Le pire ennemi de Sarkozy n’est pas le meilleur ami de la France

Lors de mon dernier passage à la Grande Mêlée sur France Bleu Périgord, (début janvier), il y a eu une incompréhension avec le journaliste Harry Sagot. La question portait sur un sondage pointant que l’écart se resserrait entre les candidats à la présidentielle. Il s’agissait de donner son point du vue sur cette progression des intentions de votes.

J’ai alors répondu ce que je pensais. Que François Hollande n’est pas une réelle alternative politique, mais se contente de pantoufler dans l’alternance. Sur le fond, il ne propose rien de très différent au système soutenu par Nicolas Sarkozy. Les quelques clivages artificiellement montés en épingle trompent de moins en moins les électeurs, d’où une poussée des autres candidats.

J’ai du louper l’explication car le journaliste m’a relancé, constatant qu’il n’avait pas compris le sens de cette explication (supposant par conséquent que les auditeurs non plus). Il parait difficile dans un tel format de sortir de la base en communication politique: « simplifier, grossir, répéter ». Le rythme de l’émission est très rapide, mais je tente d’expliquer pourquoi « alternance » et non « alternative ». Je rate visiblement mon coup. Ici on peut prendre un peu plus de temps.

François Hollande est dans la lignée d’un sarkozysme mou parce qu’il ne remet jamais en question l’actuelle oligarchie élective qui est en place et qu’on appelle abusivement « démocratie ». Il ne remet jamais en cause ce transfert de pouvoir octroyé par les représentants élus aux puissances financières. Et c’est d’autant plus ardu pour ce candidat qui ne doit ses prétentions présidentielles qu’à une femme de chambre new-yorkaise qui avait porté plainte pour viol.

La privatisation de la création monétaire

Ce qu’on aurait pu croire comme une fonction régalienne est en réalité un monopole privé. Ce sont des banquiers qui financent les Etats.
Les banques centrales sont privées, comme aux USA ou au Royaume Uni et sinon totalement indépendantes comme la banque centrale européenne. Les Etats ont pour obligation de se procurer de la monnaie par l’intermédiaire d’agents financiers privés.

Ces règles accordées par les représentants de la Nation aux intérêts privés font des créanciers les maîtres du jeu, fondés à commenter, critiquer, orienter et manipuler les politiques étatiques. Par ailleurs, l’impôt sur le revenu ne sert qu’à rembourser les intérêts de cette dette (1200 milliards de 1980 à 2006).

La suite on la connaît. Les marchés financiers se comportent avec les Etats comme de vulgaires fonds de pension avec une entreprise en difficulté. La démocratie est atteinte en son cœur, le peuple n’est en rien souverain, c’est son créancier qui décide.

François Hollande, un vote blanc

Pour la présidentielle de 2012, pas un seul programme n’est crédible s’il n’aborde en tout premier lieu ce problème qui conditionne tous les autres. Or en social-démocrate-réformateur-mou, François Hollande ne représente aucune menace pour les vrais « maîtres de la Nation ». Bien au contraire, il les conforte. Et ça se sent.

Les intentions de votes vers François Hollande sont l’effet du besoin de stopper le sarkozysme à tout prix, non une adhésion réelle à un projet politique. Par surcroît, le candidat socialiste, dans le sillon tracé par son parti, n’a aucune considération pour les classes populaires. Le Parti Socialiste est profondément embourgeoisé et s’adresse quasi exclusivement aux classes moyennes, les plus aisées de préférence.

Dans ce contexte François Hollande perd des points au centre et aux extrêmes. Je prends le risque de dire que les sondages ne reflètent pas la réalité des intentions de vote et qu’il y aura des surprises.

François Hollande, le bourgeois au Bourget

Aujourd’hui même au Bourget, François Hollande vient pourtant d’envoyer un signal. Pour la première fois il évoque ce problème qui ronge autant la démocratie que les finances : les marchés financiers.

Comme si justement, vu le climat et les sondages, il n’était plus possible de faire gober un programme politique sans parler des marchés financiers, François Hollande s’y colle :

Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, et pourtant il gouverne (…), c’est le monde de la finance, » a-t-il lancé. Il a promis qu’il « engagerait les premières mesures contre la finance » par le biais d’une « réforme bancaire » avant même les législatives en juin.

Il faudra attendre jeudi, lors de la présentation de son programme, pour voir ce qu’il entend par « réforme bancaire ». Car avant d’être une réforme bancaire, c’est une réforme de la Constitution qui s’imposerait.

Les mots restent de faible intensité. Rien de son discours ne permet de sentir une réelle intention de reprendre le problème depuis le début. Autrement dit c’est simple. Tout ce qui coûte de l’argent est régalien, c’est pour notre pomme, tout ce qui en rapporte et privatisé. Et les moutons, (nous), sont bien gardés.

En fait, si François Hollande, malgré les pressions de son parti et de l’extérieur, ne prend pas une position un tant soit peu radicale sur la production de la monnaie et la gestion de la dette, il est cuit. La situation est trop grave. Tout le monde, à différents degrés, sait que nous sommes dans cette situation à cause des marchés financiers, et par ricochet par la lâcheté de nos gouvernants.

Il n’y a qu’à voir ce que ça coûte aujourd’hui à Nicolas Sarkozy. Quel serait l’intérêt pour les électeurs de remplacer Nicolas Sarkozy par un homme qui n’introduit aucune différence sur la question et s’oriente vers un statu quo sur la production de la monnaie ?

Aujourd’hui François Hollande est aussi peu crédible qu’il ne semble courageux. Il capitalise sur la décote du Président sortant. Le véritable boulevard pour le Front National est là.