L’aventure c’est l’aventure

Pour le hérisson, l’aventure, c’est de continuer à traverser la rue et d’éviter les pneus meurtriers ; pour l’oiseau au printemps, l’aventure, c’est d’aller chercher son petit ver du matin à potron-minet, non loin du chat qui dort… Pour le commerçant traditionnel, l’aventure, c’est de survivre à la vindicte des élus mal comprenants.

« Si vous n’en voulez pas, on ne fera RIEN ! »

Bouhhh ! Les vilains nuls qui ne veulent pas comprendre à quel point un centre commercial est une idée formidable! Heureusement, certains l’ont compris. En tout cas, un. Ironie du sort, c’est celui à qui la municipalité précédente a aplani le terrain pour lui permettre de gérer 1 800 m² de surface de vente (enfin à ses parents).

Lui aurait on assuré qu’il n’y aura pas d’activité concurrente prévue dans le superbe bateau commercial ? Le pauvre, il a confiance… comme si l’on pouvait avoir un poids quelconque sur les décisions que prendra l’investisseur…

« Si vous n’en voulez pas, dit le maire, je fais un jardin avec des bancs ». Enfin une bonne idée ! Penser aux Périgourdins, aux familles, aux enfants, créer un lieu de convivialité, redonner à Périgueux une ambiance méditerranéenne, « avec des bancs » quelle gentille attention. Mais voilà, c’est une boutade, c’est comme une menace ! Ce qui donne à penser que le bien être des Périgourdin pèse bien peu face à un investissement juteux.

« Mais qu’est-ce que vous voulez ? »

Personne n’a pu répondre à la question pour la bonne raison qu’on ne nous l’a pas posée !!! Eh oui, l’objectif de la réunion était de présenter une étude « provisoire », censée démontrer l’état du commerce de l’agglomération et en particulier celui de Périgueux.

En fait, on s’est vite aperçu que la démonstration classique « en entonnoir » visait à démontrer à quel point le projet de centre commercial était incontournable pour éviter la catastrophe. C’est une « locomotive » qu’il nous faut pour « redorer l’image de Périgueux », bande d’abrutis (ça, c’était en filigrane).

« Rien ne se fait à Périgueux »

C’est ce que notre Sénateur-Président a retenu de son passage dans les commerces Périgourdins. Car il fait ses courses à Périgueux, lui (sa femme, elle, va à Bordeaux, elle l’a même dit à un commerçant de chez nous…).

Dans ces commerces, on lui aurait déclaré méchamment : « vous ne faites rien pour le commerce ». Il en déduit que « rien » veut dire : vous ne construisez pas de centre commercial.

Alors que pour moi (et pour vous ?) « rien » veut dire : diminution des places de parkings, pas assez d’animation, trottoir en mauvais état, pas de communication sur la vie à Périgueux, pas d’investissement structurant, pas de signalisation, de politique commerciale active comme aider à la rénovation des boutiques, à l’accès aux handicapés, à la circulation en mode doux, au fleurissement, pas de bancs (ça c’est pour M. MOYRAND)…

Comme quoi, on n’a pas la même manière de comprendre ce qu’on nous dit.

« Le tourisme ne fait pas partie du problème ! »

Ah bon ? Première nouvelle. Les touristes ne contribuent pas au chiffre d’affaires du commerce. Je suis témoin (et rapporteuse) et je ne suis pas seule à avoir entendu cette énormité. Alors comme ça n’était pas important, on ne l’a pas étudié. Voilà voilà.

Pour certains commerces, ça atteint près de 50 % du CA (entre les résidants secondaires et les touristes)… Mais ça n’a pas d’importance… mouimouimoui.

Faire disparaître un parking, oublier d’aménager les abords de la Cathédrale, de refaire la montée du Greffe, de créer un véritable espace toilettes… A quoi bon puisque les touristes ne sont pas importants pour le commerce.

« Le niveau de vie des ménages ? On sait… »

Petit rafraîchissement de mémoire façon INSEE dernières Lot et Garonne et Dordogne, départements sinistrés[.pdf]:

En 2008, la moitié de la population de la Dordogne vit dans un ménage qui déclare un revenu fiscal par unité de consommation inférieur à 17 755 euros. Ce niveau médian de revenu annuel est inférieur aux moyennes françaises (18 368 euros).En 2008, près de 16 % de la population (14 % en 2006) de la Dordogne vit sous le seuil de pauvreté. La pauvreté affecte les catégories de personnes les plus vulnérables : jeunes, personnes seules, familles monoparentales, personnes âgées. A Périgueux, 47 % des ménages comptent 1 seule personne…

« On est au courant de la crise » (qui ne va pas s’améliorer), de l’augmentation des loyers et des charges (qui représentent 30 % minimum des dépenses), de l’endettement (qui va bon train, merci le crédit revolving) ; « oui on sait, mais vous ne vous rendez pas compte de l’importance des marques dans la vie des gens !!! »

Et puis malgré tout le pouvoir d’achat augmente. Oui sans doute sauf que les dépenses en téléphone et Internet ont tout boulotté.

« Il faut favoriser la proximité ! »

Eh oui, le prix de l’essence bat tous les records et ça ne va pas s’arranger. Donc, développons le commerce en centre ville pour les Périgourdins… et les habitants de la périphérie. Euh, vous avez compris l’astuce ? Moi pas.

Je cherche encore… Viendront peut être à pieds nos consommateurs de la Périphérie ?

« Pas de panique on maîtrise ! »

Le centre commercial n’est viable que si l’on maîtrise le développement en périphérie… On y a pensé : on a préparé une charte ! On est sauvés ! (Me fait penser au sketch de Fernant Raynaud qui survole une ligne de chemin de fer et n’a pas pensé au tunnel)… Pas tout à fait.

D’abord parce qu’on a bien à la louche 15 000m² de projets validés de bétonnage en vue (Les grandes enseignes et les élus sont soulagés…), ensuite par ce que cette fameuse charte n’est pas opposable au tiers (confirmé par M. BERIT DEBAT) et parce que ce ne pourra être opposable que dans quelques années…

Ils n’étaient pas tous là, ils ne sont pas venus…

Eh bien oui, il y avait peu de commerçants. Finalement, ils avaient compris mieux que nous que cette soirée n’aboutirait à rien. Un boycott en quelque sorte.

Ou la simple expression du découragement d’être toujours pris pour des Dodo. Vous savez, les dodos, ces dindons bizarres des îles Castareignes disparus bêtement par manque d’intérêt et l’introduction de prédateurs sur leur territoire…

« Sauvez une espèce en voie de disparition : adoptez un petit commerçant ! »

(à la manière de Cabu)