas un gage de service public et d’intérêt général.

:: Cas pratique avec la Sepanso ::
On mesure donc le problème entre un Etat « distrait » et une association qui n’a les moyens et la visibilité que ceux relevant de son statut juridique, une association loi 1901. J’ai eu l’occasion de débattre avec la Sepanso, ou plutôt l’un de ses représentants, sur un projet immobilier. C’est un exemple en aucun cas généralisable à l’ensemble de l’action associative.

Acte 1

Premièrement ce représentant n’a apporté aucune solution concrète aux problèmes environnementaux qui étaient réellement soulevés et pour lesquels nous cherchions des solutions. Nous lui avions proposé une collaboration, il n’a jamais fourni le moindre élément positif.

Il fallait davantage subir sa logorrhée sur sa vision du monde dont il s’étonnait qu’elle ne fut pas universelle. Toujours en lieu et place de discuter des problèmes d’environnement précis liés au projet, il a fallu supporter son analyse architecturale du projet, nous expliquant que ce dernier ne correspondait pas à ses goûts et qu’il n’en voulait pas en Dordogne. Taisant sur ce qui relevait de ses compétences, intarissable sur un sujet qu’il ignorait de bout en bout, les échanges furent pénibles. Mieux, quelques jours après, alors que nous lui avions transmis tous les éléments liés à notre étude d’impact environnementale, il se répandait dans la presse locale pour critiquer l’architecture du projet en énonçant les contre vérités les plus insensées. Au regard des éléments qui lui avaient été transmis et ce qu’il en concluait, ou bien il était de mauvaise foi, ou bien il était sot. Je n’ai jamais su trancher, car sa mauvaise foi l’aurait amenée à bien communiquer, ce qui ne fut pas le cas.

Acte 2

Ca c’est de la réalité de terrain et ce n’est pas fini. Lors de l’enquête publique, il a produit un document abracadabrantesque toujours sur l’architecture, émaillé de quelques chiffres fantaisistes sur la relation du projet et de l’environnement, sous couvert d’une analyse globale du capitalisme aussi puérile que déplacée. Nous avons donc produit un document rappelant l’objet de sa mission démontrant l’étendue non seulement de son incompétence touchant au délire, mais au-delà il nous permit de couper court, analyses précises à l’appui, montrant tout le bien fondé du projet. Sa partialité était si caricaturale et sa compétence si peu révélée qu’en miroir, il revenait à donner toujours plus de crédit au projet, ce que la commission d’enquête n’a pas manqué de relever.

Epilogue

En somme, ce personnage n’avait en rien défendu les objectifs liés aux missions statutaires de son association, au contraire il n’avait fait que renforcer par ses bouffées délirantes la légitimité du projet. Mais au-delà, il avait instrumentalisé cette mission environnementale comme un porte-voix psychanalytique révélant la finalité véritable de sa présence écologiste.

Au final, les espèces protégées présentes sur le site pouvaient bien crever du moment que lui était donnée l’occasion d’exprimer publiquement tout le bien qu’il pensait de sa propre personne, comment le monde allait mal, et l’écoutant lui, comment on le sauverait.

:: Une mission de la plus haute importance ::
Cela fait beaucoup pour une association qui relève le gant d’une mission de la plus haute importance et qui prend en charge une carence de l’Etat pour des objectifs que l’on sait essentiels pour l’avenir.
La voir aujourd’hui se déchirer pour des enjeux gotiques et égotiques, entraînant son affaiblissement par des démissions multiples, répandue dans la presse à coup d’incontinence médiatique, oui, cela est attristant.
Car au fond le discrédit est là. L’image est affaiblie et le ridicule traîne aux entournures.

De quoi faire rigoler les promoteurs les plus vils qui voient un de leurs adversaires les plus légitimes se diminuer et se diluer dans des chicaneries d’appareil.
De quoi aussi renforcer l’image d’une bande d’intégristes portées par une idéologie totalisante utilisant le grand thème de la nature pour résoudre leurs difficultés personnelles et existentielles. La Sepanso n’est pas cela, sa mission est bien trop importante pour échouer sur ce genre de récif. Elle aurait déjà bien assez de travail pour faire appliquer les règles de droit en matière d’environnement.

L’écologie est-elle bien trop grave pour être confiée à des écologistes ?