Les voeux de Michel Moyrand ou la pelle du devoir

L’auteur des derniers vœux de Michel-Michel devait être rond comme une queue de pelle au moment des faits [vœux 2012 .pdf]. Son inspiration du 31 décembre 2011 -date de création du document- en doit sûrement beaucoup au champagne et à l’usage immodéré de langue moins française que de belle mère.

On imagine sans peine la plume, cravate de travers, cacahuète coincée dans la dent creuse avec l’élastique du chapeau pointu qui lui laisse une vilaine marque sous le cou. Et vas-y qu’avec son déodorant Défi 24h00 il célèbre déjà la victoire de François Hollande, faisant de lui, peut-être, le futur directeur de cabinet du futur ministre Michel-Michel.

2012, année du bien vivre retrouvé

Alors là attention. On ne parle plus aux ploucs périgourdins, mais directement aux français, à la Nation, Môssieur… Et oui, parfaitement logique quand on fait ses vœux aux périgourdins, d’appeler officiellement à voter Hollande. Du coup le gars, bon, Périgueux il connait un peu, ça va, mais heu… toute la France, c’est grand et c’est compliqué.

C’est pas grave, il se lance. « au plus profond de moi-même, j’espère que l’année 2012 sera celle d’un bien vivre retrouvé ». Effectivement, la conjecture s’y prête, on va bien le sentir le « bien vivre retrouvé ». Personne n’a prévenu ce monsieur de la situation ?

Ah si il connait. La phrase d’après il en parle : « la douleur d’une crise habilement cultivée politiquement ». Ah les salauds ! Heureusement que Michel-Michel arrive avec son pote François-François pour arranger tout ça.

Là la cacahuète le gêne il en oublie une virgule : « Ne les blâmons pas, ils ont, il est vrai quelques raisons de douter ».

La crise internationale est nationale, mais un peu internationale

Vient la leçon de macroéconomie, rangez les cure dents : « inutile de vouloir leur faire croire que cette crise serait d’abord le fruit d’une conjoncture internationale difficile ». D’accord, ok, la situation française n’a rien à voir avec la situation internationale. Dans ce cas quelle serait la cause ? « Les précaires de toute nature savent bien, sans ignorer les contextes internationaux… » Alors cette crise n’est pas le fruit d’une conjoncture internationale… mais un peu quand même. Ok

« …que la situation Française découle essentiellement des choix idéologiques et politiques des gouvernements Chirac et surtout Sarkozy ».

T’as compris ? (comme dirait Marjorie Poulet). La crise, c’est un peu la faute aux autres, les pas français, mais quand même surtout à Sarkozy. Et oui, c’est quand même le nabot à talonnettes le responsable de la crise. Et non comme on le croit trop souvent des Lehman Brothers, Fannie Mae, JP Morgan, Standards & Poors, Goldman Sachs, Federal Reserve et tout ça quoi. Enfin c’est pas vraiment leur faute. Ils ont écouté Nicolas, ils n’auraient pas du. Bref, c’est sa faute quoi (surtout les subprimes il faut le dire, enculé va !).

Courageuse, la plume continue d’écrire tout en rotant son Mercier : « Ils savant qu’aucune autre politique ». Un example d’abnégation que nous devrions tous suivre.

Marre de la crise ? Faites de la politique bande de loosers

Allez la plume, à cheval : « Ils comprennent fort bien que toutes ces inégalités privent des familles entières d’une juste répartition du produit de la prospérité ». Qui ça ? La prospérité ? Ah oui comme le « bien vivre retrouvé » de 2012 ? « certes moins abondante qu’en d’autres périodes » : quelle lucidité.

Et là attention, un temps fort sans virgule mais sous les confettis (faut pas déconner quand même): « Ils perçoivent parfaitement les inacceptables techniques de redistribution des richesses produites qui profitent toujours aussi fortement aux plus nantis déjà largement protégés par d’honteux boucliers fiscaux ».

« nantis », vous voulez dire, comme le maire de Périgueux avec ses 8000 €/mois, sa voiture de fonction, ses immeubles défiscalisés et qui profite du bouclier fiscal ?

Ah nonnnnn, ceux d’en face là, les enculés, ah ok. Vous auriez pu préciser ça porte à confusion dans le texte.

Nos cœurs solidaires continuent de battre (votez pour moi)

Ca mérite bien un peu de dramatisation mais tout le monde n’est pas Racine : « Crainte traumatisante pour ceux-ci, de se retrouver confrontés à l’épreuve humiliante de la lettre de licenciement synonyme d’une chute tant redoutée dans le monde abondant des traîne-misère ». Ouf respire. Zola n’a qu’à bien se tenir.

Et là après toutes ces années où les gens se sont trompés dans les urnes, le nègre de Michel Michel expose sans sourciller ce que sera la société de François-François : « La République doit donner à chacun éducation et formation, sécurité et dignité, réduire toutes formes d’injustices et combattre les égoïsmes diviseurs ». Connards d’électeurs,  vous le saviez pas non qu’avec les socialistes la société serait idéale, belle, juste, prospère ???

