Le déclin périgourdin à la lumière des technologies de l’information

La 3ème révolution industrielle est en plein essor. La première avait permis de changer la chaleur en mouvement. La seconde a offert de convertir des propriétés de la matière en lumière. La dernière permet de changer un signal électrique en information.

Réseau ferré, réseau électrique, réseaux d’informations…

Tout le monde aujourd’hui sait, à égalité ou quasiment, monter dans un train et appuyer sur interrupteur. C’est plus inégal pour l’utilisation d’un ordinateur et d’internet, mais globalement, cette vaste mutation est rapide.

L’administration d’une collectivité ne peut plus évoluer en ignorant cet état de fait. L’appréhension et la prise en compte de cette révolution fait aujourd’hui partie des responsabilités, sinon des obligations des représentants politiques.

Or à Périgueux, au motif « qu’ils n’y comprennent rien », la collectivité manifeste une totale indifférence aux différentes problématiques numériques. Les enjeux politiques et administratifs pourtant manifestes n’ont aucune prise sur la réflexion collective.

Encore un petit effort et Périgueux pourra se vanter de son retard, cultivant anachronisme et archaïsme dans le jardin de son ignorance. Cette « fracture numérique périgourdine » risque vite de se transformer en facture développementale.

Les grandes orientations numériques: autant d’opportunités manquées à Périgueux

  • Open Data : en 2003, l’Europe émet une directive visant à la réutilisation des données publiques. Elle prend forme en France par une ordonnance de 2005. En mars 2011, la CUB invitait la Fing [Fondation Internet Nouvelle Génération] à un atelier pour « faire émerger des usages possibles à partir de données publiques ». Depuis, la CUB, la Région Aquitaine et le Conseil Général de Gironde ont saisi la balle au bond dans une démarche commune. A Périgueux, à la CAP et Dordogne ? RAS
  • Visualisation de données : continuité logique et technique de l’Open Data, l’activité consiste à rendre sous forme graphique des données complexes [Exemples sur Hebiflux]. Le potentiel didactique et pédagogique de cette méthode est aujourd’hui sans limites. On pourra essayer par exemple Tableau Public, un freeware parmi d’autres. A Périgueux ? RAS
  • Administration 2.0 : dans le souci et le devoir de répondre à l’évolution en besoins des citoyens, l’administration 2.0 contribue largement au développement des services publics numériques. Du service rendu aux administrés aux méthodes de travail dans la collectivité, les technologies sont opératoires. A lire sur ce point l’ouvrage en ligne de Thierry Weibel : Administration 2.0. A Périgueux ? RAS
  • Numérisation du territoire : on parle généralement de ville digitalisée pour exprimer l’ensemble des possibilités qui rassemblent numérique et urbanisme. On peut lire par exemple La ville 2.0, ville complexe et familière, [Fing]. A Périgueux? RAS
  • Ville 2.0 : une spécificité de la ville digitale, engagée vers l’utilisation des médias sociaux pour améliorer la communication entre citoyen, administration, chercheurs, etc. On pourra citer la ville de Toulouse sur ce point qui a structuré un réel projet de ville 2.0. A Périgueux ? RAS

Périgueux, la ville qui refoule le présent dans un guai passéisme

Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’administration de demain. Mais à Périgueux, déplacer la mairie apparait comme l’alpha et l’omega de l’amélioration de l’administration et des services aux administrés.

  • En conseil municipal, il refusait la dématérialisation de certains documents publics au motif que visiblement il ignorait ce qu’était un texte au format .pdf, « écrit trop petit »
  • Réfractaire à la transparence, le maire refuse toujours de filmer les conseils municipaux pour permettre de les visionner en streaming.
  • De son côté, l’opposition municipale ne fait pas mieux. Se voulant « force de proposition », elle n’en a jamais fait aucune en la matière, se bornant par exemple à proposer d’autres locaux pour le déplacement de la mairie.

