Le SCOT de la CAP: 10 ans de médiocratie

En décembre 2001( ((Année importante, puisqu’elle a vu aussi se définir la nouvelle stratégie de développement de la CAP liée à l’A89. Pour comprendre leur réactivité, le CIADT avait annoncé la réalisation de l’autoroute le 13 avril 1987 ! ))), deux ans après sa création, la CAP (Communauté d’Agglomération Périgourdine) et d’autres collectivités avaient accepté de définir le périmètre d’un SCoT ((Schéma de Cohérence Territoriale)) avec les services de l’Etat.

Résultat : 50 communes à rassembler dans un projet de développement commun.

Voyant l’ampleur de la tâche, les élus de la CAP ont enterré le dossier dans le jardin, sous le cyprès de la volonté politique.

En 2011, sous la contrainte législative et la tutelle de l’Etat, les responsables locaux ont jusqu’au 1er juin 2013 pour définir un périmètre rationnel. Vexés de devoir aujourd’hui déterrer le dossier, ils chevauchent leur destrier en super héros de la décentralisation… Mise au point.

Depuis 10 ans, Etat et Région alertent les élus locaux sur leurs gabegies

En octobre 2004, la DDE et la Préfecture montent au créneau avec un rapport au vitriole sur la politique de la CAP. Le rapport rappelait aux élus l’importance d’une cohérence territoriale globale, urbaine, économique, écologique, agricole, etc.

Dans le paragraphe sur la CAP intitulé Un développement plus spontané que maîtrisé, les services pointaient:  » Les collectivités de ce territoire sont actuellement plus en situation de concurrence interne qu’en recherche de complémentarité en termes d’activités, de services, d’habitat et de transports« .

En janvier 2005, la Chambre Régionale des Comptes Aquitaine interpelle les élus sur leurs manquements, notant qu’ « aucun schéma de cohérence territoriale (SCOT) n’a encore été arrêté à ce jour ».

Réponse des élus : « des réflexions sur l’élaboration d’un SCOT sont déjà engagées »

En décembre 2008, la Chambre Régionale des Comptes Aquitaine s’inquiète à nouveau des incuries périgourdines, relevant « le caractère encore inachevé et incohérent du périmètre de la CAP ».

Réponse des élus : « une réflexion sur les communautés de communes Isle-Manoire à l’Est et de Saint Astier à l’Ouest allait être engagée».

En 2009, c’était la Direction Régionale de l’Equipement  Aquitaine qui tirait un premier bilan sur le jardinage de la CAP et sa passion des cyprès : « Les stratégies ou réflexions générales ont été insuffisantes. Les acteurs du territoire n’ont pas réussi à travailler ensemble sur le secteur géographique de Périgueux ».

Des élus irresponsables mis sous tutelle de l’Etat

Rien à faire. Le projet de SCoT était fuit comme la peste. Complexe, il nécessitait autant de volonté que de capacités politiques. Dérangeant, il perturbait des intérêts locaux et la préservation de micro potentats.

Rideau. Les élus de la CAP retournèrent sous le cyprès de la volonté politique.

Ainsi en janvier 2010, le président de la CAP devait constater l’échec : « nous n’avons pas un territoire pertinent ».

Euréka! Après 10 années d’une intensive réflexion, il venait de comprendre.

Mais aujourd’hui le SCoT va être imposé par l’Etat. Alors les guignols s’affolent et pour éviter le ridicule essaient de prendre un semblant d’initiative.

Le volontarisme feint d’aujourd’hui ne doit pas masquer les inepties d’hier. Un personnel politique aussi incompétent, mu par des intérêts parfois inavouables, voilà l’héritage démocratique des périgourdins depuis 10 ans.

L’argument contre le SCoT : les chefs de villages gaulois ne s’entendent pas

Oui, c’est le principal argument des maires de Périgueux, de Coulounieix-Chamiers et du président de la CAP (SO 17/01/11). Des élus mandatés pour servir l’intérêt général qui avouent être incapables d’assumer leur mission.

Les chefs de villages, fidèles à leur caricatures de gaulois, ont des intérêts très particuliers qui les empêchent de se soumettre à des activités d’intérêt général supra territoriales.

D’où effectivement l’anarchie urbaine, l’incohérence des documents d’occupation des sols et l’absence de planification commerciale, de développement économique, etc.

Le président de la CAP emploi un verbe étrange pour résumer les relations entre responsables locaux : « À 13, on a déjà mis du temps à s’apprivoiser». Ne parlant ni de révolution néolithique (encore que) ni du zoo de la Palmyre (encore que) le président de la CAP oppose une explication lourde de sens.

Se décrivant eux-mêmes comme des chiards égoïstes se chamaillant dans la cour de l’école, on oublierait presque la nature de leur fonction représentative de gestionnaires publics.

Des « élus sauvageons » au service de leurs intérêts immédiats… ((Ceci expliquerait le départ de Boulazac de l’intercommunalité périgourdine qu’elle avait pourtant intégré dès sa création en 1987 1987 création du SIVU, 1988 du SIVOM, 1994 du District que Boulazac a refusé)). Bref, 10 ans d’immobilisme expliqués par l’immaturité et le déni de responsabilité, là, comme ça, c’est simple.

Les guignols périgourdins et la décentralisation

Quand il s’agit de défendre leurs intérêts directs, y compris et surtout indemnités et pouvoirs, les mêmes guignols se disent les premiers défenseurs de la décentralisation.

Mais dans le cadre de cette dernière leurs résultats sont minables. Les guerres de clans et les rivalités individuelles ont tué pour longtemps tout avenir autour d’un projet de développement commun.

Le coût global de cette léthargie concertée, en termes économique, urbain, écologique, social, est au bout de ces 10 années de retard, aussi colossal que durable.

Ni les services de l’Etat, ni ceux de la Région n’ont réussi, en 10 années d’activisme pédagogique, à faire entendre raison aux chefs de clans locaux. Il aura fallu attendre leur mise sous tutelle pour qu’ils agissent… d’ici 2013…

Comble de l’ironie, ce sont ces mêmes responsables politiques qui vantent aujourd’hui le principe d’une gestion de proximité ((Le président de la CAP en janvier 2011 : « Une trop grande structure nous ferait perdre de la proximité »)).

Ils s’essuient les pieds sur le paillasson de la décentralisation, sont incapables de la moindre rationalité territoriale ni du plus petit projet commun, obèrent lourdement les chances de développement du bassin de vie périgourdin, mais peu importe.

Selon eux, leur qualité d’ « élu de proximité » nous garantissait une valeur ajoutée dans la gestion publique.

A ce compte là, autant être dirigé par un technocrate exilé à Saint Pierre et Miquelon.