Législatives 2012 Périgueux: OMG le site UMP !

Dans le dernier billet, (Philippe Cornet les législatives à Périgueux) nous évoquions les angles très personnels de Philippe Cornet (candidat aux législatives 2012 sur la 1ère circonscription de Dordogne) en matière de communication. Il annonçait en fanfare le lancement de son site de campagne dans Sud Ouest (samedi 17 mars).

En réalité, son site est déjà en ligne à l’adresse hppp://2012cornet.blogspot.fr/, nous allons vous en livrer une analyse succincte. Pour la faire courte, ce site en 2012 est tout simplement affligeant et montre l’amateurisme de l’équipe tout autant que la légèreté avec laquelle cette campagne est lancée sur internet.

Ce n’est pas tant l’incompétence, non critiquable en soi, que la sous estimation de l’importance de la communication en ligne qui est source d’une erreur politique lourde. L’idée que cette communication, au prétexte d’être sur internet, s’improvise et se bricole par de parfaits ignorants de la chose conduit droit à l’échec. Ainsi le blog de Philippe Cornet est un condensé de ce qu’il ne faut exactement pas faire quand on communique sur internet.

C’est une manière de se ridiculiser et de se rendre peu crédible, a fortiori quand on affiche la prétention d’exercer un mandat national.

Nom de domaine: le non sens

Pour commencer, Philippe Cornet n’a même pas pris la peine de louer un véritable nom de domaine (environ 7 €/an). Il se contente d’ouvrir un blog sur la plate-forme d’hébergement gratuit Blogspot, propriété de la société Google.

Si un véritable site est en gestation, (il pourrait intégrer des fonctions de blogging), cette initiative sur Blogspot est une perte de temps. Pour finir, le choix même de « 2012cornet » est déjà une grosse erreur, soulignant encore la méconnaissance totale des règles en la matière.

Référencement naturel: inexistant

Personne ne trouvera ce site dans les moteurs de recherches. Il restera bien caché, aucune action de référencement naturel n’étant prise en compte. Encore une fois, éditer des contenus en ligne, a fortiori pour une campagne électorale, sans se soucier de leur visibilité relève aujourd’hui de l’amateurisme le plus naïf.

Un exemple ? La requête « législatives 2012 périgueux » sur Google…

Mépris des internautes

Au moins pour le respect des lecteurs (et potentiellement des électeurs), le site pourrait afficher des titres correctement écrits et encodés. On en est loin :

Un titre peu respectueux des lecteurs

Ne pas être soucieux de ce genre de bases est inquiétant pour la suite. Comment faire du lecteur un électeur si on ne prend même pas la peine de respecter sa lecture ?

Communication par l’image: la défaite comme emblème

Le candidat UMP aux législatives de 2012 a choisi comme image principale (du blog et de son profil Google +) une photo de lui en train de faire un discours… Durant la campagne électorale des élections régionales au terme de laquelle le candidat Xavier Darcos a si brillamment perdu qu’il a été viré du gouvernement !

Symbole de défaite électorale pour faire campagne

En matière de symbole, faire référence à une défaite cuisante, relève soi de l’impensé, soit de l’inconscience. Dans les deux cas, l’erreur dans ce choix est catastrophique. Imaginez Nicolas Sarkozy prendre pour symbole de campagne une photo de lui et Balladur en 1995…  Pascal Deguilhem, le candidat PS, peut dormir tranquille.

2.0 et réseaux sociaux: fier de n’avoir rien compris

En bonus de son blog Blogspot, Philippe Cornet a eu droit à son compte Google +. Avec ses deux contacts, (Jean-François Copé et le compte UMP) le candidat semble n’avoir aucune stratégie sur les réseaux sociaux. Qui plus est, le candidat à l’Assemblée Nationale n’a pas saisi ce qu’est un blog. Il le confond avec Twitter, en témoigne ce billet (reproduit dans son intégralité !):

La confusion des outils entraine la confusion des messages

Qu’en conclura un internaute « normal » ? Que l’auteur de ce billet n’a rien compris à internet et confond les outils. Confusion des outils, confusion des usages, confusion du message. Aucune portée possible.

L’absence de stratégie éditoriale, une tactique de kamikaze

Signe que les législatives sont un prétexte pour les municipales de 2014, le principal contenu en ligne concerne une vive critique de la politique, non du député Pascal Deguilhem, mais de celle du maire de Périgueux, Michel Moyrand (« La grande illusion »). C’est en réalité le copié collé d’un texte inclus dans le dernier magazine municipal de Périgueux.

On affiche la recette du bœuf bourguignon pour livrer en réalité celle des nems vietnamiens. Résultat garanti, le lecteur se sentira floué. Et il aura raison, car le détournement d’une campagne nationale à des fins strictement locales sera une réelle tromperie sur la marchandise.

Au final, on comprend surtout que le candidat aux législatives ne sait lui-même pas très bien pourquoi il écrit ce blog. Et donc ceux qui le lisent ne le sauront pas plus que lui.

Résultat, l’indigence qui caractérise ce site fait un peu pitié. Même si la communication sur internet ne fait pas partie des priorités, improvisation, amateurisme et bricolage sont pires que tout.

Dans ce cas là, il vaut mieux s’abstenir plutôt que d’inviter l’électeur à voter pour l’adversaire à cause d’une communication ratée. Car cette manière de prendre l’internaute pour un imbécile qui ne mérite même pas le minimum syndical en matière de présentation web est un véritable répulsif.

La vision sous-jacente d’internet et du monde

Bricolages et amateurisme sont symptomatiques. Ils révèlent en creux toute la considération portée aux Technologies de l’Information et de la Communication par le candidat UMP.

L’idée qu’internet « ce n’est pas sérieux », un truc pour adolescent en mal de lien social est un cliché qui a visiblement la peau dure. L’idée qu’il faut soigner une affiche de campagne ou un tract sur le marché, mais pas la communication en ligne, est un symptôme annonciateur de défaite.

Pour une raison simple, l’anachronisme du candidat qui n’a pas saisi les évolutions d’une société au devant de laquelle il se présente le conduit à l’échec.

Ne pas comprendre que les TIC sont simplement le 3ème volet de la révolution industrielle après le réseau ferré et le réseau électrique, est une erreur de jugement qui conduira à la disparition du paysage politique. Cette évolution darwinienne des représentants politiques est en cours. Le candidat UMP à la 1ère circonscription de Dordogne ferait bien (et vite) de prendre conseil auprès de personnes comme Nathalie Kosciusko-Morizet.

En l’espèce le candidat UMP ne respecte ni le lecteur, ni l’électeur, et plutôt que d’essayer de comprendre, il affiche avec désinvolture et une certaine arrogance, toute l’étendue de son ignorance en matière d’internet. Le ridicule ne tue pas, mais il a déjà fait perdre de nombreuses élections.

Si en 2012 il n’a pas encore compris qu’internet est une question on ne peut plus sérieuse, il n’en paraitra lui-même que plus frivole.