Les périgourdins paient le prix de l’archaïsme et de l’inertie

Alors que de nombreuses villes moyennes, comprenant leurs responsabilités, les enjeux et le parti qu’elles pouvaient en tirer, ont pris le problème à bras le corps, non, à Périgueux, il n’y a rien à faire. Plusieurs hypothèse peuvent être évoquées pour comprendre cette immense réfraction à l’évolution.

Une conception conservatrice de l’action politique

Ces technologies ont pour tendance une meilleure interactivité entre citoyens et responsables élus, à ouvrir les données et les connaissances des administrations, à partager les savoirs de la ville, etc. Autant d’éléments allergènes à l’administration périgourdine, qui cultive une culture du secret et une méfiance pathologique vis-à-vis de la transparence.

Actuellement de nombreux documents publics sont tenus secrets, contrairement à ce qu’oblige la loi, sous prétexte que l’action publique est considérée comme une propriété du maire.

Cette conception ultra conservatrice et autoritariste de la politique conduisent les élus de Périgueux à un obscurantisme féodal qui fait tourner le dos aux opportunités du XXI°ème siècle.

Un citoyen demandant des informations est par nature suspecté de « comploter », il fouine. Le politique n’a aucun compte à rendre durant la durée du mandat dans une conception hyperbolisée du système représentatif. Alors il annonce aux habitants les décisions qu’il prend seul, une fois que les jeux sont faits.

Dans ce contexte, tout ce qui facilite l’interactivité, le partage des informations et des connaissances, est un obstacle, un frein. Toute solution technologique est potentiellement une entrave à une gouvernance solitaire et isolée: elles sont donc méthodiquement évitées.

L’inertie comme réponse à la peur du changement

Périgueux, depuis l’après guerre, est une ville en déclin. Sa population baisse inexorablement et vieillit. La ville s’éteint, s’endort la tête penchée, n’ayant à offrir que les mémoires de ses gloires passées.

A 19h00 le rideau tombe, dimanches et lundis sont de longues successions de déserts. L’économie et le commerce en chute libre, vissés sur un modèle obsolète. La culture sous perfusion publique permanente, monopole estival pour appâter un chaland furtif et de passage.

La population n’y demande que la paix, le silence, la tranquillité. Les ingrédients de l’immobilisme. Il ne faut pas changer, rester tel qu’on est ou se croit être, recroquevillé sur son quant à soi petro-périgourdin ; à l’écart des évolutions et des changements.

A la 3ème révolution industrielle, la ville aura tout juste consenti un site internet non mis à jour depuis 2005 et quelques licences Windows. Car au fond, ces grands changements, ça rend l’avenir incertain, flou, c’est « des trucs de jeunes ».

Pas étonnant dans ces conditions qu’aucun candidat en 2008 n’ait senti le besoin de parler des technologies de l’information ou n’ait même imaginé une délégation d’adjoint au maire au numérique comme à Rochefort par exemple.

Et pourtant un jour… on en reparlera

Les conséquences sont lourdes. Elles reviennent à refuser en leur temps, l’installation des réseaux ferrés, des gares, des réseaux électriques, etc.

A cette époque pourtant, les périgourdins avaient saisi ces enjeux à bras le corps, notamment par exemple avec Pierre Magne. Les élites avaient alors compris les intérêts à agir, percevant les opportunités qui s’ouvraient. Aujourd’hui c’est le contraire.

Cette fracture numérique dans l’administration périgourdine en dit long sur le niveau d’inculture et d’incompétence des élus sur ces enjeux. On peut y déceler une forme de déclin culturel et la frilosité de l’ignorance.

On prend le pari pourtant, qu’à l’occasion des municipales de 2014, ces enjeux prendront une place dans les propositions politiques. Pourquoi ? Parce que Périgueux aura l’air, alors, de s’éclairer à la bougie et de dormir dans la paille comparée aux autres villes.

Et la population ? Elle baissera, toujours et encore, allez comprendre…