Et là attention. Au temps suspend ton vol. 12ème bouteille de champagne, fin de soirée, maman dort, les amis sont partis, le carrelage du salon est tout collant. La plume vient de vomir ce qui lui restait de tiramisu, les flûtes en plastique jonchant le sol craquent sous ses pieds. Là, soudain, une pensée émue le traverse pour son maire préféré : « Nos cœurs solidaires ne peuvent continuer de battre sans gène et sans honte dans cet univers de misère galopante et meurtrière ».

Gros pic d’émotion. Il ne contiendra pas la larme qui coule sur sa joue comme un ruisseau d’espoir vers des printemps nouveaux inondés de lumière matinale murmurant au pistil le bonjour d’un soleil qui l’invite à croître, à vivre, à se décupler, fécond, comme la jument aux beaux jours devant son étalon.

Incarne l’ongle de l’index pointant l’espoir (vers la lune)

Aussi notre écrivain à la chemise tachée en appelle à l’Histoire, avec ce grand H et au peuple français avec ce grand P dont l’un lui échappe plus que l’autre. Ce n’est pas celui que l’on croit : « Le peuple Français a souvent montré combien il était capable de se préserver, combien il était capable de soulager les siens malheureux et d’abolir certains privilèges tenaces ».

A ça ira, ça ira. Du coup, la Révolution de 1789 nous en est témoin, 2012, c’est l’année qui va tout changer dans la société, si, camarade, et je dis si parce que c’est pas gagné, donc si, et seulement si, heu… putain les mots. Si donc… Ahhhhhhh spirine, si donc : « En cette année électorale, l’espoir d’une société plus solidaire, plus fraternelle demeure possible dès lors qu’une majorité de femmes et d’hommes s’engagera en faveur du changement tant nécessaire et parfaitement incarné aujourd’hui par François Hollande ».

Là on peut apprécier l’ampleur rhétorique de la situation avec un « changement tant nécessaire » et surtout un « changement parfaitement incarné ». Alors donc, on va aller se coucher, c’est la fin, François François, François… bon peu importe, François est tant nécessaire et même parfaitement incarné. Notez, « parfaitement nécessaire » et « tant incarné » c’était moins fort, ça faisait plus « ongle », « pus », « douleur », alors que là c’est fin, c’est ciselé.

C’était donc voici le discours pour les ploucs qu’ont intérêt à voter le bon nom… heu passequeue sinon la société… comment dire. Heu attends je relis. Ah oui. La société ira parfaitement plus mal tant nécessaire pour que nos cœurs galopent. Non attends. Pour que nos cœurs, ah oui, pour que nos cœurs solidaires continuent de battre sans gêne.

Voilà. Ca c’est beau, nos petits cœurs qui battent ensemble vers un monde meilleur résonnant comme les tambours de l’espoir d’une société qui n’oublie personne pour construire l’avenir. Voilà. Voilà. Là normalement ça casse tout, c’est le strike, tu pleures d’émotion et tu votes pas pour les enculés parce que nous aussi on veut s’en mettre plein les fouilles un peu, y a du monde sur la corde à linge.

Envoyez Michel-Michel à Paris !

Alors maintenant il faut conclure. C’est toujours délicat, surtout que la plume est quand même à deux doigts du coma éthylique et que le jour se lève. Les gosses vont se lever et vont vouloir jouer aux SIMS sur le plasma ; après c’est foutu. Alors attends. Concentration.

« Je ne peux vivre sans agir. Je ne peux dénoncer sans participer ».

Et pôahh, Lao Tseu, calmé. Bon en même temps lui il réfléchissait, le boss de la plume, c’est pas trop son truc. Donc mieux vaut dire qu’on agit quand on ne sait rien faire plutôt que faire semblant de réfléchir à une action agissante.

Bon par contre, « dénoncer sans participer », je suis d’accord, ça ne veut rien dire. Mais, mais, ça dépend. Parce que normalement si Michel Michel lève les bras, retrousse les babines et regarde l’auditoire fixement, ça prend du sens. C’est un truc  de politique. Avec ça tout passe.

Et lui quand il va dire « je ne peut dainoncer sans participé » ça va le faire. Ils seront scotchés les cons. Flôawnnnn, paf, subjugués.

Voilà. C’était donc en direct du 31 décembre, un peu à la fin, plutôt vers le 1er janvier. C’est donc le discours pour les bouseux du 24 que s’ils comprennent bien mon message, ils voteront pour qui je veux. Parce que vous comprenez, vous écrire des conneries depuis 4 ans maintenant, ça suffit : c’est long. Et franchement vous faites chier avec votre pâté, votre hypermarché du samedi, vos proverbes en patois et vos blondes décolorées.

Moi maintenant je veux écrire des discours de ministre. Voilà. Alors votez François Hollande siouplé, ça pourrait m’aider. Quand même.